Bonjour à tous et bienvenue sur ce premier chapitre !
Je suis ravie de voir que le résumé a attisé la curiosité de deux de mes fidèles lectrices: Mimi70 et Fannyfique 'Nyfa ! Je vous adore les filles et même si ce chapitre-ci devait vous déplaire, merci beaucoup d'avoir eu la curiosité de lire jusqu'ici.
J'ai des doutes sur la réception de ce chapitre, parce que, ma foi, c'est un chapitre introductif et que mon OC est pour le moment plutôt déprimée, c'est le cas de le dire. Mais ça va aller mieux, promis ! Il faut aussi que je vous prévienne qu'il contient quelques spoils concernant Fleur de Pêcher, même si c'est rien de dramatique ou de capital.
Je vous souhaite en tout cas une très bonne lecture !
(PS : Je m'excuse s'il y a quelques fautes, je suis un peu calquée en ce moment)
- CHAPITRE I -
« Tout est douleur, vide, abandon, si l'amour s'éloigne.
Si l'amour s'approche, tout est joie, espoir et félicité. »
E. Pivert de Senancour, 1804.
Roxanne n'était pas de ceux qui croyaient au hasard. Elle ne l'avait jamais été.
A ses yeux, chaque chose avait une raison d'être. Chaque événement avait un but, accomplissant une destinée. Parfois, le résultat était immédiat. Mais souvent il fallait attendre des années pour comprendre les retours d'un infime détail. Néanmoins la jeune Weasley avait au moins une certitude : il y avait toujours une cause et une conséquence à chacune de ses actions.
Alors ... Elle ne savait pas comment ce journal lui était apparu, ni quelle puissance magique était en jeu. A vrai dire, elle ne savait même pas pourquoi il était véritablement arrivé entre ses mains. Et elle n'avait pas la moindre idée des répercussions que cela pouvait avoir sur sa vie.
Mais cela lui importait peu.
Tout ce que la Gryffondor comprenait c'est qu'on avait réalisé son souhait. Et soudain, ce fut comme une nouvelle obsession.
Il fallait qu'elle sache qui était vraiment Jude Clemens.
Septembre, 1996
"Cher journal,
J'ai envie de croire qu'aujourd'hui sera différent. Je le souhaite de tout mon cœur, de toute mon âme. Je devine à la lumière qui illumine le dortoir que le soleil brille intensément dehors. Mais ses rayons chaleureux restent pourtant glacés, insignifiants à mes yeux. Ils n'ont plus aucunes saveurs, aucuns attraits.
Je vais me lever, ce matin encore, car la vie continue. Je vais me lever et tout sera exactement comme avant, dans la salle commune de notre maison. Comme si rien ne s'était passé. Car l'Été leur a fait oublier. Oublier que nous avons perdu l'un des nôtres, il y a moins de trois mois. Je ne peux pas m'empêcher de les mépriser pour cela.
Cette colère, cette haine envers ceux que j'aime pourtant me fait peur, tant elle a pris de la place dans mon esprit.
Non. Je ne peux pas pardonner leur oubli, ni le cautionner.
Mais sois rassuré, Cédric. Moi, je ne t'oublies pas."
Il était tôt. La lumière du jour commençait doucement à englober le château de Poudlard de sa splendeur. Les rares élèves déjà réveillés s'étaient installés dans la chaleur bienveillante de leur salle commune. Un groupe de premières années semblaient observer avec ravissement la profusion de plantes et de fleurs qui proliféraient dans la pièce aux allures de terrier. Certains plantes, inoffensives, s'amusaient à faire danser leurs branchages pour chatouiller les jeunes curieux tandis que d'autres leurs faisaient signe d'approcher. Autrefois, Jude aurait apprécié cette vision de douce candeur et comme ses amis, elle aurait profité de ce réveil matinal pour travailler tout en discutant dans la bonne humeur de la salle commune.
Mais ce jour-là, elle ne put s'empêcher de lancer des regards agacés vers le groupe de premières années qui s'extasiaient bruyamment, plein de joie de vivre, face à la magie qui animait la nature même.
