La première question que toute âme mortelle se pose dès qu'elle est capable de concevoir sa propre mort est : Est-ce qu'il existe un moyen de ne jamais mourir, de devenir immortel ? Ma première réponse est donc : non. Vous allez me rétorquer (je n'y peux rien si les humains sont si prévisibles) : Et la Pierre Philosophale ? Et moi, je vous réponds : la Pierre Philosophale est un joker. Oui, cet objet peut rallonger à l'infini votre durée de vie, mais (il y a toujours un «mais » quelque part vous remarquerez), elle ne vous protège en rien d'un malencontreux accident mortel. Ainsi, si j'en ai marre de vous voir vivre trop longtemps, je peux souffler à un autre humain de vous assassiner. Il est si aisé d'insuffler à un être humain la haine, la jalousie ou la rancœur. Vous avez tendance à vous laisser facilement séduire par ce qu'il y a de plus nocif pour vous. Mais bon, je ne peux nier que cela arrange mes affaires.
Vous pourriez, si vous étiez un mage noir (et qui sait, vous en êtes peut être effectivement un !), me demander si un Horcruxe ne serait pas plus efficace pour se jouer de moi. Ah ! Bien pensé. Un Horcruxe peut évidemment rallonger une durée de vie, mais aussi éviter qu'une personne meure en « fixant » son âme sur un objet du monde des vivants. Ainsi, il ne suffit plus que de trouver un nouveau corps et voilà, vous restez en vie. Mais… c'est un sacrifice qui vous interdit d'entrer dans le domaine des morts, dans l'hypothèse que quelqu'un ou quelque chose parvient quand même à vous exterminer. Je vous signale que fabriquer un Horcruxe déchire votre âme, et que sans une âme complète, vous ne serez guère plus qu'un esprit errant coincé à jamais entre le monde des morts et celui des vivants. Il y en a déjà quelques uns, de ces nigauds humains coincés dans l'Entre-Monde, et qui ont tenté de me berner avec un horcruxe. Ils m'amusent toujours autant quand je les croise.
Non, il n'existe pas de recette miracle qui rend immortel, et c'est pour cela que la vie est si précieuse. Rappelez-vous en et vivez votre vie pleinement et selon vos convictions. Un mourant qui ne regrette pas sa vie passé fera un mort heureux dans mon domaine.
A propos des pactes ? Mais quels pactes ? Il existe des tas de pactes, et ceci dit, le résultat n'est jamais garanti. Un pacte pour devenir immortel ? Avec moi ? Comment dire ? C'est risible, tout simplement. Je vous félicite, vous avez réussi à me faire mourir de rire, pardon pour le mauvais jeu de mot. Non, je ne fait jamais de pacte pour rendre les gens immortels. Comprenez-moi, c'est contre-productif. Par contre, je peux faire en sorte de vous protéger de la mort pour une certaine durée, tout dépendra de la valeur du sacrifice que vous serez prêt à faire. Des fois, je conclue un pacte avec des gens parce qu'ils ont été suffisamment intelligents, puissants, et talentueux pour se protéger de moi, sans avoir recours à la magie noire, ou quelques autres artifices ridicules.
Connaissez-vous les contes de Beedle le barde ? Un livre excellent, je vous le recommande chaudement. Il y a une histoire bien particulière sur trois frères qui défièrent la Mort. C'est une histoire vraie, mais Beedle a « oublié » certains faits importants. Il l'a fait par soucis de prudence, car si tout le monde devait connaître l'exacte vérité, je n'ose imaginer les guerres atroces que cela aurait provoquées. Toutefois, si les trois frères parvinrent à échapper à mes griffes, je leur fis cadeau de présents empoisonnés. La baguette la plus puissante au monde, d'abord, et qui suffit à faire assassiner son légitime propriétaire. Celui là aurait mieux fait de se taire, au lieu de fanfaronner. Une pierre de Résurrection, ensuite, qui pouvait rattacher un mort au monde des vivants. Mais nul humain ne disposant du pouvoir de ramener les gens à la vie, son propriétaire en mourut de dépression, piégé par l'illusion de la pierre. Une cape d'invisibilité, enfin, qui cachait tout humain qui se glissait sous les plis, y compris de mon regard. Son propriétaire, le plus malin, comprit aussitôt que ce cadeau ne devait être usé qu'à bon escient. Il cacha son bien et n'en usa que quand il eut vraiment besoin. Ainsi, je suis venue le quérir que lorsqu'il eut assez de vivre. Le bonhomme avait bien vécu, il partit tout heureux.
