Disclaimer : Kusuriuri ne m'appartient pas.


Si l'espoir était un arbre, il serait plus grand et plus large que n'importe quelle forêt.

Ses innombrables racines plongent dans le sol, prennent vie dans le cœur humain et se nourrissent du meilleur de l'humanité, grandissant en même temps que leur émotion.

Autour de lui, de multiples esprits abondent, attirés par son éclat. Pareil à un vol de papillons multicolores.

Entre ses racines, se cachent quelques insectes effrayés.

Les rêves sont ses feuilles.

Ils naissent, poussent et se flétrissent.

Puis, tombent... tandis qu'un nouveau rêve prend sa place.

Certains fleurissent même.

Ils sont porteur d'espoir.

Mais ils ne sont qu'illusions.

L'espoir n'existe pas.

Pas plus que cet arbre... qui hante mes rêves.


Le théâtre était désert.

C'était elle qui devait encore ranger les accessoires et les costumes que les autres n'avaient pas eut le temps de ranger. Comme d'habitude. Ce n'était encore que sa période d'essai et le directeur en profitait bien.

Elle ne pouvait qu'obéir et espérer être embauchée. Cette fois-ci.

Mika rangea le chapeau à plumes bleus dans sa boite et posa la boite au-dessus des autres boites. A coté de l'armoire, contenant les costumes les plus fragiles. Les autres étaient sur les tringles à roulettes à côté de l'accès droit de la scène.

Des tas de robes, de vestes, de pantalons, qui sentait le renfermé et la poussière.

Des cartons et des cartons de chapeaux, de foulards, de masques, de faux bijoux, de trucs et de machins.

Des tonnes de décors, de meubles plus ou moins solides, de bouts de tissus et de planches, de cordes et de poulies, de peintures, d'outils et de bordel.

Bordel.

C'était le mot.

Ce théâtre était un bordel sans nom.

Elle soupira et se retourna pour partir mais se figea en apercevant la silhouette blafarde d'un mannequin de l'autre côté des coulisses.

- Foutue mannequin...

Ce mannequin lui foutait les jetons quand elle se retrouvait seule le soir. Le mannequin et les costumes. Les jeux d'ombre qui leur donnait vie pendant quelques secondes de terreur.

- Je regarde trop de films d'horreur.

Elle referma une porte de porte de placard et esquiva les obstacles sur le chemin avant de passer à côté du mannequin aux yeux vides. Rapidement. Et sortit en vérifiant qu'elle n'avait rien oublié. Une fois la porte refermée, plus moyen d'entrer sans les clés. Mesure de sécurité, selon le directeur. Sérieusement, qui voudrait voler quoi que ce soit là-dedans ?

Un grincement se fit entendre à l'intérieur.

Elle se figea, en retenant la porte et écouta.

Un frisson lui parcouru le dos quand un nouveau grincement se fit entendre.

C'était le bois.

Elle laissa retomber la porte et s'enfuit en courant, les nerfs à vif. La porte claqua. Elle sursauta et se retourna, juste pour être sûre que c'était bien refermé.

La porte était entrouverte.

Quelque chose bloquait la fermeture.

- Et merde.

Elle voulait prendre ses jambes à son cou mais si quelque chose disparaissait du théâtre, tout lui retomberait sur le dos.

Mika prit son courage à deux mains et chassa les images d'héroïnes se faisant massacrer en hurlant de ses pensées, avant de revenir sur ses pas.

- C'est juste une porte coincée.

Mais elle ne pouvait s'empêcher de marcher sur la pointe des pieds, tout doucement. Elle avait presque atteint la porte, son coeur battait comme un fou et le souvenir du mannequin envahissait sa tête.

Elle approcha sa main lentement. Elle s'attendait tellement à voir un pied blanc en baissant les yeux, qu'elle fut stupéfaite en ne voyant rien. Elle poussa doucement sur le battant, juste assez pour que la fermeture s'enclenche et poussa un soupir de soulagement quand le clic résonna dans la ruelle.

- Une porte coincée, tu vois... juste une porte coincée.

Elle fit demi-tour d'un pas rapide et rejoignit la rue principale au milieu des odeurs de poubelles et de rats crevés, non sans jeter un dernier coup d'oeil à la porte arrière du théâtre Noroi.

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Un murmure le tira de son inconscience.

Illusion ?

Non.

Il flottait.

Il connaissait cet endroit.

Un Bakeneko l'y avait envoyé un jour.

Mais ce n'était pas aussi sombre.

Est-ce qu'il était éveillé ?

Est-ce qu'il était juste... mort ?

Non.

Il ne pouvait pas mourir.

Disparaitre.

Etre prisonnier.

Inconscient.

Mais pas juste mourir...

Pour son plus grand malheur.

Le murmure recommença.

Il étendit un peu plus son esprit.

Un rire séduisant résonna et quelque chose l'effleura.

Tenta de le saisir.

De s'insinuer.

Il referma immédiatement son esprit, alors que la pression s'accentuait autour de lui.

Une prison ?

Il combattait les mononoke depuis... une éternité. Jamais ils ne l'avaient vaincus.

Jusqu'à aujourd'hui.

Tout ça à cause d'un... Humain.

Un... Humain...

Avec un peu de chance... lui aussi finirai par... disparaitre.

