Je voudrais commencer par souhaiter à tout le monde une très bonne année 2014! Ceci est mon petit cadeau pour marquer le coup :)
Merci beaucoup à Lea Michaelson, elo69, SweetyK, la-plume-du-temps et nightmare2054 pour avoir commenté cette histoire.
Bonne lecture...
"C'est à cette heure que tu rentres?"
Deux heures du matin passées, quartier des orfèvres. Il venait d'entrouvrir la porte et de se faufiler à l'intérieur de son appartement. De là, il espérait regagner sa chambre, au bout du couloir où l'attendait un lit, s'étendre dessus et plonger dans un long et profond sommeil jusqu'au lendemain. Et tout cela sans interruption. En demandait-il trop? L'avortement de son plan avant d'avoir franchi le seuil de la porte lui fut une réponse positive à cette question.
Il ravala un grognement. Bien sûr que le vieil homme avait attendu son retour, comme toute mère le ferait lorsque sa fille, devenue adulte, sort pour la première fois à une heure tardive. Le problème était qu'il n'était pas une naïve et inexpérimentée jeune fille de 17 ans. Il n'était pas non plus à sa première sortie au-delà des heures autorisées. Et l'homme dans la pièce commune n'était pas sa mère. Ni son père. Ou son grand-père, oncle, grand-oncle, cousin, etc... En fait, aucun lien de sang ne les reliait. Ce qui ne l'empêchait pas d'être pour Klaus ce qui se rapprochait le plus d'un père et la personne qui le connaissait le mieux sur cette terre. Ce qui était embêtant était que parfois, il connaissait Klaus un peu trop bien.
"Louis, mon ami!" s'exclama-t-il en se retournant, un sourire forcé s'étendant sur ses lèvres. "Cette journée c'est bien passée? Tu as l'air particulièrement en forme ces derniers temps. Le nouveau régime de Marta commence déjà..."
"Stop" Il se tu. Louis lui indiqua la chaise en face de lui "Assis."
Résigné, il prit place en face du sexagénaire, se pliant à sa demande. Obéir n'était pas son fort, ne l'avait jamais été et ne le serait assurément jamais. Il détestait avoir l'impression de n'être qu'un outil dans les mains d'une quelconque personne, entreprise ou communauté. Il s'était rendu compte dès son plus jeune âge que quand quelqu'un vous demandait d'effectuer une tâche, cela était dans un but personnel bénéficiant principalement cette même personne. Et que si tout d'un coup vous ne répondiez plus à leurs exigences vous deveniez dispensables. Ce qui l'avait amené, aussitôt ceci réalisé, à se rebeller à l'encontre de tous les ordres et injonctions qu'on lui donnait. Il lui était arrivé de suivre aveuglement les directives de quelqu'un par le passé. Par deux fois en fait, mais ce dévouement ne lui avait rien apporté, rien à part un cœur brisé. Lui, et lui seul était le seul être auquel il devait allégeance. C'était une leçon durement apprise mais une qu'il ne risquait pas d'oublier de sitôt, voire jamais. Et qui lui avait appris à ne jamais suivre d'autres règles que les siennes.
Louis était l'exception qui confirmait la règle. Doté d'yeux verts intelligents cachés derrière une paire de lunettes dont l'usure de la monture reflétait l'ancienneté, et de cheveux grisonnant autrefois d'un brun éclatant, le vieil homme n'avait jamais essayé de le forcer à faire quoi que ce soit. Ce qui avait fait de lui la personne la plus haut placé dans l'estime de Klaus. Ce qui n'était pas rien, vu que ce dernier n'estimait pas grand monde.
"Tu étais à la bibliothèque n'est-ce pas?" lui demanda le vieil homme allant droit au but. Klaus resta silencieux. Il maudit intérieurement Louis. Il adorait et haïssait en même temps le fait que ce dernier le connaisse aussi bien, et parfois mieux qu'il ne se connaissait lui-même. Comment garder quelque chose pour soit quand la personne en face de vous vous lit comme si vous étiez un livre ?
"Des signes de progrès?" continua Louis.
Klaus secoua la tête, en dénégation. "J'y retourne demain."
