2.

Alérian leva les yeux, examinant la Tour Maudite qui semblait surtout être un monceau d'épaves imbriquées les unes dans les autres.

« Ça ne ressemble à rien, et certainement pas à un lieu abritant un Hochet ! A la rigueur un Hochet maléfique, et c'est très exactement ce dont j'ai besoin en l'occurrence ! Par contre, ce dont je suis sûr c'est qu'on me laisse mettre la patte dessus de façon amicale. Et pour commencer, faudrait déjà que je puisse rentrer… ».

Agitant ses ailes, le jeune homme s'envola, cherchant à la fois une ouverture et un bout de métal où se poser.


Bien qu'il soit le Suprême des Erguls, Hograd ne pouvait que ressentir un soupçon de crainte devant les envolées rageuses de sa Souveraine.

- Je peux savoir pourquoi tu n'as encore envoyé personne à la Tour Maudite ?

- C'est un peu loin pour qu'une Chaloupe arrive à temps, s'excusa Hograd. En plus, si ce gosse ne sait pas ce qu'il cherche, Kromer et moi n'avons aucune idée de la manière dont le stopper, à moins de le tirer en plein vol !

- Pourquoi plus aucune troupe ne surveillait la République Indépendante ? continua de hurler Elomène.

- Par manque de troupes, intervint Kromer le Coordinateur des Drakkars. Nous avons perdu trois de nos bases les plus importantes. Sans la Symphora d'Orgueddon, il n'y a plus de régénération possible et nous ne pouvons plus produire de Drakkars. Ceux qui restent doivent patrouiller dans les univers que nous contrôlons encore !

- Nous demeurons pour vous protéger, Majesté. Quoique ce gamin ramène de la Tour Maudite, nous ne lui permettrons pas de vous approcher !

- Qu'il vienne au contraire, s'adoucit soudain la Souveraine Noire. Je maîtrise ces pouvoirs depuis des décennies, Rheindenbach ne fera pas le poids. Je ne suis pas une Symphora qu'il suffit d'atomiser !

- Nous sommes là pour vous, Majesté, assura Kromer.

- Oui, c'est bien la moindre des choses, grinça la Souveraine des Erguls en tournant le dos à ses subordonnés.


S'étant glissé par un trou de souris, Alérian s'était glissé dans la Tour Maudite, rampant, se hissant au milieu de l'enchevêtrement des épaves.

« Cet endroit est un foyer à microbes et à toutes les crasses inimaginables, sans compter que si j'ai le malheur de me faire la plus petite égratignure c'est la gangrène et la mort assurée avant d'avoir reçu une dose d'antibiotiques ! Mais de toute façon, s'il y a un gardien du Hochet, il me fera la peau tout autant que cet environnement qui tient davantage du dépotoir ! ».

Après avoir péniblement progressé durant un temps indéterminé, les lieux à peine éclairé par la lampe qu'il portait en pendentif, Alérian était parvenu au cœur d'une épave qui elle semblait presque nickel en comparaison des autres, plus vaste surtout.

« Pourquoi tout semble beaucoup trop calme ? Et à quoi il ressemble, ce fichu Hochet ! ? ».

Sa lampiote s'étant éteinte, Alérian étreignit son véritable pendentif en forme de rose qui tant de fois lui avait porté chance.

« Je sais que tu t'es vidée de toute énergie pour me sauver, maman, mais juste un petit coup de pouce ne serait pas de refus ! ».

Attiré vers un couloir latéral où une faible lueur s'était mise à clignoter, le jeune homme poursuivit son étrange déambulation au sein des épaves composant la Tour Maudite.

Parvenu dans une sorte d'immense salle, Alérian aperçut la colonne qui était la seule chose visible, de verre, avec une niche en son centre.

« Un Hochet ? Ça ressemble plutôt à une sorte de gros moulin à prières ou encore à un marteau… Pour le sortir d'ici j'en ai pour le reste de la journée ! ».

Mais prudent, le jeune homme s'approcha à pas de loup, redoutant ce qui pouvait lui tomber dessus pour l'empêcher d'emporter son trésor.

Parvenu auprès de la niche où le Hochet tournoyait lentement sur lui-même, il tendit la main pour s'en saisir, ce qui provoqua un éclair aveuglant dans toute la pièce.