Comme elle.

###

Retrouver les rues animées étaient une bénédiction. Mika rentra chez elle après avoir acheté un sandwich et se laissa tomber sur le canapé, pour regarder une émission stupide mais ayant la vertu de chasser les idées bizarres et inquiétantes.

Ce qui ne l'empêcha de rêver du mannequin. Il la poursuivait dans le théâtre. Dès qu'elle le quittait des yeux une seconde, il se rapprochait d'elle. Dès qu'elle clignait des yeux, il bougeait. Comme les anges pleureurs...

Terrifiant !

Elle hurla quand il la toucha et se retrouva ailleurs. Un endroit familier. Une vieille maison japonaise traditionnelle sombre, pleine de poussière et de toiles d'araignée. De courants d'air et de grincements. Elle portait un kimono et était bien coiffé en chignon avec de longues épingles dans les cheveux.

Elle n'aimait pas cette maison.

Ce qui la guettait ici était bien plus dangereux que le mannequin.

Elle voulait se réveiller.

Elle savait qu'elle rêvait.

Depuis toujours, elle avait la capacité de prendre conscience de ses rêves.

Et elle savait qu'elle devait de réveiller !

Elle savait que ce n'était pas possible.

Elle savait qu'elle était... prisonnière.

De qui ?

Pourquoi ?

L'ombre dans la maison sembla se masser dans un coin et l'ambiance devint très lourde.

Un murmure sourd lui irritait les oreilles et l'esprit.

Elle n'était plus seule.

Elle n'était jamais seule ici.

- Laissez-moi tranquille !

"Rêves pour moi..."

Le murmure clair et net, tout près de son oreille, la fit sursauter. Elle se réveilla enfin, en panique. Elle alluma sa lampe de chevet et scruta sa chambre, en s'arrêtant sur chaque ombre suspecte.

Le problème quand on a un peu trop conscience de ses rêves ou de ses cauchemars, c'est qu'on ne sait pas toujours QUAND on rêve.

Mika se pinça.

Rien.

Elle se pinça à nouveau, plus fort.

Toujours rien.

Le murmure revint à la charge.

Elle resta immobile, assise dans son lit et ferma les yeux, en comptant...

"Rêves pour moi..."

Jusqu'à 10.

Elle rouvrit les yeux et se réveilla enfin, réellement.

Elle était allongée dans son lit, l'esprit embrumée, en sueur.

Elle se pinça, juste pour être sûre.

Aie.

Enfin...

Et il n'était que 5 heures du matin. Trop tôt pour se lever. Trop tard pour se rendormir. Elle prit son livre anti-cauchemar, un roman d'amour rose à vous donner envie de vomir et lut jusqu'à 6 heures, sans parvenir à se concentrer réellement sur les mots.

L'idée de retourner au théâtre la rendait malade.

Ce n'était qu'une idée, à cause de la fatigue et la "glauquerie" du lieu mais la sensation de ne pas être seule l'avait marqué. D'être observer par ce mannequin.

Mais elle ne serait pas seule.

Tout ce qu'elle avait à faire, c'est s'arranger pour ne pas avoir rester plus tard que les autres.

Sûre qu'elle ne serait pas seule.

Et elle devait absolument ranger ce mannequin ailleurs.

C'était la première d'une petite pièce, joué par une petite troupe qui essayait de se faire connaitre. Une chance pour la troupe comme pour le théâtre. Une chance pour elle car même si demain elle était licenciée économique, ça lui permettrait de toucher des aides un peu plus longtemps et de remplir le frigo.

Le frère du directeur, Paul, était en train de fouiller dans le bordel quand elle arriva. Il redressa, couvert de poussière, frotta son jean et son T-shirt blanc désormais gris et lui fit un signe en souriant.

- Bonjour, Mika. Tu as l'air fatigué. Tu as finis tard ?

Brun, 30 ans, les yeux bleus, musclé juste ce qu'il faut, beaucoup de charme. Dommage qu'il soit aussi stressé. Dommage qu'elle ne se sente pas de sortir avec qui que ce soit.

- Bonjour, Paul. J'aurais fini plus tôt si j'avais eu un coup de main.

Ils étaient 5. De la famille et des amis du directeur, pour la plupart, qu'il ne payait probablement pas ou pas officiellement. 5 et pas un pour l'aider.

- Désolé, j'avais... un rendez-vous.

Il avait l'air gêné au moins. Il lui parlait au moins, pas seulement pour dire "bonjour", "au revoir" et "mets-ça ici". Par moment, elle se demandait pourquoi elle avait été embauché vu le peu d'activité qu'il y avait dans ce théâtre et l'amabilité de ceux qui y travaillaient. Ce n'était pas faute d'avoir essayé d'être amical.

- Comme toujours.

Son irritation s'évanouit en s'apercevant que le mannequin avait disparu. Paul regarda dans la même direction, nerveux.

- Où est-il ?

- Qui ça ?

- Le mannequin. Tu l'as déplacé ?

- Quel... mannequin ?

Paul travaillait peut-être dans un théâtre mais était très mauvais acteur. Son ignorance était aussi convaincante que les soi-disant excuses qu'il trouvait pour ne pas l'aider le soir. Les autres ne prenaient même pas la peine d'en chercher. Ils partaient et c'est tout.

