Pas mécontent de poser enfin le pied à terre après 16 jours d'une traversée transatlantique fastidieuse et oppressante, Newt se présenta à la douane avec sa fidèle valise qu'il avait prit la peine de consolider après son premier séjour à New-York. New-York... Il ne connaissait pas cette ville ou si peu et pourtant, elle lui semblait familière... Arrivé sur John Street, il se dirigea vers une voiture de la compagnie Checker Taxi garée sur le bord de la route et indiqua l'adresse de Tina et Queenie Goldstein. 522 West 23rd Street. Tout au long du trajet, Newt regarda d'un œil penseur le paysage urbain défiler à travers la vitre de la voiture. Tant de choses avaient changées en une petite année... Newt avait enfin achevé l'écriture de son livre Vie et habitat des animaux fantastiques. Commandé par Augustus Worme des éditions Obscurus Books en 1918, la rédaction du manuscrit avait demandé quasiment neuf années de voyages et de recherches à Newt pour en venir à bout. Couronné de succès et de ventes record dès sa sortie, le livre était déjà, en ce mois de Janvier 1928, en cours de traductions dans plusieurs langues. Le jeune sorcier, qui vivait ce succès comme depuis un point de vue extérieur, insensible aux charmes pailletés de la gloire éphémère, était de retour à New York dans un but bien précis. Il tenait à honorer une proposition, presque une promesse qu'il avait fait à Tina quelques mois auparavant. « Que diriez vous si je vous l'emmenez en main propre ? » Il parlait du livre. C'était en route. A la fin du mois de Décembre, Newt avait écrit une lettre à Tina lui faisant part du jour de son arrivée à New-York et que la première chose qu'il ferait serait de lui apporter ce fameux exemplaire. Elle devait donc l'attendre chez elle... Aussi impatient qu'angoissé, le jeune homme sentait monter l'angoisse en lui. Que lui dire ? Comment se comporter ? Newt souffla, pressa l'exemplaire du livre tout contre lui et se re-concentra sur l'observation de la ville.

Après avoir soigneusement évité de croiser la vieille concierge, Newt s'élança dans les escalier, s'arrêta au premier pallié et, d'une main aussi tremblante qu'hésitante, frappa trois petits coups à une des portes en bois. Après une trentaine de secondes silencieuses, le jeune homme entendit du bruit de l'autre côté de la cloison. Des pas précipités, des chuchotis... Puis, au bout d'une interminable attente, la porte s'entrouvrit. Le visage de Queenie apparut dans l'interstice de la porte. Son visage s'illumina lorsqu'elle aperçut le sorcier.
« Newt ! » S'écria-t-elle en ouvrant grand la porte et en l'attirant dans ses bras.

La jeune femme n'avait pas changée, elle était exactement semblable aux souvenirs que Newt s'en faisait. Grande, blonde, élancée et élégante. Seulement, contrairement à ce que Newt avait connu d'elle, cette fois-ci, elle ne portait pas de maquillage et ses cheveux en bataille n'avaient pas été coiffés. Elle portait une légère nuisette avec laquelle elle ne semblait pas gênée d'accueillir le jeune homme.
« Oh je suis tellement heureuse de te voir ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Entres, entres. »
Queenie entraîna Newt par le bras et le fit asseoir dans le vieux canapé du petit salon, sa valise entre ses jambes.
« Je... Je suis content de te voir aussi Queenie. Je... J'avais envoyé une lettre à Tina la prévenant de mon arrivée... » Expliqua-t-il en s'efforçant de ne pas paraître trop gêné à la simple évocation de la grande sœur de la jeune femme.
« Oh. Elle n'a pas dû la recevoir, elle ne m'a rien dit. » Répondit Queenie, un gigantesque sourire accroché aux lèvres. « Tu dois être exténué, qu'est-ce que je peux t'offrir ? Un chocolat chaud ? »
Newt sourit en entendant ces simples mots. Un chocolat chaud... Voilà qui lui rappelait de bons souvenirs...
« Oui, un chocolat chaud, ça sera parfait. Merci Queenie. »

Alors que Queenie s'occupait en cuisine, Newt entendit du bruit derrière lui. Il se retourna et aperçut un Jacob à l'air à peine éveillé, sortir de la chambre de Queenie. Ce-dernier, voyant qui était assis sur le canapé, se frotta les yeux et ouvrit la bouche en cœur.
« Newt, mon vieux ! »
Le jeune homme se leva et alla serrer Jacob dans ses bras.
« Je savais pas que tu étais de retour chez nous !
-J'avais pourtant envoyé une lettre. Je crois que les liaisons postales transatlantiques ont encore quelques progrès à faire... » Répondit Newt, arborant un petit sourire en coin. Il alla se rasseoir et regarda Jacob passer devant lui pour s'asseoir à ses côtés dans un des fauteuils. Une courte discussion s'engagea avant d'être vite rompue par le retour de Queenie, un plateau dans les mains. Elle posa trois gros mugs de chocolat chaud recouvert d'une épaisse couche de crème fouettée sur la petite table basse.
« Je t'en prie, sers-toi. »
Elle était à présent debout, tout près de Jacob. Newt, face à eux, les regarda un instant. Un silence plein de sens s'installa entre les trois amis.
« Ah. Oui... Hum... Queenie et moi... » Commença à expliquer Jacob afin de rompre le malaise avant d'être interrompu par le jeune sorcier, au teint rouge et au regard fuyant.
« Oui... Je sais, Ti... Tina m'en a parlé dans une de ses lettres. Je... C'est bien, je suis content pour vous. » Dit-il en évitant tout contact visuel et en prenant un des mugs brûlants dans ses deux mains.

