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La théorie des crapauds et des dragons

II


Les enfants salivèrent et se ruèrent sur les chaises, aussitôt admonestés par Ginny. Scorpius prit sa place préférée, et sans surprise Albus s'assit à côté de lui. Lily se plaça en face d'Albus tandis que James et Ginny fermaient la rangée à côté de Lily. Il ne restait plus que Harry et Drago qui durent s'asseoir en face.
Les légumes apparurent sur la table par magie. Les potatoes firent grossir les yeux des enfants, les sauces leur fit se lécher les lèvres, puis l'odeur de la viande acheva de les faire s'agiter sur leurs chaises et empoigner à deux mains leurs couverts.
Drago, en bon hôte, servit les plats d'un coup de baguette magique. Les enfants observèrent les cuillères plonger dans la sauce, croiser les couverts occupés à couper la viande, les assiettes se lever et attendre les aliments avant de se reposer tout cela dans un balai de mouvements et d'odeurs qui mit véritablement en joie tout le monde.

- Bon appétit, lança Scorpius, tout heureux.

On lui répondit « Bon appétit tout le monde ! », puis chacun avala sa première bouchée.
Il y eut un silence appréciatif, qui se muta en silence gêné. Parce que la viande était…

- Immangeable, décréta Drago en poussant son assiette.

Les autres le regardèrent comme s'ils n'avaient pas osé le dire, avant de préférer la jouer diplomate :

- Ca relève le goût…
- Suffit d'enlever toute la couche cramée…
- Avec la sauce ça passe bien…
- Papa, c'est pas comme d'habitude, mais ça va quand même…
- On ne va pas la refaire de toute façon…

Drago soupira, intraitable.

- Vous connaissez un service express de viande pour sorciers mauvais cuisiniers ?

La tablée rit.

- Non mais vraiment, tempéra Ginny. Ca va.
- Oui, ajouta Harry. Combien de fois on ne l'a pas oublié dans le four à la maison ? Les enfants sont immunisés.
- Enlevez quand même la partie supérieure, ce n'est pas bon pour la santé, préféra dire Ginny à l'adresse de James qui fit comme si de rien était.

Drago hocha la tête, plus fatigué que convaincu par leurs arguments à deux gallions.

Et la soirée passa.

Tranquillement et rapidement à la fois.

Mieux que ce dont les plus pessimistes s'étaient préparés. - Drago et Ginny en tête - . Ils parlèrent finalement plus de leur vies privées et professionnelles que Drago ne se serait attendu, sans pour autant dépasser les limites qu'il estimait trop privées : Astoria.

- … et donc après avoir entamé ma carrière de joueuse professionnelle, racontait Ginny avec entrain et fierté, j'ai fait plusieurs matchs jusqu'à arriver en finale pour une coupe du monde – tu l'as loupée, Male… Drago ? (Drago marmonna qu'il avait quelque chose de plus important sans rentrer dans les détails – à savoir que le procès de son père lui avait pris tout son temps -). En tout cas, notre équipe a perdu le match, mais on a pas cessé de faire des tournois ici et là. Jusqu'à ce qu'un cognard me blesse la saison dernière. Mon équipe est en place d'arriver en finale pour la prochaine coupe du monde, cet été, alors j'espère que je serai guérie d'ici là…
- Ce serait super de te voir sur ton balai pour cette coupe du monde, dit James.
- Merci trésor. Mais pour l'instant mon équipe a trouvé quelqu'un pour me remplacer, ce que je comprends tout à fait, même si ça me fait bizarre d'être sur la touche.

Drago allait ajouter quelque chose mais Ginny l'en empêcha, comme voulant aussitôt refermer la brèche qu'elle lui avait ouverte. Pas question qu'il lui dise quelque chose du genre : les Weasley ont toujours été sur la touche, alors pour ce qui est de la dernière des Weasley…

- Pourquoi je ne lis pas ton nom dans le journal ? Finit-il par demander.
- Parce que j'ai choisi un pseudonyme et que je protège mes arrières. On a eu assez de journalistes à notre porte après la guerre et à la naissance des enfants. Maintenant que ça s'est tassé, j'ai pas envie de les faire revenir.

Harry ne dit rien mais sembla gêné que soit abordée sa côte de popularité. Qu'elle soit pré-guerre ou post-guerre, elle l'avait toujours collée comme une peau indésirable, trop collante pour être séparée de lui, trop épaisse pour disparaître.

Drago ne dit rien mais n'en pensa pas moins.

- Étonnant que vous n'ayez pas pris la grosse tête, commenta-t-il.
- Merci.
- Ce n'était pas un compliment.
- Si, ça l'était.

Drago se contint, terminant son assiette sans un mot. Il devait faire preuve de tellement de sang-froid avec eux... c'était plus que ce que ces dernières années d'entrainement ne lui avaient permis.

- Papa, on sert le gâteau au chocolat ?

Drago acquiesça devant l'air ravi des enfants. Ils mangèrent tous goulûment leur part, estimant à l'unanimité que ce repas était réussi.
Et de temps à autres, Drago observait les enfants d'Harry et de Ginny. C'était davantage à cette table que seul avec Scorpius qu'il remarquait combien d'années étaient passées et combien leurs vies avaient changé depuis Poudlard. Et c'était très déstabilisant.
Mais le pire, c'était encore de faire face à Potter en chair et en os. Il l'observait prendre le gâteau au chocolat avec sa cuillère, aidé de son pouce gauche, porter l'aliment jusqu'à ses lèvres fines puis sa mâchoire se mettre en mouvement – et tantôt il mâchait par mécanisme, perdu dans ses pensées, tantôt il observait Drago derrière ses lunettes rondes comme s'il eût été encore sur ses gardes. Si jamais le gâteau est empoisonné, et quitte à mourir sous les yeux de la fouine, autant lui lancer un sectumsempra visuel suffisamment haineux en retour, devait-il penser. Drago serra un peu trop fort sa cuillère en pensant avec cynisme à ce cas de figure. Ses narines s'arquèrent, et il finit par souffler pour évacuer l'image de leur affrontement dans les toilettes de Poudlard.

Il se demanda à quoi pensait Potter à cet instant précis tandis que le brun gardait ses yeux rivés sur lui. À Drago qui avait lui aussi changé de physionomie avec le temps ? Ou à toutes les années qui les avaient séparées. À cette foutue guerre. À ces morts qu'il n'avait pas pu sauver et qui aujourd'hui ne pouvaient pas être auprès de leurs enfants, comme Remus et Tonks avec Teddy. À tous les autres qu'il avait perdu de vue, comme Dean, Seamus et Luna.