Mais pourquoi mentir au sujet du mannequin ?

Cool Mika, il avait probablement peur de se faire tuer par son frère.

- Il y avait bien un mannequin ici. Je l'ai vu encore hier soir.

Paul pâlit brusquement, en regardant autour de lui.

Elle se sentit mal, sans trop savoir pourquoi exactement.

- Je dois aller vérifier... l'accueil. On a besoin de cordes. Elles doivent être... par là.

Il indiqua vaguement une zone dans le bordel et disparu le temps qu'elle regarde l'endroit en question.

- Attend !

Elle allait le suivre quand une voix dure se fit entendre derrière elle. Elle sursauta et regarda le directeur. La cinquantaine. Grisonnant. Toujours de mauvaise humeur. Toujours en costume comme si ses affaires étaient florissantes.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Sors les costumes et mets-les dans la loge. Les artistes seront là dans deux minutes !

- Tout de suite, monsieur.

Il fit demi-tour mais elle l'interpella avant qu'il ne disparaisse comme son petit frère.

- Les cordes, je dois en faire quoi ?

- Quels cordes ?

- Paul m'a dit que vous aviez besoin de cordes.

- Pas du tout ! Fais ce que je t'ai dit au lieu de trainer... et rajoutes des fleurs ! Et de l'eau !

- Oui, tout de suite, monsieur.

L'homme repartit comme il était venu et elle soupira, avant d'aller préparer la "loge" pour les "artistes". Il n'y avait pas de fleurs ici mais elle avait tout juste mit des bouteilles d'eau... quand ils n'arrivèrent pas.

Elle se regarda dans l'un des miroirs et détourna les yeux. Ses cheveux était toujours aussi roux et indomptables, ses yeux trop verts et cernés, son teint trop pâle, sa poitrine trop plate. Son look ressemblait à celui de sa mère. Sans oublier les tâches de rousseurs. Si elle trouvait un petit ami et un boulot stable un jour, elle pourrait adresser une prière à qui voudra l'entendre.

Ce gars vivait vraiment dans un autre monde. Il n'y avait pas plus d'artistes que de loges. Juste un débarras qui avait été vidé, nettoyé à fond et aménagé correctement pour ressembler à une loge. Son frère aussi semblait atteint de la même folie. Pourquoi est-ce qu'il voulait des cordes ?

Elle se mit en quête de fleurs dans le bordel, trouva les cordes et les posa bien en évidence - au cas où - avant d'aller enquêter dans les parties réservés aux "personnels". Il n'y avait aucune fleurs ici mais elle trouva un joli vase qu'elle posa dans le débarras, qui donnerait peut-être un peu plus de classe à l'endroit. Non, même pas. Qui donnerait peut-être un peu plus de classe pour le directeur.

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La troupe avait répétée les derniers détails toute journée et elle s'était tenu à leur disposition toute la journée.

Le directeur était ravi.

Les acteurs étaient ravis.

Il y avait plus de fesses que ces vieux sièges - dépoussiérés et nettoyés - devaient en avoir vu depuis longtemps. Presque la moitié de la salle. Ce théâtre n'était peut-être aussi miteux que ça, en fait... à moins que ce ne soit ses derniers sursauts avant de s'éteindre pour de bon.

Mika était encore dans les coulisses, pour aider les acteurs à changer de costumes ou quoi qu'ils aient besoin. Paul était à l'accueil. Son meilleur ami, Ricky ou Rosko, quelque chose comme ça, s'occupait de la technique avec un des neveux du directeur. Il avait un nom de pub. Danone... non, Dany.

Tout était en place.

Elle jeta un œil dans les coulisses, craignant de voir ressurgir le mannequin... mais c'est les cordages avaient disparus.

Elle frissonna.

Les acteurs entrèrent en scène et la pièce commença.

C'était peut-être de la paranoïa mais elle avait le sentiment que quelque chose n'allait pas. Elle devait aller voir Paul. Elle jeta un oeil pour vérifier que monsieur le directeur n'était pas dans les parages avant de quitter son poste.

Paul n'était pas à son poste non plus.

Inquiète, Mika décida de faire le tour du théâtre et alla voir le local technique, ne le trouvant nul part ailleurs. Ricky - ou Rosko - ne savait pas où il était et se demandait également où était Dany. Ca faisait un moment qu'il était parti aux toilettes mais Ricky ne pouvait pas quitter la technique en pleine représentation.

Paul et maintenant Dany. Quelque chose n'allait vraiment pas. Elle retourna dans les coulisses, ne voyant pas quoi faire de plus pour l'instant à part éviter de s'attirer les foudres de son patron. Si ils n'étaient pas ici, où étaient-ils ? Elle regardait autour d'elle, tout en gardant un oeil sur le déroulement de la pièce quand elle remarqua un mouvement vers le pont flottant au-dessus de la scène.

Paul et Dany était là-haut.

Avec les cordes.

Mais qu'est-ce qu'ils faisaient ?

Elle allait les rejoindre, malgré sa répugnance à monter là-haut, quand la voix dure redoutée l'interpella.

- Où est-ce que tu vas ?

