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« Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ? »

La question de Steve sortit Natasha de ses pensées. Ils marchaient depuis des heures à travers Berlin, se laissant porter par le souffle des rues, et même si elle avait d'abord été contre l'idée de se balader ensemble à l'air libre alors qu'ils étaient deux des visages les plus recherchés au monde, elle devait avouer qu'elle ne s'était pas sentie si libre depuis bien longtemps. Jamais, peut-être même bien. Ils avaient marché côte à côte, discutant comme deux vieux amis qui avaient du temps à rattraper, et au fil des heures, elle avait dû se rendre à l'évidence : personne ne les remarquait. Pour les gens tout autour, ils n'étaient que deux inconnus de plus parmi une masse de visages anonymes. La vie roulait à cent à l'heure, chacun vaquait à ses occupations à toute allure, et personne ne semblait porter ne serait-ce qu'un semblant d'attention aux deux ex-avengers qui avaient fait la une de tous les bulletins télévisés quelques semaines auparavant.

- Qu'est-ce qui te dit que j'ai changé d'avis ? lui répondit-elle simplement, poursuivant sa marche sans même tourner le regard vers Steve.

Elle ne le vit pas, mais devina son froncement de sourcils.

- Je te l'ai dit, poursuivit-elle, l'important c'est de rester ensemble. Peu importe la manière dont on reste ensemble. C'est ce qui m'a toujours importé. J'ai compris ton point de vue, Steve, tout autant que je comprenais celui de Tony. Ce que j'avais de la difficulté à comprendre, c'était comment on a pu en arriver là. Comment on a pu en arriver à une telle division. C'est ce qui m'a le plus…

Elle ne termina pas sa phrase, et continua de, fixant le sol en secouant la tête.

- Je suis désolé, lui répondit Steve. Désolé de t'avoir placée dans une situation pareille.

- Tu n'as pas à t'excuser…

- Tu es ici à cause de moi.

- Je suis ici à cause de mes propres choix, le coupa-t-elle en stoppant leur marche. J'ai décidé de vous laisser filer, Bucky et toi. Je te l'avais déjà dit quand tu m'as appelée, après l'explosion…

- Tu m'as dit que tu ne m'arrêterais pas, répondit-il en la regardant pour la première fois dans les yeux. Pas que tu m'aiderais à filer.

- La vérité est toujours question de circonstances, Rogers. Toujours.

Il sourit.

- Je vais t'avouer que c'est bien égoïste de ma part, lui dit-il au bout de quelques minutes. Mais même si j'espère que tu n'as pas trop de regrets, je suis bien content de ce que tu as fait.

Natasha eut un sourire en coin.

- Je crois que je vais éviter de te répondre que ça m'a fait plaisir.

La journée passa, à la fois si lente et si brève, et ce ne fut que longtemps après la nuit tombée que Steve guida Natasha jusqu'à un gymnase désert qui affichait fermé depuis un bon moment déjà. L'endroit était défraîchi, comme s'il n'avait pas changé depuis quarante ans. Natasha se dit en elle-même que ce devait être le cas. Les lumières étaient fermées, et seule la lueur d'une lampe demeurait allumée au loin, dans un bureau au tournant du corridor. L'espace était grand, vide et rempli d'écho, le plafond était haut et les quelques rares fenêtres avaient la taille de meurtrières et étaient si hautes qu'on n'arrivait pas à distinguer au dehors. Tous les deux n'avaient pas eu le temps d'aller bien loin que déjà, une voix au fort accent allemand se fit entendre à distance.

- Stephen ? C'est toi ? Tu ne devineras jamais quel moyen j'ai trouvé pour solidifier les attaches du sac de boxe ! Tu vas voir, tu vas même me trouver très ingénieux. Je te parie cinquante euros que tu n'arriveras pas à le détacher, cette fois !

Steve avait eu un sourire en coin en se tournant vers Natasha, au moment même où un homme maigre aux cheveux blonds et hirsutes apparaissait au tournant du corridor. Lui qui n'avait pas l'air d'un homme de peu de mots eut pourtant, à ce moment, le silence d'une statue de cire.

- C'est bien pensé, répondit Steve sans perdre son sourire, mais ce soir je n'aurai pas besoin du sac. J'ai amené mon punching-bag perso.

Le coup de poing que lui asséna Natasha sur l'épaule le heurta probablement avant même qu'il ait terminé sa phrase.

- Enfin, poursuivit Steve en riant, dois-je te préciser qu'elle est à la recherche de la même… tranquillité que moi ? Alors Nat, je te présente Karl.

- La célèbre Black Widow, réussit enfin à articuler le fameux Karl. C'est un honneur. Vraiment.

- C'est gentil à vous de nous accueillir, lui répondit Natasha d'un ton poli. Et comme Steve vous l'a mentionné, je n'ai pas besoin de vous rappeler que notre présence à Berlin doit demeurer le plus grand des secrets…

- Nat… soupira Steve en secouant la tête. Excuse-la, Karl, mais tu pourras rapidement constater que Black Widow a toujours été la plus sérieuse des Avengers. La plus suspicieuse également…

- Ton objectif, c'est quoi au juste ? lui demanda Natasha en fronçant les sourcils. Me faire sortir de mes gonds pour t'assurer que toute mon agressivité ressorte sur le ring ? Alors enlève ta veste, Rogers, j'ai près de cinq mois d'agressivité accumulée qui ne demande qu'à sortir.

