Merci à Ettoile, ma Beta Lectrice de Choc pour la correction du chapitre 2.
Merci également pour tous vos commentaires et votre soutient, ça m'aide beaucoup à écrire la suite ! Sans plus attendre la suite, bonne lecture.
Chapitre 2 : potions & punition
Harry prit une grande inspiration et poussa la porte du bureau. McGonagall lui fit signe de s'assoir sans prononcer un mot. Draco, qui était déjà arrivé depuis un bon moment, l'accueillit avec un rictus méprisant. Cet idiot avait préféré foncer dans le couloir plutôt que de faire le chemin en sa compagnie. Il s'installa sur la seule chaise disponible.
- Messieurs, Madame Pomfresh m'a fait parvenir les informations concernant votre état de santé. Elle m'a certifiée que vous êtes tout à fait aptes à reprendre des activités normales malgré votre désagrément, commença McGonagall.
Harry fronça les sourcils. Ça pour un désagrément, c'était un très gros désagrément. Ce n'était pas un petit rhume ou une légère migraine, bon sang ! Leurs corps faisaient office de bombe à retardement. Ah elle allait être sympa la matinée transformé en je ne sais quel animal par l'Élixir de métamorphose, ou réduit à l'état d'un fou furieux par le philtre de confusion. Malfoy devait sans doute penser la même chose à en juger par sa mâchoire crispée et ses yeux qui lançaient des éclairs.
- ... c'est pourquoi vous n'échapperez pas à une punition exemplaire, reprit-elle. Ce n'est pas la première fois que je vous reçois dans ce bureau pour discuter de vos comportements complétement irresponsables et puérils. Il faut que ça cesse. Sans parler de vos exploits personnels en matière de transgression des règles. Comme vous le savez les vacances de Noël débutent demain. J'ai déjà annoncé à vos familles que vous resterez à Poudlard la première semaine.
- Vous plaisantez ! Il est hors de question que je reste moisir ici pendant les vacances... rugit Draco en se levant de sa chaise.
- Professeur vous ne pouvez pas m'empêcher de retourner à square Gri... vous savez où, ils ont besoin de moi, ajouta Harry, désespéré.
- Silence vous deux. Il fallait y réfléchir avant de mettre la salle de potion sans dessus dessous.
Draco retomba mollement dans son siège. Cette mauvaise matinée tournait au cauchemar.
- Je vous ai préparé des emplois du temps pour aujourd'hui et le début des vacances. Vous effectuerez des services pour l'école sous la tutelle de chacun des professeurs à qui vous avez fait perdre du temps avec vos âneries. Je tiens à ce que vous retourniez chaque jour à l'infirmerie pour suivre l'état de votre corps. Si vous n'avez pas de questions vous pouvez rejoindre la grande salle pour le repas.
La grande salle était bondée et bruyante. Harry se laissa tomber sur le banc à coté de Ron. Il avait faim et vraiment pas envie de parler. Il se servit dans le plat en face de lui en prenant un soin extrême d'esquiver le regard insistant d'Hermione. Ron brisa le silence.
- Alors vieux, tu nous as fait peur ce matin ! J'ai bien cru que Rogue allait nous faire une syncope, sérieux ! Mais la tête de Malfoy valait tout l'or du monde.
Hermione lui donna un coup sur la tête avec son exemplaire de la Gazette roulé dans la main.
- Ce n'est pas drôle, Ron ! Ça aurait pu vraiment mal finir. Qui sait ce qu'Harry a avalé ?
- Moi je sais...
Il sortit la liste de sa poche en leur expliquant ce que l'infirmière avait dit sur l'effet dormant. Hermione le relut une bonne dizaine de fois.
- Ce sont toutes des potions assez rares, surtout Felix felicis et le Veritaserum. Le côté positif c'est que ces deux-là sont relativement inoffensives par rapport aux autres.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Demanda-t-il.
- Enfin, Harry, ça t'arrive d'ouvrir ton manuel de potion ?
- A vrai dire pas vraiment, Hermione.
- Et il a raison si tu veux mon avis, ajouta Ron en fourrant une cuisse de poulet quasiment entière dans sa bouche.
- Bref, vous connaissez le Veritaserum puisque c'est ce que le professeur Dumbledore a donné au fils de Barty Croupton l'année dernière pour lui arracher des informations sur Tu-sais-qui. Donc tu ne risques pas grand chose en répondant à quelques questions.