Le visage de Louis s'affaissa. Il ferma lentement les yeux tout en baissant la tête vers le sol et passa une main dans ses cheveux.
"Klaus…" dit Louis cinq minutes plus tard en levant la tête, "… fiston, écoutes moi ! Il se peut que, que demain…" il marqua une pause avant de reprendre avec précaution, "demain tu trouves ce que tu cherches. Ou même après-demain… la semaine prochaine… je te le souhaite plus que n'importe qui d'autre ! Cependant..." le visage du jeune homme venait de se fermer de toute expression, "Laisse-moi finir, je t'en prie. Ce que je veux te faire comprendre, c'est qu'il y a de grandes chances pour que tu ne trouves pas de réponses à ce problème. "
"Il me reste encore une bonne centaine d'ouvrages qui couvrent le sujet." répondit froidement Klaus, le visage fermé de toute émotion. Il se leva "Si tu veux bien m'excuser, je vais me coucher. J'ai, demain, une journée chargée."
"C'est vrai, que tu débute demain," Louis ferma les yeux et réajusta ses lunettes d'un geste las, "Vas, vas je te pris!"
"Klaus?" celui-ci s'immobilisa, la main sur la poignée de la porte séparant la pièce commune au couloir menant aux chambres "Si je dis ça, c'est pour toi. Je ne veux pas que tu te fasses de faux espoirs."
Un silence pesant s'installa dans la pièce. Suivit par le son de deux claquements de porte.
Seul, dans sa chambre, Klaus se laissa tomber sur son lit. Les yeux grands ouverts, fixant le plafond, il repassait la conversation qu'il venait d'avoir dans sa tête. Il n'avait pas eu besoin de voir Louis pour savoir ce qu'il aurait trouvé dans les yeux du vieil homme s'il s'était retourné. De la compassion, voire de la sympathie. Ou pire encore, de la pitié. Alors qu'il pouvait gérer les deux premières émotions à son égard, il en était tout autre à propos de la troisième. Il ne voulait pas qu'on ait pitié de lui, personne, et surtout pas Louis. Ce dernier avait peut-être perdu espoir, mais pas Klaus. Ce n'était pas fini, c'était même loin de l'être. Et n'abandonnerait pas. Jamais ! Pas tant qu'il pouvait encore la sauver.
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"Ce sera tout pour aujourd'hui mesdemoiselles. Vous pouvez disposer."
La fin du cours de musique fut saluée par de discrètes manifestations de joie. Le groupe de jeunes filles rangea les instruments sur les étagères de l'armoire au fond de la salle, avant de se diriger vers la sortie, et de se diviser, chacune empruntant une direction différente. Certaines restaient dans le centre éducationnel, se rendaient à une quelconque leçon: danse, étiquette, mathématiques, astronomie. D'autres quittaient le bâtiment et vaquaient à leurs occupations journalières.
Le terme de bâtiment n'était dans ce cas-là, pas vraiment approprié. Le centre éducationnel de Laputa recouvrait le cœur du château volant. De l'extérieur, il aurait été impossible de déterminer où en était le début d'où en était la fin. De l'intérieur, il en était tout autre. Le centre supérieur de l'île était séparé du reste du château par de l'eau. Le seul moyen d'y accéder était d'emprunter l'une des passerelles se trouvant aux quatre points cardinaux, qui menaient toutes à un immense hall. De là, il était possible de gagner les différents étages grâce à des escaliers. Les étages les plus bas étaient réservés au personnel, éducateurs, professeurs, docteurs et scientifiques en tout genre. Caroline n'y avait jamais mis un pied. Mais elle avait entendu dire qu'il était possible, à partir de ceux-ci, d'accéder au lieu où l'élite se réunissait pour gouverner. Le centre même de Laputa.
Les étages intermédiaires étaient dotés de quelques fenêtres. C'est là que se trouvaient toutes les salles de cours. S'il y avait une chose dont les Laputiens étaient fiers, c'était de leur éducation. Toute la population avait le devoir de suivre des cours de mathématiques, sciences, mécanique et astronomie jusqu'à un certain niveau. Après, chacun était libre d'abandonner, ce que faisaient la plupart d'eux, tout en ayant une culture et un savoir bien supérieur à la moyenne de ceux qui vivaient sur la terre ferme.