Misère. Ce repas ramenait bien trop de choses à la surface. Drago était fatigué, et là tout de suite, il aurait aimé que toute la famille Potter parte pour se retrouver seul. Malheureusement, c'était sans compter sur Albus et Scorpius qui étaient devenus les meilleurs amis du monde. Drago les observa sans comprendre ce que son fils trouvait à cet enfant rêveur – il avait l'air gentil, bien attentionné, voire même protecteur, mais Scorpius méritait plus que la fréquentation d'un…. Par Salazar, ça lui reprenait. Il recommençait à penser à la valeur des familles et du sang.
Drago se frotta les yeux avant de regarder par-dessus sa main son fils rire tandis qu'Albus jouait à faire tenir le plus longtemps possible sa cuillère sur son nez.
Il comprit alors combien son fils manquait cruellement de compagnie ici. Et bien qu'il vivrait des désillusions, des peines et de forts chamboulements dans sa vie, il était temps que Scorpius revienne au monde - en quelque sorte. Il était temps qu'il rentre dans la micro-société qu'était l'école, avant de se lancer dans la véritable société.
Un cafard rempli le moral de Drago qui ne se soucia plus d'entretenir la conversation. Il n'entendit pas Harry et Ginny murmurer entre-eux, ni se mettre d'accord pour prendre le départ. C'est seulement lorsque les mouvements des bras et les raclements de chaise alertèrent ses rétines et ses oreilles que Drago tourna la tête vers eux.

- Merci pour le repas, nous allons partir maintenant, sourit Ginny. Lily commence à dormir dans son assiette.

Elle rit tendrement et Drago pensa encore à Astoria. Foutue vie de couple brisée. Il se leva à son tour, irrité sans raison valable, et se tint droit. Harry récupéra les capes de tout le monde pour les distribuer. Albus se leva à regret pour enfiler la sienne. Lilly fit un caprice pour être portée alors qu'elle était bien trop grande à présent pour continuer à faire cette requête (mais Ginny céda). Ils s'acheminèrent de nouveau dans le salon, et Drago vit Scorpius se mettre à l'écart, l'air malheureux. Il devina qu'il aurait aimé qu'Albus reste plus longtemps.

- Potter, fit simplement Drago tandis qu'Harry restait debout devant lui, ne sachant que dire.

Ca y'est, Potter avait retrouvé son air maladroit qu'il avait avec les autres quand ils ne faisaient pas partie de son cercle proche c'est-à-dire tout le monde en-dehors du Trio d'or.
Mais Drago, contre toute attente, ne persifla pas. Pris d'une envie subite, il demanda :

- Est-ce que ta vie d'Auror te convient, alors ?

Harry le fixa si longtemps que Drago songea que sa question avait été mal comprise. Ou bien Harry avait en tête sa récente promotion qui avait fait le tour des journaux et pensait que Drago ironisait sur sa vie confortable, ce qui aurait été mal venu après avoir partagé une soirée miraculeusement cordiale où aucun souvenir de guerre, aucune insulte, aucun sort n'avait été jeté.

- Oui, répondit simplement Harry. J'aime ce que je fais. J'aime être en action et agir contre les forces du mal. Quoi que disent certains grands magicologues, tous les mages noirs ne sont pas devenus de doux agneaux. Certaines idéologies sont encore là, il faut les combattre jusqu'au bout.

Drago se retint de lever les yeux au ciel. C'était tellement du Potter craché, qu'il avait fallu attendre la fin de la soirée pour le retrouver tel qu'il l'avait connu ! Drago aurait presque pu dire « enfin ! » s'il ne trouvait pas son discours si ennuyeux – il avait cessé d'écouter Potter à partir d'« agir contre les forces du mal » pour ne plus écouter que d'une oreille. Mais en-dehors du devoir de justicier servant le bien, Potter avait au moins le mérite de ne pas être naïf.

- Tant mieux, répondit Drago, désireux cette fois que la soirée se finisse et qu'il se retrouve seul.

Harry hocha la tête, puis enfila sa cape. Il fixa encore une fois Drago avant de lui faire un signe de la tête d'au-revoir. Puis toute la famille s'agglutina autour de l'âtre de la cheminée. Ils saluèrent de la main Scorpius et Drago puis Ginny ouvrit le bouchon en liège de sa fiole contenant la poudre de cheminette et elle la versa dans le creux de leurs paumes. L'un après l'autre, ils prononcèrent l'adresse de leur maison.

- À la prochaine, murmura Albus en fixant Scorpius d'un regard chaleureux plein de promesses.
- Oui… à la prochaine, souffla Scorpius, le cœur serré.

Et le dernier Potter s'envola à son tour, emportant jusque chez lui un nuage de poussière de la cheminée des Malefoy.


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La neige finit par fondre, mais pas l'ennui mortifère de Scorpius.

Voilà deux mois que le dîner avait eu lieu, et il n'y avait pas eu un jour où Scorpius n'avait pas songé écrire une lettre à Albus pour l'inviter à venir jouer avec lui (incertitude plus vicieuse et décourageante encore qu'il attendait qu'Albus en fasse de même en retour, sans jamais recevoir de nouvelle). Il s'était crée un petit fort près d'une fenêtre de la salle à manger. Il avait entassé des chaises en se laissant un passage par lequel ramper, empilé des livres pour combler les trous, et posé des chapeaux pointus qui faisaient office de tourelles pour son château fort. Il avait installé le tout près de l'unique point de lumière, et à présent il avait la tête appuyée sur le bord de la fenêtre et observait la neige fondre à l'extérieur. On aurait dit un petit chien penaud fatigué de jouer.

Le temps ne passait pas et lui tournait en rond. Il n'avait rien à faire. Il n'avait même plus de recoins à explorer dans son esprit. Son ami imaginaire Flurry ne s'était plus manifesté, et il aurait été incapable de savoir comment le rappeler maintenant qu'il avait rencontré un vrai camarade de jeu en la personne d'Albus.

Il se sentait rouiller de l'intérieur. Tout ce qui l'entourait l'ennuyait ferme, même les livres. Même la magie ne l'excitait plus. Il n'avait qu'une idée, c'était la Coupe du monde de Quidditch de cet été et la rentrée scolaire de Poudlard. Son père passait de plus en plus de temps au Ministère maintenant. Il lui arrivait même de rentrer au manoir dans tous ses états après une visite impromptue de Harry Potter dans son bureau. Et même sa mère n'était pas revenue lui dire bonjour depuis Noël.

C'était sacrément pas marrant d'être Scorpius Hyperion Malefoy. Il n'accomplissait pas beaucoup d'épopées héroïques, il n'inventait pas de remèdes miracles, il n'arrivait même pas à convaincre son père d'adopter un crapaud…

- Pfff, soupira pour la énième fois Scorpius, le menton collé au rebord de la fenêtre.