Elle se retourna et fit face au directeur, paré de son plus beau costume. Elle pourrait dire qu'elle allait aux toilettes... et se retrouver mêlée aux manigances de ces deux-là.

- J'ai vu Paul et Dany avec les cordes sur le pont flottant. J'allais voir ce qu'ils...

- Qu'est-ce que tu...

Le directeur la regarda durement et pâlit, en levant les yeux vers les hauteurs des coulisses.

Et rougit de colère.

- Oh non... non, non, non !

Il partit, l'air furieux et se dirigea vers les escaliers en répétant "Non" tellement fort qu'un des acteurs se retourna vers les coulisses. Elle lui fit signe que tout allait bien et suivit prudemment son patron jusqu'au pied des marches en bois. Trop petites, raides et grinçantes. Les deux fautifs étaient déjà en train de redescendre, leur frère/oncle aux fesses. Il faisait de grands geste, se retenant visiblement de hurler. Il la foudroya du regard en la voyant et Mika retourna à son poste plus vite qu'elle ne l'avait quitté.

Le patron passa à côté d'elle, en attrapant les garçons par la chemise et les poussa en avant, direction les loges.

Une fois la porte refermée, elle les suivit et colla son oreille contre le bois.

- Avez-vous perdu l'esprit ? Vous vous rendez compte de ce que vous alliez faire ?

- Je devais le faire ! Je ne supportes plus ce théâtre !

Le ton désespéré de Paul la fit frémir.

- Et est-ce que tu as pensé à moi ? A mon théâtre ? A sa réputation ? A MA réputation ? Une affaire comme celle-là l'aurait fini !

- Tant mieux. Comme ça plus personne ne remettra les pieds ici ! Je n'aurais plus à endurer ça !

- De quoi tu parles, Paul ?

- Tu sais de quoi je parles !

- Personne ne t'oblige à travailler avec moi. Et toi, Dany ? Pourquoi ? Je croyais que tu aimais ce travail !

Un silence terrible tomba et une chaise grinça sous le poids soudain de quelqu'un.

- Je... je ne voulais pas le faire, mon oncle...

- Pourquoi alors ! Foutre ta vie en l'air et la mienne avec !

Dany se mit à pleurer mais son oncle continua à s'acharner sur lui, en hurlant de plus en plus fort.

- Est-ce que tu as pensé aux artistes ? Aux gens qui sont venus au théâtre pour voir un spectacle ? Tu voulais vraiment leur montrer CE spectacle-là ?

- Je ne sais pas... pourquoi... Je te le jure !

- Deux pantins au bout d'une corde !

L'explosion de voix la fit sursauter et elle cogna la porte par erreur.

- C'est quoi ça ?

Les pas lourds semblèrent se ruer vers la porte, ne lui laissant que le temps de se redresser et reculer d'un pas. Elle tomba en arrière quand la porte s'ouvrit à la volée et essaya de prendre un air naturel mais...

- Tu écoutes aux portes, maintenant ? Retournes travailler ou ce n'est pas la peine de revenir demain !

Elle se retrouva soudain sans voix, à fixer bêtement le directeur plus que furieux. Dans la loge, le mannequin la fixait. Il n'était pas là la dernière fois qu'elle était venue ! Et pourquoi il la fixait elle ? Mais la sensation d'être observée ne venait pas de devant. C'était derrière elle. La terreur la submergea mais elle était incapable de...

Fais quelque chose, Mika ! Fais quelque chose !

- Je suis... désolé... de vous déranger, monsieur. Je voulais seulement savoir si je devais ranger les cordes.

Qui pouvait parlé aussi calmement ? Avec ce qui avait faillit se passer ?

- Les cordes ?

L'homme tiré à quatre épingles se calma un peu, surpris. Continua de la regarder.

- Non, ça peut attendre. Occupes-toi de la pièce. Et désolé de t'avoir accusé.

Comme si c'était elle qui avait parlé.

- Je comprends, monsieur. Ca va. Je retourne travailler.

Elle avait parlé ?

Mais non !

Elle se redressa... Non, "on" la relevait et ses jambes s'éloignèrent. La porte se referma. Elle tenta de reprendre le contrôle de son corps mais plus elle tentait de saisir ses membres, plus elle se sentait engourdit. Comme lorsque que l'on se réveille, sans avoir vraiment "conscience" de son corps, tout en sachant qu'il est là... mais là, elle était parfaitement réveillée et parfaitement consciente que... c'était un cauchemar ! Et ses pieds continuaient d'avancer !

Un acteur qui sortait de scène vint la voir, l'air irrité. Un rôle de samouraï ou de rônin, d'après son casque en forme de cloche avec des pics au-dessus. Il portait un plastron noir, ainsi que des protections sur les bras et les épaules, les côtés et les jambes au-dessus d'un kimono et d'un hakama. Très impressionnant, vu de loin mais plutôt moche, de près. Pour aller avec le tout, un katana en fer verni, émoussé bien entendu.

- Qu'est-ce qui se passe ? Vous avez fini de hurler ?

- Oui, tout est réglé. Désolé du dérangement.

Sa bouche se tordit dans un sourire qui lui sembla parfaitement horrible et elle hurla dans sa tête.

Sans effet.