- Jude, la réprimanda son ami Ernie. Arrête de les fusiller du regard ! La salle commune est faite pour se détendre ...
- Ce n'est pas une raison pour jacasser comme des dindes ou hurler comme des gorilles, Ernest ! Siffla la jeune fille en reportant son attention sur le Poufsouffle qui grimaça en entendant son prénom entier.
- Oh, allez Jude, rappelle-toi de notre première année, nous aussi, on a été comme ça un jour ! Dit-il en levant les yeux au ciel.
- Pas à ce point, nia la jeune Poufsouffle, obstinée.
Ernie soupira, parfois son amie l'épuisait.
- Pourquoi faut-il que tu prennes toujours tout au sérieux ? Lâcha-t-il, agacé.
- Et toi ? Répondit Jude du tac au tac. Pourquoi prends-tu toujours tout à la légère ?
- Écoutez plutôt ça, au lieu de vous disputer comme deux idiots ! Les interrompit Hannah Abbot, la meilleure amie de Jude, qui lisait depuis quelques minutes la première page de la Gazette du Sorcier.
Jude et Ernie échangèrent un regard, grimaçant d'être insulter gratuitement d'idiots. Encore, songea Jude, cela passait pour Ernie qui pouvait se comporter comme le dernier des crétins, mais elle ?! Elle prit néanmoins la décision de ne pas relever pour ne pas démarrer une énième brise de bec et attendit qu'Hannah se décide à lire l'article.
- "Nous remercions donc, de tout coeur, la Nouvelle Grande Inquisitrice de Poudlard, Dolorès Jane Ombrage, qui -nous en sommes persuadés- saura prendre soin de nos jeunes élèves et redonner sa grandeur à notre célèbre école de Sorcellerie" cita la jeune fille en essayant de contrôler sa voix.
Elle replia sèchement le journal, le lâchant brutalement sur la table, avant de plisser son petit nez en trompette, une manie qu'elle avait à chaque fois que quelque chose venait la contrarier. Autant dire que c'était devenu habituel, ces derniers temps. Et comme souvent, après le plissement de nez, Hannah commença à s'énerver à voix haute.
- Dumbledore a complètement perdu la tête, ça y est ! S'exclama-t-elle vivement. Elle est ici depuis moins d'un mois et elle s'impose déjà ! Pourquoi ne fait-il rien pour l'en empêcher, par Merlin ? C'est vrai quoi, c'est lui le directeur après tout, oui ou bouse ?!
- Mais que veux-tu qu'il fasse, Hannah ? Ce sont les directives du Ministère. Si le directeur agit, ils trouveront un moyen pour le faire renvoyer, c'est sûr ! Ils l'avaient bien fait durant notre deuxième année, argumenta intelligemment Ernie en attrapant le fameux journal pour lire l'article en détails.
- Mais quel intérêt ? Pourquoi font-ils ça ?
Jude fixa rageusement la Gazette dans les mains d'Ernie et eut brusquement envie de s'en saisir pour jeter ce torchon dans les flammes de la cheminée, accompagné idéalement par l'horrible bonne femme rose que cet article de propagande osait féliciter ! Enfin, encore faudrait-il que le volumineux postérieur d'Ombrage rentre dans l'âtre de la cheminée ...
- Ils ont peur, siffla-t-elle furieusement. Dumbledore soutient Potter, à propos du retour de Vous-Savez-Qui. Et même si tout le monde pense que le Directeur est cinglé, la population lui accorde toujours une confiance aveugle. C'est pour cette raison qu'ils cherchent à réduire son influence et à le discréditer pour ne pas créer des mouvements de panique ...
Ernie approuva sa théorie d'un hochement approbateur de la tête. Le garçon savait que Jude était bien placée pour connaître les manigances qui se tramaient au Ministère de la Magie ces derniers semaines, sa mère ayant longtemps travaillé dans le service du Ministre avant de se faire renvoyer au cours de l'Eté. Mrs Clemens soupçonnait fortement cette "chère" Dolorès Ombrage d'avoir créé de toute pièce des preuves contre elle, puis d'avoir soufflé à l'oreille du Ministre l'idée de son renvoi.