Le dernier étage du centre éducationnel était une gigantesque bibliothèque dont le plafond avait la formait une voute de verre. S'étendant sur autant de niveaux que les salles de cours, ses étagères étaient remplies de livres de toutes les époques et de toutes les cultures. La grande bibliothèque était numéro deux sur la liste des endroits préférés de Caroline. Juste après la serre du jardin. Elle s'y rendait dès qu'elle avait un moment libre en journée. C'était l'un des rares lieux où elle se sentait en paix. Et où deux fois par semaines, elle pouvait retrouver Bonnie et Elena. Ces dernières l'y attendaient déjà, assissent à leur table habituelle, derrière des étagères dans un coin peu fréquenté par d'éventuels lecteurs. Deuxième étage près de la section maladies infectieuses. Vu peu de médecins et le nombre de ceux-ci ayant le temps de faire des recherches… Disons que l'absence de lecteur dans un rayon de plus de 20 mètres minimisait les risques qu'elles ne se fassent bannir par la bibliothécaire en raison de bavardages.
"Quelle journée, je n'en peux plus!" déclara Caroline en se laissant tomber lourdement sur un siège en face de ses deux amies.
Elena releva un sourcil désapprobateur "Bonjours à toi aussi Caroline." avant de se replonger dans son livre.
"Qu'a fait Katherine aujourd'hui?" demanda Caroline à Bonnie.
"Qu'est-ce qui te fait penser qu'elle ait fait quoi que ce soit?" dit Elena d'un ton machinal tout en continuant à lire.
"Ton humeur. A croire que quelqu'un s'est levé du pied gauche ce matin."
"Houlà! Du calme les filles !" intervint Bonnie, sentant la pression monter. Il était arrivé par le passé que ses deux amies entrent en froid pour bien moins que ça. Comme cette dispute quand elles étaient âgées de 7 ans. Bonnie ne se souvenait pas de tous les détails, excepté que c'était ce genre de querelle, dont la soudaineté rivalise avec la violence. Celle qui une fois achevée et les protagonistes baissant les armes, partant à la recherche de l'étincelle à l'origine de l'embrasement, avides d'en découvrir la raison s'apercevaient qu'il n'y en avait, en fait, aucune. Mais bien sûr pas avant que ses deux meilleures amies ne se soient pas adressées une seule fois la parole pendant plus d'un mois entier. Bien sûr en grandissant les disputes s'étaient espacées, mais Bonnie au fil des années s'était habituée au rôle de médiateur et continuait encore à ce jour à tempérer les conversations entre Caroline et Elena. Après tout, on n'était jamais assez prudent.
"Désolée Bonnie," Elena referma son livre, "Je manque de sommeil, si vous voyez ce que je veux dire. Et j'ai accumulé un retard monstre en astronomie. D'où mon humeur exécrable."
"Pardonnée," sourit Bonnie soulagée. Puis changeant de sujet elle leur demanda, "Vous faites quelque chose tout à l'heure? Combien de temps pouvez-vous rester ici?"
"J'ai l'après-midi libre. Je comptais l'utiliser pour l'astro, histoire de me remettre au niveau. Ou, du moins, essayer. Vous?"
"Je vais devoir donner un coup de main à Grams avec les arrivages de ce matin. Je ne peux pas rester plus d'une heure. Caroline?"
"Pareil, je n'ai pas..." elle s'interrompit, le regard fixé sur quelque chose de l'autre côté des étagères "Oh mon Dieu" murmura-t-elle avant de plonger sous la table.
Venu de nulle part, l'homme d'hier était apparu dans son champ de vision. Elle pouvait le voir entre les livres, remonter la rangée de l'autre côté de l'étagère où elles se trouvaient. Il était vêtu d'une blouse blanche, signe qu'il faisait partie du département de recherche, dont le corps était composé par des scientifiques spécialisés dans tous les domaines possibles et imaginables. Que faisait-il là? Question idiote, vu la blouse qu'il portait, et donc par extension sa profession, il était normal qu'il côtoie un minimum les bouquins. Oui mais les médecins ne venaient que très rarement par ici. Peut-être était-il chercheur ? Si c'était le cas, cela voulait dire que de tous les métiers existant sur l'île, il exerçait celui qui faisait passer le plus de temps à la bibliothèque… Elle n'avait vraiment pas de chance en ce moment. Pourvu qu'il ne la voie pas, qu'il ne la voit pas...
