Une ombre s'avançait dans les rues en silence, parmi le brouhaha du festival. Les commerçants louaient leurs produits, les passants habillés en costumes de fête s'arrêtaient ou discutaient entre eux. Beaucoup de monde se rendait dans la maison de la Princesse Machaon, pour admirer sa collection d'insectes dorés. Tandis que d'autres allaient danser sur la terrasse vivement éclairée de l'auberge de Telma.
La mystérieuse silhouette, dont on reconnaissait les formes féminines, était enveloppée dans une cape sombre. Elle n'avait pas réellement le droit d'être ici, les soldats la cherchaient partout mais elle n'avait jamais vraiment eu la chance d'observer attentivement ces festivals d'aussi près, toujours depuis son château. Alors qu'elle grimpait l'escalier menant au belvédère, que des Gorrons la saluaient ou lui proposaient d'acheter leurs produits, elle se demandait comment elle pouvait avoir raté un tel évènement. Une fois sur le balcon, elle reconnut la silhouette droite et digne de son garde du corps, Link. Ce dernier se retourna et l'observa avec un visage sévère. La jeune femme sourit :
« Vous avez toujours su prévoir mes réactions, dit-elle en riant, c'est vraiment embarrassant. »
Elle retira sa capuche et s'approcha de son ami pour observer le château à ses côtés.
« Mais cela ne me dérange pas », dit pourtant la princesse Zelda en souriant.
Link sourit à son tour, mais il se tourna et redevint sérieux. Zelda s'appuya contre la balustrade :
« Mais vous savez pourtant que j'aime observer mon peuple de près... »
Elle lui jeta un regard en coin, il continuait d'affichait une mine grave. Elle posa sa main sur son épaule :
« Je suis désolée de vous avoir inquiétez, pouvez-vous seulement me pardonner ? »
Link sourit en fermant les yeux. La princesse était irrécupérable. Mais il la regarda d'un air qui se voulait réprobateur. Zelda ria de bon c½ur :
« Je vous promet que je ne recommencerez plus. Désormais je jure sur mon rang de princesse que je vous préviendrais si je compte faire quoi que ce soit. »
Il la regarda avec un air amusé :
« C'est sans doute un peu exagéré », voulait-il dire.
« Eh, regardez ! C'est la princesse Zelda ! »
Une foule commença à s'amasser autour du balcon.
« Madame, cria une femme d'un ton bourru, couvrant le bruit de la foule, cela fait bien longtemps que vous n'êtes pas venue voir un festival.
- Que pensez-vous de celui-ci, madame ? demanda un autre.
- Une merveille ! répondit la princesse. Je m'amuse beaucoup.
- Père Tiaf, vous qui êtes le patriarche de la Citadelle, comment était la princesse à son premier festival ? osa un commerçant.
- Un ange tombé du ciel ! répondit l'intéressé, avec un air de nostalgie sur son visage ridé. Le plus beau qu'il m'a été donné d'avoir vu dans mon existence. Elle avait des étoiles dans les yeux et regardait partout autour d'elle comme une petite fée qui découvrait le monde.
- Mon cher Tiaf, dit la princesse avec un air espiègle sur le visage, ne soyez pas trop flatteur, vous risquez de vous retrouver au poste de conseiller sans même vous en apercevoir.
- Enfin, princesse, je n'oserais pas ! »
Des rires bruyants parcoururent la foule que Link partagea de bon c½ur avec Zelda.
Après une soirée bien remplie, Zelda et Link s'apprêtèrent à rentrer au château quand une voix les arrêta :
« Link... »
Le jeune homme se retourna et la joie le submergea quand il vit ses amis d'enfance, Colin et Iria se tenir devant eux. Cette dernière se jeta dans ses bras, Colin s'approcha avec un sourire. Puis il vit Zelda :
« Iria... », l'interpella-t-il.
Elle leva les yeux et vit la princesse les regarder avec des yeux pétillants. Elle devina tout de suite son erreur et se dégagea brusquement pour s'incliner avec Colin.
« Veuillez pardonner notre insolence...balbutia la jeune fille.
- Plutôt ignorance, marmonna Colin.
- Nous étions tellement heureux de revoir Link que nous ne... »
Elle fut interrompue par la main de la princesse qui se posa sur son épaule :
« Cela ne me dérange pas du tout. Si vous êtes des amis de Link, vous êtes aussi les miens.
- C'est... beaucoup trop... princesse.», murmura Colin qui n'en revenait pas d'entendre ces paroles.
Link s'approcha et redressa son ami de la main. Ils se regardèrent, se sourirent puis s'étreignirent. C'est alors que Colin empoigna Excalibur. Mais Link dégaina l'épée attachée dans le dos de son élève et les deux lames s'entrechoquèrent. Les deux jeunes gens brandissaient chacun son épée vers l'autre sous les yeux ébahis des jeunes femmes. Ils se sourirent et se restituèrent leurs armes respectives. Link lui jeta un regard agréablement impressionné.
