Sa vision était floue, ou peut-être claire, elle n'en savait rien. Tout ce dont elle était sûr c'est qu'elle se croyait mourir. Son corps tremblait de partout, sa tête était lourde comme un boulet et un marteau était en train de ruiner l'intérieur de son crâne. En bougeant ses doigts, elle sentit quelque chose de doux. Des draps ? Serait-elle dans son lit ? Elle aurait réussi à l'atteindre malgré tout le mal qu'elle avait fait subir à son corps. Elle aurait réussi à traverser son salon, monter les escaliers et traverser les couloirs jusqu'à sa chambre pour se jeter sur son lit. Elle aurait agi inconsciemment, son corps aurait bougé pour elle et l'aurait emmené dans un endroit confortable pour crier sa douleur.
Ce résonnement lui semblait logique. Ou, disons plutôt, elle forçait son cerveau à accepter ce raisonnement. Son esprit était si détruit qu'elle était capable de tout comprendre n'importe comment et sans chercher à être rationnelle. Elle voulait s'expliquer sa situation : elle avait bu la « fée verte », et malgré quelques trous noirs dans sa mémoire, avait réussi à atteindre son lit.
Elle allait dormir, ce n'était rien, elle entendait la pluie dehors et même sur elle. La fenêtre était ouverte ? Non elle ne l'était pas, des gouttes d'eaux tombaient du haut de son lit baldaquin. L'eau lui semblait grasse et collante contre sa peau. La pluie ne venait pas de l'extérieur, elle tombait à l'intérieur, sur elle. Ce n'était pas de la pluie. Elle posa sa main sur sa cuisse et la laissa glisser puis remonter le long de son corps. Sa vision était floue. Sa chambre plongée dans le noir. La lune faisait office de seule lumière. Elle regarda sa main. Du sang ! Du sang sur sa main ! Il y avait du sang partout sur son corps. Elle leva les yeux au plafond, ce n'était pas de la pluie. C'était du sang ! Une pluie de sang dans toute la pièce et sur son lit.
Elle devait se lever, elle voulait fuir, fuir cet endroit. Elle força ses membres à bouger mais ceux-ci refusèrent de lui obéir. La pluie de sang continuait de tomber et très vite, le lit devint une véritable mare de sang, puante et collante. Les draps se transformèrent en une bouillie de colle rouge. Recouvrant celle qui se trouvé sur le lit. Anne réussit à se mettre sur le ventre mais sentit une masse collante la retenir sur le lit. Elle cria, hurla la scène devant elle. Elle poussa sur ses bras et put se tenir sur les mains. Mais en se soulevant, une masse rouge et collante la suivait. Son lit était devenu un lieu poisseux et répugnante, collante et vielle comme de la chair pourrissante. Des fils de cette colle de sang agrippèrent ses vêtements et l'empêchèrent de bouger à nouveau.
En peu de temps, la chambre devait un endroit putride : les meubles étaient rongés par une matière gluante qui les faisait pourrir, les rideaux devinrent des lambeaux de chairs qui tombaient les uns après les autres et le lit s'était transformé en radeau de mort fait avec le sang et la chair des morts qui avait entouré la vie d'Angelina. La barque était sur le départ vers le royaume des morts, un paysage rouge et moisi.
Elle eut l'impression d'avoir exploser ses tympans lorsqu'elle cria de toute ses forces à travers la chambre. Une main squelettique se posa sur ses yeux en l'appelant :
« Réveillez-vous ! Réveillez-vous Madame ! C'est votre majordome ! »