Soudain, quelque chose se matérialisa devant ses yeux. Il papillonna des paupières, puis releva la tête et regarda de plus près la scène. Il ne comprenait pas ce qu'il voyait, mais une chose était sûre, ça se déroulait bien devant ses yeux. Harry Potter soutenait son père par l'épaule, et son père avait une démarche claudicante et le teint plus blafard que d'habitude. Il avait sa chemise tachetée de sang et déchirée au niveau du bras, dévoilant son tatouage avec le serpent (alors que son père prenait toujours soin de ne pas le montrer, même en été, et qu'il n'aurait jamais déchiré sa chemise).

- Papa ! Cria Scorpius en ouvrant en grand la fenêtre.

Harry leva les yeux vers lui mais un bref instant seulement car aussitôt il dut soutenir plus fermement Drago qui était tombé dans les pommes. Scorpius se hissa sur le rebord et sauta de l'autre côté. Ses chaussettes s'enfoncèrent dans l'herbe boueuse partiellement recouverte de plaques de glace. Il courut jusqu'à son père en l'appelant avec détresse.

- Papa ! Papa ! Réponds-moi ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi il est dans cet état ? Qui a fait du mal à mon papa ? Pourquoi tu ne l'as pas amené à l'hôpital ?
- Calme-toi, s'il-te-plaît, souffla Harry entre ses dents, il n'est pas en danger.

Harry sortit sa baguette et formula « Wingardium leviosa » en faisant un geste parfait du poignet. Il monta sa baguette et le corps de Drago suivit le mouvement dans les airs.

- Dis-moi où est l'entrée la plus proche, s'il-te-plaît.

Scorpius courut lui désigner la porte de la cave. Harry traversa la cave remplie des meubles et des objets du manoir de Lucius et Narcissa Malefoy sans rien dire, et continua à suivre Scorpius qui lui ouvrait la voie. Harry fit attention à ne pas faire cogner la tête de Drago tout en grimpant les marches jusqu'à la salle. Il installa finalement Drago dans un fauteuil, puis s'agenouilla devant.

- Tu peux retenir sa tête, si tu veux, finit par dire Harry tandis que Scorpius s'affolait autour sans savoir quoi faire de ses petites mains.

Il s'exécuta aussitôt. Drago n'avait toujours pas repris connaissance alors que ça faisait plusieurs minutes déjà.

- Tu vas le soigner, hein ?
- Bien sûr.

C'était évident. Mais pas pour un petit garçon de dix ans qui voyait du sang sur la chemise de son père et dont la seule aide présente avait un jour éprouvé de la haine à son encontre. Ce que Scorpius ne savait pas, cependant, c'était qu'Harry l'avait déjà sauvé des flammes dans la Salle sur Demande et que son père exagérait toujours quand il s'agissait du « balafré ».

- Qu'est-ce que tu attends ? S'inquiéta Scorpius en voyant Harry hésiter.

Celui-ci secoua la tête et finit par ouvrir la chemise de Drago afin de désinfecter les plaies du bout de sa baguette magique. Elles se refermèrent aussitôt et le sang s'évapora par magie.

- Il lui faut du repos maintenant, informa Harry en se relevant. Viens, je vais t'expliquer.

Scorpius prit quelques secondes de réflexions ne sachant s'il devait quitter son père pour suivre Harry ou rester. Ils s'assirent finalement au niveau du bar, face-à-face.

- Comme je t'ai dit – mais je préfère me répéter – ton père n'est pas en danger.
- On l'a attaqué ? Croassa Scorpius.
- Oui.
- C'était volontaire ?

Harry ne put s'empêcher d'esquisser un sourire maladroit en songeant à quel point Scorpius était mature et choisissait ses questions avec beaucoup d'intelligence pour son âge.

- Voilà ce qui s'est passé : j'étais dans le bureau de ton père parce que j'y passe de temps en temps. Une fois sur deux c'est pour l'embêter, je l'avoue, balaya-t-il comme une plaisanterie qui ne perturba pas le sérieux de Scorpius.
- Et les autres fois ?

Harry s'arrêta un quart de seconde, avant de choisir soigneusement ses mots :

- C'est pour le travail.
- Mais tu ne fais pas le même travail que papa.
- C'est vrai, répondit-il prudemment, mais nos bureaux sont liés. Je suis Auror : je vais sur le terrain partout dans le monde alors que lui s'occupe du droit international. Donc parfois j'ai besoin de sa connaissance des textes juridiques.
- Je comprends pas tout, mais d'accord.
- OK. Alors j'étais sorti un instant de son bureau pour acheter deux cafés. Au moment où j'ai rouvert la porte, le service postal est arrivé. Le courrier a plané dans le bureau de ton père qui s'est tourné vers eux pour les récupérer. Tu sais à quoi ils ressemblent ? Ce sont des origamis en forme d'oiseaux. Sauf qu'ils étaient ensorcelés. Ils ont piqué sans prévenir et à toute vitesse sur le destinataire du courrier – Drago – , et leur bouts étaient pointus comme des couteaux. Il aurait pu s'en sortir juste avec des plaies si quelqu'un n'était pas entré par la deuxième porte du bureau. Il avait attendu que le courrier attaque ton père par l'avant pour l'attaquer par derrière. Il lui a déchiré la chemise précisément au niveau de la marque de Voldem…. De son tatouage, avant de pointer sa baguette sur lui.

Harry réalisa soudain qu'il avait utilisé des termes un peu trop imagés et violents pour Scorpius comme « couteaux », « attaqué », et qu'il avait failli empiéter sur un terrain (la marque de Voldemort) dont il ignorait s'il était légitime d'en parler avec Scorpius. En savait-il seulement quelque chose ? Si oui, comment Drago avait abordé le sujet avec lui ? Harry s'était laissé emporter par son récit au point d'oublier la sensibilité de son interlocuteur. Mais Scorpius le fixait sans rien dire, ni sans pleurer, alors il espéra que c'était passé comme une lettre par la poste. Sans mauvais jeu de mot.

- Ton père a pivoté sur lui-même malgré la surprise et la douleur des oiseaux dans sa poitrine, et il a eu le réflexe d'envoyer valser son agresseur pour mettre de la distance entre eux. - Pour un sorcier qui n'est pas sorti de son manoir pendant plusieurs années, il a gardé un bon instinct de combat -. Son sang-froid ne doit pas y être pour rien. Passons. J'ai aussitôt dégainé ma baguette à mon tour et paralysé le sorcier.

Scorpius ne disait toujours rien, stoïque. À l'écoute.