Et c'est là que mon histoire commence, après ce pacte avec les trois frères et leur mort. Leurs Reliques se retrouvèrent éparpillées et perdues, pour mon plus grand désespoir, car ils causaient régulièrement du mal aux humains. Nul ne savait user de mes cadeaux avec sagesse et parcimonie et je m'en retrouvais très irritée. Sauf qu'un jour, un jeune homme y parvint, et contre toute attente (même moi je n'avais rien soupçonné), il réussit à devenir le maître de mes Reliques. J'en fus heureuse, et avais décidé de garder un œil sur ce garçon prometteur. Parce qu'il avait réussi là où tous les autres échouèrent, je décidais de le laisser choisir entre vivre et mourir quand un mage noir vint le tuer. Et il vécut.
Et là, vous allez me dire : je sais maintenant qui est cet homme dont vous allez me narrer les aventures. Moi, je vous arrête de suite car vous faites fausse route. Tout le monde connaît l'histoire de ce garçon et je ne vois pas en quoi cela m'avancerais de parler de quelqu'un dont tout le monde connaît la vie dans ses moindres détails. Je veux en revanche vous parler de quelqu'un d'autre. De quelqu'un qui est mort durant cette dernière bataille à Poudlard, qui agonisa seul avec pour seuls compagnons le silence, la solitude, la nuit et la mort.
Savez-vous ce que cela me fait, à chaque fois qu'une personne meurt violemment et dans la souffrance ? Cela me fait très mal au cœur et je ne peux m'empêcher de souffrir avec ce mourant. Je suis un être doué d'empathie, et c'est ce qui me permet de comprendre ceux dont je vais prendre la vie, ce qui me permets de les bercer tandis qu'ils rendent leur dernier souffle, et c'est ce pourquoi je prends toujours le temps d'accompagner les morts vers leur dernière demeure. Je ne veux pas les laisser seuls et souffrir en silence. Je suis le témoin privilégié de leurs derniers instants. Je suis la première personne qu'ils voient quand leur âme quitte leur corps. C'est un moment que le mort et moi partageons intimement.
Alors, quand quelqu'un se fait assassiner, la scène qui s'offre à mes yeux me répugne, et je ne peux strictement rien faire pour la victime, hormis attendre que son agonie prenne fin, que son corps ne puisse plus tenir et finisse par cesser toute activité. En attendant, je reste, j'observe et je souffre avec le malheureux. C'est horrible.
Cette nuit là, le printemps tirait vers sa fin. Le ciel était dégagé, la lumière de la lune et des étoiles parvenaient jusque sur terre. Le fond de l'air était doux, une légère brise nocturne venait parfois remuer la végétation environnante. Mais à Poudlard, une bataille faisait rage, les morts étaient nombreux et je ne vous cache pas que cela me donna beaucoup de travail. J'étais triste, et très en colère contre tous ces humains qui se déchiraient. Je ne comprenais pas ces êtres qui prenaient un malin plaisir à s'entre-tuer pour un oui ou pour un non. Ils ignoraient à quel point la vie était si précieuse. Je suis injuste. Dans le tas, il y en avait quelques uns qui savaient, parce qu'hélas, j'avais déjà eu l'occasion d'emmener bien trop tôt un ou plusieurs de leurs proches.
Puis, il y eut une accalmie. Je pouvais alors souffler tranquillement, et accompagner les derniers morts dans mon domaine. Je me doutais toutefois que ce ne serait pas encore fini. Il y en avait un qui finirait assurément entre mes mains, ou dans l'Autre-Monde. La question était de savoir lequel des deux. Qui d'entre le jeune homme ou le mage noir allait périr avant l'aube ? Fidèle à ma neutralité, je ne fis aucun pronostique et je restais patiente.
