A/N : Et voilà pour l'acte 2. Il est un peu plus étoffé que le premier acte mais c'est normal, j'augmente toujours la longueur quand je le peux :D Une façon de vous remercier. D'ailleurs je me suis dit que j'allais répondre aux commentaires :

Chelinka : Le scénario ? Ah parce qu'il y en a ? /SBAFF/ Nan je rigole. Il y en a un effectivement, mais il est si peu esquissé dans les premiers actes. En tout cas merci merci beaucoup :D C'est sûr que du Miku/Len il n'y en a pas en français. Je me suis contentée des fanfictions anglaises écrites par solitaryloner et pleins d'autres avant de me dire : "Go Paru, tu peux le faire !" Et je l'ai fait. F-ck yeah.

Miyuki-Horanai : Tu n'aimes pas ce couple ? J'étais de ton avis, avant. Mais ça, c'était avant. Krys- herm. Tant de compliments m'ont fait rougir. Merci mille fois ;_; J'ai fait de mon mieux pour que cet acte. Mais je sais qu'il est moins elliptique, moins vaporeux et poétique que le premier. Je ferai mieux la prochaine fois !

The Silvery Phoenix : Merci encore ! Tu es très actif et ça m'a encouragée comme personne ! De recevoir mon premier commentaire en sachant qu'il était de toi m'a aidée à écrire. Même chose que pour Miyuki, le style doit être très légèrement différent mais c'est juste pour le moment. (et oui, on manque de Miku/Len. Il faut qu'on pallie à cette cruelle disette.)

Je stoppe la parlotte, go on with le deuxième acte ;)

*Paru Café


Disclaimer : Vocaloid et ses mascottes ne m'appartiennent pas. L'histoire qui suit, en revanche, est totalement mienne et fictive puisque tirée de ma matière grise, qui, aux dernières nouvelles, m'appartient.


La Petite Danseuse de Tulle

Acte deux


Dans la demi obscurité et les vibrations des pas des spectateurs, l'amphithéâtre bouillonnait de vie. Pourtant, peu de monde était venu assister au ballet représenté : mais le talent même de la danseuse principale, Prima, avait amené de fervents admirateurs comme d'amateurs, faisant la salle pulser au rythme des cœurs enfiévrés par l'attente.

Miku jubilait, fébrile d'excitation. Meiko gloussa, amusée, puis sortit de son sac de cuir brun un paquet de bonbons. Elle lui tendit un Dragibus vert, qui semblait gris sous la faible luminosité de l'amphithéâtre. Miku saisit timidement la friandise entre son pouce et son index et le déposa délicatement sur les lèvres pour le happer d'un seul coup, laissant le bonbon sucré se liquéfier sur sa langue.

- Alors, commenta distraitement la femme aux cheveux bruns tout en se calant plus confortablement dans son siège, tu me sembles bien excitée depuis hier. Ca n'peut pas être que la représentation de ce soir. Que se passe-t-il ? Une bonne nouvelle ?

Miku imita la posture de Meiko – c'est-à-dire le dos bien stabilisé sur le siège matelassé, les avant-bras sagement posés sur les accoudoirs – puis laissa échapper un soupir d'aise.

- Un garçon m'a demandé à être mon petit ami.

Meiko tourna vivement la tête vers sa plus jeune amie, les sourcils levés.

- Et tu as dit oui ?

- J'ai dit oui…

Meiko émit un sifflement moqueur, puis reprit son attention sur la scène.

- Il est mignon ? s'enquit-elle à mi-voix.

Miku hocha la tête, une vague de chaleur assaillant brutalement ses joues.

- Je pense que tu l'as déjà vu; il n'a jamais participé aux cours, mais il fait de la guitare à la MJC. C'est le frère de Kagamine Rin.

La grande brune caressa rêveusement son menton, le regard fixé vers un point invisible sur le plafond.