Elle le supplia du regard mais l'homme fit demi-tour, l'air mal à l'aise. Son corps reprit son chemin, autonome et contrôlé, comme si elle n'était qu'une marionnette dirigée par un ventriloque très doué.

Où allait-elle ?

Elle dépassa l'endroit où elle était sensé attendre, luttant en vain contre la volonté qui l'utilisait... et continua.

Où m'emmenez-vous ?

Vers les escaliers.

Non... pas les escaliers !

Commença à monter les marches, en craignant la chute à tout instant. Elle ne savait même pas où elle posait les pieds ! Cet escalier était dangereux ! Elle avait faillit tomber à cause d'une marche pourrie quand Paul lui avait fait visiter le théâtre ! Elle détestait ces escaliers et ce pont ! Seul un cas de force majeur ou un ordre du directeur pourrait la convaincre de monter là-haut !

Lâchez-moi !

Seul un rire glaçant et râpeux lui répondit alors que le bois craquait dangereusement sous ses pieds. Un rire dans sa tête !

Sortez de mon corps !

"Pas encore... bientôt..."

Qu'est-ce que vous me voulez ?

Le souvenir de la conversation qu'elle avait surpris dans la loge et les cordes lui revinrent en mémoire et une terreur sans nom l'envahit. Cette chose allait la tuer. Cette chose allait la pendre... comme elle avait essayé de pendre Dany, avec l'accord de ce fou de Paul.

Elle tenta de ralentir son ascension finale, en se concentrant sur ses pieds. Rien à faire... et chaque pas la rapprochait du pont flottant... et chaque pas était une torture...

Elle s'attendait à traverser le bois à tout instant.

Elle l'espérait même, vu la situation.

Ne me tuez pas... pitié...

Pas de réponse de la chose dans sa tête.

Une larme coula sur sa joue... et elle sentit l'eau couler contre dans sa peau, un peu comme une démangeaison. Un peu. Un tout petit peu. Un "tout petit peu" plein d'espoir.

Grattes-toi, Mika !

Le pont était en vue.

La larme continua à rouler sur sa joue, lentement, jusqu'à son menton... puis dans son cou.

Grattes-toi, aller !

Une dernière marche et le pont serait là.

La larme glissa sous son T-shirt, vers sa poitrine.

Sa main ne bougeait pas. Pas plus que son bras. Pas selon sa volonté.

Elle avait chaud. Elle était en sueur. Sa respiration était difficile.

SA respiration... à ELLE.

Oui !

La marche grinça et le pont apparu dans toute sa longueur. Plongé dans l'obscurité, malgré la proximité de l'éclairage, qui chauffait l'air.

Non !

Les cordes étaient là, prête à être jeté dans le vide. A bout de l'une d'elles, un pantin de chiffon. Un autre attendait un sort semblable à côté.

Deux pantins !

Dans d'autres circonstances, elle aurait rit.

Mais ce n'était pas un pantin que cette chose comptait pendre...

Aidez-moi, je vous en prie... si quelqu'un m'entends... si quelqu'un... quelque chose... m'entends... Pitié !

###

L'ombre sourit.

- Est-ce que tu le sens, Apothicaire ? L'appel de l'espoir... que je vais dévorer. Est-ce que tu me hais ?

Il rit doucement, en sentant l'énergie de l'épée se débattre dans sa main.

Qu'il maîtrisa aussi facilement qu'un bébé.

- Patience. Ton tour viendra... un jour...

###

Aidez-moi, je vous en prie... si quelqu'un m'entends... si quelqu'un... quelque chose... m'entends... Pitié !

Une autre larme coula sur son joue, réveillant un peu plus son corps...

Mais pas assez. Pas assez vite. Le bout de ses doigts lui obéissaient à nouveau et le bout de ses orteils. Son nez. Ses oreilles, qui était glacé de terreur malgré la chaleur étouffante.

"Il n'y a personne qui puisse t'entendre, humaine. Ici. A part moi..."

Le rire accompagna le nouveau grincement de la planche sous ses pieds.

Elle arriva face à la corde libre.

Elle se pencha et ramassa la corde, incapable de détacher le regard du pantin encordé alors que ses mains agissaient efficacement. Et que son visage souriait avec démence.

Elle se voyait déjà en bas...

Elle entendait le grincement de la corde.

Elle entendait presque les hurlements de la foule et des acteurs en train de fuir...

pendant qu'elle...

Une femme hurla.

Mika sursauta intérieurement avant de vaguement se rappeler qu'à un moment, une des actrices hurlaient. Ce bref sursaut lui rendit l'usage de ses mains mais la corde était déjà autour de son cou.

Seulement de ses mains.

Son corps se relevait déjà.

Tous ses efforts pour en reprendre le contrôle la laissèrent en sueur et essoufflée, le coeur battant comme un fou... en vain.

En bas, les acteurs jouaient dans leur décor, dans la lumière, devant la masse de spectateurs plus ou moins attentif. La lumière d'un téléphone dans l'ombre du public accrocha son attention.

Bientôt, elle aussi serait dans la lumière.

Pourquoi vous me faites ça ?

Et elle n'y pourrait rien.

Pleurer ne servait à rien.

Espérer ne servait à rien.

Prier ne servait à rien.

"Qu'importe, toi ou un autre... tant que cette parodie prend enfin fin !"

