Un deuxième OS avant d'aller me coucher. On verra la suite plus tard...
Ecrit avec Extreme Ways, de Moby. C'est pas la plus connue, et pourtant je trouve que c'est l'une de ses meilleures, vraiment !
Extreme ways
(Moby)
A quoi est-ce qu'il en était réduit ?
Il était en train de courir comme un dératé au milieu de la foule. La pluie menaçait de le faire glisser à chaque pas, le vent s'armait de milliers de gouttes pour venir cingler sa peau blanche. Et pourtant il courait, il sautait, il fonçait. Les Londoniens, pourtant réputés imperturbables, ne pouvaient s'empêcher de s'écarter devant sa course folle. Les moldus, pas plus que les sorciers, ne comprenaient pourquoi il courait comme si la mort était à ses trousses.
Plus de sortilèges, plus d'esprit, plus d'idées. C'était une question de survie là ! C'était comme si son corps avait court-circuité sa tête et l'avait renvoyé au coin le temps d'agir. Ta gueule et laisse-moi faire. Oui, c'était à peu près ça. Et il courait. Au diable la prestance, au diable les illusions. Ca ne servait à rien de jouer, ils étaient découverts. Maintenant c'était une course contre la montre.
Putain de temps ! Putain de malchance ! Et ces imbéciles qui ne s'écartent pas de son chemin ! Il n'a que ses mains pour les pousser, alors forcément c'est violent. Il saisit un énième manteau pour l'envoyer balader et se prend un insulte. Une de plus. On s'en fout. Il va plus vite, il zigzague entre les formes encapuchonnées. Sa silhouette mince se faufile, les femmes crient, outragées, mais peu importe. Tout ce qu'il entend c'est son coeur qui bat trop fort. Tout ce qu'il sait c'est qu'il n'est pas encore assez rapide.
Ses muscles commencent à faire mal, ses poumons se mettent à le brûler. Trop d'efforts, trop vite. Combien d'années qu'il n'a pas bougé comme ça ? Combien d'années qu'il a oublié le goût du sang chargé en fer et en carbone, les lèvres qui s'assèchent, les nerfs qui hurlent de douleur ? Et les rôles s'inversent. D'un coup bien placé, la tête remet le corps à sa place. Si je ne reprends pas les rênes, on va crever. Oh ça oui ! Ca fait mal, mais tu auras encore plus mal sans ça. C'est dur mais si tu t'arrêtes, c'est la mort, leur mort. Allez va, vole... Oublie que tu souffres, il y a trop en jeu.
Si tu t'arrête de courir, c'est son coeur qui s'arrêtera de battre.
Si tu trouves que tu as mal, alors pense à ce que tu ressentiras quand il mourra.
Et Draco court... Sa chemise blanche lui colle à la peau, mais malgré la pluie il n'a pas froid. Ses maudites chaussures italiennes dérapent à chaque coin de rue, mais il se rattrape à n'importe quoi. Il a mal aux mains parce qu'elles s'écorchent à chaque fois qu'il tombe. Il a mal aux épaules à force de tous les percuter. Et il pleure, de rage et de peur. Ses cheveux plongent devant sa vue comme pour la brouiller encore plus, mais même sans ses yeux il sait où aller. Et cette putain de baguette qui était restée au pied du lit de Harry, au milieu des fringues de la veille ! S'il l'avait eu il serait déjà là-bas. Au lieu de ça il perdait du temps à relier deux points de la ville sur des kilomètres et des kilomètres.
Sans doute ces gens se demandent-ils pourquoi il court ainsi, sans rien d'autre qu'un pantalon et une chemise sous l'ondée. Pourquoi il se presse, pourquoi il les bouscule ? Combien de fois a-t-il lui même pris un coureur de rues pour un fou qu'il faudrait raisonner. Erreur. On ne sait jamais pourquoi la vie des autres peut les faire courir. Et il note rapidement d'être moins obtus à l'avenir, s'il en a un.
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Avec un peu de chance, les défenses de la maison seraient encore debout. Avec beaucoup de chance, Voldemort n'aurait pas encore transplané. Avec une chance de malade, son amant aurait déjà vaincu son ennemi... Il visualise un sablier rouge et or, et chacune de ses foulées tente alors d'être plus rapide que la chute des rubis aussi fins que des grains de sable...
...
Qui sait ? Peut-être que s'il file plus vite que le temps lui-même, alors ce dernier s'arrêtera.