Les têtes de ses deux amies apparurent en face d'elle "Qu'est-ce que tu fabriques?" lui demanda Bonnie éberluée. Elena, elle était stupéfaite par ce manque de tenue de la part de son amie. Oui, Caroline avait tendance à agir de façon impulsive, et avait parfois des réactions singulières. Mais la voir plonger sous une table d'étude à la bibliothèque sans raison était assez particulier.
"C'est évident non? Je me caches!" chuchota-elle. "Faites comme si de rien n'était! Je ne suis pas là!"
Les deux amies levèrent les yeux au ciel devant la nouvelle extravagance de Caroline. Mais elles se redressèrent et firent mine d'étudier comme si leur amie ne venait pas de perdre la tête à l'instant. Comme si de rien n'était.
"De qui te caches-tu?" demanda Bonnie avec intérêt, commençant à jeter des coups d'œil autour d'elles.
"Sur ta droite, de l'autre côté de l'étagère. L'homme aux cheveux courts et bouclés avec la blouse."
Les regards de Bonnie et Elena se tournèrent dans la même direction. De l'autre côté des rangées de livres on pouvait voir le sommet de la tête du jeune home. Celui-ci était dissimulé en parti par les ouvrages, mais au seul langage corporel, l'on pouvait deviner que toute son attention était réservée au livre qu'il feuilletait vivement. Un moment passa avant qu'il ne le referme et s'éloigne en l'emportant avec lui. Après s'être assurée qu'il ait bien disparu, Caroline quitta en rampant sa cachette, reprenant l'air de rien la place qui était la sienne cinq minutes plus tôt.
"Vraiment Caroline ?" déclara Elena, exaspérée, "Tu n'as plus dix ans. Si tu ne voulais pas le saluer, il te suffisait de l'ignorer."
"Qui était-ce? Un prétendant dont tu aurais oublié de nous parler ?" la taquina Bonnie.
"Si c'était le cas tu aurais pu nous le présenter au lieu de te cacher telle une reprise de justice" ajouta Elena "Cependant, je te félicite pour en avoir dégoté un de jeune et ayant un physique plutôt avantageux."
"Woaaahh! Ne nous emballons pas!" Caroline leva un premier doigt, "Premièrement, ce n'est pas que je ne voulais pas le saluer, mais que je ne voulais pas qu'il me voit." Puis un autre, "Deuxièmement, cet homme n'est pas, et ne sera jamais mon prétendant." Et un dernier, "Et troisièmement, je ne sais même pas comment il s'appelle."
"Alors pourquoi te cacher? Si tu ne le connais pas?" demanda Elena.
"Je n'ai jamais dit que je ne le connaissais pas! Je l'ai rencontré hier soir."
"Comment ça hier soir?" se crispa Bonnie "Avant ou après notre réunion?"
Au pied du mur, Caroline leur raconta sa rencontre nocturne de l'autre soir. L'homme, la cachette, la sentinelle... Tout ce qu'il lui était arrivé après qu'elles se soient séparées. Tout.
"Tu ne penses pas qu'il puisse te dénoncer?" lui demanda Bonnie, inquiète.
"Je ne pense pas qu'il le fera" répondit Elena, " Après tout, lui non plus n'avait rien à faire dans les couloirs à cette heure-ci."
"Je pense comme Elena. Il se cachait de la sentinelle pour une raison. Ne t'en fais pas Bon, dans un mois il aura oublié mon visage. Donne-lui quelques années et il aura même oublié qu'il a rencontré quelqu'un cette nuit-là. Et avec un peu de chance, nous ne nous révérons jamais. Tout cela sera oublié, je ne risque rien."
"Un peu de chance?" répéta Bonnie "C'est la deuxième fois que tu le croises en moins de 24 heures. Nous vivons sur une île ! Ce n'est pas de chance dont tu as besoins, mais d'un miracle."