- La petite blonde qui fait équipe avec toi pour Pachelbel ? Oui, je vois. Un gringalet sérieux, qui vient chercher sa sœur le mardi et jeudi, c'est bien ça ?

- Ce n'est pas un gringalet ! s'écria Miku, avant de porter une main à sa bouche, se rendant compte de son ton dans l'agitation de l'hémicycle. C'est Len. Il est très beau.

Meiko haussa les épaules, amusée.

- Trop fluet pour moi, chérie.

Mortifiée par les plaisanteries de Meiko, Miku se décida à contre-attaquer.

- Ah oui ? Alors, tu préfères le balèze grand et musclé ? Ou plutôt sérieux et pète-sec ? Quelqu'un comme… Kiyoteru, peut-être ? susurra la turquoise.

Meiko resta impassible, mais Miku devina le volcan d'émotions qui se cachaient sous ce masque froid. Elle se mit à rire doucement et frotta gentiment les cheveux bruns de Meiko.

- Allez, je te taquine. Tu ne vas quand même pas te mettre à bouder, pas vrai ?

- Je ne boude pas, répondit Meiko, têtue.

- Non, bien sûr.

Un silence confortable s'installa entre les deux amies, jusqu'à ce que Meiko lui offre un deuxième bonbon, et s'adresse à la plus jeune, un sourire maternel flottant sur ses lèvres :

- En tout cas, c'est ton premier copain, pas vrai ?

Miku se mit à rougir, hocha la tête avec hésitation.

- Tu sais ce qu'il faut faire ?

Toujours rougissante, Miku secoua la tête négativement.

- Bah, il n'y a pas de honte à avoir. Je préfère cette romance niaiseuse plutôt que la manière dont les jeunes s'abordent, de nos jours.

Tandis que Miku relevait la tête, Meiko s'affaissa sur son siège, grommelant et pestant sur les jeunes, ce qui fit rire la plus jeune.

- Quoi ? grogna la brune.

- Tu ressembles à une vieille à tout critiquer !

- Tu m'excuseras, mais quand on voit des gamines se dénuder devant leur webcam pour séduire, j'ai le droit de critiquer ! siffla Meiko, crachant le mot séduire comme si elle avait croqué dans une pomme particulièrement dégoûtante.

Miku décida de ne pas argumenter, bien qu'elle approuvât le raisonnement de Meiko. Les lumières se tamisèrent enfin, et Miku se réinstalla sur son siège, laissant son regard choir sur les danseurs qui se mettaient en place sur la scène. Elle avala son bonbon désormais difforme, puis se laissa emporter par la musique.


Un tiède air printanier accueillit les deux jeunes femmes quand elles poussèrent la lourde porte donnant sur l'extérieur. Meiko aperçut juste à temps son bus. Elle embrassa la turquoise sur les deux joues et se mit à courir, ses escarpins surmontant des chevilles fragiles claquant sur le bitume. Miku attendit de voir Meiko grimper dans le bus in extremis avant de tourner les talons, rassurée.

Encore émerveillée par la performance de Prima Ballerina, Miku contempla le ciel étoilé, rêvant de se mouvoir sur ces mêmes planches, sur les traces de son idole.

Son portable vibra dans la poche de sa jupe. Miku s'en empara puis fit défiler les messages que lui avait envoyés Meiko. Après avoir répondu – et rassuré son amie paranoïaque – le regard de Miku glissa inévitablement vers ses contacts.

Le numéro de Len, fraîchement ajouté, l'appelait inconsciemment.

Le hasard avait fait qu'elle commence à développer des sentiments pour Len. Le hasard, ou Rin, peut-être. Pourtant, leurs relations n'avaient jamais été idylliques. Jusqu'à un certain jour.

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- On rentre ensemble, Rin ?

- Mon chauffeur ne va pas tarder avec la Volvo. Je peux te déposer devant chez toi ?