- Nous lui avons aussitôt enlevé sa baguette et lancé de sorts de transparence pour savoir s'il était caché derrière une fausse identité. Mais son visage resta le même, et il nous était à tous les deux inconnu. Ton père, qui travaille beaucoup et qui était déjà suffisamment fatigué, s'est affaibli en transplanant avec moi jusqu'au bureau d'Hermione. Mais il n'a rien laissé paraître, alors je pensais que les oiseaux ne lui avaient pas fait si mal que ça. Le Service des violences et agressions à l'encontre des sorcières et sorciers du Ministère (un Service chargé des affaires au sein du Ministère depuis qu'Hermione est Ministre) s'est entretenu avec Drago pour savoir dans quel état il était, physique et psychologique. Celui-ci a insisté avec tellement d'acharnement à être rapatrié chez lui que j'ai pris le relais du Service. On a à nouveau transplané et c'est sûrement ce qui a fini par faire s'évanouir ton père.
- Et l'agresseur ?
- Il va être identifié, interrogé et jugé, sois en certain. Je ne sais pas si je peux m'avancer en prétendant deviner les motivations qui l'ont poussées à agir contre ton père, surtout à toi qui va prendre naturellement la première explication – car tu en attends une et qu'il est normal que tu en aies une -, mais tu ne peux pas tout savoir…

Harry pianota sur le bois du bar, en proie à un dilemme de conscience professionnelle.

- Il faut que tu comprennes que ce n'est qu'une supposition et que je ne parle pas en tant qu'Auror exerçant ma fonction mais en tant que témoin ami et qu'il vient seulement de se passer une heure depuis l'incident alors je n'ai pas eu le temps d'évaluer toutes les éventualités...
- Oui.
- Tu comprends bien ?
- Oui, répéta Scorpius.
- Bon, alors je pense qu'il s'agissait de quelqu'un qui a fait un acte politique ou de pure revanche personnelle contre ton père pour son passé de… Tu sais quelque chose au sujet de la guerre, n'est-ce pas ?
- Oui, papa était un dragon mais il n'a jamais tué ou torturé personne, clama Scorpius, presque sur ses gardes, un instinct protecteur montant en lui.

Harry sourcilla mais ne commenta pas le choix des mots utilisés par Scorpius ni la symbolique qui se cachait derrière. Il avait compris l'idée.

- Je pense que ce sorcier visait spécialement les « dragons » vu qu'il a arraché la manche de Drago au niveau de la marque. En outre, l'acte était prémédité. Il savait que ton père travaillait là (et il le désapprouvait?). C'était réfléchi. Mais on peut réfléchir à quelque chose sans que ce soit pour autant intelligent. Et dans ce cas, cet agresseur n'a vraiment pas pensé qu'il se jetait dans la gueule du loup en attaquant Drago au sein même du Ministère – ou alors il savait qu'il se condamnait -. Et en plus, (Harry était presque indigné par autant de manque de préparation et de perspicacité) en prenant comme moyen de diversion des papiers ensorcelés et en faisant du corps à corps plutôt qu'en lui lançant un sort direct ! Il est certain qu'il y a encore beaucoup de personnes qui voudraient régler leurs comptes aux anciens « dragons », et il faudrait être dupe de penser qu'avec le temps la haine s'est tassée. Mais ce genre d'agression sauvage est peu commune. D'habitude les gens sont satisfaits du Service de Justice du Ministère qui mène en procès tous les « dragons » reconnus qui ont tué et torturé – pas comme ton père -. Dans tout ça, il faut retenir que cette personne a réussi à entrer dans le Ministère sans se faire prendre et sans potion de polynectar, ce qui signifie…. Que c'est un membre du Ministère, conclut Harry pour lui-même, réfléchissant à voix haute.

Emporté par ses réflexes d'analyse d'Auror, il avait oublié Scorpius. Il s'adonnait à l'évacuation de ses idées de manière aléatoire, sans mettre de barrière pour omettre aucune piste de réflexion, mais ce n'était pas le moment... Drago gémit en se réveillant. Il tourna la tête pour reconnaître les lieux, se redressa pour s'assurer que le monde ne basculait pas autour de lui, puis avisa Harry et Scorpius. Le froid ambiant effleura sa peau nue et il observa sa chemise ouverte en fronçant les sourcils avant de se lever et de se diriger vers les deux spectateurs muets.

- Drago, content de voir que tu ailles mieux, lança Harry avec empressement en descendant de sa chaise haute. Il faut que je me rende immédiatement au Ministère car je pense que ton agresseur en fait partie et je trouve ça très étonnant qu'Hermione ne l'ait pas reconnu !

Drago ne dit rien. Son expression était froide. Ses yeux gris calculaient la situation, commençant petit-à-petit à réfléchir et à en venir aux mêmes conclusions qu'Harry.

- Très bien. Contacte-moi dès que tu as des nouvelles. Je reste ici.

Harry hocha la tête et transplana aussitôt. Drago baissa la tête vers Scorpius qui n'osait toujours pas bouger. Alors Drago ouvrit ses bras. Scorpius disparut dedans.

- Je vais bien Scorpius, je t'assure.
- J'ai eu si peur…
- Je comprends.
- Ne retourne plus jamais au Ministère ! Supplia Scorpius en faisant preuve d'une autorité qui ne lui ressemblait pas et qui prouva à quel point il avait eu peur.
- Ca ne se renouvellera pas.

Scorpius n'ajouta rien. Il se sépara de son père et retourna se cacher dans son fort, près de la fenêtre. Et il observa à travers les piles de livres et les chaises son père reboutonner sa chemise en faisant les cent pas dans la pièce.

Le lendemain matin, Scorpius dormait encore quand Drago reçut le hibou de Harry. Il lâcha La Gazette du Sorcier (qui n'avait pas encore été mis au courant de l'agression mais ça ne saurait tarder). Il déplia la lettre explicative. Harry avait tout écrit de manière hâtive, sûrement dépêché par ses obligations d'Auror :

« Gary Thomson, 41 ans, 1m78, 80 kg, membre de la Section linguistico-sémiologique et chargé de temps en temps de la traduction des courriers non-officiaux internationaux. Hermione a discuté avec le chef de sa section et récupéré sa fiche pour connaître son identité. Ils ont parlé durant des heures pour connaître son profil et connaître ses motivations. Son chef « regrette de ne pas avoir décelé de propension à la rancune menant à la haine et à la violence » dixit le rapport que j'ai eu. Quant à ses collègues, ils ne lui parlaient pas beaucoup, s'abstenant d'entrer dans les détails. Il a une petite fille du nom de Flore Thomson qui a 15 ans. Sa femme est morte durant la guerre. Toutes les explications gravitent autour du fait qu'il n'a pas digéré son deuil et qu'il a voulu se venger. A visé ton nom et ton idéologie passée plutôt que toi en tant que personne. A agi seul. Procès prévu le 15 juin. Visites réservées à la famille et au Service de la Justice du Ministère. BRÛLE ce papier. Tout ce que j'ai écrit est une infraction au devoir de confidentialité de ceux qui sont chargés du dossier et qui ont eu l'obligeance de me dévoiler l'essentiel. »

Ton idéologie passée… répéta Drago, appréciant très peu les termes choisis. Drago jeta la feuille dans la cheminée.

