NOTE : Mars est depuis longtemps passé et je n'ai aucune excuse puisque ça fait bien cinq mois que cette suite est sur mon ordinateur. Je remercie Sombraline pour son message, ça me fait très plaisir de constater que des gens souhaitent avoir la suite de mes histoires. Je n'abandonne pas, j'ai juste besoin d'un peu plus de courage. Bonne lecture!


Il avait fallu plusieurs mois encore avant que Sirius ne puisse tenir sa promesse. Il avait du montrer qu'il saurait prendre soin de l'autre homme, qu'il avait le temps et l'argent nécessaire, qu'il avait la santé physique et mentale pour supporter une autre vie que la sienne.

Alors Sirius se remit à parler. Il fit de nouveaux projets « Quand il sera là, on… », il retrouva le sourire « Il faudra que je me souvienne de ça, ça lui plaira sûrement… », il réaménagea sa maison et sa vie « Il lui faudra un endroit pour ses potions… ». Et même si certains rêves semblaient irréalisable, rien n'empêchait de les imaginer « Peut-être qu'un jour... ».

Et les autres le regardèrent faire d'abord circonspects, Sirius avait-il conscience que Severus Snape n'avait plus rien à voir avec l'homme qu'ils avaient côtoyé, qu'ils avaient écouté, qu'ils avaient détesté? Il n'était plus qu'un corps sans vie que la haine et la guerre avaient finalement réussi à détruire totalement.

Mais Sirius était tellement enthousiaste, tellement vivant, que ça valait bien la peine d'essayer. Et même si Harry avait appris à détourner les yeux devant le regard vide de son ancien professeur de potions, il saurait faire face à un de ses plus importants remords. Parce que l'homme l'avait sauvé un nombre incalculable de fois et qu'il mépriserait aujourd'hui son incompétence de Griffondor. Si seulement il n'avait pas été si incroyablement stupide. Lorsque le mangemort était intervenu la dernière fois pour lui sauver la vie, il y avait perdu son âme et Harry ne savait que trop bien qu'il était incapable de régler cette énième dette.

Alors, il soutint Sirius, plus que tous les autres.

Il l'aida à décorer l'ancienne chambre parentale du Square Grimmaud, la plus grande, et si Sirius tint à mettre beaucoup de vert sur les murs, Harry réussit à le convaincre de choisir des couleurs ni trop chatoyantes ni trop sombres, Sirius avait toujours eu du mal avec la demi mesure.

Remus, lui, l'aida à approvisionner l'armoire à potions avec toutes les fioles dont le Serpentard aurait besoin. La directrice de Poudlard se chargea de lui procurer tout ce qu'il lui demandait. Remus se rendit aussi plusieurs fois au Ministère de la magie, il fit la navette vers Ste-Mangouste pour s'assurer que tous les papiers soient en règle et que Sirius devienne le tuteur légal de Severus Snape. Lorsque tous les parchemins furent dupliqués en dix-sept exemplaires et signés à l'encre de sang de dragon, Remus se sentit étrangement apaisé. Comme si les choses allaient enfin pouvoir rentrer dans l'ordre. Comme si le soleil allait enfin pouvoir se remettre à briller au-dessus d'eux.

Sirius vérifia une dernière fois que tout était prêt dans la nouvelle chambre de Severus Snape. Les murs étaient recouverts d'un vert foncé mais néanmoins tendre, le lit à baldaquin portait une parure de draps de soie noire ainsi qu'une épaisse couverture. Un fauteuil de brocart rouge avait été installé à proximité, des tentures légères pendaient de part et d'autre de la fenêtre où l'animagus n'avait pas pu s'empêcher de faire apparaître un paysage hivernal. Les toits de Londres semblaient étinceler sous la neige fraîche.

Il ferma la porte, un sourire aux lèvres. Lorsqu'il reposerait les pieds dans cette maison, il ne serait plus seul.

Les flammes vertes léchèrent quelques secondes l'âtre de la cheminée, puis tout fut silencieux.


Il suivit docilement, parce que, de toute façon, il ne savait même plus ce que cela pouvait bien pouvoir signifier. Il s'accrocha aux bras de l'homme et eut la sensation qu'on le tirait par le nombril. Quand il put reposer le pied au sol, il ne vacilla même pas, son corps semblait habitué, mais lui non, alors il sourit de l'étrange sensation.

L'instant d'après il oublia et marcha d'un pas indifférent vers la porte de la maison qui venait d'apparaître sous ses yeux.