- Je peux te reconduire à ta maison de suite, les clés de la BMW sont dans mon sac…

- Pas la peine, avait répondu la blonde en agitant la main négativement. Mon frère vient me chercher.

Rin était une véritable bête de foire; elle était la seule du Conservatoire à venir d'une famille populaire. La seule de classe sociale basse. Et pourtant, leurs camarades de solfège, tous plutôt riches, « bourges », « fils de quelqu'un », avaient soi-disant pris la petite Rin sous leur aile, alors qu'ils étaient finalement attirés par son charisme urbain, totalement différent de leur style. Ils s'étaient regroupés en cercle autour d'elle, tous s'écriant d'une vive voix un « Oooooh ! » déçu lorsqu'ils essuyèrent le refus de la nouvelle recrue issue de classe populaire. Une fille, enhardie, avait plaisanté :

- Quoi, tu as encore besoin de ton frère pour rentrer chez toi, Rinnie ?

Miku avait froncé les sourcils.

Peut-être que c'était le sourire. Peut-être que c'était le ton moqueur de la fille. Peut-être que c'était parce que tout le monde se souciait de Rin, alors que Miku était le centre d'attention deux semaines plus tôt. Peut-être que c'était le « Rinnie ».

En tout cas, ça l'avait énervée.

Et ça avait énervé Rin.

Miku a donc assisté, abasourdie, à une scène qui avait passé si vite mais qu'elle revoyait en ralenti, une scène qui avait tout bouleversé dans sa vie.

Rin avait donné un coup de poing à cette fille.


Alors que le sang gouttait sur le carrelage et que les autres s'étaient écartés en poussant des cris de surprise, Miku s'était élancée vers Rin, dans son habituelle grâce, et elle avait empoigné Rin par le bras. Puis, elle avait sprinté, entraînant la blonde âgée de quatorze ans vers la sortie.

Rin était complètement essoufflée quand Miku daigna stopper sa course effrénée dans les escaliers.

- Tu manques d'endurance, nota Miku. Mais pas de force, apparemment.

Rin la regarda, les yeux ronds. Et inévitablement, peut-être à cause de ce ridicule surnom, peut-être à cause de la tension qui régnait entre les deux filles, peut-être parce qu'il faisait très très froid et que Miku grelottait, elles furent prises d'un fou rire.

Un fou rire si violent que Miku eut à se tenir les côtes. Un fou rire si violent qu'elle observa un charmant trait sur le visage de Rin : sa jolie coloration tomate et ses paupières fortement pressées quand elle riait.

Enfin, au bout de dix minutes, épuisée, Miku s'arrêta de rire progressivement, presque en même temps que Rin, qui murmura, en se mordant la lèvre :

- Merde, je vais sûrement me faire expulser du Conservatoire.

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Miku ne voulait pas.

Elle ne voulait pas perdre cette fille – pas encore son amie, pas encore – si irréfléchie, si vive; bien plus que Meiko, en tout cas. Elle l'avait fait rire comme personne. Alors, elle ne voulait pas que cette fille perde sa place au Conservatoire.

- Je vais m'arranger pour que ça passe, déclara Miku.

- Hein ? avait balbutié Rin, dont les yeux verts avaient commencé à s'embrumer d'eau.

- Pour que tu restes. Mon père-

- Il est riche, c'est ça ? coupa Rin.

- Riche ? Je ne sais pas trop. Le Conservatoire est à lui, en fait.

Si Rin buvait quelque chose, elle aurait tout recraché. Les circonstances faisaient qu'à ce moment là, elle ne buvait rien. Elle se mit donc à tousser, parce qu'elle avait avalé sa salive de travers.

Miku détestait réclamer quelque chose auprès de son père. Ça lui faisait se sentir comme une petite fille gâtée. Mais vu toutes les obligations qu'elle devait respecter – et qu'elle respectait – Miku s'était dit qu'une petite requête n'était pas grand-chose.