- Tu plaisantes Hermione ! J'ai pas tellement envie de balancer le fond de ma pensée à n'importe qui, ça va me pourrir la vie, oui !
- Je te plains, mec ! Imagine que tu tombes sur Cho et que tu lui déclares ton amour éternel au milieu de la grande salle.
- Merci, Ron, répondit-il en passant la main sur son visage.
Pourquoi fallait-il toujours que son meilleur ami mette les deux pieds dans le plat ? Il jeta un coup d'œil vers la table de Serdaigle où la jeune fille était assise. L'histoire avec Cedric Diggory l'avait refroidi, mais il mentirait en disant qu'elle le laissait totalement indifférent. Elle était vraiment jolie. Harry aimait quasiment tout chez elle : sa façon de s'exprimer, de sourire, de faire virevolter ses cheveux en se retournant. Mais il n'oserait jamais l'aborder.
Pendant qu'il songeait à son avenir sentimental proche du néant, ses yeux se posèrent sur Malfoy qui quittait la grande salle en passant prêt de leur table. Il marchait avec assurance en jetant des remarques haineuses à ses deux molosses. Lui aussi devait vivre dans un gouffre à des kilomètres de toute relation amoureuse. En même temps, qui voudrait d'un type aussi désagréable, qui passe son temps à terroriser les premières années ? Il fut surpris de constater que certaines jeunes filles lui lançaient des regards ardents depuis leurs tables. Comment c'était possible ? Qui pourrait survivre à ça ? Une relation avec Draco Malfoy devait ressembler à une lutte perpétuelle entre une esclave et un idiot persuadé d'être le maître du monde. Qu'est-ce qui pouvait bien leur plaire chez lui ? Physiquement, il était loin d'être dégueulasse, Harry ne pouvait que l'admettre. Des mèches blondes oxygénées, des épaules larges, des traits fins, des yeux bleus à faire pâlir de jalousie. Mais son visage était trop souvent déformé par le mépris et sa posture bien trop affirmée pour mettre en avant son anatomie. Malfoy se retourna vers lui en le sortant brutalement de sa réflexion. Leurs regards se croisèrent au moment où il s'apprêtait à franchir la porte. Harry éprouva une sensation étrange. Il n'y avait aucune animosité dans ses yeux bleus, juste de l'étonnement.
- Harry, t'es en train de verser la moitié de la salière dans ton jus de citrouille ! chuchota Hermione.
Il rompit le contact visuel et se tourna vers elle, la main toujours tendue au-dessus du verre.
- Oh merde !
- Ça fait un moment que tu le regardes, j'en déduis évidemment que c'est pour lui jeter un sort ! dit-elle avec un sourire malicieux.
Harry acquiesça en faisant la moue, il n'aimait pas beaucoup ce qu'elle insinuait. Décidément, entre ce matin à l'infirmerie et la remarque d'Hermione, il allait finir par croire qu'il passait son temps à le regarder. Comme l'heure avançait, il finit son assiette à moitié froide en quatrième vitesse et avala son jus de citrouille d'une traite en grimaçant. Ah oui, le sel.
Il se dirigea vers le hall pour la première partie de sa punition, comme l'indiquait l'emploi du temps de McGonagall. Malfoy l'attendait en bas de l'escalier, une lanterne éteinte à la main. Il esquiva son regard quand Harry passa devant lui. Rusard, planté devant la grande porte, semblait être le plus heureux des hommes. Il ne l'avait jamais vu aussi guilleret depuis le renvoie de cinq élèves de deuxième année.
- Puisque que vous êtes tous les deux-là, je vais vous conduire à la lisière de la foret, dit-il d'un air enjoué, ah ça me rappelle le bon vieux temps !
Ils sortirent dans le parc en silence et se dirigèrent vers la forêt interdite. Une fois devant la cabane d'Hagrid, Rusard leur expliqua ce qui les attendait.
- Le professeur Rogue vous a chargé de récupérer du venin d'Acromentule pour le philtre d'Héraclès.
- Attendez, vous plaisantez ? La dernière fois que j'ai fait une colle avec Potter dans la forêt interdite ça s'est mal passé je vous rappelle, s'exclama Draco, au bord de la panique.