Un cri se fit entendre, dans la nuit. Un homme agonisait. Il gisait là, sur le parquet d'une maison en ruine, à l'écart de tout, et personne n'avait entendu son cri, excepté le garçon. Il resta avec lui, dans ses derniers instants, essayant de sauver cet homme, mais en vain. La victime avait été mordu par un serpent parmi les plus venimeux, et pour ne pas arranger les choses, l'animal avait mordu là où il fallait : à la gorge. L'homme se vidait très vite de son sang, baignait dedans tandis qu'il gémissait de douleur. Je ressentis sa peine, son désespoir, sa douleur. Je ne pouvais rien faire pour abréger son calvaire. Heureusement, le garçon était là, et sa présence suffisait pour calmer le mourant.
"- Regardez moi dans les yeux", souffla l'homme au garçon.
Il glissa une petite bouteille dans la main du jeune homme avant de plonger son regard dans le sien. Il admira la forme de ses yeux, ainsi que leur couleur pénétrante, qui lui rappelaient que trop la seule personne qu'il avait aimé et qu'il avait bien trop tôt perdu, et sans doute par sa faute. A l'instant, l'homme pensa que tout lui fut pardonné, il cru reconnaître à travers le garçon, cette personne tant aimé, et rendit son dernier souffle en paix. Le garçon pleura un peu, avant de partir. Cette scène tragique le marquerait à jamais.
Le mort se retrouva à côté de moi, translucide, mais parfaitement visible à mes yeux. Son âme avait quitté son corps, mon travail commençait alors : amener ce mort vers sa dernière destination. Je lui fis un petit discours de bienvenu, lui expliqua brièvement ce qui se passait. Sa mine déçue m'amusa, presque autant que ses paroles :
"- Je… pardon. Je croyais que quelqu'un d'autre m'attendrais et m'accueillerait."
Je savais à qui il faisait allusion. Retenez bien une chose, jeune humain(e), penser avoir vu et voir sont deux choses différentes. Cet homme avait pensé avoir vu sa dulcinée à travers le garçon, mais en fait, elle n'était pas là. Il ne la reverrait jamais, même dans la mort. Et je dus lui expliquer cela, en précisant bien pourquoi : elle avait un cœur pur, lui non. Ils ne séjourneraient jamais au même endroit. D'ailleurs, personne ne l'attendait. Il avait vécu dans une solitude volontaire, il n'avait pas à attendre que quelqu'un, en dehors de moi, vienne l'accueillir à bras ouvert. Quant à sa dulcinée, même si elle avait veillé sur lui un peu, elle avait renoncé à rester son amie. Pour elle, il n'était plus rien qu'une simple connaissance.
L'homme en eut le cœur brisé, me demanda si le pardon de son amour était possible. Je lui répondis que non.
"- Vous regrettez ? Lui fis-je. Votre vie passée vous déplait-elle ?"
"-Je regrette tant de choses", me répondit l'homme. "Mais je n'ai d'autre choix que d'accepter mes fautes et leurs conséquences."
J'approuvais en hochant la tête. J'essayais de rester douce avec lui, tout en le tirant peu à peu vers mon domaine. Mais l'homme restait immobile près de son corps mort. Il le fixait avec amertume et le dévisageant, je compris qu'il cherchait désespérément une solution. Avait-il saisi ce qui l'attendait dans la mort ? Devinait-il qu'il résiderait dans un lieu vide et empli de Ténèbres ? Un monde où il continuera de subir la solitude, le doute et les Ténèbres ?
"- Il faut venir, ou vous resterez en ce monde sous la forme d'un fantôme. Votre âme s'effacera et il ne subsistera de vous qu'un écho."
"- Combien de temps avant que cela ne se produise ?"
"- Très peu de temps, hélas", répondis-je peinée. "Pas plus d'une minute. Venez, il ne faut vraiment pas trainer."
Mais l'homme resta immobile. Pour l'encourager à me suivre, je lui tendis une main maternelle et lui esquissa le plus beau sourire dont j'étais capable, mais rien, il resta de glace. J'en fus offusquée, mais ne le montra point. Je ne voulais pas le rebuter.
"- Il n'y a pas moyen de changer tout ce gâchis ?"
Je haussais un sourcil. Sa vie venait de prendre fin, qu'espérait-il ? Ressusciter et tenter de minimiser les dégâts ? Oh non, ce serait bien trop simple. D'autres avant lui avaient essayé ce petit jeu là, mais j'avais toujours refusé.
"- Non, mais vous voyez où j'en suis ?"