Donc, Rin resta. Et c'est ainsi que Miku rencontra Kagamine Len, deux jours plus tard.

La première impression qui l'avait frappée lorsqu'elle l'avait aperçu de loin, c'était que Len était le portrait craché de Rin; et elle avait failli se gifler pour penser ainsi. Évidemment qu'ils se ressemblent, ils sont jumeaux ! Mais quand elle y pensait bien, ils se ressemblaient… beaucoup trop. C'en était presque étrange. Apeurant.

« Flippant. »

La vulgarité n'avait pas sa place dans la bouche de Miku. Pourtant, après avoir commencé à côtoyer Rin, elle avait assimilé un nouveau vocabulaire, complètement étranger. Urbain. Populaire.

Mais ça lui plaisait. Avec Rin, elle était en totale liberté; elle n'avait pas à surveiller chacun de ses mots, chacune de ses actions, de ses gestes. Elle vivait pleinement.

C'était bon.

Puis, le professeur Tonio leur avait assigné les travaux en paire.

Et ainsi, Rin et elle ont travaillé. Parfois plusieurs jours par semaine, Miku prenait le bus – ce qui lui était totalement inconnu au départ, elle s'était perdue plusieurs fois – et arrivait devant l'immeuble des Kagamine. Elle n'avait pas eu le temps de s'attarder sur l'architecture du bâtiment HLM ou du maigre jardin : à peine avait-elle poussé la porte du grillage que Rin lui avait sauté dessus, complètement excitée, et l'avait entraînée dans son appartement, au troisième étage.

A chaque fois, elle n'avait eu que quelques secondes pour parler à Len.

Mais elle mettait quand même un point d'honneur à saluer convenablement ce garçon discret. Parce que discret il l'était : Rin était exubérante, lui était posé. Elle était constamment en ébullition, lui était placide. Mais pas plat. Il n'était certainement pas plat. Miku avait vu, dès le premier jour, cette lueur d'intelligence extrême dans ses yeux. Cet éclat ravi dans ces mêmes yeux lorsque Miku ou Rin jouait une mélodie sur les touches albâtre et ivoire du piano. Ses longs cils qui obscurcissaient ses yeux verts quand il glissait son casque sur ses oreilles.

Il écoutait pas mal de classique.

Un mélomane, avait-elle conclu.

Un mélomane très mignon, soit dit en passant.

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Elle le croisait souvent.

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A l'arrêt de bus – parce qu'elle avait réussi à convaincre son père de la laisser aller en bus comme tout le monde – ou parfois elle le voyait faire du sport dans le stade entre le lycée et le collège.

Il n'était encore qu'un collégien.

Quand elle l'avait appris – ou compris – Miku avait ressenti une pointe de déception. Elle aurait souhaité qu'il fût lycéen, comme elle. Mais elle n'arrivait pas à savoir pourquoi.


Elle frissonnait sans arrêt. Kaito, agacé, arracha son écharpe et l'enroula autour du cou de la turquoise. Surprise, Miku leva les yeux vers lui. Elle eut à se craquer le cou pour cela; Kaito était très grand.

- Hé ? Pourquoi-

- Parce que tu m'énerves à grelotter comme ça, marmonna le jeune homme.

Il enfonça ses mains calleuses dans ses larges poches. Miku gloussa et agita ses cheveux turquoise autour d'elle. Quel imbécile, ce Kaito ! Elle avait beau avoir beaucoup de respect pour lui – parce qu'il était le plus jeune assistant professeur de musique du Conservatoire, et qu'il venait de la même classe sociale que Rin (ils étaient carrément voisins de palier, d'après ce qu'elle avait compris) – il était trop grognon et râleur à son goût. D'accord, il était très beau. Un visage magnifique, toujours fraîchement rasé, et des épaules droites. Oui, il était très beau. Mais franchement ! Quel mufle !