"Cela n'a pas d'importance." Bonnie ouvrit la bouche pour protester, mais avant qu'elle n'en ait eu le temps Caroline l'interrompit, "Si je tombe, il tombe avec moi. Une destruction mutuelle assurée." Elle reprit d'un ton plus doux "Il ne dira rien Bon, je te le garanti."
"J'espère que tu as raison Care. Je te le souhaite du fond du cœur."
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"Alors ce premier jour?"
Il se retourna. Accoudé contre le mur se trouvait un garçon de son âge, un peu plus jeune peut-être. Traits réguliers, yeux bleus, cheveux châtains clair, il avait un sourire engageant et portait également une blouse blanche.
"C'est la première fois que je te vois ici," dit-il en s'approchant tout en lui tendant la main, "Moi c'est Stefan, Stefan Salvatore. Du Département de Santé."
"Klaus Smith," lui répondit-il en serrant la main de Stefan, "Et je suis également dans le département de la Santé."
"Alors soit le bienvenu parmi nous!" dit Stefan en lui tapotant l'épaule amicalement. "Tu en auras besoins. Je suppose que tu n'as pas encore eu le temps de faire une vraie visite des installations? Viens, je vais te faire faire le tour." Ils commencèrent à remonter le couloir, Stefan lui indiquant à quoi servait telle salle ou tel laboratoire, tout en rajoutant une anecdote amusante de temps à autre… ainsi que quelques questions à son sujet.
"Dans quel service as-tu été placé? Pas trop dure la réunion avec ton supérieur?" lui demanda Stefan alors qu'ils tournaient à l'angle d'une des salles d'opération qu'il venait de lui montrer.
Klaus lui lança un regard surpris, ce qui fit rire Stefan, "C'est pour tout le monde pareil le premier jour. Personne n'y échappe. En théorie ils sont supposés nous exposer le fonctionnement du Département, du travail entre unités et des infrastructures, mais nos chefs de services ont l'habitude de transformer le moindre discours en leçon de bonne conduite."
"Ne m'en parle pas," grommela Klaus, "J'avais l'impression d'avoir à nouveau 12 ans. Quant au service, je suis dans celui de Recherche et Développement."
"Et bien saches que tu n'as pas fini d'avoir l'impression d'être un enfant. Tous nos chefs nous maternent en permanence. Et encore, tu as bien choisis ton secteur concernant ce plan là… les chercheurs sont ceux qui ont le plus de libertés. D'un autre côté, difficile de découvrir quoi que ce soit avec ton chef constamment en train de regarder par-dessus ton épaule non?" commenta Stefan avec un sourire.
"Tout à fait d'accord," acquiesça Klaus. "Et toi, à quel service appartiens-tu?"
"Soin à la Personne." Klaus releva un sourcil inquisiteur. "J'ai toujours rêvé d'être médecin," repris Stefan, "Je ne peux penser à de meilleur métier qu'un qui a pour but de soigner ses semblables. Et toi? As-tu toujours voulu être un rat de laboratoire?" Plaisanta Stefan.
Klaus marqua un temps d'arrêt. A présent ils se trouvaient dans un grand hall réservé à l'accueil des civils, aux murs pales et vierges de tout ornement. Une petite fille attendait seule sur une chaise, un livre à la main. Cheveux châtains, peau claire, l'air maladif, elle était bien plus jeune, si différente et si semblable à la fois à la jeune fille qui occupait ses pensées. Seule face à quelque chose qu'elle ne pouvait contrôler, qui progressait inexorablement sans qu'elle puisse faire quoi que ce soit pour l'arrêter. Mais lui il pouvait. Klaus détacha ses yeux d'elle pour les fixer sur Stefan et de répondre,"Disons que c'est tout récent."
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Caroline courrait dans les couloirs, frôlant les personnes venant en sens inverse, en bousculant d'autres, déclenchant une série de murmures indignés sur son passage, ce qui était le cadet de ses soucis. Cela était la quatrième fois en moins d'un mois qu'elle était en retard, son professeur allait la tuer. Après leur conversation, les filles s'étaient calmées. Par précaution, elles avaient décidé de suspendre leurs rendez-vous nocturnes pour un certain temps puis étaient chacune retournées à leurs travaux respectifs. Et comme d'habitude, elle avait oublié de prêter attention au cadran solaire.