Newt resta en compagnie de Queenie et Jacob durant plus d'une heure. Il leur raconta sa vie en Angleterre, la parution de son livre, ses nouveaux projets. Ils parlèrent également de la pâtisserie de Jacob près des docks qui, chaque jour, ne désemplissait pas une seule minute. Queenie, toujours aussi naturelle et spontanée, raconta ses journées au ministère et l'ennuie que lui inspiraient certains de ses collègues.

« Tina ne rentrera qu'en fin d'après-midi mais d'ici là tu peux rester avec nous ! » Proposa Queenie.
« Oui, on n'avait pas prévu de faire grand chose aujourd'hui mais puisque tu es là on peut aller se balader en ville. J'ai entendu dire qu'ils passent Underworld au Capitol Theatre. » Renchérit Jacob.
« Oh... Hum. C'est gentil mais j'ai plusieurs choses à faire aujourd'hui. Je dois passer à la pension et je dois voir un des éditeurs américains. » Répondit Newt, embarrassé de devoir refuser la proposition alléchante de Jacob et Queenie. Voyant leurs expressions déçues, le jeune homme s'empressa de reprendre la parole. « Mais je reste quelques jours, on pourra faire tout cela plus tard !
-Tu repasses voir Tina ce soir ? » Demanda innocemment Queenie, le regard plein de sous-entendus.
Newt sentant son visage s'empourprer de nouveau, baissa la tête.
« Ou... Oui, en fin d'après-midi.
-18h30 sera parfait. » Précisa la jeune femme.
« Très bien, 18h30. Vous lui direz que je suis passé s'il vous plaît ?
-Bien sûr. » Sourit Jacob.

Sur ce, Newt prit congés, souhaitant une bonne journée au couple et leur donnant rendez-vous le soir même. La journée se passa sans encombre pour le jeune homme. Il s'était d'abord rendu à la pension où il avait réservé une chambre. Cette pension, Newt l'ignorait avant de s'y rendre, se situait au 66 Eldridge Street, c'est à dire en plein cœur du quartier chinois. Ravi de découvrir ce quartier, le jeune sorcier y flâna une bonne partie de la matinée. Arrivé sur les coups de midi, il s'arrêta une petite demi-heure pour manger dans une petite cantine familiale sur laquelle il était tombé par hasard au gré de ses égarements. Dans l'après-midi, il se rendit en plein Midtown, à l'angle de Lexington Avenue et de la 45ème rue, pour son rendez-vous avec son éditeur américain. Le reste de l'après-midi, il la passa dans sa valise à s'occuper de ses créatures dont il n'avait pas pu prendre soin depuis la veille au soir.

A 18h30 Newt était de retour au building de Queenie et Tina. La neige commençait à tomber et les rues se faisaient de plus en plus désertes. Il jeta un coup d'œil dans le hall, la concierge étant absente pour le moment, la voie était libre. Il entra et entendit de sonores bruits de pas dans les escaliers. Queenie et Jacob descendaient les escaliers en riant, se tenant l'un à l'autre pour conserver un semblant d'équilibre. Quand ils aperçurent Newt resté seul dans le hall d'entrée, ils essayèrent de regagner un peu de sérieux.
« Ah Newt. Je t'avais entendu arriver ! » Dit Queenie en arrivant à sa hauteur. Elle avait accompagné ses paroles d'un petit geste du doigt près de son front, faisant ainsi référence à son don de legilimancie.
« Tina est en haut. » Ajouta Jacob en adressant au jeune sorcier un clin d'œil appuyé. De nouveau, Newt sentit ses joues s'empourprer.
« Vous... Vous partez ? » Bégaya-t-il.
« Oui, une petite course à faire. » Répondit Jacob.
« De la cannelle.
-Non ! De la levure. »
Le couple, d'une même voix, s'esclaffa de rire.

Tout à coup, un claquement de porte venant du rez-de-chaussé se fit entendre.
« Mince ! Mrs. Esposito ! Vite, on s'en va ! Newt, monte ! » Ordonna Queenie.
Le jeune sorcier, ne voulant pas attirer d'ennuis à ses amis, se précipita dans les escaliers. Alors qu'il gravissait les marches deux par deux, il entendit la concierge.
« Tina ? Queenie ? »
Arrivé sur le palier, plus question d'hésiter ou de trembler, il se pressa et frappa quelques petits coups à la porte. Attendant que Tina vienne lui ouvrir, il entendit avec horreur la vieille femme commencer à emprunter les escaliers.
« Il y a quelqu'un ? »

Au même instant, Tina ouvrit la porte et Newt s'engouffra à l'intérieur en la bousculant légèrement. Sur le bout des lèvres il articula le nom « Mrs. Esposito » et se cacha derrière la porte. Quelques secondes plus tard, Tina, qui faisait de son mieux pour ne pas paraître trop bouleversée, faisait face à la concierge qui se trouvait à présent sur le pas de l'appartement.
« J'ai entendu du bruit.
-Je... Je ne sais pas Mrs. Esposito. Je ne... Hum... Je ne suis pas sortit de chez moi.
-Vous êtes sûre ? » Insista la vieille dame en jetant un œil suspicieux dans l'appartement.
« Oui, oui, navrée Mrs. Esposito, je ne peux pas vous aider. »
Quelques longues secondes de silence méfiant s'installa. Mrs. Esposito reprit la parole.
« Bien. Bonne soirée Tina » Dit-elle de toute évidence à contre cœur, apparemment persuadée que la jeune femme lui cachait quelque chose.
« Bonne soirée Mrs. Esposito.
-Vous parlerez à votre sœur hein ?
-Je n'y manquerai pas Mrs. Esposito. »