Le plus intéressant était de noter qu'il avait beau avoir un comportement détestable, l'assist-o-prof Kaito était galant et gentil – il se cachait sous des airs de mauvais garçon, voilà tout.

Pas à son goût, l'assist-o-prof.

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Len lui avait proposé d'aller voir le match de foot benjamin. Elle avait accepté, d'une part parce que son petit cousin Ryuto jouait dans l'équipe, mais qu'en plus, elle adorait le football.

Elle se souviendrait toujours de l'expression qu'arborait Len ce jour-là : les joues rougies par le froid, les yeux humides et les lèvres tremblantes d'anticipation, il lui avait tendu les billets orange fluo d'une main frémissante. Malgré tout, un grand sourire fendait son visage en deux. Il avait ajouté :

- Ca te fera prendre l'air, non ?

Miku avait décidé de prendre l'air avec lui, ne posant pas de questions sur Rin avec qui il aurait très bien pu aller.

Il lui plaisait, le mélomane. Il lui plaisait vraiment.

Le goût du soda à l'orange, doux et âcre en même temps, pétillant et vivifiant, lui picotait encore la langue.

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L'hiver était venu. Vraiment venu. C'est-à-dire, avec ses chutes de neige et son froid mordant.

En plus de Rin, Miku passait beaucoup de temps avec Len. Il avait un sens de l'humour différent de sa sœur, il était beaucoup plus calme aussi, mais vraiment, elle l'appréciait autant que Rin. Quand les deux jumeaux et elle sortaient au cinéma par exemple, leurs commentaires ou leurs mimiques la faisait rire comme jamais.

Len semblait vouloir prolonger chaque seconde, chaque contact. Chaque jour, Miku s'en troublait : son cœur avait décidé de n'en faire qu'à sa tête et partait en cavalcade à chaque sourire du blondinet.

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- Len ! appela Miku doucement.

Le garçon se retourna. Emmitouflé dans une doudoune noire et l'anse d'un sac de sport enroulé autour du coude, Len lui hocha la tête, un sourire bienveillant étirant ses lèvres. Il avait les joues rougies – de froid ou d'autre chose, elle ne savait pas trop – et son casque était posé autour de son cou.

- Ca va, Miku ? s'enquit gentiment le blond.

Leurs bottes faisaient crisser la neige. C'était amusant. Miku avait l'impression que quelqu'un mâchait des Chocapic à chacun de ses pas.

Le temps avait glissé, naturellement. Elle ne se rappelait pas très bien de ce dont ils avaient parlé, mais elle avait beaucoup souri. Comme d'habitude.

Ils étaient arrivés devant chez elle avec regrets. Après lui avoir fait jurer de rester sur place jusqu'à ce qu'elle ouvre la fenêtre de son balcon et lui avoir fait la bise, Miku enleva ses bottes, son manteau et ses affaires en hâte, puis se précipita dans sa chambre et ouvrit ses fenêtres, comme convenu.

Len attendait toujours, les mains dans les poches, sa tuque grise vissée sur le crâne. Il la contempla un instant, puis, comme s'il était pressé, s'empara de son sac et courut à toute vitesse vers l'extérieur.

Miku se mit à crier son nom désespérément. Elle n'avait pas compris.

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Miku revint à la surface à ce moment-là.

Elle serrait encore le téléphone dans sa main : malgré la fraîcheur de cette soirée de printemps, ses mains étaient toutes moites. Elle leva les yeux et examina l'endroit autour d'elle. Inconsciemment, Miku avait marché vers son domicile tout en restant plongée dans ses pensées. C'était un vrai miracle qu'elle n'ait pas eu d'accident.

Elle poussa la porte de son grillage et perdit son souffle.

Adossé à l'arbre, mains dans les poches, se tenait Kagamine Len.

- Len ? murmura-t-elle, rougissante.