Je m'abstenais de lui répondre aimablement que d'après ce que je voyais, il était juste mort, tué par un serpent, et qu'il était peu probable que quelqu'un se soucie de lui avant un bon moment. Il me fixa avec peine et colère. La haine qui montait en lui était dirigé contre son égo. Il se détestait.
"- Ma vie est un gâchis", reprit-il. "J'ai échoué partout, sauf pour ce qui est de me faire des ennemis et de me faire haïr à tout prix. Ma mort va faire plaisir à tout le monde. Dites, où est-ce que ça a dérapé ?"
"- Je ne sais pas", répondis-je sincèrement. "Et je m'en moque. Tout ce qui compte à mes yeux, c'est de vous ramener dans mon domaine une fois que vous mourez. Et il ne reste plus que 30 secondes."
"- Il n'y a pas moyen pour que je remonte le temps et que j'arrange un peu les choses ?"
"- Désolée, mais je ne fais pas dans le service après vente et encore moins dans les miracles."
"- Je vous donnerais n'importe quoi ! Mon âme par exemple ! Mon âme contre une autre vie. Après, vous ferez ce que voudrez de moi quand je décèderais à nouveau."
"- Vraiment ?"
Un sourire intéressé s'élargit sur mon visage et mon regard se mit à pétiller de malice. Je suis une entité neutre, mais parfois, je vous l'avoue, j'ai envie de m'amuser et d'expérimenter. Et de temps en temps, j'arrive à trouver des humains assez fous pour m'offrir une occasion en or de le faire. Pauvre homme, me laisser son âme pour une seconde vie, c'était ce qui s'appelle de la folie. Ceci dit, son marché m'intéressait grandement.
"- D'accord, mais je fixe les conditions."
Je lui pris la main et l'amenais de force dans l'Entre-Monde, où il ne risquait pas de finir « effacé » et devenir un amas d'ectoplasme dégoutant. Il était surpris, peut être ne s'attendait-il pas à ce que j'accepte finalement et surtout aussi vite. Pourquoi ? Offrir son âme était toujours le gage d'une bonne affaire. Pour moi, pas pour lui, mais il ne s'en doutait pas encore. Il se mit à observer attentivement l'Entre-Monde, non sans peur, et s'en retrouva chamboulé. C'était blanc, vide, brumeux et il percevait parfois les gémissements des « errants ».
"- Bien, alors votre âme est à moi quand vous aurez signé", commençais-je en jubilant. "Je vous offre une deuxième vie, une deuxième chance donc, et vous en disposerez comme bon il vous semblera. Toutefois, je pose quelques conditions pour la bonne réussite de cette transaction."
"-Je vous écoute."
Il tremblait. Pas de froid, un mort ne ressent plus rien de tactile, à part peut être la pression de mes doigts quand j'attrape son âme. Il avait peur, il appréhendait son avenir. Regrettait-il ? C'était déjà trop tard. Je souris de plus belle et commençais à énumérer mes conditions en faisant le compte avec mes doigts.
"- Un, je décide de votre point de chute. Ce qui veux dire que vous pourrez très bien revenir à votre existence d'il y a quelques années comme à votre enfance. Deux, vous resterez vous, et ne changerez donc pas d'identité. Trois, il vous faudra tout mettre en œuvre pour changer le cours de votre vie. Je sais parfaitement que vous devinez ce qui ne va pas du tout et ce qui a détruit votre vie. Enfin quatre, pour votre bien, il vous faudra renoncer à aimer une personne en particulier."
"- Je… pas elle j'espère."
Je n'avais jamais vu quelqu'un avoir si peur. Il ne pouvait décemment pas me rétorquer qu'il préférait mourir plutôt que de subir cela, puisqu'il était déjà mort et que son destin ne dépendait déjà plus de lui. Il ne pouvait que blêmir. De mon côté, je ne m'étais jamais autant amusé de l'attitude d'un de mes pensionnaires.
"- Je crains que si."
"- Mais pourquoi ?"