Il ne semblait pas voir ce qui l'entourait. Il marchait parce qu'il se sentait poussé, il s'asseyait lorsqu'une pression se faisait sur son épaule et il ne buvait que lorsque le contact du verre froid se faisait sentir sur ses lèvres. Mais Sirius était content.

« Bienvenue à la maison. »


Les jours succédèrent aux nuits et Sirius vivait une petite vie tranquille entre les quatre murs de la demeure familiale. Il s'était inventé de nouvelles habitudes qui apaisaient étrangement tous ses cauchemars d'antan.

A sept heures trente, il se réveillait. Il se douchait, s'habillait, puis s'occupait de la maison, passant un sort de nettoyage par ci, un autre de lustrage par là, on lave les vitres et enfin, neuf heures sonne. La journée peut commencer.

Il prenait son petit-déjeuner avec le Serpentard, parce que manger seul, ça n'a jamais été marrant. Peu lui importe bien que l'autre ne dise rien, il a suffisamment d'anecdotes pour deux. Pendant tout le repas, il soutint l'autre, l'aide à boire et à manger.

« Mâches bien, Severus. »

« Il faut que tu avales, Severus. »

« Encore un peu, Severus. »

Et même si l'autre ne comprenait rien, il buvait et mangeait, parce que la présence à ses côtés l'enveloppait de sa chaleur, le soutenait et semblait toujours savoir lorsqu'il ne voulait plus rien avaler.

Sirius passait ensuite sa matinée à s'occuper des soins du Serpentard. Au début, avec des gestes maladroits qui, parfois, faisaient grimacer Severus de douleur. Quelques semaines suffirent à rendre ses mouvements fluides et caressants. Severus apprécia le changement même s'il ne le montra pas.

A midi, Sirius mettait un point d'honneur à cuisiner avec le Serpentard. La cuisine, c'était un peu comme une réminiscence de l'élaboration de potions. Il fallait mesurer, couper, hacher, fouetter, touiller. C'était même mieux que les potions. On pouvait goûter ! Des doigts pleins de chocolat, des lèvres rougies de sauce tomate, une sauce aux champignons qu'il faut assaisonner... Bien sûr, Sirius n'avait pas en cuisine l'égal du savoir-faire du Serpentard en potions. Alors il investit dans de gros livres de recette, spécial dessert, spécial viandes, spécial pâtes et pizzas, spécial oeufs dans tous ses états, spécial légumes frais et de saisons... Il utilisa aussi beaucoup la poudre de cheminette. Molly lui donnait toujours des tas de recettes, plus ou moins faciles, qu'elle accompagnait d'un tas de conseils lorsque Sirius demandait d'une voix enfantine et « ça veut dire quoi blanchir les endives? ». Harry, lui, lui fournissait des recettes de desserts chocolatés. Malgré ses cinq appels hebdomadaire, le jeune héros du monde sorcier arrivait toujours à lui fournir une innovation.

« Tu dois absolument goûter ce soufflet au chocolat coeur de chocolat blanc, c'est à damner Merlin! »

Sirius présumait que Ron était ravi de pouvoir l'aider dans ses recherches pour satisfaire son parrain et son colocataire. Remus, quant à lui, s'assurait de l'équilibre de ses petits plats, « N'oublies pas, Sirius, au moins cinq fruits et légumes par jour ! ».

Au début, évidemment, Sirius n'avait confié que de petites choses à Severus, éplucher une orange, casser quelques oeufs, fouetter une crème. Mais, avec le temps, il lui confia toujours plus de tâches, peler une pomme, faire bouillir l'eau des pâtes, couper les légumes en petits dés. Jusqu'au jour où il tenta « Severus, tu peux hacher les légumes en julienne ? » et de lui tendre le couteau manche vers le haut. Au début, l'autre homme ne semblait pas avoir saisi ses indications, Sirius lui se sentait un peu déçu, qu'avait-il espérer ? Mais quand le Serpentard s'était saisi du couteau d'une main assurée et qu'il avait commencé à découper les légumes avec la dextérité que l'expérience lui avait apporté, il su que c'était cela qu'il avait attendu. Severus retrouvait des gestes de son passé et c'était comme une porte qu'on entrouvrait. Devant l'animagus se trouvait l'homme qu'il avait toujours connu, la tête penchée sur son labeur avec concentration et application. Sirius se sentit enfin le droit d'espérer.