Lui aussi se mit à rougir. Il s'avança vers elle. Un peu gauchement, il lui prit la main.

- Hm-m, c'est moi. Ca va ?

- Je vais bien. Ca fait combien de temps que tu es là ?

- Dix minutes au pire.

- Dix minutes ! Mais c'est…

- Pas très long quand je sais que tu rentres. D'où rentres-tu d'ailleurs ?

- Un ballet. Avec Prima Ballerina.

- Rin ne m'a pas menti. Comment c'était ?

- Prima était géniale ! Absolument fascinante ! s'écria Miku en jetant les bras en l'air. On ne voyait qu'elle. Vraiment qu'elle, incroyable !

Elle se rendit soudain compte de son excitation et de ses cris. Rougissante, elle détourna les yeux puis leva timidement la tête, plongeant son regard vert d'eau dans celui de Len.

- Désolée, murmura-t-elle. Je dois sûrement te surprendre…

- Tu me surprends, avoua Len en souriant. Mais je trouve ça joli.

- Joli ?

- Comment tu… Euh… La lueur dans tes yeux. C'est fou, tu t'illumines totalement quand on parle de danse.

- O-oh. Merci.

- Que dansait-elle, au fait ?

- Le Boléro

- Ah ! J'ai déjà vu une représentation, commenta Len. C'était impressionnant.

Miku fronça les sourcils.

- Je suis sûre que tu mens. Les garçons ne s'intéressent pas à la danse.

Len haussa les épaules, toujours souriant.

- Je ne mens pas, rigola-t-il. Je l'ai vraiment vue.

Puis, avec un coup d'œil à sa montre, il ajouta :

- Je vais devoir y aller.

- Déjà ? lâcha Miku.

Elle rougit. Len aussi.

- Pourquoi es-tu venu, sinon ?

- Ah. Euh… Je… Euhm.

- Oui ?

- Teuvnirvoirunpestacle ?

- Quoiquoiquoi ? Len, moins vite, s'il te plaît ?

- Euh… Je- bon, euh, la MJC, ils… Ils font un spectacle, et… Euh, j'ai un solo de guitare…

- Je viendrai, coupa Miku en souriant. Sans faute.

- M-mais tu as sûrement d'autres choses à faire-

- Tut tut tut, gourmanda Miku en agitant le doigt sous le nez de Len. N'essaye pas de me distraire; j'ai dit que je serai là.

Len, toujours rougissant, laissa échapper un soupir faussement exaspéré. Miku lui sourit et l'embrassa gentiment sur la joue, admirant la teinte carminée que reprit son petit ami.

- Tellement prude, taquina-t-elle.

- Ça va, balbutia-t-il, légèrement vexé. C'est la première fois que j'ai une copine-

- Oh ?

- Laisse-moi finir. Une copine aussi bien que toi.

Ce fut au tour de Miku de rougir.

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Elle s'allongea dans son lit et éteignit les lumières. Il n'était pas tellement tard, mais elle était exténuée.

Miku s'endormit en souriant.

Le mélomane, son petit ami, il était craquant. Dans tous les sens du terme.

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Elle rêva de la veille, avec l'air qui sentait tellement bon, et le visage un peu renfrogné de Len, un peu rouge, totalement adorable.

Miku avait complètement agi par impulsion. Elle s'était penchée en envoyant valser toute sa raison; au diable la raison, haut les cœurs. Elle était amoureuse.

Elle s'était penchée, et elle l'avait embrassé, le mélomane.

Quand elle avait reculé, complètement déboussolée, exactement comme le garçon en face d'elle, Miku avait d'abord paniqué, parce que Len avait fait quelques pas en arrière, puis, il était revenu, absolument écarlate.

Et ces mots qui étaient devenus ses mots naquirent dans sa bouche.

Elle ne lui avait pas encore dit, néanmoins, elle le pensait très fort. Miku murmura dans son sommeil :

- Je t'aime, Len…