- Pas mon problème gamin.
- Euh...donc on est censé entrer sur le territoire des Acromentules en leur demandant poliment de cracher dans une éprouvette ? demanda Harry ,de plus en plus convaincu que Rogue avait décidé de les tuer en les envoyant se faire dévorer par une araignée géante.
- Attendez, maintenant que vous me le dites j'ai une note pour vous : « trouvez le venin sur des cadavres à un kilomètres de la lisière. »
Malfoy se frappa le front.
- Sans blague ! Vous avez caché d'autres indications ou vous comptez vraiment nous faire tuer ?
Rusard leur tendit quatre fioles en verre que Malfoy rangea dans ses poches.
- Passe devant, Potter, ordonna-t-il en montrant le sentier qui s'enfonçait entre les arbres.
- Trop aimable.
Harry lança un dernier regard à Rusard qui lui fit un petit signe de la main en guise d'adieu, avant d'emprunter le chemin, Malfoy sur les talons. Il suffit de quelques mètres pour que la luminosité et la température baissent considérablement. Au-dessus d'eux, les branchages formaient une toiture opaque qui ne laissaient filtrer aucune lumière. Au sol, les racines rendaient leur avancée difficile. Il fallait sans cesse se baisser ou enjamber ces larges tentacules rêches et humides pour continuer la route. La brume ne tarda pas à s'en mêler, faisant disparaître le sentier sous une mer blanchâtre et vaporeuse. Il était impossible de dire s'il faisait jour ou nuit.
- Incendio, murmura Malfoy.
Une boule de feu de la taille d'une bille alluma la lanterne. Il parut déçu quand celle-ci ne diffusa qu'une faible lumière. Ça devait faire plus d'une heure qu'ils arpentaient la forêt et toujours aucune trace de la moindre araignée. Harry s'assit sur une racine à proximité pour reprendre son souffle.
- Je crois qu'on a marché plus de cinq ou six kilomètres. Si on continue comme ça, on va tomber sur les versions vivantes et affamées.
Malfoy frémit et se rapprocha d'Harry en scrutant les alentours, de peur de tomber nez à nez avec une belle paire de mandibules.
- Il paraît que tu as déjà eu affaire à ces... choses, Potter.
- On peut dire ça, oui, répondit Harry en haussant les épaules.
- Et alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- J'ai failli me faire manger.
Son expression passa de soucieux à désespéré. Il marmonna deux trois choses à propos de son père et de la destruction de Poudlard avant de se laisser tomber sur une racine à l'opposé de celle d'Harry.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? finit-il par demander.
- J'en sais foutrement rien.
Il se passa de longues minutes silencieuses pendant lesquelles ils fixèrent à tour de rôle les alentours, leurs visages, le sol. Harry s'apprêtait à lui proposer de reprendre la route quand Malfoy fut pris d'un violent tremblement. Il roula au sol et poussa des gémissements. Harry ne réagit pas tout de suite, complètement abasourdi par ce changement radical de comportement. Quand il s'avança enfin vers lui, son camarade disparut dans un craquement sonore, laissant derrière lui la lanterne et les fioles transparentes jonchées au sol.
- MALFOY, PUTAIN, MALFOY ! hurla Harry, affolé.
Qu'est ce qui avait bien pu se passer ? Il essaya de se calmer et de réfléchir. « Lumos » la pointe de sa baguette s'illumina. Malfoy n'avait pas pu transplaner, c'était impossible compte tenu de son âge. Il fit un rapide tour pour voir si à tout hasard, il ne réapparaîtrait pas un peu plus loin. Sans succès.
- MALFOY ! cria-t-il de nouveaux en s'arrachant les poumons.
Il finit par remarquer sa baguette qui avait roulé à quelques mètres de la lanterne. Quand ses doigts l'effleurèrent, il sentit un léger picotement, pas vraiment désagréable. Il resta un moment immobile à fixer l'objet. Où qu'il soit, Malfoy était désarmé et sans aucun moyen de rentrer où d'envoyer un signal. Il commençait à désespérer, quand un tintement discret se fit entendre. Ça provenait de la lanterne. Il se pencha et la souleva doucement. Ses yeux s'écarquillèrent, il s'attendait à tout, sauf à ça. Malfoy n'avait pas disparu. Au contraire. Il ne mesurait désormais pas loin de 10 cm. La potion de Ratatinage venait de faire effet. Lors de sa transformation, la lanterne, qui avait conservé sa taille normale avait écrasé sa jambe et sans doute blessé son tibia. Harry posa sa main à côté de lui. Il s'approcha avec réticence et finit par s'installer dans sa paume.
