Le cadavre d'un ennemi sent toujours bon. Vitellius.


Noyer, nerf de cœur de dragon. La baguette s'était brisée sur les dalles de pierre, laissant entrevoir le filament mystérieux. Une silhouette sombre reposait sur le sol : de ce corps inerte émanait une sorte de magie obscure. Un jeune homme s'approchait inlassablement, n'ayant pas l'air de craindre la menace morbide qui hâlait le l'apparent cadavre en croix. L'ombre allongée ne semblait plus respirer. C'est avec lenteur que le jeune homme s'accroupit, observant impassiblement le corps qui lui faisait face.

D'un geste indolent, il passa sa main sur son front et en profita pour retirer ses lunettes. En balayant les mèches qui camouflaient sa figure, il laissa une cicatrice apparaitre, rougeâtre et semblant infectée. Une expression de douleur s'afficha sur son visage quelques secondes, bien vite remplacée par une mine réjouie.

Il savait.

Le jeune homme avait l'habitude, à présent, de ressentir une lame chauffée à blanc s'enfoncer dans son crâne. Une telle douleur aurait mené certains à la démence mais Harry Potter n'était pas de ceux là. Nombre d'horreurs avaient déjà traversé sa tête sans pour autant le rendre fou et cette pâle douleur physique n'achèverait pas sa volonté d'en finir.

Il était lucide et il le resterait. Cependant, pour quelques minutes ou quelques heures encore… Il désirait contempler sa plus belle œuvre. S'asseyant en tailleur sur le sol glacé, il ne cessa de scruter les moindres détails du corps inanimé qui siégeait devant lui. La femme n'avait plus rien de digne ou d'imposant : elle était pâle comme la mort. Le sang semblait avoir quitté son corps en même temps que son esprit. Son cœur ne battait plus et le silence était paisible. Le jeune homme glissa sa main vers le visage du cadavre, caressant presque amoureusement ses traits. La mine effarée et colérique du corps immobile le firent sourire. Ses yeux écarquillés reflétaient l'incompréhension et la haine : une toute petite lueur étreignait ses yeux d'effroi et c'était ce qu'Harry contemplait avec tant d'attention.

- Sirius, j'espère que tu observes.

Harry Potter n'était pas homme à bafouer un cadavre. Il n'aurait jamais pu le rendre méconnaissable, le faire brûler ou encore le couper en petits morceaux afin de l'envoyer à tous les mangemorts encore en vie. Non, il n'aurait pu se résoudre à de tels actes. Pourtant il lui semblait que regarder la mort en face était encore pire. Il se sentait si bien en observant le corps sans vie de la femme qu'il avait le plus haï... Le Gryffondor avait la mine cruelle, figée et appréciatrice. Malgré cela, il ne sentait aucun soulagement l'envahir : non. La frustration prenait place au fond de son ventre et lui brûlait la gorge et les yeux, ses cordes vocales semblaient disparaitre et sa trachée se refermer sur elle-même. Que c'était malheureux.

Il aurait voulu pouvoir partir dignement, se lever et s'en aller comme il était venu. Il aurait aimé avoir tourné les talons dès que l'éclair vert qu'avait projeté sa baguette avait percuté le buste haletant de la sorcière. Il aurait aimé savourer sa victoire sans pour autant se sentir traître. Car oui, Harry Potter se sentait traître. Personne de son entourage n'aurait aimé le voir se délecter de la mort de qui que ce soit : cela aurait été trop bizarre, et probablement trop malsain. Éprouver du plaisir face à l'assassinat n'était que du sadisme et l'aurait diminué au rang de ceux qu'il combattait. Pourtant… Pourtant le jeune homme ébouriffé aurait presque éclaté de rire : un rire aussi froid que le meurtrier de ses parents, que la meurtrière de son parrain. C'était si bon de se dire que plus jamais elle ne ferait du mal, que plus jamais elle ne lui retirerait quoi que ce soit. Qu'elle ne pourrait plus prendre la vie de qui que ce soit. Qu'elle était morte, qu'elle ne respirait plus, que la vie ne battait plus en elle, que ses tempes et son cœur de pierre s'étaient immobilisés à jamais ; que sa baguette était cassée et que le bras avec lequel elle la brandissait pour faire le mal ne pourrait jamais plus se redresser… Qu'elle ne pourrait jamais plus quitter le plafond des yeux car elle s'était écroulée sans comprendre ce qui se produisait. Voilà.

Harry Potter resta encore une dizaine de minutes puis se décida à quitter la pièce sordide. Il commençait à prendre conscience de l'odeur putride qu'entretenait l'endroit confiné et sa tête tournait légèrement. Se redressant avec lenteur, sans pour autant quitter le cadavre des yeux, il passa sa main dans ses cheveux et remit ses lunettes avec nonchalance.

Il tourna les talons mais se retourna plusieurs fois, désirant être sûr d'avoir gravé cette image dans son esprit à tout jamais.

Bellatrix Black Lestrange n'était plus, tuée de sa main.
Tuée de son cœur.

Et plus réjouissant encore, Voldemort savait.