- Grande Inquisitrice, répéta Jude d'un ton insultant. Quelle blague, cracha-t-elle. Encore une occasion de mettre son affreux nez partout, à ce sale crapaud rose !
Hannah ne pût s'empêcher de ricaner en imaginant Ombrage métamorphosée en crapaud, rose évidemment, par les bons soins de sa meilleure amie. Jude, contrairement aux apparences, était généralement d'une nature agréable, aimable et facile à vivre mais les derniers événements et l'arrivée de leur nouveau et médiocre professeur rendait Jude ... comment dire ... un poil agressive.
- Mais, hésita Ernie en jetant un regard anxieux autour de lui, entre nous ... ce que dit Potter ... vous ... vous y croyez ?
Jude lui lança le regard le plus glacial qui lui était possible de faire tandis qu'Hannah se crispait instantanément, craignant le chemin qu'allait prendre cette conversation. Le retour du mage noir était, pour ainsi dire, devenu un sujet tabou parmi les élèves, chez les Poufsouffles peut-être même davantage que dans les autres maisons. C'était simple à prouver. Depuis la rentrée, Jude n'avait jamais entendu qui que ce soit mentionner les événements de la fin du Tournoi des Trois Sorciers. C'était d'ailleurs ce silence, cette négation, qui la rendait aussi virulente avec son entourage.
- Je ... Je ne sais pas trop, avoua finalement Hannah, songeuse. On a eu tort de croire que Potter était l'héritier de Serpentard, durant notre deuxième année, tu te souviens ? Alors qu'il avait été honnête avec nous et qu'il avait essayé de nous l'expliquer. Et on s'est trompé aussi, l'année dernière, non ? Je veux dire ... qui voudrait participer à un jeu mortel sans avoir les connaissances et l'expérience nécessaire pour survivre ? Peut-être ... peut-être qu'il mérite qu'on lui donne une chance ?
- Je suis d'accord avec toi, Hannah, à propos de l'année dernière. On a vraiment été injuste avec lui mais ... de là à croire pour autant qu'il a bien vu ... Vous-Savez-Qui réapparaître, argumenta Ernie dans un murmure inquiet. Les autres disent que ...
- Et simplement parce que "les autres disent", tu les crois, Ernie ? Coupa furieusement Jude. Es-tu devenu toi aussi un de ces stupides moutons sans cervelle qui se fit à l'opinion générale ?! Alors quoi, Ernie ? Réponds !
- Mais bon sang, qu'est-ce-que tu as, en ce moment ? S'agaça vivement le jeune homme qui en avait assez de subir les humeurs de son amie. Je ne fais que mettre en évidence le fait qu'il n'y a pas de preuves et que sa seule parole ne suffit pas ! Tu ...
Ernie s'arrêta néanmoins immédiatement en voyant des larmes perler aux yeux de Jude. Celle-ci fixait son ami, le regard empli d'autant de fureur que de désespoir, le défiant de continuer sa phrase. Le jeune Poufsouffle se sentit horriblement mal sous le poids de ses yeux et n'eut soudain qu'une envie : disparaître.
- Pas de preuves, Ernie ? Répéta-t-elle, la voix tremblante, un brin de folie dans le regard. Pas de preuves ...
Elle éclata brutalement d'un rire jaune, un peu dément, qui inquiéta sincèrement ses amis.
- Et Cédric ? Souffla-t-elle dans un murmure amer.
Hannah ne put s'empêcher de lancer un regard peiné à sa meilleure amie et se sentit, une fois de plus, impuissante face à sa douleur.
- Ce n'est pas une preuve, ça ? Demanda Jude, ses yeux mordorés plantés dans ceux noirs, gênés, d'Ernie. Parce que ça fait trois mois qu'il nous a quitté, tu l'as déjà oublié ? Tout ce qui reste à tes yeux et à ceux de tous les autres abrutis de ce pays, c'est Potter le menteur, hein ? Mais personne ne se soucie de savoir comment il est mort ! Non. Personne ne sait ce qui s'est réellement passé durant cette putain de maudite épreuve ! Personne ... sauf Potter.
