Voici la suite qui vous présente Rumple, comment il est maudit et comment sa famille va réagir face à sa malédiction.

Ce chapitre est assez triste. Préparez vos mouchoirs.

Bonne lecture!


Chapitre 2 : La malédiction

Les années passèrent sans que Luna ne revienne. La reine donna naissance à un deuxième fils, Marcus, plus robuste et plus turbulent que l'aîné. Les deux enfants étaient très proches et adoraient courir dans les couloirs du château, jouer aux chevaliers et monter leurs poneys. Aaron, qui avait maintenant huit ans, aimait passer du temps avec sa mère qui lui enseignait la lecture, la science des plantes et l'art de filer la laine. Elle disait que pour qu'un souverain acquière la sagesse, il devait tout savoir de la vie des habitants du royaume afin de comprendre leurs besoins et problèmes. Le royaume était essentiellement composé de forêts luxuriantes et clairières verdoyantes où paissaient de nombreux moutons. Les fileurs et les tisserands étaient les métiers les plus exercés. Les étoffes confectionnées étaient exportées dans les royaumes voisins et leur assuraient la prospérité. A l'inverse, Marcus suivait son père comme son ombre. Il maniait déjà très habillement l'épée en bois et savait lire une carte. Il aimait venir assister aux réunions du conseil et mimait les gestes de son père. Il n'était pas autorisé à parler ni à faire le moindre bruit, mais il prêtait une oreille très attentive aux débats même si certains détails lui échappaient. Malgré tout, il aimait reparler des événements politiques avec son père qui était très fier.

- Aaron est trop gentil, dit Marius en ôtant ses bottes dans la chambre à coucher.

- Il a un grand cœur, répondit sa femme. Il sera un bon roi.

- Un bon roi doit s'intéresser aux lois et à la politique.

- Il est encore jeune. Laisse-lui le temps de grandir.

- Certains rois n'ont que dix ans, rappela-t-il.

- Ce ne sont pas vraiment eux qui gouvernent, mais leurs ministres.

- Marcus serait bien meilleur. Il sait déjà manier l'épée, il tire très bien à l'arc et comprend les débats politiques et militaires.

- Il sera la main d'Aaron quand tu auras céder ta place, rassura Isabella.

- Je crois qu'on l'a trop protégé à cause de cette sorcière, dit son mari avec amertume en regardant par la fenêtre.

- Es-tu certain que cette femme est une menace ?

- Tu oses douter de moi ? s'insurgea-t-il en se retournant et en la fixant de son regard terrifiant.

- Je… je m'excuse, mon roi, dit-elle en baissant la tête.

- Le jour où elle reviendra, je la tuerai, menaça-t-il en se glissant sous les draps. Elle nous a volé notre quiétude et notre sommeil.

- Elle ne viendra peut-être pas car tu l'as épargnée par amour.

- Je n'y crois pas, répondit-il en tapant son cousin pour qu'il ait une forme agréable. Les esprits maléfiques ne peuvent s'empêcher de faire le mal. La vengeance est un plat qui se mange froid.

- Elle a pourtant toujours été gentille avec toi.

- Elle m'a dupé. Isabella, arrêtons de parler d'elle et dormons. Demain, je vais rencontrer mes ministres pour discuter d'accords commerciaux avec le Nord.

- Fais de beaux rêves mon amour, dit-elle en lui adressant un sourire.

- Bonne nuit, répondit-il avant de déposer un baiser sur son front.

Alors que tout le monde dormait, un papillon aux ailes grises-bleues entra par la fenêtre entrouverte de la chambre royale. Il tournoya au-dessus du lit, observant le couple endormi. Isabella était paisible, mais Marius s'agitait. Il marmonnait et semblait vouloir s'emparer de son épée. Le papillon battit des ailes jusqu'à la porte et se posa sur le sol en pierre. Il plaqua ses ailes sur son dos et se glissa sous la porte. Il s'envola et traversa le couloir, puis se glissa sous une autre porte. Il s'approcha du lit et y trouva un jeune garçon endormi qui tenait son doudou dans ses bras. Son visage était serein et sa respiration profonde. Ses mèches brunes couvraient son petit front bombé.

Le papillon disparut dans un nuage de fumée bleue, laissant place à une femme à la peau gris-bleue écailleuses avec deux grandes ailes. Elle se pencha sur l'enfant et remit une de ses mèches derrière son oreille. A ce contact, il bougea, marmonna quelque chose, bailla et ouvrit les yeux.

Ses iris étaient bruns comme le chêne et un sourire vint éclairer son visage aux joues arrondies. Son petit nez légèrement tordu lui donnait un air un peu espiègle.

- Etes-vous un ange? demanda le petit garçon.