- Incendio, murmura Drago en laissant le feu au bout de sa baguette brûler le papier.

Affaire classée, pensa-t-il. Il savait qu'il devrait aller au procès mais en attendant tout ce qu'il voulait c'était comprendre la situation. Et maintenant que lumière s'était faite sur l'affaire, il voulait passer à autre chose.


Le procès condamna l'agresseur à deux mois de peine dans un centre – ouvert par Hemione un an après la fin de la guerre – qui était dissociable en tout point de la prison d'Azkaban mais qui n'en était pas moins agréable. Et le nom de Drago fut à nouveau étalé au grand jour dans tous les journaux, braquant à nouveau les journalistes sur lui puis, tant qu'à faire, sur la peine d'emprisonnement de son père – puisque c'était bien connu, le fils n'allait pas sans le père -.

Malgré tout, Drago avait réussi à vivre ça comme une parenthèse. Son quotidien n'avait pas changé. Il se levait toujours à sept heures tapantes, préparait le café et ouvrait le journal en attendant que son fils se réveille. La seule chose qui avait changé, c'étaient ses chaussons verts bouteilles. Ils avaient disparus de ses pieds parce que souvent, dès le matin, Drago s'attendait à quelques visites impromptues – plus tant impromptues que ça maintenant –…. Comme ce matin...

- Potter, fit l'ancien Serpentard sans lever les yeux de son journal.

Harry remit de l'ordre dans ses habits après avoir tournoyé à cause du transplanage. Il s'avança à grands pas en ouvrant les bras d'enthousiasme.

- Bonne nouvelle ! Ginny est rétablie et va remonter sur son balai ! Elle va jouer durant la Coupe du monde, Drago !
- J'entends bien, marmonna Drago d'un ton ennuyé.
- Tu viendras ?
- J'ai prévu de déposer Scorpius là-bas.
- Ne me fais pas croire que le Quidditch ne t'intéresse plus !
- Ce sont les équipes qui s'affrontent qui ne m'intéressent pas, trancha Drago, toujours feignant d'être plus intéressé par l'article de journal.
- Dis plutôt certains joueurs, maugréa Harry avec plus de colère.

La dernière remarque d'Harry surprit Drago. Non pas par ce qu'elle sous-entendait, mais parce qu'il avait touché juste. Oui, il éprouvait de l'indifférence pour la femme de Potter et ses exploits sur son balai aussi, était-ce un mal ? Il déposa enfin son journal et descendit de la chaise haute. Harry et Drago s'affrontèrent du regard dans un duel d'éclats verts et argent.

- Tu ne peux toujours pas nous supporter, ma famille et moi, finit par lâcher Harry.
- Ce n'est pas ça.
- Quoi alors ? S'agaça-t-il.

Drago se résigna à être de mauvaise humeur ce matin.

- Tu te demandes pourquoi le courant ne passe pas mais un courant ne va pas que dans un sens. Tu réfléchis à l'envers. Ou en tout cas sans observer tous les points de vue.
- Tu peux pas être plus clair, ironisa Harry avec colère.
- Ta perspicacité me donnerait envie de boire du whiskey-pur-feu dès le matin.

Harry serra les poings et transplana sans rien répondre.

- C'est ça, barre-toi. Et après c'est moi le lâche…

Drago sentit la rage monter en lui. Voilà plusieurs mois maintenant qu'ils avaient « rétabli le contact » avec Harry, mais pour ce qu'il en était… Certes ils arrivaient à avoir des discussions cordiales, mais ils ne pouvaient s'empêcher de se lancer des piques à mesure de temps. Drago trouvait que c'était dans l'ordre naturel des choses : il aurait été bien en peine de tisser un lien seulement amical avec Harry sans que la dualité, qui était le ciment de leur rapport, ne persiste. Mais cette fois c'était du pur rentre-dedans basé sur un manque de communication. Et Drago détestait ce manque de diplomatie. Il l'associait toujours à l'impulsivité maladive des Gryffondors. Il aurait fallu quoi ? Deux minutes supplémentaires pour que le problème soit exposé, qu'ils s'expliquent tous les deux, et voilà, tout aurait été remis en ordre ! Mais non, à la moindre pique Potter transplanait ! De toute façon Drago n'avait rien à expliquer. Pour lui c'était clair : ça ne passait pas avec la femme de Harry, point barre. Et ce n'était pas seulement parce qu'elle était une Weasley, comme le pensait Harry. Ce n'était pas non plus parce qu'ils lui renvoyaient l'idée de couple qu'il n'avait plus. Et non, par la barbe de Merlin, ce n'était pas non plus parce que Drago la voyait comme une ombre dans son rapport cordial établi avec Harry.

Drago s'arrêta pour fouiller un peu plus cette pensée. Une ombre, c'est-à-dire une menace ? De quoi la Weaslette pouvait lui faire peur ? Il aurait ri jaune s'il n'avait pas voulu s'assurer de démêler les liens enfouis dans ses entrailles porteurs de réponse. Des liens qui n'étaient pas faits de mots, seulement des sensations directement reliées à ses neurones. Des neurones qui ressentaient le froid laissé par la disparition de Harry et leur incommunicabilité. Des neurones qui ressentaient l'incompréhension de la situation et l'envie, déjà, d'abandonner là leur réflexion. Des neurones qui ressentaient aussi un manque.

Drago en eut assez et prit sa cape. Il allait faire un tour à Londres. Les rues passantes pleines de bruit allaient lui remplir l'esprit et étouffer dans l'oeuf ses idées qui lui encombraient le crâne. Il laissa un mot sur la table à l'attention de Scorpius, et transplana.

Un beau rayon de soleil accueilli Drago dans la capitale anglaise. Il mangea un second petit-déjeuner dans un bistrot moldu, avant d'aller faire un tour sur le Chemin de Traverse.
Dire que c'était bientôt la rentrée… Il allait bientôt revenir là avec Scorpius pour lui acheter toutes ses fournitures… Drago était heureux à cette perspective – il avait déjà hâte de voir l'émotion remplir les yeux de son fils en trouvant baguette à sa main – et heureux de tout ce qui allait faire de son petit Scorpius un jeune sorcier en herbe : ses premiers tours de magie, ses premiers exploits, ses premières découvertes des couloirs et des salles du château… Drago s'était fait à l'idée qu'il n'allait plus avoir Scorpius tout le temps à la maison. Il lui avait fallu du temps - une année -, mais c'était bon.
Drago s'arrêta devant une boutique. Ses cheveux blonds platine bien peignés s'agitèrent doucement sous la brise matinale du vent printanier. Le soleil éclairait doucement la ruelle et les maisons aux toits bas et aux cheminées éteintes. Et Drago entra dans la boutique le pas décidé.