La fureur de cette chose était palpable. Infinie. Inexorable.

Elle pria pour que le directeur la cherche et ne la trouve pas.

Elle en était terrifiée. Elle voulait en être terrifiée.

Pour qu'il hurle son nom et que le choc lui rende sa volonté. Pour qu'il la renvoie... et qu'elle ne revienne jamais ici !

Pour rester en vie !

Mais personne ne hurla son nom. Ses mains s'accrochèrent désespérément à la rambarde...

- Disparais, mononoke...

Une voix basse, monocorde, sans aucune émotion, se fit entendre et sa tête se tourna.

Un homme, qui n'était pas là il y a une seconde, se trouvait devant elle. Il était étrange. En kimono bleu. Une ceinture jaune et rouge autour de la taille, attaché avec un gros nœud. Un bandana violet sur la tête, pour retenir ses cheveux blonds cendrés. Des anneaux bleus dans les cheveux tombant devant son visage. Du maquillage rouge autour des yeux, sur le nez et violet sur la lèvre supérieure, comme si il n'avait pas eut le temps de finir de se maquiller, qui donnait l'impression d'un sourire. Un regard bleu, profond mais vide. Une épée dorée et rouge, avec des petites pierres vertes et un grelot attaché au bout, à la main. Des breloques autour du cou et aux oreilles... qu'il avait d'étonnamment pointues.

- Qui es-tu ?

- Personne.

- Alors occupes-toi de tes affaires !

Son corps pivota brutalement et son bras se leva en direction de l'inconnu, alors qu'une sensation glacé la traversait et qu'un souffle de vent faisait se dresser les deux pantins de chiffon, comme si ils étaient soudain vivants. Elle se sentit soudain fatiguée, comme si elle venait de courir un 100m en une seconde. Comme si elle continuait de le courir. Le grelot chanta quand l'homme dressa l'épée face à lui, avec une vivacité qu'on ne lui aurait pas prêtée, mais en travers au lieu de dégainée la lame et la pointer vers elle. Vers eux.

Arrêtez ! Laissez-moi partir !

- J'ai dis... disparais !

Le ton monocorde se fit brusquement très sec et menaçant. Le regard indifférent et lointain de l'inconnu se fixa sur elle, avec une malveillance encore plus grande que celle qui la manipulait. Elle frissonna, terrifiée, en sentant "quelque chose"... tout comme la chose, qui contrôlait son corps. Elle tomba lourdement au sol, haletante et tremblante, en même temps que les pantins de nouveau inanimé.

Elle avait retrouvée son corps...

Elle regarda ses mains et bougea son corps, soulagée avant de d'arracher vivement cette corde de son cou. Un soulagement qui disparu quand elle aperçut l'homme étrange, à genou face à elle.

Il souriait.

Le sourire satisfait du chat qui sait sa proie sans défense.

Un sourire horrible, hérissé de deux canines pointues... mais la terreur l'empêchait de fuir.

- Je vous ai... entendu.

Comment ?

Cet homme était aussi diabolique et inhumain que la chose qui voulait la pendre mais bien plus dangereux. Elle n'osait pas bouger, ni détourner le regard. Encore moins appeler au secours.

- Mika ?

Elle sursauta quand on appela son nom en bas mais elle avait trop peur de répondre. Trop peur de provoquer l'homme qui la regardait comme si elle était une cuisse de poulet chaude, grillée juste ce qu'il faut, avec ses petites pommes de terre.

- Où elle est passé, bon sang ?

Les pas s'éloignèrent et elle murmura, craignant et espérant, que le directeur ne monte.

- Qu'est-ce que vous me voulez ?

- Je t'ai sauvé la vie. Tu me dois donc... une vie.

- Une vie ?

- La tienne... ou celle de quelqu'un d'autre. A ta guise... je ne suis pas difficile.

Ce n'était pas possible...

Il voulait... qu'elle tue ?

Il se pencha vers elle, sans cesser de sourire et rit doucement.

- Tu as 24 heures. Passer ce délai, je reviendrais.

Il lui lança un regard amusé et elle eut la sensation qu'il savait exactement à quoi elle pensait. A l'instant même où elle me pensait.

- Essaie de fuir ou de me piéger, je prendrais ta vie... et même plus.

Plus ?

- Ton âme m'appartiendra à jamais.

- Je... je ne peux pas faire ça !

Tuer ou se tuer...

- Je ne peux pas faire... ça...

Il rit toujours aussi doucement et murmura à son oreille, d'une voix charmante. Envoutante. Il flottait une désagréable odeur de souffre autour de lui. Son teint était tellement pâle. Elle s'attendait à sentir une odeur de maquillage mais non. Seulement le souffre.

- Je comprends. Tu veux vivre. C'est la raison pour laquelle je suis ici... enfin, en partie...

Elle le regarda, dubitative.

- Si ces deux hommes n'avaient pas voulus jouer ce vilain tour, tu n'en serais pas là. Considérer ces hommes comme responsables serait... juste.

- Non ! Enfin, si... si ils n'avaient essayés de foutre en l'air la pièce... mais si je n'avais pas prévenu le directeur, c'est eux qui seraient...

- Tu n'es pas un monstre, Mika. Tu es humaine... mais tu as fais ton devoir en prévenant le directeur.