Pour moi, c'était évident, mais pas pour lui, et peut être pas pour vous non plus, cher lecteur. Je haussais les épaules, complètement dépitée par cette question que je jugeais des plus ridicules. La réponse était si évidente à mes yeux :
"- Quoi que vous fassiez, elle et son mari resteront âmes sœurs. Ils sont destinés l'un à l'autre et tout plan prévu pour les séparer tombera automatiquement à l'eau. Bref, elle ne sera jamais amoureuse de vous. N'attendez d'elle que de l'amitié. Si je vous demande de renoncer à son amour, c'est pour ne pas gâcher vainement la seconde chance que je vais vous offrir. D'autant plus qu'une autre personne vous est destinée."
"- Une autre personne ? Mais… Mais… je n'aime qu'elle, je ne veux pas d'une autre personne…"
"- IL SUFFIT !"
Il commençait à m'agacer. Je n'aime pas m'énerver, mais à cet instant là, il poussait le bouchon un peu trop loin. Je lui lançais un regard noir et menaçant qui le fit se ratatiner de frayeur. Il n'était pas question que je revienne sur ma décision.
"- Dès le moment où le pacte sera conclu, votre promesse de renoncer à elle sera comme si vous aviez prononcé un Serment Inviolable. De toute manière, quand vous rencontrerez cette personne qui vous est destinée, il vous sera difficile de l'ignorer dès lors."
"- Mais pourtant, je n'aime qu…"
"- Vous êtes agaçant", coupais-je pour ne plus entendre sa complainte affective. "Les choses sont ainsi, mais si vous vous entêtez à gâcher votre seconde chance pour une femme qui ne vous aimera jamais, je préfère autant renoncer à tout pacte avec vous."
L'homme hésita, cherchant un vain appui dans le vide brumeux. J'imaginais alors qu'il allait renoncer, ce que j'aurais parfaitement compris. Je soupirais et m'apprêtais à le tirer vers mon domaine quand il me lança un faible :
"- Bien… c'est d'accord."
"- Pardon ?"
"- J'accepte toutes les conditions."
Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point il venait de me faire plaisir. Je fis tout de suite apparaître un parchemin sur lequel d'étranges symboles y été inscrits. Le mort me dévisagea, partagé entre l'inquiétude et la méfiance, et je me pressais de le rassurer en lui affirmant qu'il n'avait rien à craindre, que les symboles ne reprenaient strictement que ce que l'on avait discuté. Il n'avait juste à apposer un de ses doigts sur le document et son empreinte « spectrale » scellerait alors sa toute nouvelle destinée.
Il hésita, ce qui était tout à fait normal (vous me signeriez aveuglément un contrat où votre âme est en jeu, vous ? Et sans regret ?), puis, il posa un doigt et il ne resta sur le papier que son empreinte phosphorescente. Les symboles se détachèrent du parchemin et vinrent pour moitié se tatouer sur mon protégé, et pour l'autre, se tatouer sur moi. Ainsi, ces marques nous rappelleraient à tous les deux que nous étions liés par un contrat magique.
"- Bien, en route pour votre nouvelle vie, mon bon monsieur."
D'un claquement de doigt, je changeais le monde tout autour de nous et je lui rendis un corps. Tandis que le changement s'opérait, l'homme plongea dans un profond sommeil. Je voulais lui laisser l'entière surprise de ce qui allait lui tomber dessus. Je puis vous assurer que par la suite, il ne pouvait que constater les changements, pleurer ce jour funeste où il contracta un pacte avec moi et me maudire jusqu'à la fin des temps. Enfin… au début il le fit.
Et vous qui me lisez, maintenant que vous en savez un peu plus sur le fonctionnement d'un pacte, du moins, de mon point de vue, seriez-vous prêt à échanger votre âme contre une seconde chance, ou contre un peu plus de temps parmi les vivants ?
Quoi ? Mais cessez de lire ces lignes d'un air si offusqué ! Fermez cette bouche grande ouverte d'indignation, je croirais voir un poisson mort hors de l'eau. C'est dégoutant ! Les humains n'ont décidément aucun savoir vivre.
Je vous choque peut être ? Je n'en ai que faire. Seuls mes intérêts comptent, ce que vous faites de votre misérable existence m'importe peu. Et des fois que vous n'auriez rien compris, il est toujours, et je ne pense pas qu'il existe d'exception, dangereux de faire un pacte avec une quelconque entité. Vous savez ce que vous donnez, vous savez pourquoi, mais vous ignorez complètement comment ça va aboutir et dans quelles circonstances.
Alors, ce pacte pour l'immortalité, vous en voulez toujours ?