Ouf ! Elle y était. Caroline s'arrêta devant la porte et commença à réajuster les plis de son jupon tout en essayant de calmer son souffle. Une chose qu'elle avait apprise en grandissant : le paraitre était fondamental. Si elle entrait dans la classe calmement, tirée aux quatre épingles, elle avait 90 pourcents de chances pour que personne ne lui dise rien. Même avec un peu de retard. En revanche, si elle arrivait essoufflée, le chignon de travers…
Elle entra dans la salle de classe et se dirigea d'un pas décidé vers sa place habituelle. Vu l'agitation qui régnait, elle devina que le professeur ne s'était pas encore montré, ce qui fut confirmé d'un regard vers l'estrade et le bureau déserts. Caroline s'installa sur son siège et remarqua que sa voisine était elle aussi absente. Etrange. Cette dernière n'était pas du genre à manquer une leçon. Pas du tout.
"Annabelle ? Aurais-tu vu Rebekah aujourd'hui ?" Demanda Caroline à sa voisine de derrière.
"Oui, elle était présente aux classes que l'on partageait ce matin," répondit Annabelle, "Te ferais tu du souci pour ta meilleure amie ? " la brunette affichait à présent un sourire malicieux. Toute leur classe était au courant que Caroline ne portait pas Rebekah dans son cœur et réciproquement.
"Quelle horreur ! Serais-tu tombée sur la tête ?" Une grimace de dégoût s'afficha sur le visage de Caroline qui se retourna. Annabelle éclata de rire avant de se lever de son siège.
"Voyons Caroline ! Pourquoi tant d'animosité ?" elle vint s'assoir à la place de Rebekah aux côtés de Caroline. "Après tout, Rebekah n'est-elle pas la plus délicieuse jeune personne ayant jamais existé ?"
"Oh ça elle n'a pas sa pareille, pour sûr." grommela Caroline. "Pour tout ce qui concerne suivre les règles comme un robot. On croirait une sentinelle !" Ajouta-t-elle.
"Tu exag…" Commença à dire Annabelle.
"Le professeur arrive !" La coupa l'une de ses camarades.
Cette annonce provoqua un remue-ménage sans nom. Les dix secondes qui suivirent furent comblées par le mouvement de jupons paniqués, de raclements de chaises contre le sol, et de shuuuts émanant de diverses sources qui espéraient apaiser cette cacophonie avant l'arrivée imminente du professeur. Annabelle s'était précipitamment levée de la place de Rebekah pour regagner la sienne juste derrière Caroline dans un tourbillon de boucles noires. Caroline elle ne bougea pas et se mit à relire son cours de la dernière fois. Tiens, elle avait oublié de mettre en évidence ses titres.
Le silence le plus absolu se fit soudainement dans la salle de classe. Suivit immédiatement par le son des pas pressés du professeur qui fit bientôt irruption dans la pièce. Quelque chose d'inhabituel. Même en retard, leurs enseignants ne se hâtaient jamais. La dignité de la profession. Ou quelque chose comme ça. Ce qui ne fut pas suffisant pour que Caroline lève le nez de ses notes.
"Bonjour Mesdemoiselles !" dit-il en montant sur l'estrade avec légèreté. Caroline le nez sur sa feuille fronça les sourcils. Non seulement il avait changé sa façon de se mouvoir mais en plus sa voix également semblait avoir changé. Pourtant elle lui était étrangement familière, elle était sure d'avoir déjà entendu cette voix quelque part. Elle releva lentement la tête et ses yeux s'écarquillèrent.
"Veuillez m'excuser pour le retard. Je serais votre professeur pour aujourd'hui."
Elle était dans le pétrin jusqu'au cou.
Voilà, qu'est-ce que vous en pensez? Le décors se met en place. J'espère que l'histoire et le thème vous plaisent toujours. Et que j'ai réussi à piquer votre curiosité!
Je voulais poster ce chapitre plus tôt, mais ce dernier a du passer par une réécriture d'une envergure plutôt importante (700 mots en plus sans parler des corrections), et je n'ai donc pas pu. Avec un peu de chance le prochain arrivera un peu plus vite.
Laissez moi vos impressions juste en dessous. N'ayez pas peur, je ne mors pas :)
A bientôt!