C'était terrifiant. Il semblait anticiper chacune de ses pensées, chacun des arguments qu'elle tentait d'avancer pour échapper à son emprise psychique... car cette chose était dans sa tête !

- C'est eux qui ont attirés le mononoke. C'est à cause d'eux que tu as faillis mourir... et que je suis là.

Il avait raison.

Non !

Enfin, peut-être sur certains points... mais rien ne justifiait de les tuer !

Vraiment ?

Même pas pour rester en vie ?

Elle se surprit à imaginer un moyen de les tuer, sans être accusé de meurtre et repoussa l'homme qui lui embrouillait les idées... mais il lui attrapa les poignets avec une force phénoménale et l'attira plus près de lui. Elle avait des ongles longs, presque des griffes, vernis en violet aussi.

- Une seule vie. Une seule... et je disparaitrais de la tienne.

La douceur de son ton tranchait avec la cruauté glaciale de son regard. Elle était fascinée malgré elle, par son charisme et son charme.

- Les animaux ne comptent pas, bien entendu.

Il se releva tranquillement. Au même moment, une voix lui souffla à l'oreille.

"Prends l'épée."

- Quoi ?

"Maintenant."

Sans réfléchir, sans comprendre, elle se saisit de l'épée et poussa l'homme, avec succès cette fois, avant de s'enfuir en courant.

Un léger vertige la prit.

Ses jambes étaient en coton.

Les couleurs étaient brusquement plus vives, malgré l'obscurité.

Son coeur semblait vouloir sortir de sa poitrine.

Elle allait s'évanouir...

- Non !

Le hurlement de l'homme la fit sursauter. Elle sentit "quelque chose" la tirer en arrière mais elle se rattrapa à la barre de l'escalier, en serrant l'épée de toutes ses forces.

- Reviens !

Le "quelque chose" se dissipa et elle entendit des pas la suivre. Mika descendit les escaliers quatre par quatre et se précipita vers la sortie du théâtre sous le regard surpris d'un des acteurs venus se désaltérer.

Personne ne la suivit mais ce n'était pas pour la rassurer. Au contraire.

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La sensation d'être entravé avait disparue mais la présence de l'Amanojaku était toujours là. Guettant la moindre de ses faiblesses ou impudence. Prêt à fondre sur lui comme le faucon sur la souris. La lumière de son Ombre l'effleura, de l'intérieur, reconnaissable entre tous. Il baissa un peu sa garde et laissa la lumière l'entourer.

L'énergie maléfique se jeta sur son esprit mais fut repoussé par la barrière de l'Autre... mais pas suffisamment pour le forcer à le relâcher. Même en alliant leurs forces.

Son Ombre murmura.

L'Apothicaire se réveilla.

Ils étaient "là-bas".

Le décor monochrome qui les entourait était indistinct, tout comme le plafond ou le ciel.

La tête sur les genoux recouvert du kimono dorés, il se détendit un peu. Il acceptait rarement son assistance, en dehors de la chasse aux démons. Ils avaient beau ne formés qu'un dans l'absolu, dans les faits ils n'avaient rien en commun mis à part leur affection pour les Ayakashi et leur goût pour le danger.

L'Autre le regardait, de ses perturbants - pour les Humains - yeux noirs aux pupilles ambrés. Ses longs cheveux blancs, contrastant avec le hâle de sa peau, lui caressaient la joue.

Imperturbable.

Mais il le sentait affaiblit.

Et l'Amanojaku avait gagné en force.

Néanmoins, l'Autre semblait confiant.

- La tuer aurait rompu le pacte.

Il s'assit lentement et se leva, sans regarder son double spirituel.

- Peut-être.

Il avait pour principe de ne jamais attaquer les Humains. L'Autre n'était pas d'accord avec lui.

Mais il n'avait ni l'envie, ni le temps de discuter.

Au de-là "d'ici", de grands bouleversements étaient en train de se produire.

Ils échangèrent un regard, partageant la même pensée et le même but.

L'Ombre en kimono doré ferma les yeux.

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Elle se retourna vers la porte.

Il était encore là... quelque part.

Elle couru sans réfléchir, vers la grande rue.

Il y avait du monde. Il y avait toujours du monde ici.

Elle chercha son poursuivant dans la foule sans cesser de courir.

Un couple se disputait à grands éclats de voix sur le trottoir d'en face.

Il pouvait être n'importe où !

Les gens qu'elle croisait la regardait bizarrement ou riait, tout en poursuivant leur chemin.

Où était-il, bon sang ?

Une voiture klaxonna. Elle sursauta et se retourna d'un bond.

Son coeur s'arrêta en apercevant - enfin - du bleu... mais ce n'était qu'une femme avec une robe bleu.

Il était là ! Elle le sentait !

- T'as vu ça ?

Quoi ?

Elle se retourna vers la voix, un jeune homme qui montrait quelque chose ou quelqu'un dans la foule mais elle ne voyait rien.

- Où ça ? Où est-il ?

Les gars la regardèrent en riant. Elle les fusilla du regard.

- C'est qui cette folle ?

- Je ne suis pas folle ! Je l'ai vu ! Je l'ai sentit !

D'autres personnes s'arrêtèrent sur elle et elle cessa de scruter la foule pour reprendre sa course.