- Attrape-moi !

Drago fusa sur son balai étincelant coupé dans un bois ébène aux nervures aérodynamiques hyper modernes. Un sourire apaisait ses traits, si fermes et tendus depuis quelques temps. Ses yeux gris brillaient à cause du vent qui lui fouettait le visage mais surtout à cause de la vive émotion qu'il éprouvait à remonter sur son balai. Ses cheveux blonds bien peignés couraient en arrière sur son crâne. À quatre mètres de lui, quasi la même chevelure blonde traversait le ciel.

- Un peu plus de nerf ! Tu crois que tu vas réussir à faire le beau en cours de Quidditch comme ça ? Le vanna Drago.

Scorpius manga sa lèvre pour ne pas répliquer. Il fronça les sourcils, se tendit sur son balai, les fesses en arrière, et formula des ondes d'encouragement à son balai pour aller plus vite. Il entendit la paille de son balai s'hérisser et Scorpius se sentit propulsé en avant.

- Prêt pour la montée en chandelle ?
- Oui !
- Observe le roi !

Le rire de Scorpius éclata, suscitant chez Drago un sourire fanfaron. Il prit appui sur les crochets en argent à l'arrière du balai et libéra presque quasiment l'avant du balai pour faire balancier.

- Pense très fort à monter, sinon tu vas basculer en arrière ! Lui cria Drago après s'être stationné deux mètres plus haut pour observer Scorpius exécuter la même manœuvre.

Scorpius insuffla son souhait de monter à travers les pores de sa peau. Il sentit la connexion vibrer entre les nervures magiques du balai et son esprit.

- Décrispe tes mains !
- J'essaie !
- Tiens-toi droit !

Scorpius grommela quelque chose de pas très beau. Et puis finalement, le balai obéit et fila comme une flèche.

- Wahaha, regaaaarde ! Hurla Scorpius en filant plus haut que son père, jusqu'aux nuages.
- Ne va pas trop…haut…

Drago cessa de donner des ordres. S'il voulait qu'il se débrouille tout seul, Scorpius devait agir sans sa tutelle.

Scorpius sentit le vent cogner ses dents et ses poumons aspirer l'air de l'altitude. Puis sa tête commença à l'étourdir et ses tympans à se boucher. Il freina et redescendit tout doucement en planant comme un oiseau cherchant les trous d'airs froid et d'air chaud. Scorpius pencha la tête et vit son père qui le regardait, mais il ne pouvait pas déchiffrer son expression d'ici. Il tourna alors sur lui-même pour voir le manoir petit point noir au milieu d'une vallée d'herbe et de terre. Quelques clôtures ici et là se détachaient, ainsi que les champs agricoles rectangulaires. Et plus loin…

- On voit la mer papa ! C'est magnifique ! Je voudrais rester toute ma vie dans les airs !
- Ca, ça va être compliqué… lui répondit Drago en montant à sa rencontre.
- Mais regarde comme c'est beau… On se sent vivant ici. Je pourrai me métamorphoser en oiseau quand j'aurai ma baguette magique, dis ?
- Ouh, là, non, c'est trop compliqué.
- Mais tu m'as déjà raconté l'histoire de ce prof qui t'a transformé en belette…
- Comment tu ferais pour tenir ta baguette avec tes plumes pour te re-transformer en humain ?
- Avec mes serres ?
- Bien essayé. Allez, on redescend.
- Mais y'a vraiment pas moyen ?
- Si, si tu deviens animagus, mais encore faut-il que ton animal totem soit l'oiseau. Pour l'instant je pencherais plutôt pour le crapaud, vu ton obstination pour en avoir un !
- C'est pas gentil, ça ! Je ressemble pas à un crapaud, se plaignit Scorpius en suivant son père.

Ils volèrent jusqu'à toucher terre. Scorpius eut du mal à rester debout tant ses muscles s'étaient crispés puis avaient travaillés. Il s'accrocha à son père.

- Au fait, une surprise est arrivée pour toi ce matin. Elle est sur la table de la cuisine.
- C'est vrai ?

Scorpius courut jusqu'à la maison, envoyant valser ses bottes en caoutchouc à la hâte. Drago les récupéra, les rangea bien, prit deux oranges dans la cuisine, puis attendit Scorpius sur le perron.

- Albus m'a écrit ! Hurla Scorpius avec une joie manifeste.

Drago sourit. Scorpius fit irruption à côté de son père, les joues rouges par l'effort et l'excitation.

- Tiens, une orange. Ca va te réhydrater et te redonner des forces pour lire la lettre.
- Et si jamais il me dit qu'il ne veut plus jamais me voir ?
- Dans ce cas là il ne t'aurait rien écrit du tout, il aurait juste laissé le temps faire les choses.
- Non mais tu vois quoi, s'il préfère me prévenir avant qu'on se voie à Poudlard…
- Ce serait méchant et il n'a pas l'air d'être comme ça. Mais si j'ai quand même un conseil à te donner, c'est de ne pas trop attendre des autres. La déception est cruelle et peut faire très mal.

Scorpius et Drago mangèrent leur orange assis sur le perron en observant le jardin et la mare où dansaient les roseaux dans le vent. La petite lettre blanche était posée entre eux deux.

- J'ai l'impression de me revoir à travers toi, confia Drago.

Drago avait onze ans et tendait sa main vers Harry devant la grande salle où allait avoir lieu leur répartition. Peut-être que s'il ne s'était pas moqué de Weasley, Harry lui aurait serré la main. Peut-être que c'était finalement toujours la même chose qui bloquait entre eux depuis vingt ans.
Scorpius finit son orange, s'essuya les mains sur son pantalon, puis prit la lettre entre ses doigts hésitants.

- Allez, l'encouragea Drago.

Scorpius observa les pattes de mouches d'Albus au recto de l'enveloppe. Il finit par l'ouvrir et découvrit un gros pavé écrit en minuscule en plein milieu de la page, avec au moins dix centimètres de marge de tous les côtés. On aurait presque dit un cadre blanc entourant une peinture à l'encre de Chine. Il sourit sans savoir pourquoi et commença à lire.

- « Hyperion !