Sa voix était montée crescendo avec sa fureur, ce qui inquiéta ses amis qui jetèrent des regards stressés aux autres élèves. Ernie lui fit signe de parler moins fort et de se calmer. Ils étaient toujours dans leur salle commune et Merlin savait qu'en ce moment les murs avaient de nombreuses oreilles.
- Ce .. Ce n'est pas ce que je voulais dire, Jude. Tu le sais bien, se défendit le jeune homme lorsque la jeune fille se fut calmée. Je ... Je suis désolé, je ne voulais te blesser. Tu ... Tu l'aimes encore, n'est-ce-pas ?
Jude se leva silencieusement et sortit de la salle commune, son sac de cours se balançant au rythme de ses pas. Pourquoi répondre, au fond, puisque la réponse était évidente ?
"La matinée s'est doucement écoulée. Les cours devaient être intéressants. Sans doute ... Mais à vrai dire, je l'ignore. Je n'ai pas su me concentrer, oublier ne serais-ce que quelques heures mes tourments.
La question d'Ernie ne cesse de hanter mon esprit. Inlassablement. Est-ce que je l'aime encore ? Évidemment. Alors pourquoi cette bête interrogation m'a-t-elle remué à ce point ? Ce n'est pas comme si j'en doutais.
Je le sais, je l'aimerai toujours. Même si je dois être la seule à le faire. Même si les gens ne comprennent pas que je m'attache ainsi à un mort, aussi merveilleux fut-il de son vivant. Et même si, en réalité, mon amour n'est pas légitime. Après tout, ce n'était pas moi, sa petite-amie. Mais peu m'importe. Chang peut bien passer à autre chose, si elle en a envie. Moi, je l'aimerai toujours.
Pas seulement parce qu'il est mon premier amour. Cédric était bien plus que le garçon dont je suis tombée amoureuse. Il était l'un de mes plus vieux anciens, un soutien loyal avec un coeur aussi bon qu'immense. Je l'aimais pour cela et même si j'en aimerai sûrement un autre ... un jour ... lui restera toujours dans mon coeur.
La question est désormais de savoir si je souhaite ouvrir ce dernier pour un autre ..."
Jude finissait d'écrire cette phrase lorsqu'une ombre au contour familier se pencha vers son journal pour lire au-dessus de son épaule. Jude s'était installée dans la cour intérieur de l'école, laissant Hannah et Ernie déjeuner tranquillement dans la Grande Salle. Elle les avait abandonné en ressentant le besoin de mettre à l'écrit ses pensées, dans l'espoir d'y voir plus clair. Elle avait perdu l'appétit, de toute manière, depuis le décès de Cédric. Parfois, elle se disait qu'une part d'elle-même était morte aussi, dans cette troisième et dernière épreuve du Tournoi des Trois Sorciers.
Jude referma brusquement son journal avant que son ami ne puisse en lire le contenu. La jeune sorcière n'avait rien à cacher mais elle n'aimait pas qu'on puisse découvrir ses pensées les plus intimes.
- Ne te lasseras-tu donc jamais d'écrire sur quelque chose qui ne pourra jamais te répondre ? Lui demanda son meilleur ami en s'installant sur le muret à côté d'elle.
- L'intérêt, mon cher, c'est justement qu'il ne puisse pas me répondre, sourit Jude. J'ai besoin d'éclaircir mes sentiments, cela ne veut pas dire que j'ai envie pour autant qu'on les critique, comme le font nombres de journaux sorciers. Et c'est là tout l'intérêt d'un bête et banal journal moldu, tu comprends ?
- J'essaie, je t'assure, mais tu es parfois une énigme à toi toute seule, rit-il avant de croiser le regard las de la Poufsouffle. Tout va bien, Judy ? S'alarma-t-il en se penchant vers elle.
- Bien sûr que oui, répondit-elle machinalement en continuant de sourire.
- Jude, gronda le garçon en prenant sa main. Pas de ça avec moi ... S'il-te-plaît.