« Tu as vu ? J'ai fais pas mal de progrès ! » s'exclama le garçon avec un large sourire.
Zelda invita les deux villageois à rester dormir au château. Invitation qu'ils eurent beaucoup de mal à refuser. Ils dînèrent dans la grande salle puis Iria eût même le privilège d'être invitée à dormir dans la chambre de Zelda.
Dans la nuit, la jeune fille resta éveillée, ne parvenant pas à trouver le sommeil. Elle se remémora les paroles de Latouane et de son avertissement. En quoi cette « nouvelle menace » aurait-elle un rapport avec Link ? Se résolvant qu'elle n'arrivera pas à s'endormir, lorsqu'elle sentit que Zelda était assoupie, elle en profita pour se glisser hors de la chambre et se diriger vers celle de Link et de Colin, qui était à proximité. Elle entra discrètement dans la pièce, passa devant le lit du garçon qui dormait profondément et, voyant que Link était sur le balcon, le rejoignit en silence.
Le jeune homme était accoudé à la balustrade et regardait les lumières de la Citadelle s'éteindre progressivement. Il se retourna en voyant son amie d'enfance appuyée sur le mur, un pli soucieux sur son front.
« Link, je ne te dérange pas ? » demanda-t-elle en s'approchant.
Il secoua négativement la tête et lui fit signe de venir à ses côtés.
« Tu sais, j'ai entendu des choses... des choses très importantes. Dont il faut que je te parle absolument. »
Alors elle commença son récit. Link étant très attentif et elle très perturbée, aucun d'eux ne pressentirent la présence de la princesse Zelda, dont le balcon se situait juste en dessous du leur, qui écoutait la discussion avec un air concentré sur le visage.
- Mais, votre Altesse ! Où allez-vous donc ?
La jeune princesse se retourna vers son valet et le toisa d'un air malicieux.
- Où est-ce que je vais ? Mais je sors, tout simplement !
- Mais..., hésita le serviteur, votre réunion avec le Conseil commence dans quelques minutes ! Vous ne pouvez donc pas sortir maintenant !
La concernée lâcha un long soupir ennuyé, avant de répliquer :
- Dis au Conseil que j'ai une affaire à régler et que la réunion attendra.
- Une... affaire à régler... ? Mais de quoi parlez-vous, princesse ?
Cette dernière tourna le dos à son valet, mais cependant, elle ne put s'empêcher de lui révéler ses intentions.
- Pour t'avouer, je dois rencontrer quelqu'un. Une personne... particulière... J'ai besoin de l'aide de cette personne.
- ...Qui donc ?
- Je ne peux pas t'en dire plus... pour le moment. Excuse-moi, mais je dois y aller !
- Mais...
Avant que le valet ne puisse protester, la princesse traversa le couloir sombre d'un pas rapide et se rendit à l'extérieur du Palais.
Xanto ne bougea pas, restant affalé au sol et maudissant de toute son âme les personnes qui l'ont rendu ainsi. Réduit en fantôme, contraint à ne pas reposer en paix, comme tous défunts qui se respectent. Alors qu'il se plaignait de son sort, il sentit une présence similaire à la sienne se glisser derrière lui. Il se retourna brusquement et vit un autre esprit assis dans les airs. Celui-ci l'observait avec mépris. Cet esprit n'était autre que le conseiller royal, le régent précédent le règne de Midona, Domuro le Sage, qui toisait celui de Xanto avec une profonde aversion. C'est lui, pensa l'usurpateur avec amertume, qui a soutenu Midona et convaincu le Conseil de lui accorder le titre de souveraine, malgré son caractère et son jeune âge. On pouvait distinguer les riches vêtements du fantôme, sa longue barbe rousse, son crâne blanc marqué de l'emblème du Crépuscule, ses yeux rouges plissés semblable à des pupilles de tigre. On pouvait lire sur son visage sa colère et sa frustration.
« Xanto, gronda l'esprit, je vois avec grande déception que tu es incapable de penser à autre chose qu'aux regrets et à la haine. Tu as raison de penser que la Princesse s'en sort mieux que toi pour diriger un peuple. Il est temps de changer, Xanto.
- Cesse de me torturer, vieil homme, siffla l'ex-tyran, pourquoi ne retournes-tu pas dans les plaines de lumières ? Tu seras bien mieux là bas...
- On m'a demandé de revenir d'entre les morts afin de te retrouver étant donné que j'ai une dette envers cette personne et que mon sommeil en était légèrement perturbé, se contenta de répondre l'esprit.
- Qui ça « on » ? » grinça Xanto, soupçonneux.
- Moi, Usurpateur, fit une voix de femme rieuse.
Au loin, Xanto aperçut une jeune femme rousse encapuchonnée s'avancer vers eux. Quelle fut sa frustration lorsqu'il constata qu'il s'agissait de Midona !