Tu ne devineras jamais quoi ! Maman va jouer à la Coupe du monde de Quidditch cet été ! Toute la maison est sans dessus-dessous, c'est presque la fête tous les soirs alors que le match est que dans deux semaines. De toute façon c'est toujours la fête et il y a toujours plein de monde à la maison, avec tous les cousins et les cousines, et les tantes et les oncles, et les parrains et les marraines, et les gens qui ne font pas partie de la famille mais au final si.
Moi, je n'aime pas beaucoup le Quidditch, mais
on va m'embarquer de toute façon. Alors j'ai une proposition hyper importante à te faire (dis oui s'il-te-plaît!) voudrais-tu venir un peu à la maison et nous accompagner à la Coupe ? Tu verras comme ça à quel point Rose est à la fois épatante et très chiante, et tu rencontreras Hermione et Ron, et tous les autres... Mamie fait des tartes à la poire et au citron à tomber. Et j'ai pleins de secrets à te montrer dans ma chambre, même James n'y a pas accès. C'est mon jardin secret ! J'ai déjà demandé à papa et maman et ils ont dit oui. Au-début je voulais juste te demander qu'on se retrouve là-bas, mais papa m'a dit que ton père ne voulait pas y aller, alors j'ai trouvé la solution pour que tu sois accompagné. Bien sûr il faudra que tu sois pour l'équipe de maman. (Bout de phrase griffonnée. Hésitation. Reprise :) mais si jamais tu décides de supporter l'autre équipe, je viendrai avec toi pour que tu ne sois pas seul.
Dis-moi vite ce que tu en penses et si ton père est d'accord !

PS : sur le coin en bas à droite du parchemin il y a du jus de pustule de crapaud.

Si maman avait raison, il devrait y avoir un mot magique qui devrait apparaître parce que je l'ai écrit avec une encre invisible.

Al'».

Scorpius fut pris d'un rire incontrôlable qui disait combien il éprouvait déjà de l'affection pour son nouvel ami, et surtout combien il était soulagé.

- Il m'a finalement écrit, dit Scorpius pour qui ça comptait plus à ses yeux que la proposition elle-même.

Il tendit la lettre à son père qui était curieux et essayait d'attraper des bouts de phrase par-dessus son épaule tout en se contrôlant par respect d'intimité. Drago lut en haussant son sourcil gauche comme un accent circonflexe.

- Alors, tu es d'accord ? Demanda Scorpius d'une voix suppliante.
- J'ai peur rien qu'en t'imaginant tout seul dans une maison remplie de Gryffondor, lâcha Drago en soupirant. Mais je pense que tu vas t'amuser.
- Ça va être le plus bel été que je vais passer !

Drago lui frictionna le crâne et Scorpius se tortilla avant de remettre en place ses cheveux. Puis celui-ci s'intéressa au bout de parchemin recouvert de pustule de crapaud. Il regarda de plus près. Et oui, en effet, il pouvait voir quelque chose… comme… d'autres pattes de mouche un peu baveuses. Il n'arrivait pas à bien lire. Ca faisait : « ...i ç… marche...p...a…...à Poud... ».

- Qu'est-ce qu'il a écrit à ton avis ? Demanda-t-il en fronçant le sourcils.
- Hmm… je pense que c'est : « si ça marche, on pourra faire ça à Poudlard ».
- Chouette !


Quelques jours plus tard.

Drago revint encore une fois dans tous ses états dans le manoir. Scorpius jouait avec un bâton à faire les bons mouvements du poignet à partir d'un livre de Sortilèges. Il était allongé au sol, un coussin sous la poitrine. À l'apparition de Drago, il se dévissa le cou pour l'observer marcher avec précipitation.

- Qu'est-ce qui se passe, papa ? Tu as perdu quelque chose ?

Il ne lui répondit pas. Scorpius n'était même pas sûr qu'il l'ait vu et entendu.

- You-hou ? Papa ?!
- Quoi ? Rien. C'est le travail, ça me rend agité comme un poisson frit.

Scorpius rit en imaginant son père sur la poêle. Drago continua à marcher dans tous les sens, oubliant de dégrafer sa cape qui tourbillonnait derrière lui comme des tulles sombres grandissant au fur et à mesure que Drago faisait les cent pas.

- T'es quand même encore sacrément bizarre, commenta Scorpius.
- Est-ce que tu veux bien aller dans ta chambre ? Quelqu'un va arriver.
- Hein ?
- S'il-te-plaît, Scorpius, souffla Drago en s'arrêtant enfin, un doigt pressant sa tempe gauche.

Il n'accorda plus un regard à son fils et se laissa tomber dans un fauteuil. Un whiskey-pur-feu se matérialisa devant ses yeux et il le but en gardant ses yeux gris fixés dans le vide. Vexé comme un pou, Scorpius monta dans sa chambre en claquant la porte, mais le manoir était tellement grand et Drago tellement plongé dans ses pensées, qu'il n'entendit pas.

- Putain de merde, cracha Drago.

Son index orné d'une bague argentée tapotait l'accoudoir comme un pianiste pris d'un tic. Son agitation était à fleur de peau. Il sentait qu'il transpirait. Il posa son verre en cristal rempli d'alcool, rentra dans sa chambre, se changea et revint s'asseoir dans le fauteuil en cuir. Ses deux jambes étaient largement écartées et lui était affaissé. Sa main blanche était posée sur sa cuisse pareille à une araignée en attente, les doigts crispés.

Le tic-tac du métronome varia ses pensées en deux temps : putain Drago, arrête de jouer au con. Et : Putain, qu'est-ce que je vais lui dire ? Et inlassablement, ces deux interrogations se succédaient, mais ni l'une ni l'autre ne lui apportaient de réponse concluante.

L'engrenage des aiguilles s'enclencha lugubrement et pointèrent dix-huit heures pile.

Le bruit familier du transplanage lui fit rater un battement de cœur mais il ne laissa rien paraître. Aussi froid et dur qu'un bloc de glace, il observa son ex-rival remettre ses lunettes en place et tenter de remettre en ordre ses cheveux bruns – tentative qui s'avoua vaine.

- Drago, fit Harry en le trouvant dans le fauteuil à le fixer du regard comme un hibou en colère.

Harry se gratta la joue, incapable de savoir quoi dire d'autre devant l'examen que lui faisait passer Drago.

- Et bien ? Tu m'as demandé de venir, non ? Je ne pense pas que c'est pour savoir quel pantalon je porte aujourd'hui.

Qui sait, répondit pour lui-même Drago sans rien laisser paraître sur son visage. Il finit par bouger avec une extrême lenteur son doigt pour désigner le fauteuil de libre. Harry, sentant la colère imprimer ses mouvements, se fit violence pour ne pas montrer ce qu'il pensait de l'air hautain de ce cher Malefoy.

- Qu'y a-t-il ? S'impatienta-t-il. J'ai pas mal de travail, alors si tu voulais bien…
- Je ne vais pas te retenir très longtemps, t'inquiète pas pour ta carrière d'Auror, elle ne va pas en souffrir, siffla Drago, décrochant enfin quelques mots.
- Très bien.