Se mettre à l'abri ! Vite !

Elle tourna dans le parc, moins fréquenté, avec soulagement mais sans ralentir.

On l'observait toujours.

Elle devait se mettre à l'abri mais où ?

Où ?

Où serait-elle en sécurité ?

Elle se rendit compte qu'elle était sur le chemin pour rentrer chez elle et continua, ne sachant pas où aller d'autre. Ni quoi faire d'autre. En tous cas, il n'était pas question qu'elle remette les pieds au théâtre Noroi !

Elle se calma un peu et reprit son souffle, une fois la porte refermée et verrouillée. Elle vérifia le palier par le judas, avec appréhension, s'attendant à voir un oeil en face du sien. Et revérifia que la porte était vraiment bien fermé. Que personne ne pourrait rentrer ici.

Une partie d'elle-même savait que ce genre de poursuivant se moquait bien des portes mais l'autre se sentait plus rassurée comme ça. Cette même partie d'elle-même qui se disait que c'était impossible. Qu'elle était folle. Qu'elle avait mangé un truc pas clair. Qu'elle avait été drogué. Qu'elle faisait un cauchemar... Pourvu que ce ne soit qu'un cauchemar !

Elle se pinça aussi fort que possible et la douleur lui confirma... qu'elle était folle.

- Non, je ne suis pas folle !

Elle se mit à tourner en rond dans l'entrée et regarda l'épée qu'elle cramponnait toujours dans sa main.

C'était la preuve qu'elle n'était pas folle !

Mais cette épée ne l'aiderait pas à se défendre sans être dégainé.

Elle tenta de tirer la lame, en vain. C'était coincé. Impossible de la sortir.

Elle se remit à tourner en rond, revérifia le palier et la porte avant d'aller à chaque fenêtre, jusqu'à ce qu'elle soit sûre - à peu près - que personne ne l'avait suivi jusqu'ici.

Elle regarda l'épée posé sur la table devant elle et vida son verre d'eau, en tapant nerveusement du pied sous la table.

Et maintenant ?

- Maintenant, tu vas me rendre mon épée.

Elle poussa un hurlement, reprit l'épée et se releva en faisant tomber la chaise.

L'homme en kimono était derrière elle. Toujours aussi tranquille mais quelque chose dans son regard la figea sur place. Une fureur. Une malveillance. Une folie.

Comment était-il entré ?

Elle ne l'avait même pas entendu !

- Laissez-moi tranquille !

- Ne m'obliges pas à te tuer.

- Si je vous donne l'épée, vous partirez ? Pour de bon ?

- Oui.

L'homme tendit la main.

"Il ment."

Elle sursauta et se mit à pleurer. Pas encore... non...

- Sortez de ma tête !

"L'épée est ta seule protection contre lui."

- Pourquoi je vous croirais ?

- Tu n'as pas le choix.

"Parce que je suis le seul à pouvoir te sauver."

Comment savoir à qui faire confiance ?

Un esprit démoniaque ou une voix dans sa tête ?

Elle avait aussi cru être sauvé par la même créature qui l'observait de ses yeux perçants.

- Ceci est une affaire qui ne te concerne pas, humaine. Donnes-moi juste l'épée.

Il savait pour la voix ?

Alors le choix était simple. Elle n'avait pas le choix.

Je ferais tout ce que vous me direz.

"Bien. Fermes les yeux. Concentres-toi sur l'épée. Imagines-la en feu."

Fermer les yeux ?

"Fais-le."

Elle sortit de la cuisine et claqua la porte derrière elle, en s'appuyant dessus... mais cette porte ne la protégerait pas de l'homme.

"Fais-le."

Elle le fit.

Terrifiée.

Tentant de ne pas guetter le moindre bruit autour d'elle.

Tentant de ne pas entendre ce que disait l'homme.

Priant pour que tout ça s'arrête enfin !

Elle fut soudain frappé par l'absence de bruit.

Il n'y avait plus qu'un immense silence.

Profond.

Même le ron ron du frigo et le bruit des voitures s'était tût.

Plus que silencieux.

Terrifiant.

Peut-être que l'homme était parti ?

Elle ouvrit un oeil... et découvrit qu'elle en était incapable.

L'épée se mit à chauffer - réellement - dans sa main et elle réussit enfin à rouvrit les yeux.

L'épée avait disparue !

###

L'Autre rouvrit les yeux, l'épée dans la main et se leva à son tour. Le brouillard indistinct s'était dissipé, laissant apparaitre une maison japonaise traditionnelle - familière - monochrome. L'Apothicaire s'approcha de l'épée et posa sa main dessus. L'esprit qui la faisait vibrer ne lui était pas inconnu non plus.

- Intéressant.

- N'est-ce pas ?

Son Ombre lui rendit son sourire et ils dirigèrent leur volonté unique contre celle du mononoke qui avait eut l'audace de croire qu'il pouvait les tenir en son pouvoir.

L'Amanojaku gronda et tenta de les contenir.

Ils le repoussèrent sans aucun effort, intensifiant l'énergie émanant de l'épée...

Encore et encore.

Jusqu'à ce que la force qui les retenait prisonnier vole en éclat.

Le mononoke poussa un hurlement de rage et les relâcha.


A suivre...