Cette question la fit sourire. Comment pouvait-il penser une chose pareille alors que son visage portait les stigmates de son agression ? Il aurait dû être effrayé par son apparence, par sa peau écailleuse, par ses yeux sombres et ses ailes. Elle détacha le petit sac en cuir qui était lié à sa ceinture et l'ouvrit. A l'intérieur se trouvait une poudre dorée qui allait pour toujours changer l'apparence de celui qui en serait aspergé. Il y a très longtemps, elle avait fait la promesse de se venger de celui qui lui avait volé sa beauté. Mais face à ce jeune garçon au regard innocent, elle se sentait faiblir.

- En quelque sorte, répondit-elle avec un sourire qui ne pouvait plus être beau. Je vais t'offrir un cadeau.

Le petit garçon se redressa sur son lit. Il était curieux de savoir ce que cet ange allait lui donner. Une étoile? Un morceau de lune?

- Je vais t'offrir la même vie que celle que ton père m'a offerte il y a des années.

- Je vais avoir des ailes ? se mit-il à rêver.

- Ce cadeau ne sera pas que pour toi, continua-t-elle. Il sera également pour lui car je veux qu'il comprenne qu'avant de juger quelqu'un, il faut apprendre à le connaître.

- C'est ce que maman dit toujours.

- Tu as de la chance d'avoir une telle mère, dit-elle en lui caressant les cheveux. C'est dommage que ton père condamne si vite.

Des bruits se firent entendre depuis le couloir. Le cœur de Luna s'accéléra.

- N'aies pas peur, dit Aaron. C'est sans doute papa qui a fait un cauchemar. Ou alors, il a entendu un bruit dans le corridor.

La porte s'ouvrit soudainement et le visage de Marius passa de la surprise à l'effroi. Elle était revenue et ne se trouvait qu'à deux pas du lit de son fils. Sa main était toujours plongée dans son petit sac en cuir.

- Ne fais pas ça, Luna. Je t'en supplie. Aaron est innocent.

- J'étais aussi innocente ! Tu m'as volé ma vie, répondit-elle les dents serrées et la larme à l'œil. Pour toujours! Tu as brisé mon cœur et tu as fait de moi une exclue. Et comme si cela ne suffisait pas, tes hommes ont chassé et massacré mon peuple sans raison ! As-tu vu le visage de celles qui ont survécu ? Tu leur as volé leur beauté et leur vie.

- Luna, mon amour…

- Tes actes ont causé trop de peine.

Il s'approcha lentement, la main en avant. Il espérait la raisonner et s'emparer de son petit sac avant qu'elle ne commette l'irréparable.

- Mon amour pour toi a toujours été vrai, confia-t-il en se mettant la main sur le cœur.

- Alors pourquoi tu m'as fait ça ? demanda-t-elle alors qu'une larme glissa le long de sa joue en dévoilant son visage meurtri. Pourquoi as-tu écouté ton père?

- J'étais jeune et naïf. Il m'a influencé. Il m'a convaincu que tu étais un monstre.

- Tu m'avais promis Marius ! s'emporta-t-elle. Tu avais promis de m'aimer qu'importait mon apparence !

- Je… je suis sincèrement désolé.

- Vas-tu aimer ton fils quand il ressemblera à un monstre ?

- Pitié Luna, ne fais pas ça.

- Papa, j'ai peur, dit Aaron de sa petite voix depuis son lit.

- On verra bien si tu l'aimes au-delà des apparences.

D'un geste rapide, elle sortit sa main du sac et jeta la poudre sur l'enfant qui se cacha les yeux avec ses mains alors que Marius s'élança en hurlant sur Luna, espérant intercepter la poudre. Mais quand il s'écrasa contre le matelas, il vit les ongles de son fils devenir aussi noir que la nuit. Ses phalanges se tordirent. Sa peau devint écailleuse et verdâtre. Ses cheveux se mirent à onduler. Ses yeux devinrent ambrés et reptiliens. Ses dents blanches se pourrirent. Marius ne put rien faire pour arrêter la propagation de la malédiction. Il assistait impuissant à la transformation de son fils.

- Papa, qu'est-ce qui m'arrive ? demanda Aaron en regardant ses mains.

- Le sort est irréversible, annonça-t-elle.

Luna s'approcha et lui tendit le miroir brisé que Marius lui avait jadis donné.

- Comme ça tu te verras et jamais tu n'oublieras ce que tu es, dit-elle avant de disparaître.