- Sonorus, murmura Harry en pointant sa baguette vers lui pour amplifier sa voix.
- J'ai bien cru que tu ne comprendrais jamais, Potter, cracha-t-il, tu crois que Pomfresh t'as donné une liste pour faire jolie ? Comment peux-tu être aussi débile ?
- Ne me fait pas regretter de t'avoir ramassé, Malfoy.
- C'est une menace ?
Harry leva les yeux au ciel. Même dans une situation pareille il restait insupportable.
- Et d'ailleurs, pourquoi je suis le seul à m'être transformé ? ajouta-t-il dépité.
- Je n'en ai aucune idée, apparemment nos corps ne réagissent pas de la même manière, répondit Harry avec un sourire moqueur.
Il ne pouvait pas s'empêcher de trouver la situation amusante. Malfoy n'avait jamais paru aussi inoffensif. Il était déjà trouillard du haut de ses 1m80, il était facile d'imaginer son comportement réduit à un vingtième de sa taille normale. Il poussa un cri de surprise quand Harry referma ses doigts et se redressa.
- Ne me touche pas, Potter !
- Je te repose de suite si tu continues à me faire chier. Je suppose que c'était pas prévu, on devrait rentrer à l'école. Je te ramène jusqu'à l'infirmerie.
Une pensée contradictoire s'insinua malgré lui dans son esprit. Il fronça les sourcils et passa la main sur son front pour calmer son mal de tête. Il avait envie de rentrer au château, mais quelque chose lui disait qu'il était peut être mieux de suivre la route.
- On ferait mieux de continuer la route, murmura Harry et empruntant le chemin en direction du cœur de la forêt.
- Tu te fous de moi ?
- Je ne...sais pas... on devrait rentrer...attends...non continuer, articula-t-il avec difficulté.
Malfoy le fixa un instant avant de comprendre la situation.
- C'est le philtre de confusion qui fait effet. Peu importe, magne-toi et ramène-moi au château.
Harry secoua la tête négativement et continua d'avancer en accélérant. Il marcha un long moment sans écouter les vives protestations de Draco qui gesticulait dans tous les sens. Le paysage commençait à changer. Les Hêtres furent bientôt remplacés par une forêt de pain et un territoire plus aride. De grandes toiles d'araignées blanchâtres nouées entre les troncs leur indiquèrent qu'ils entraient dans le territoire des Acromentules.
- Hors de question d'aller par-là ! Tu m'entends le balafré ? RAMÈNE-MOI TOUT DE SUITE, brailla Malfoy à plein poumon.
Des craquements sinistres leur annoncèrent qu'ils n'étaient plus seuls. Une araignée de la taille d'un éléphant apparut entre les arbres à une centaine de mètres. Elle faisait claquer ses mandibules en les fixant de tous ses yeux rouges. Malfoy se recroquevilla dans la main d'Harry en attrapant un bout de sa manche.
- A...a...aguamenti, prononça Harry, incapable de se concentrer sur la bonne formule.
Un filet d'eau en forme de fouet se forma au bout de la baguette et vint percuter l'Acromentule en pleine tête. L'eau ruissela à travers son poil épais.
- Là tu m'impressionnes, Potter ! Tu veux lui faire prendre un bain ?
- Tais-toi...j'essaye de... nous sortir de là.
Elle cligna des yeux plusieurs fois en tapant rageusement ses pattes au sol.
- Génial, tu l'as énervée ! s'exclama Malfoy en donnant un coup de talon contre une de ses phalanges.
Remise de l'éclaboussure, elle fonça brusquement sur eux.
- POTTER, TU COURS, MAINTENANT !
Harry eut un éclair de lucidité et rebroussa chemin ventre à terre. L'araignée les prit en chasse, s'agrippant aux troncs et bondissant entre les racines.
« Concentre toi, Harry, la formule de Ron...a...a...a... »
- Alohomora, cria-t-il en pointant sa baguette par-dessus son épaule en direction de l'animal qui gagnait du terrain.
Le sortilège disparu entre les arbres.
- On est mort, couina Malfoy en se cachant le visage.
Harry s'arrêta brusquement et fit face à l'araignée. Il ferma les paupières et pris une lente inspiration. C'était le moment ou jamais. A...A...A...
- ARANIA EXUMAI, hurla-t-il alors qu'elle les rattrapait.
Un éclair rouge la frappa en plein abdomen et la projeta dans les airs. Elle retomba sur le dos, les pattes recroquevillées. Harry se laissa tomber au sol, hors d'haleine. Il s'allongea, les yeux perdus dans le vague. Cette fois, ils avaient bien failli y passer. Il tendit la main pour aider Malfoy qui se débattait, recouvert d'un pan de sa cape.
- Qu'est-ce que tu fais, Potter ! aboya-t-il.
- Je t'empêche de mourir étouffé.
- J'ai pas besoin de ton aide. Sauf si tu as décidé de rentrer au château.
Harry acquiesça au grand soulagement de son rival. Avant de partir, il s'approcha du cadavre de l'Acromentule, et sortit les fioles de sa poche qu'il remplit d'un liquide jaunâtre provenant des mandibules.
Le retour se passa sans encombre, si ce n'est le nombre incalculable de fois où Harry emprunta la mauvaise direction sous l'exaspération d'un Draco de plus en plus aigri. Quand ils arrivèrent enfin dans le parc, la nuit venait à peine de tomber. Harry fut ravi de constater qu'ils n'avaient pas encore manqué le repas du soir. Il monta les marches quatre à quatre et se dirigea vers l'infirmerie pour remettre Malfoy entre les mains de Mme Pomfresh. Un éclat de voix retentit depuis la porte de l'infirmerie.
- Tout va bien mademoiselle, il est en retenue. Je vous le répète.
- Vous vous rendez compte qu'il est peut-être en danger ? Il devrait déjà être rentrer, gémit Pansy Parkinson.
- Oh non c'est pas vrai, murmura Malfoy, Potter, cache-moi !
- Pardon ? demanda Harry, hébété. Le philtre de confusion en était la cause ou Malfoy venait réellement de lui demander une faveur étrange ?
- Ah tient, voilà justement M. Potter, s'exclama Pomfresh en remarquant Harry prêt de la porte, trop heureuse de se débarrasser de cette groupie qui hurlait dans toute l'infirmerie.
- Euh, oui on vient de rentrer, répondit-il en glissant Malfoy dans sa poche, d'ailleurs je vais vous laisser. Je crois que je vais aller manger.
Sur ce, il retourna dans le couloir à grandes enjambées.
- Pas si vite Potter, tu ne bouges pas, ordonna la jeune fille. Où est passé mon petit-ami ?
- Je n'en ai pas la moindre idée... euh... de qui est-ce qu'on parle ? articula-t-il en luttant contre le mal de tête qui revenait à la charge. Il sentit Malfoy gigoter dans sa poche.
- A ton avis ? Grand, blond et un tantinet provocateur.
Dit comme ça, ça pouvait paraitre évident, mais il n'arrivait pas du tout à réfléchir.
- Draco Malfoy, Potty ! T'es long à la détente, précisa-t-elle devant l'expression incertaine d'Harry, complétement égaré par le philtre de confusion.
Harry lui lança un regard surpris. L'idée qu'il puisse avoir ce genre de relation avec elle ne l'avais jamais effleuré. Ça répondait un peu à la question qu'il se posait ce midi en le regardant partir. Malfoy s'était bien trouvé une sorte de petite-amie, finalement. Pansy, c'était un peu trop facile, voir même décevant. Il ressentait une sorte d'amertume inexplicable. Comme elle attendait une réponse il finit par desceller ses lèvres.
- Euh... il allait vers le troisième étage aux dernières nouvelles.
Sur ces mots, il fit volte-face pour de bon en se dirigeant vers la grande salle. Arrivé à l'angle du mur, il sortit Malfoy de sa poche en l'attrapant par ses vêtements.
- Je te ramène à la salle commune de Serpentard ?
- Il est hors de question que quelqu'un me voit comme ça ! Je ne veux pas y foutre les pieds, tu m'entends, Potter ? Pas tant que je fais cette taille.
- Oui mais apparemment Parkinson à l'air de camper à l'infirmerie en attendant ton retour. C'est quoi le problème avec elle ?
- Cette fille est folle de moi.
- Je ne vois pas en quoi c'est un problème.
- Folle comme barjo, dingue, cinglée. Elle va vouloir me trimballer je ne sais où en faisant je ne sais quoi... Je ne sais même pas pourquoi je te parle de ça. Fous-moi la paix.
Il changea de position dans sa main pour se retrouver dos à lui.
- Tu ne t'attends quand même pas à ce que je te ramène à la tour de Gryffondor ?
Il sembla réfléchir un instant à la perspective de se retrouver chez l'ennemi.
- Puisque que tu me le propose si gentiment, j'accepte ! finit-il par dire avec un sourire narquois.
Harry lui lança un regard perplexe. Pour Malfoy, ça signifiait sûrement s'imposer la pire de toute les punitions. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui passer par la tête pour qu'il se décide à le suivre dans le dortoir de Gryffondor ? Le filtre de confusion s'estompait, ça aurait dû être un retour à la normale, non ? Au lieu de ça, la situation devenait de plus en plus étrange. Sans parler de ses sentiments qui semblaient jouer à la roulette russe, passant de l'irritation à la lassitude toutes les poignées de secondes. Il poussa un soupir. Et puis après tout pourquoi pas ? Il se sentait trop épuisé pour peser le pour et le contre pendant des heures dans le couloir. Il emprunta la direction de la tour de Gryffondor sans ajouter un mot.
- Mot de passe ? demanda aimablement le portrait de la grosse dame.
- Nid de cafard, répondit distraitement Harry.
- C'est exact !
Le portrait pivota laissant apparaître une ouverture vers la salle commune.
- Nid de cafard ? C'est exactement ce que j'aurais dit pour qualifier la salle commune de Gryffondor, cette femme me plait !
- Chut, murmura Harry en secouant sa poche, je ne suis pas censé amener du monde !
- Ne refais plus jamais ça, Potter !
Heureusement, la salle commune était totalement vide. Tous les élèves devaient être en train de manger. Harry monta l'escalier jusqu'au dortoir. Il posa Malfoy sur sa table de chevet avant de se jeter dans son lit avec un soupir de soulagement. Il était encore en vie et les effets du philtre avaient complétement disparu. Tout allait pour le mieux. Il sortit une des fioles de sa poche pour l'examiner. Une chose était sûre, il n'était pas, mais alors pas du tout, pressé de la remettre en main propre à leur professeur de potion.
De son coté, Draco examinait son nouveau territoire. La table était occupée par une petite lampe, un livre qui s'intitulait « Tactique de Quidditch en temps de pluie » et un vieux paquet de chewing-gum moldu. Il s'apprêtait à shooter dans la petite boite quand un bruit provenant de la salle de bain se fit entendre. Ron fit irruption dans la pièce, une serviette autour de la taille.
- Hey Harry, s'exclama-t-il, je me demandais quand t'allais réapparaitre ! T'as fini le bouquin sur le Quidditch ? Fred m'a dit que Katie voulait le … il s'arrêta brusquement en remarquant la présence de Malfoy planté à côté du livre.
Harry se figea, comment diable allait-il expliquer la présence de son pire ennemi dans leur dortoir ? Il réalisa par la même occasion que c'était vraiment bizarre d'avoir accepté.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Ron, l'air ahuri.
- Euh... c'est..., il échangea un regard désespéré avec Malfoy dont les yeux hurlaient « ne dis rien » C'est..., allez Harry, une idée, bon sang ! C'est une figurine !
Ron fronça les sourcils.
- Depuis quand tu collectionnes des figurines de Malfoy ? Je ne savais même pas que ça existait !
Il se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux. Bien, bravo. Super excuse. Maintenant la situation devenait vraiment embarrassante. Finalement il aurait préféré ne pas mentir à son meilleur ami et lui dire que c'était le vrai Draco Malfoy, en chair et en os. Au lieu de ça il risquait de se faire passer pour un cinglé ou pire...
- Non mais Harry, c'est génial ! Tu viens de nous trouver un nouveau défouloir ! ajouta le rouquin avec un large sourire.
Harry se remit à respirer, ravi d'avoir une excuse qui tienne la route. Ron se pencha vers la fameuse figurine et la tâta du bout du doigt. Malfoy lui lança un regard assassin.
- Wow, il se comporte vraiment comme l'original ! C'est super bien fait, et ses mouvements sont fluides.
- Ça tu l'as dit ! C'est plus drôle s'il essaye d'esquiver quand on lui lance des fléchettes, ajouta Harry dans un rire forcé pas très convaincant.
- Mais carrément ! On va essayer tout de suite ! Sur ces mots il se dirigea vers sa valise.
De pire en pire. Harry avait envie de se taper la tête contre le mur.
- Merci, Potter ! Je te revaudrai ça, murmura Malfoy les dents serrées.
- Trouvé ! cria Ron depuis l'autre bout de la pièce avec un air victorieux, tu n'as jamais vu la version sorcier, Harry, elles ont toutes des effets comme se multiplier au dernier moment ou exploser un peu avant d'atteindre la cible.
Malfoy déglutit. Finalement la salle commune des Serpentards lui paraissait bien hospitalière en comparaison. Des gouttes de sueur commençaient à perler autour de ses tempes. Foutue journée de merde !
- Euh... Tu sais Ron, je crois pas que ce soit une bonne idée.
- Admire le spectacle, il se positionna comme un joueur de baseball, la fléchette glissée entre deux doigts, Ronald Weasley est dans la place !
- NON, hurla Harry en se levant du lit d'un bond.
Il attrapa Malfoy qui était sur le point de tomber dans les vapes et le rangea dans le tiroir de la table. Ron le dévisagea, incrédule.
- C'est celle de Seamus, si tu l'abimes il va être en colère, improvisa Harry dans un souffle.
- Bon sang, Harry ! T'aurais pu me le dire avant, tu sais comment il est avec ses affaires.
Il rangea les fléchettes dans leurs étuis avec une pointe de déception.
- D'ailleurs, Ron, tu fais quoi pour les vacances ?
Il valait mieux changer de sujet.
- Comme tu ne viens pas avec moi au Terrier je pensais rester ! Mais ma mère a insisté pour que je rentre. Et puis Hermione passera sans doute à la maison alors... Il se mit à rougir en se tordant les mains.
Harry lui donna une tape sur l'épaule pour le soutenir.
- Au fait Harry, comment se passe ta retenue avec cette sale fouine de Malfoy ?
- Euh...bien..., répondit Harry en toussant pour cacher sa gêne.
Il n'allait pas lui parler de la potion de Ratatinage ou du philtre de confusion alors qu'il venait de passer 20 min à essayer de le convaincre que Malfoy n'était qu'un jouet en plastique. En plus, il devait sans doute les écouter depuis le tiroir.
- Comment ça « bien » ? T'es sûr que ça va, vieux ? Oh merde j'avais pas vu l'heure, bon je me dépêche où je vais rater le dernier train.
Sur ces mots, il s'habilla en vitesse et réunit les quelques affaires qui trainaient autour de son lit.
- Je t'enverrai du courrier. Tu peux compter sur moi ! Et si Rogue t'embête hé bien... souffre en silence ! ajouta-t-il en trainant sa valise hors du dortoir.
- Ça marche ! Bonne vacances avec Hermione, répondit Harry dans un demi-sourire.
Dès que Ron claqua la porte, il ouvrit le tiroir. Malfoy était allongé sur le livre de métamorphose la tête posée sur son coude.
- Potter, laisse-moi te dire que tu es le plus mauvais menteur que j'ai jamais vu.
Harry lui lança un regard noir. Tout ça, c'était de sa faute. S'il avait été quelqu'un de normal, il l'aurait laissé se démerder tout seul au nom de toutes les saloperies commises à son égard pendant ces quatre dernières années. Mais voilà, Harry n'était pas vraiment quelqu'un de normal. Premier fait, il se laissait docilement mener à la baguette par un Malefoy de 10 cm de haut. Deuxième fait, il avait menti à Ron pour protéger cet imbécile. Troisième fait, il n'arrêtait pas de penser à cette foutue idiote de Pansy Parkinson qui clamait haut et fort « Draco Malfoy est mon petit-ami ». Il regrettait presque le philtre de confusion, au moins c'était facile de tout contester en accusant les effets de la potion.
Il était fatigué. Extrêmement fatigué. Aussi bien physiquement que mentalement. Il regarda l'horloge, cette fois il avait raté le repas du soir. De toute façon il n'avait pas très faim. Il commença à se déshabiller. Quand il se retourna, Malfoy s'était plongé dans la lecture de « Tactique de Quidditch en temps de pluie ». Harry esquissa un sourire en le voyant tourner les pages à deux mains. Une fois étiré, il se glissa entre les draps avec un frisson de plaisir. Dodo, enfin ! Avant de sombrer totalement dans le sommeil, il fouilla d'une main dans ses affaires. Il jeta sa trouvaille dans le tiroir de Malfoy. Celui-ci l'attrapa par un coin avec dégoût.
- Qu'est-ce que c'est que cette... chose ?
- Une couverture.
Malfoy marmonna deux trois insultes et éloigna l'objet du bout du pied. Si le bonnet en laine de Molly Weasley ne lui convenait pas, tant pis pour lui ! Harry ferma les yeux et sombra dans un sommeil profond
Il était quasiment trois heure du matin. Draco se recroquevilla sur lui-même pour arrêter le tremblement de son corps. La douleur était insoutenable. Quand il sentit que ses membres commençaient à enfler, il rampa jusqu'au bord du tiroir. Le sol était encore trop loin pour sauter s'il voulait se retrouver en un seul morceau. Il s'assit sur le rebord en laissant ses jambes pendre dans le vide. « Allez Draco, tu peux y arriver » s'encouragea-t-il. Il attendit quelques secondes, prit une lente inspiration et se laissa tomber. Un craquement sonore retentit avant qu'il atteigne le sol et il se réceptionna avec les deux pieds du haut de ses 1m80.
- YEAH ! hurla-t-il en levant les deux bras en l'air en signe de victoire.
Potter grogna dans son sommeil et se retourna. Il n'y prêta pas attention, trop heureux d'avoir repris sa taille normal. Enfin ! Draco se sentait à nouveau maitre de son corps. Il fêterait ça en bousculant encore plus de premières années le lendemain matin.
Une mèche blonde tomba devant son visage, il la replaça en passant ses doigts dans ses cheveux. Pansy ne perdait rien pour attendre. Elle avait commis deux erreurs. La première, hurler dans le couloir qu'ils sortaient ensemble. Ce n'était pas totalement faux, mais le fait d'avoir couché une fois ensemble ne signifiait pas qu'elle l'avait définitivement enchainé. Surtout qu'il n'était pas sûr de vouloir continuer. La deuxième, oser dire « Potty ». Non, Non et Non. Hors de question qu'il partage. Elle avait le droit de mépriser Potter, de le bousculer dans les couloirs, mais certainement pas de jouer avec lui. Ça, c'était son petit privilège de Malfoy. C'est tout.
Il s'étira, la fatigue commençait à le gagner. Il jeta un coup d'œil au lit d'à côté, sans aucun doute celui de Weasmoche. Il fit une moue révulsée. Plutôt s'ouvrir les veines que de partager le même matelas qu'un Weasley. Un sourire s'étira alors sur ses lèvres. Il se déshabilla rapidement et se glissa dans le lit d'Harry en prenant un soin extrême de ne pas le réveiller. Ce dernier remua un peu quand Draco plaqua son corps froid contre son dos. Faute de place. Il avait hâte de voir la tête qu'il allait tirer au réveil...
Il était vingt heure trente. Ron remonta la fermeture de sa veste jusqu'au menton. Un vent glacial s'engouffrait sur le quai et faisait tourbillonner la neige. Il se frotta les mains pour se réchauffer. Seamus, qui venait d'arriver, posa sa valise à côté de lui.
- Fait pas chaud, hein ?
- Ça tu l'as dit ! s'exclama le rouquin, vivement que le train arrive !
- J'ai déjà envie d'être chez moi. Mon frère enchante chaque année les animaux empaillés du couloir de mes grands-parents, c'est à mourir de rire !
- En parlant de ça, j'ai vu ta figurine, elle est juste phénoménale ! J'ai voulu jeter des fléchettes dessus mais Harry m'en a empêché, ce rabat joie ! Promets-moi que je pourrais me défouler au retour des vacances !
- Mais de quoi tu parles, Ron ? J'ai jamais eu de figurine...
Fin du chapitre 2 :-)