Après le déjeuner, il arrivait souvent à l'homme aux yeux d'obsidienne de s'endormir sur le canapé défoncé du salon. Sirius s'asseyait alors à ses côtés, à même le sol, et s'empressait de compléter sa collection de portraits. Le fusain accrochait le papier fin et les yeux de l'animagus voyageait de son modèle à son esquisse. Rien ne perturbait ce rituel jusqu'à ce que les yeux du Serpentard ne papillonnent et que Sirius repose son dessin, qu'il soit achevé ou non. Il lui offrait un sourire et la journée pouvait alors poursuivre son cours.

L'après-midi, ils s'occupaient à tout et n'importe quoi. Un puzzle. Une promenade. Repeindre un mur ou un meuble. Lire un livre quelconque. Une visite à un ami. Rester simplement assis à partager le même silence...

Le soir, ils mangeaient toujours les restes du midi qu'ils leur suffisaient de réchauffer d'un coup de baguette magique. Parce que c'était quand même rudement pratique et que Sirius était de toute façon toujours trop généreux dans ses portions.

Le soir, Severus passait son temps à regarder les flammes qui dansaient dans l'âtre de la cheminée ou la neige tomber à travers la fenêtre que Sirius ne modifia ni au printemps, ni en été, ni à l'automne et même pas lorsque l'hiver fut revenu. l'animagus, lui, reprenait son dessin qu'il avait abandonné un peu plus tôt dans la journée sur la table basse du salon. Ils restaient, comme ça, silencieux et tous les deux concentrés, jusqu'à ce que les yeux de Severus ne se ferment. Sirius le couchait alors dans sa chambre et se transformait en chien pour dormir à ses côtés et tenter de l'apaiser dans ses nuits toujours trop agitées.

Et les journées s'écoulaient lentement.

Toujours le même rituel.

Et Sirius était heureux.


Avec du temps et beaucoup de patience, Severus apprit à manger seul, même si parfois le contenu de sa fourchette semblait préféré se retrouver sur le sol que dans sa bouche.


Les murs se recouvrirent peu à peu d'une multitude de feuilles noircies, les murs du salon en étaient à présent totalement recouverts, elles commençaient alors à envahir les couloirs. Harry se demandait toujours pourquoi les sourires du Serpentard paraissaient tellement plus tendres sous le crayon de Sirius.

Severus ne sembla jamais incommodé par le culte qu'il lui était voué.


Sirius apprit auprès de Molly à faire un gâteau au chocolat onctueux et rempli de crème, lorsque, le soir de Noël, Severus s'appliqua à piquer dans son assiette après avoir fini consciencieusement sa propre part.

Remus s'invita souvent avec son fils Teddy, qui grandissait jour après jour. Sirius ne se demanda jamais comment il parvenait à toujours deviner quand ils confectionnaient le fameux gâteau.


Sirius raccourcit à l'aide de sa baguette les cheveux sur la nuque fine de Severus. Il ne put s'empêcher de caresser d'une main légère la peau soyeuse. L'autre ne fit rien.


Le mariage d'Harry et Ginny fut ponctué d'une farandole de rires et de mets sucrés. Quelques minutes furent accordées à la mémoire de ceux qui avaient tant compté, mais qui s'en étaient allés. Sirius avait ressorti pour l'occasion sa vieille cravate rouge et or. Il ne quitta pas son colocataire d'une semelle. Ron fit danser le tango à sa fiancée. Molly pleurait à chaudes larmes dans le giron de son mari, un sourire ému aux lèvres. Teddy ravagea le plateau de macarons à la pistache et à la rose, Remus se chargea de celui aux éclairs au chocolat et Tonks ne put s'empêcher de rire devant leurs mines grimaçantes lorsque le sucre fit son effet. George proposa son bras à Angelina pour une promenade au clair de lune. On rapprocha deux tables pour qu'Hagrid et Madame Maxime puisse s'installer côte à côte. La directrice de Poudlard se chargea d'apporter quelques digestifs à la liqueur de mirabelle et de gingembre.

Et Harry se dit qu'il était heureux.

Son sourire s'élargit lorsqu'il avisa son parrain tendrement enlacé au corps de son ancien professeur de potions, sous un vieux chêne un peu tordu qui bordait le chemin du Terrier. Il avait remarqué, comme tous les autres, les yeux amoureux que son parrain jetait à son vieil ennemi. Il avait d'abord été gêné, puis inquiet avant de finalement comprendre. Sirius n'aimerait jamais personne comme il aimait ce vieil ennemi à la peau douce et au regard profond. Peu importe qu'il ait perdu un peu de son esprit, il ne pouvait tout simplement pas l'abandonner.