Marius s'empara de l'objet mais Aaron eut le temps de voir son reflet qui le fit hurler. Que lui avait-elle fait ? Pourquoi lui ? Il n'avait pourtant pas été méchant avec cet ange. Isabella déboula dans la pièce, horrifiée par les cris qu'elle venait d'entendre, suivie de sa servante Ella. Quand elle vit son fils, elle se figea. Ses yeux s'écarquillèrent et sa bouche s'entrouvrit mais aucun son ne sortit. Ses jambes la lâchèrent et elle perdit connaissance. Ella eut juste le temps de la rattraper avant qu'elle ne heurte le sol de pierre. La jeune femme aux cheveux blonds était terrifiée par l'apparence du jeune garçon. Jamais elle n'avait vu une personne avec un visage aussi hideux.

Alban, la main du roi, entra précipitamment dans la pièce, l'épée au poing, prêt à défendre la famille royale. Ce qu'il vit le pétrifia. La reine était étendue sur le sol, inconsciente, son buste soutenu par sa servante, et le roi tenait son fils dans ses bras en pleurant.

Une fois qu'il reposa la reine sur son lit, il demanda au roi ce qu'il devait faire après avoir appris ce qui s'était passé.

- Le sort ne peut être annulé, confia le souverain. Il sera un monstre pour toujours. Jamais il ne pourra me succéder. Ni le peuple, ni nos alliés ne lui feront confiance.

- Mon roi, dit Alban d'une voix qui se voulait rassurante en lui posant une main sur l'épaule. Nous n'avons pas le choix.

- Non, je refuse!

Marius se refusait à sacrifier son fils. Même s'il était un monstre, il était toujours sa chair et son sang. Après une longue discussion, Aaron s'habilla de guenilles et les deux hommes partirent avec l'enfant au milieu de la nuit. Ils traversèrent la forêt à cheval, quelques clairières, gravirent quelques collines et montèrent à bord d'un petit bateau sur le lac. Alban ramait en silence pendant que Marius regardait les étoiles se refléter sur l'eau.

- Papa, où va-t-on? demanda Aaron qui avait peur.

Il ne lui répondit pas. Lui répondre aurait signifié d'accepter la vérité. Il n'était pas encore prêt à lui avouer ce qu'il allait faire. Alban cessa de ramer lorsqu'ils furent encore à une cinquantaine de mètres du rivage.

- Dans ce sac, tu auras de quoi manger pour quelques jours et un peu d'argent, expliqua son père.

- Papa…

Les larmes montaient dans les grands yeux ambrés de l'enfant comme s'il avait compris ce qui allait se passer.

- Nage jusqu'au rivage et marche tout droit, expliqua son père avec la voix brisée.

- Non, papa, s'il te plaît, implora Aaron.

- Tu arriveras à un village avec un port, continua Marius sans céder. Embarque sur un navire et va le plus loin possible. Mais surtout, ne dit jamais qui tu es et ne reviens jamais.

- Papa, ne m'abandonne pas, supplia l'enfant en larmes. Je t'aime. Je veux rentrer au château. Je serai sage. Je te le promets !

Il s'accrocha à ses vêtements de toutes ses forces. Mais Alban le saisit par la taille et Marius décrocha ses mains de son pourpoint. Il gigota pour se débattre et se mit à hurler.

- Je t'aime, Aaron.

Marius l'embrassa sur le front et avec l'aide d'Alban, ils jetèrent l'enfant à l'eau. Mais Marius retint son fils par la manche.

- Mon seigneur, vous devez le laisser s'en aller.

- Il va se noyer, répondit Marius sans quitter son fils des yeux.

- Papa! cria l'enfant qui essayait de s'accrocher pour remonter.

- Vous devez le lâcher, insista la main du roi.

La vue du roi devint trouble à mesure que les larmes s'accumulaient. Son visage se déformait sous le poids de la peine et de la culpabilité.

- Je suis désolé, murmura Marius qui écarta ses doigts.

- Noooooooon! hurla Aaron qui se fit prendre dans un courant.

L'eau emporta l'enfant à quelques mètres de leur embarcation. La main du roi prit immédiatement les rames pour les éloigner afin qu'il ne puisse pas remonter à bord.

- Papa! Papa! hurla son fils qui se débattait dans l'eau froide.

Alban ne cessa pas de ramer. Marius ferma les yeux alors que les cris de son fils lui déchiraient le cœur. La barque disparut petit à petit dans l'obscurité faisant place à un silence de mort.

Marius, Alban et la reine furent les seuls à connaître ce secret. Ella dut promettre de ne jamais parler de ce qu'elle avait vu sous peine d'être renvoyée et sa famille ruinée. Le lendemain matin, le prince héritier fut déclaré mort et des funérailles furent organisées. Le royaume pleura l'enfant pendant trois jours avant que la vie ne reprenne son cours.


C'est déjà la fin de ce chapitre. Qu'en avez-vous pensé? N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire :)