Salut aux lecteurs.
Vu que c'est une petite fiction et que déjà tout est près, le postage de chapitre devrait être très bref (comme d'hab en faite) (mais bonne nouvelle pour vous). Les chapitres sont cours, mais ils servent juste à séquencer l'histoire, c'est pas véritablement une fic à chapitre, donc si vous aimez pas les petits morceaux, vous pouvez toujours attendre trois jours et tout lire. A vos aises.
Sinon, j'avais prévenu, c'est lent.
J'espère que ce passage vous plaira suffisamment ou suffisamment pas pour me laissez une review: Bonne lecture!
P2. Apnea
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La nuit ne calme rien. La nuit les lie là attachés, comme le premier soir. Ce premier soir teinté d'innocence. Aujourd'hui, il ne reste plus rien. Il n'y a plus d'innocence, ni de quoi que ce soit d'autre. L'attente est entière.
Sur leur fauteuils respectifs, pas loin de la baie vitré. C'est toujours la même chose, ça semble déjà être comme ça depuis des milliers d'années. Ils ne bougent pas. Oh non. Statues d'appartement, vivacité crachée plus loin dans le silence de leurs lèvres closes. Grimaçantes.
L'idée de l'amour apparaît lentement dans l'esprit, sur le visage de Steve Rogers. Attendre jusqu'au bout. La bonne. Trop tard. Mais l'attente...
Il a le temps maintenant mais non. Il n'a pas, en vrai, le temps d'y penser. Il ne veut pas.
Tony y a pensé depuis qu'il a recommencé à boire.
Steve commence à comprendre qu'il aime bien cet état suspendu, hors du temps comme lui : l'attente est une illusion.
Ils ne bougent pas de leurs places. Ou peut-être que Tony se lève pour boire un verre sur le balcon, puis revient.
Une nuit dont son regard et son regard seul puisse triompher.
Dont il ne triomphera pas. Parce qu'il nie. La captation d'une forme, des courbes de Steve, de son corps, vu maintenant, observé à le connaitre par cœur. Il nie tout ça.
Il a brusquement l'impression de se retrouver ailleurs. Là où il était. Jeune. Sûrement là-bas. Il ne voit pas où ailleurs ?
Mêmes odeurs, soudainement, ou peut-être même bruit.
Même sentiment au détour d'un couloir, chaleur, passage discret après la douche jusqu'à la chambre. Il ne sait pas vraiment.
Les bruits de la forêt superposés à ceux de la ville. L'été. Un début frai d'été, matin ou midi dans son pseudo souvenir. Ici, nuit. C'est l'alcool qui fait ça.
Dans la chaleur de l'été, on ne sait pas trop. C'est un mirage alléchant. Ce n'est peut-être qu'un rêve ou une hallucination. Oui, surement, une hallucination.
Boire. Flotter juste en fermant les yeux. Il est dans un état lamentable. Une loque sans capacité à faire le ménage. Rien. Tony explore la beauté de l'alcool. Il se noie, ne pense a rien. Se voile la face. Refuse de montrer qu'il attend. En même temps, c'est Tony Stark, il reste très lucide et désillusionné, chewing-gum.
Dans l'attente même arrachée, retenu, insupportable.
Attendre comme le messie. Déjà passé. À croire en cet avenir fichu.
Vivre en attendant. N'a aucune sorte d'importance.
Vivre l'amour en attenant autre chose.
Ils en étaient réduits à ça. D'avoir, déjà, trop attendu.
Stark se souvient. Ce n'est pas comparable à maintenant. Ça parait très loin, extérieur à lui-même, grâce à l'alcool. Il se souvient :
Seul. Désespérément et immuablement seul.
D'attendre.
Il commençait à en avoir sa claque. Mais il n'y avait pas d'alternative. Putain.
L'esprit vide. L'esprit paralysé.
Tu avais, tu as encore même du mal à respirer parfois.
La fatigue de l'attente.
Sur ce banc de Central Park. Avec Steven Rogers, sans divertissement.
Ça ne faisait que trois jours. Puis ça a augmenté. Comme une exponentielle. C'est horrible comme il se souvent. Alors il oublie.
Tony se sert un nouveau verre.
- Arrêtes Tony.
C'est la première fois que Steve le dit clairement « Tu bois trop Tony ». C'est la première fois. Tony fait mine de ne pas entendre. Il va de nouveau vers le balcon.
Il y a les bruits de l'intérieur. Ils semblent si loin depuis la terrasse. Et les bruits extérieurs. Intraitables, immobiles, constants, formant un flux, un ronronnement de moteur douillet ou assourdissant selon les heures.
C'est la nuit. On dirait un rendez-vous. Un rendez-vous raté peut-être. C'est juste pour passer le temps, pour faire semblant. Personne ne viendra à part eux même.
D'ailleurs, ils se contentent d'eux même. Ils ne cherchent même plus les informations extérieures, ne pas voir que rien n'avance.
Ils regardent cette mer d'étoiles. Ils la rêve, l'imagine. La font leur. Elle est à eux désormais. Dans leur espérance inavouée.
Ils n'ont rien pour calmer leur nerfs. Rien. Et la pluie est encore très loin.
Il n'en peut plus de l'attente.
N'en peut plus d'attendre. Étourdis par elle. Comme dans l'alcool, immobile. Torsion de ventre. Immangeable. Ne rien faire. Définitivement. Cette phase a commencé. Elle durera quelques heures. Tony ne peut même plus bricoler, regarder la télé, cuisiner, rien, rien. Il ne peut rien, à peine circuler de pièce en pièce. Regarder contemplativement ce qui se passe autour de lui, le paysage. Il n' pas la concentration, la patience, de faire autre chose que fixer le vide.
Misérable par terre à même le sol.
Complètement paralysé. Incapable d'ingurgiter quoi que ce soit. Incapable de bouger. Terrifié à l'idée de se montrer tel qu'il est. À partager, enfin. Il voudrait l'embrasser, mais non. Il voudrait le prendre au creux de soi-même, mais non. Il voudrait sentir sa chaleur, parce que là, par terre, il a froid, mais non.
Attendre le verdict. Ne me juges pas Steve. Ne m'approches pas.
Ils savent maintenant tous les deux. Ne me juges pas Steve. Ne me juges pas.
Il voudrait s'effacer dans la nuit. Ne m'approches pas.
Inatteignable au-dessus de la ville New York. Pourtant c'est là qu'ils attendent. Et nul-part ailleurs.