Son premier cheveu blanc laissa Sirius totalement indifférent. Les suivants un peu moins.


Jour après jour les mêmes rituels étaient répétés mais Sirius ne se désolait plus depuis bien longtemps de cette monotonie dans sa vie, il avait même appris à l'apprécier. Parce qu'il n'était plus seul.

Quelques fois pourtant des événements inattendus bousculaient son quotidien. Le premier enfant d'Harry, dont il approuva vivement le prénom, et la ribambelle de poupons qui s'en suivirent de tous côtés, la première petite fiancée de Teddy, la calvitie d'Arthur, le déménagement de Hagrid en France, le coming out de Georges, suivi de celui de Draco Malfoy, un dentier magiquement modifié...

Et entres deux nouvelles, les rires profonds de Sirius et les légers sourires de Severus qui étaient parfois en décalage avec les situations, quelques larmes aussi qui coulent, le soir, lorsque Sirius caresse les cheveux soyeux d'un Severus endormi, lorsque l'espoir s'atténue un peu et que le poids des années se fait sentir.


Un jour, sans trop savoir pourquoi, Sirius se lança dans l'autoportrait. Aux côtés du Serpentard de papier, il traça les courbes d'un autre lui-même, d'un autre en phase avec son acolyte. Il se sentit un peu triste parce que son être de papier arrivait à toucher son vis-à-vis comme lui ne le pourrait jamais avec le vrai Severus. Lorsque les yeux noirs se posèrent sur lui, il abandonna la feuille noircie sur un coin du bahut et n'y pensa plus.


La vie s'écoula dans la petite maison du Square Grimmaud et quelques rides s'installèrent aux coins des yeux des habitants du lieu.


Remus s'endormit un beau soir d'automne, trois jours avant la pleine lune. Il était entouré de tous ses proches et c'est un sourire aux lèvres qu'il ferma pour la dernière fois les yeux. Les pleurs emplirent la petite chambre bondée de monde, bondée d'amour. Sirius se réfugia dans le giron d'un Severus insensible à l'ambiance du moment. Il s'endormit dans cette position, terrassé par la tristesse qui l'accablait. Personne ne remarqua les caresses tendres que lui procura Severus et qui l'apaisèrent dans son sommeil.


Les mois qui suivirent furent teintés de nostalgie, mais le souvenir des jours heureux mirent du baume sur leurs blessures et, peu à peu, les rires s'invitèrent à nouveau dans leur coeur.


Un jour de grand soleil, Sirius déclara qu'il fallait s'atteler au grand nettoyage de printemps. Severus, Harry et ses enfants furent mis à contribution. Le Serpentard dépoussiéra avec le plus grand des sérieux les bibelots que l'animagus lui indiqua. Harry et ses enfants se laissèrent souvent distraire.

« C'est qui sur la photo ? »

« C'est moi, voyons! »

« Mais c'est impossible! »

Et devant le regard interrogateur d'Harry, Albus s'empressa d'ajouter avec la candeur de l'enfance, « Tu es jeune! » et Harry de partir dans un grand éclat de rire.

Sirius s'attela au ménage des chambres. Il retrouva coincé, entre le matelas et le sommier, une feuille aux contours abîmés mais soigneusement pliée en quatre. Lorsqu'il la déplia, il découvrit son propre visage, à côté de celui du Serpentard. Il ne se souvenait plus de ce dessin qu'il avait pourtant lui-même tracé... et que, visiblement, le Serpentard avait soigneusement conservé. Il se sentit étrangement heureux lorsqu'il replaça la feuille à l'endroit exacte où il l'avait trouvée.

Lorsque tout le monde se retrouva autour d'une citronnade fraîche, Sirius avait toujours son large sourire aux lèvres. Malgré les questions de son filleul et de ses trois enfants, l'origine de son bonheur resta secret... jusqu'à ce qu'il croise le regard profond de Severus. Quand le Serpentard lui rendit son sourire tendre, Sirius ne put s'empêcher d'éclater d'un grand éclat de rire. L'avenir leur réservait encore bien des surprises et l'espoir ne quitterait plus jamais le coeur de Sirius.

A la fenêtre, la neige tombait doucement sur une Londres déjà recouverte d'un épais manteau blanc. Mais au travers de ce blanc cotonneux, on devinait le soleil éclatant du printemps.