Le sourire joyeux de la sorcière se fana doucement. Elle avait oublié que son meilleur ami la connaissait trop bien pour se laisser duper. Pas qu'Hannah soit dupe, mais elle avait le tact de ne rien dire. La petite blonde espérait sans doute que ça passe et qu'un jour, la réponse de Jude redevienne sincère.
- Désolée, soupira la jeune fille en dégageant sa main pour la passer nerveusement dans ses cheveux. C'est juste ... l'habitude ... je suppose. Tu sais bien comment c'est, les gens te demandent toujours si ça va mais personne ne prends vraiment la peine d'écouter la réponse. Tout le monde s'en moque, en réalité ...
- Pas moi, Insista le garçon. Tu le sais, ça, non ? ... Parles-moi, Judy ...
- Ça ira mieux demain, lui répondit finalement la petite brune avec un sourire qu'elle voulait encourageant. Je te le promets, Tristan.
Le jeune homme soupira, résigné. Que pouvait-il faire de plus ? Sa meilleure amie avait toujours préféré écrire dans un stupide journal plutôt que de se confier à coeur ouvert. Même à l'époque où tout allait bien, Jude gardait les choses pour elle-même. Et il avait beau détester cela, il ne pouvait pas lutter.
- Comment va ta mère ? Demanda finalement Jude, pour changer de sujet de conversation, ce dont il ne fut pas dupe.
- Elle a écrit, hier. Son boulot lui tape un peu sur les nerfs, sourit-il doucement. Elle n'arrête pas de dire qu'elle va finir par faire de la confiture de gobelins, un de ces jours.
Les deux amis rirent à cette anecdote, avant que Tristan ne perde un peu son sourire.
- Entre nous ... Elle ne le dit pas et mon père n'a pas l'air de s'en rendre compte ... mais je la trouve ... fatiguée, en ce moment. Elle a toujours été mélancolique, mais depuis deux ans ... C'est comme si elle mourrait à petit feu ... Je crois que ça lui ferait du bien de retourner en Egypte, souffla-t-il avec inquiétude.
Dans sa jeunesse, la mère de Tristan avait eu la chance de vivre plusieurs années loin de l'Angleterre et de la guerre. Tristan était encore un tout jeune nourrisson lorsqu'elle était revenue dans sa contrée natale, aux côtes de son époux resté en Angleterre pour son travail. Mrs Storm, elle, était une briseuse de sort très renommée et en plus de l'admirer, Jude l'aimait beaucoup. Une affection réciproque. Du plus loin qu'elle se souvienne, elle avait toujours été accueillie à bras ouvert lorsqu'elle rendait visiter à Tristan.
Mais parfois, Jude ne comprenait pas la mère de son meilleur ami. Ce n'était pas habituel, mais il arrivait que le regard de Mrs Storm se perde très loin, lorsqu'elle posait ses yeux sur les deux enfants. Ou qu'elle se fige devant un miroir, comme si son reflet l'effrayait. La jeune Clemens avait fini par se dire que la briseuse de sort devait simplement avoir peur de vieillir et que voir son fils et elle grandirent ne l'aidait pas. Pourtant, de son avis, Mrs Storm faisait partie de ces femmes qui s'embellissait encore davantage en prenant de l'âge.
- C'est compréhensible, défendit Jude. J'ai toujours pensé que ta mère n'était pas faite pour être une femme au foyer. Elle doit étouffer, ici ...
- Sûrement. Je pense qu'elle ne serait jamais revenue en Angleterre si Grand-Père ne lui avait pas forcé la main, grimaça le sorcier. Il n'aurait jamais accepté son union avec mon père si elle ne lui avait promis de rester vivre à la demeure familiale.
- Maudit soient tous les sangs-purs de la vieille école !
Tristan grimaça. Son grand-père avait de nombreux défauts, c'était certain et il en était parfaitement conscient. Mais il avait accepté sa mère, une née-moldue, dans la Grande famille des Storm. On ne pouvait pas lui retirer cela, bien que son choix fut certainement influencé par la renommée naissante de sa belle-fille.