Elle avait oublié à quel point leurs entraînements lui manquaient. Beaucoup de choses, en fait, chez lui, lui avait manqué. Eux qui n'avaient au départ pas grand-chose en commun étaient devenus, au fil des ans, des partenaires des plus complémentaires. Ils avaient formé les nouveaux Avengers, cherchant sans arrêt un compromis entre la vision de l'ancien soldat entraîné à la boxe, et celle de l'ex-espionne élevée à coups d'arts martiaux. Il était toujours droit, honnête, transparent. Elle était secrète, fermée, suspicieuse et pleine de sarcasmes. Mais toujours ils étaient, l'un envers l'autre, francs et vrais. Comme ils pouvaient difficilement l'être avec quiconque. Cette transparence avait toujours transparu dans leurs entraînements au combat. Elle lisait maintenant en lui comme en un livre ouvert. Il avait appris à la déchiffrer comme il avait appris à lire sa langue maternelle à l'alphabet si différent du sien. Cette communication se reflétait dans leurs entraînements et leurs combats : s'ils n'avaient aujourd'hui plus besoin de se parler pour se comprendre, ils avaient de la difficulté à cacher à l'autre quel serait leur prochain coup.

Karl, lui, était absolument fasciné. Qu'aurait-il donné pour que ses élèves assistent à un tel spectacle ! Captain America et Black Widow chez lui, dans son gymnase, en plein entraînement. En plein combat, aurait-il dû dire. Et quel combat ! Il avait l'impression que ni lui, ni elle, ne se fatiguerait jamais. Il avait passé toute sa vie dans ce gymnase et pourtant, il n'avait jamais rien vu de tel. On aurait pu croire, au premier abord, que la force du Capitaine rendrait le combat serait inégal. Mais bon sang ! Cette femme savait se défendre. Elle anticipait chaque coup, semblant toujours en avoir deux d'avance sur son adversaire. Il était d'une force surhumaine, mais elle savait lire un combat comme personne. Déformation professionnelle oblige : il se mit à imaginer toutes les compétitions que son équipe d'entraînement gagnerait si elle pouvait seulement en faire partie… Mais Widow avait beau avoir peur de ce qu'il pourrait bien raconter, lui savait très bien que peu importe ce qu'il pourrait bien dire, personne ne pourrait jamais le croire !

À la seconde où le Capitaine plaqua enfin Black Widow au sol, le bruit sourd causé par la chute donna l'impression à Karl qu'il venait tout simplement de la tuer. On ne se relevait pas d'un coup pareil. Il aurait facilement mis k.o. n'importe quel champion poids lourd. Widow, allongée sur le tapis, ne bougeait plus, et le Capitaine, penché au-dessus d'elle en la retenant de tout son poids, eut curieusement un large sourire. Karl, lui, était effrayé.

- En fin de compte, annonça le Capitaine d'une voix grave en tenant les bras de Natasha tendus au-dessus de sa tête, tu n'avais peut-être pas tant d'agressivité accumulée… Je t'ai rarement mise k.o. aussi facilement.

C'est alors que Karl vit que Widow était consciente, et en pleine possession de ses moyens.

- Je crois qu'on t'a mal expliqué la définition de k.o… eut-elle pour toute réponse.

Le tout se passa si vite que Karl n'aurait su expliquer comment elle s'y était pris, mais Widow réussit à faire pivoter son bassin, entraînant avec elle le Capitaine qu'elle renversa à son tour au sol dans un bruit sourd.

- C'est de la triche, lui dit-il en fermant les yeux. Le combat était terminé ! J'avais gagné.

- C'est jamais terminé, Rogers. On n'est pas à la télévision. Ça s'arrête quand l'un des deux tombe raide mort.

- Tu sais qu'on peut jouer à ce jeu-là toute la nuit ?

- Oui, répondit-elle simplement. Mais je crois que ce sera assez pour ce soir.

Elle se releva et lui tendit la main. Il demeura au sol.

- Et bien sûr, lui dit-il, tu décides que c'est terminé au moment où tu as le dessus.

- Le pouvoir, c'est le pouvoir, Rogers !

Il accepta enfin sa main et se remit sur pieds. Karl, lui, était fasciné.

- Si jamais vous décidez de ne jamais retourner chez les Avengers, leur dit-il en applaudissant, sachez que j'ai toujours besoin de professeurs… Sincèrement, on ferait fortune.

Steve laissa tomber la tête en riant. Natasha, elle, regarda Karl en fronçant les sourcils.

- Merci Karl, lui dit Steve, mais on ne sera pas à Berlin encore bien longtemps.

- Quand tout sera réglé… ajouta Karl, je veux dire, quand vous serez tous les Avengers à nouveau, promets-moi que vous viendrez faire une démonstration dans mon gym. Vous amènerez Ironman avec vous…

- Je crois, répondit Steve, qu'on ne redeviendra pas des Avengers avant très, très longtemps. Peut-être même jamais, si tu veux mon…

- On viendra, le coupa Natasha.

Steve se tourna vers elle, perplexe.

- On viendra, poursuivit-elle. Et je vous promets, Karl, lorsque toute cette mascarade sera enfin terminée, de vous emmener tous les Avengers moi-même.


Un p'tit review, svp ? Même si c'est court, c'est toujours tellement, mais TELLEMENT apprécié !

Et puis vous savez, même si je sais déjà où je m'en vais avec toute cette histoire, vos idées sont également toujours les bienvenues...