- Abbot et MacMillan arrivent, remarqua soudain Tristan en passant la main dans ses cheveux blond cendrés. Je ferais mieux de m'en aller ...
- Tristan, attends ! Protesta Jude en se levant pour retenir son ami, mais ce dernier prenait déjà le chemin de la Grande Salle.
La jeune sorcière soupira, dépitée.
- Il est encore là, celui-là ?! Cracha Ernie en apercevant le jeune Storm, une animosité certaine dans la voix.
- Oui, Tristan est toujours là et il le restera, Ernie ! C'est mon meilleur ami, au cas où ça t'aurait échappé au cours des cinq dernières années ! S'outra la petite Poufsouffle, indignée.
- Calme-toi, Judy. Ernie plaisantait, tempéra Hannah en lançant un regard noir d'avertissement à son ami. On sait bien qu'au fond, Storm est un type sympa ... c'est juste qu'il reste un Serpentard.
- Ces préjugés concernant les maisons sont ridicules. En plus, les parents de Tristan étaient à Gryffondor et à Serdaigle, ça devrait suffire pour vous prouver qu'il est différent des autres.
- Allons en cours, coupa Hannah pour empêcher qu'Ernie ne dise que toutes les lignées pouvaient avoir des tares. Si on est en retard cette chère nouvelle inquisitrice va nous mettre en retenue !
Hannah tourna la page de son manuel de Défense contre les Forces du Mal en soupirant d'ennui. Elle ne se souvenait pas s'être jamais autant ennuyé durant un cours. Même ceux du fantôme Binns lui semblait plus intéressant ! Par Merlin, ce livre était d'une stupidité affligeante. Un troll analphabète aurait sans aucun doute fait mieux ! Elle jeta un bref regard aux alentours pour se distraire. Ernie rêvassait, sûrement à une joueuse de Quidditch particulièrement jolie. Hannah sourit devant son air niais mais son expression de joie s'estompa vite en regardant Jude.
Sa meilleure amie fixait Ombrage. Ses yeux, ses si beaux yeux pourtant plein de sympathie habituellement, semblaient vouloir faire subir une mort des plus douloureuse à leur nouveau professeur. Hannah repensa avec tristesse aux querelles qui avaient eu lieu dans la matinée. Il n'y en avait pas tant, avant. Ernie et Jude avaient toujours eu la manie de se chamailler, mais c'était toujours resté bon enfant. Il fallait vraiment qu'elle en discute avec Ernie, pour qu'il fasse plus attention à ce qu'il disait. Sa petite Judy était un peu trop émotive en ce moment ...
- Un problème, Miss Clemens ? Demanda soudain Dolorès en brisant le silence qui régnait dans la classe.
Elle reconnaissait que trop bien cette petite impertinente, qui ressemblait indéniablement à sa mère. Dolorès avait réussi, non sans fierté, à faire déguerpir cette dernière du ministère. Une traître à son sang auprès du Ministre, quelle idée ! Comme elle, la jeune sorcière avait des pommettes hautes et roses, des lèvres fines mais pleines. Des cheveux de cette même nuance de châtain aux reflets auburn, coupés particulièrement courts chez l'adolescente, accompagnés de longs cils noirs qui mettaient deux perles mordorés en valeur. Oui, la jeune élève ressemblait beaucoup trop à sa mère, si ce n'est pour son teint mat sans défauts hérité de son charmant père, qui faisait des ravages parmi les femmes du ministères, lorsqu'il était encore de ce monde.
Le visage d'Ombrage se crispa tandis qu'un sourire mesquin se dessinait sur ses lèvres.
- Pouvez-vous me dire quel est l'intérêt de lire un stupide livre durant deux heures ?
- Ma très chère enfant, commença Dolorès d'un ton mielleux de petite-fille, vous n'avez pas encore passé vos BUSEs, ni même vos ASPICS, je doute fortement que vous ayez l'intelligence nécessaire pour vous permettre d'émettre un jugement sur l'oeuvre d'une personne qui a beaucoup plus d'expérience que vous ...
Le professeur de Défense émit un son qui se voulait être un rire amusé.
- De plus, le choix de cet ouvrage a été approuvé par le Ministère. Vous n'oseriez pas remettre cette décision en doute, n'est-ce-pas ?
- Je le ferais si je considère que le ministère a été gangrené, corrompu et manipulé ! Répondit sèchement Jude sous le regard horrifié d'Hannah et de ses camarades.
- Ce qui n'est pas le cas, chantonna faussement Ombrage, malgré un tic nerveux de sa lèvre. Nul doute à avoir, donc. Vous pouvez retourner sans crainte à votre livre !
- Ce qui est le cas et vous le savez parfaitement ! S'exclama furieusement Jude en se levant.
- Asseyez-vous immédiatement, avertit furieusement Ombrage.
- Je suis même prête à parier que vous en profitez pour tirer vos propres épingles de ce jeu morbide !
- Miss Clemens, asseyez-vous immédiatement ou je vous envoies dans le bureau du directeur, hurla Dolorès en se levant pour frapper des mains sur le pupitre de la jeune fille.
Elles s'affrontèrent du regard, seulement séparées par le bureau de l'adolescente, alors que la classe entière retenait son souffle.
- Asseyez-vous, je ne le répéterais pas, siffla-t-elle en articulant chaque mot.
La mâchoire crispée, les jointures de ses mains serrées de frustration, Jude abdiqua et se laissa tomber, comme au ralenti, sur sa chaise. Quelques secondes après, la sonnerie magique retentit.
- Sortez, ordonna froidement Ombrage, abandonnant son masque d'amabilité. Pas vous, Miss Clemens. A mon bureau, tout de suite.
Hannah et Ernie lui lancèrent un regard inquiet avant de sortir. La petite blonde murmura à son ami :
- Elle a été trop loin cette fois ...
- Ombrage l'a poussé à bout en disant qu'elle n'avait pas l'intelligence nécessaire ... Même le dernier des moldus verrait que ce livre est idiot.
Ils jetèrent à nouveau un regard alarmé vers la porte de la salle de classe qui s'éloignait à mesure qu'ils avançaient vers leurs prochains cours.
- Vous comprenez sans doute que je ne peux tolérer un tel comportement dans ma classe, devant des élèves influençables et de la part d'une enfant qui a vécu grâce aux salaires que donnait généreusement le Ministère à vos parents.
- Mes parents travaillaient pour obtenir ce salaire et ils travaillaient bien, vous le savez ! Siffla Jude, nullement calmée.
Ombrage ignora volontairement son intervention et continua son discours :
- C'est pourquoi vous serez en retenue avec moi pour les deux semaines à venir. Je suis persuadée que Mr Potter sera enchanté, cela lui fera un peu de compagnie, ajouta-t-elle en riant.
- Vous pouvez me mettre en retenue autant que vous le voulez, ça ne m'empêchera jamais de dire ce que je pense !
- Nous verrons, jeune fille, nous verrons, répondit son professeur avec une lueur mauvaise dans les yeux qui effraya un instant Jude.
"Cher Journal,
Cette journée a été abominable. Et je crains sincèrement que le reste de l'année le soit aussi.
J'ai reçu une lettre de Maman, au dîner. Elle a mis la maison à vendre. Nous avions les moyens de la garder, même sans le salaire de Maman, mais je crois que son renvoi a été la goutte de trop. Elle est partie vivre chez un vieil ami, une personne de confiance, dit-elle, qui a besoin de compagnie. Je ne m'inquiète pas, je sais que mon parrain lui rend visite régulièrement. Ma mère est la seule famille qui me reste, alors je lui suis reconnaissante de prendre ainsi soin d'elle.
Elle en a besoin. Nous en avons tous besoin.
Je les sens, ces ténèbres qui s'épaississent, qui s'approchent et qui nous tournent autour. Ils nous guettent, ils attendent l'heure où ils frapperont de nouveau ... Et moi ... Moi, je cherche désespérément cette lueur éclatante qui y mettra fin.
Je sais qu'elle existe, qu'elle est là, quelque part. Je tends la main vers elle et un jour ...
Je la toucherai."