Harry le regarda avec ostension, tout comme Drago le faisait. Tic-tac. Tic-tac. Les aiguilles pointaient maintenant sur « 18:5 » tandis que la trotteuse filait.

- Tu as fait tomber quelque chose aujourd'hui, au Ministère, déclara finalement Drago. Un papier est tombé de la poche arrière de ton pantalon sans que tu ne t'en rendes compte.
- J'aurais remarqué.
- Vraiment ?

Harry ne répondit pas. Un muscle de sa mâchoire bougea, indiquant à Drago qu'il était énervé.

- Pourquoi tu ne m'as pas prévenu quand c'est arrivé ?
- Tu étais déjà reparti.
- Qu'en as-tu fait ?

Drago désigna sa cape noire. Harry se leva et fouilla dans sa cape sans lui demander l'autorisation. Après tout, c'était soit-disant son papier. Il finit par en sortir un bout de parchemin déchiré, le déplia et le lut.

- C'est quoi ça ? Il ne m'appartient pas !

Drago ne répondit pas. Ses yeux gris ne cessait d'évaluer la réaction de son ex-rival potentiel nouvel ami. Harry n'en tenant plus, s'approcha de Drago.

- Tu vas me dire à quoi rime ce charabia à la fin ?

Drago rit jaune.

- Ce papier est une menace et c'est moi que tu engueules ? Sérieusement, Potter ?
- Arrête de m'appeler par mon nom de famille ! Que Godric me soit témoin, ça fait des mois que je t'appelle par ton prénom et toi tu ne cesses de m'appeler Potter !
- Très bien, Harry.

Tous les deux frissonnèrent de colère. D'accord. Ca sonnait vraiment étrange de dire son prénom, et Harry de l'entendre de la bouche du blond.

- Tu sais qui a écrit ça ? Finit par lâcher Harry, fulminant.
- Non. J'ai des raisons de penser que c'est un nouveau Gary Thomson qui verrait d'un mauvais œil ma présence au Ministère, et depuis quelque temps nos entretiens.

Harry poussa une exclamation .

- Si cette personne croit me faire peur...
- Je sais.

Harry haussa un sourcil, observant avec étonnement Drago. Toute colère avait disparue de son attitude et de son visage.

- Tu sais quoi, au juste ?
- Que ce n'est pas ça qui va te faire peur, bien sûr. C'est affligeant et pitoyable. Je ne sais pas qui est la personne assez stupide pour croire qu'après avoir passé des années à être hanté par Voldemort, une menace de mort va te faire ne serait-ce que frissonner.

Un sourire naquit enfin sur les lèvres de Harry.

- Mais qu'il pense s'en prendre à ma famille, ça… je ne peux le supporter.

C'est exactement ce que pensait Drago. Harry ne pouvait se mettre aussi en colère si ce n'était à cause du risque que ses proches soient en danger par sa faute. Et Harry était coupable d'être devenu « proche » de Drago. Quelle connerie. Drago aurait voulu éclater la gueule de tous ces petits merdeux qui n'avaient rien compris.

Et il en avait plus qu'assez. C'était ce genre de calomnies et menaces qui l'avaient fait disparaître de la société et se retrancher dans le manoir. Ca ne prendrait donc jamais fin ?

- Garde-le, si jamais ça recommence on mènera une enquête. C'est une pièce à conviction, il faudra analyser l'écriture et…
- Il n'y aura pas d'autres menace ! Clama Harry, buté, comme s'il s'entretenait en personne avec le Destin pour lui dire quoi faire.
- Ca peut arriver, que tu le veuilles ou non.
- Et puis quoi encore ? Depuis quand on ne peut pas fréquenter qui on veut ici ? Bordel, ni toi ni moi n'avons de compte à rendre à personne ! Si on veut se voir, grand bien nous fasse !, mais qu'ils ne viennent pas me menacer, moi et ma famille !

Drago ne dit rien. Il sentait son cœur se serrer mais refusait de l'écouter.

- Très bien, nous allons tout de suite mener une enquête pour que ça ne se reproduise plus. Mais à mon avis, personne n'osera toucher à ta famille.
- Il y a intérêt, finit par lâcher Harry en se rasseyant dans le fauteuil.

Drago l'observa retrouver son calme. Par Salazar, qu'est-ce qu'il était impulsif… Il se demanda ce qu'il serait devenu s'il avait fréquenté toute son enfance quelqu'un comme ça. Déjà qu'à chaque fois qu'il croisait Harry au Ministère, ou que quelque chose se reportait à lui, il revenait au manoir avec les sens en vrille… alors pour le fréquenter plus souvent…

- Je peux en avoir un aussi ? Demanda finalement Harry en désignant le verre d'alcool posé sur la table.

Drago songea qu'Harry allait croire que la menace l'avait personnellement chamboulé et qu'il avait pris un whiskey pur feu directement rentré du boulot pour s'en remettre… Et c'était vrai, mais il ne voulait pas qu'il le pense.
Il matérialisa un deuxième verre en cristal et Harry le but en grimaçant.

- T'as toujours la main aussi lourde ?
- C'est du whiskey d'excellente qualité venu d'Ecosse.
- Je n'en doute pas. Ca va me saouler en deux gorgées.

La tempête était passée. Seule une autre persistait dans la tête et le corps de Drago.

- Scorpius a reçu l'invitation d'Albus à venir chez toi.
- Chez nous, corrigea Harry.
- Hmm hm.
- Tu as accepté ?

Drago l'observa avant de détourner le visage.

- Je n'aurais jamais accepté si ç'avait été moi.
- Evidemment. Tu as trop d'égo.

Un sifflement s'échappa des lèvres de Drago mais il ne détrompa pas Harry.

- Scorpius est très heureux.
- Nous le sommes aussi de l'accueillir. Il est très gentil et très intelligent.
- Et déjà aussi beau que son père.

Harry faillit s'étrangler avec son whiskey.

- Ne compte pas sur moi pour te donner raison ou non.

Un sourire sarcastique naquit sur les lèvres de Drago.

- Bien sûr. Je me doute bien que tes lunettes ne doivent pas te donner une très bonne vue.
- Non, ça n'a rien à v… commença Harry, avant de comprendre que Drago le menait en bateau.

Harry reposa son verre et croisa ses bras, soudain mal à l'aise par la conversation. Elle était un mélange de complicité et de provocation, comme ils étaient habitués depuis quelques mois, mais cette fois il y avait autre chose derrière qui l'inquiétait.

- Et sinon ça va, ton travail ? J'ai entendu dire que c'était plus tranquille depuis que vous aviez obtenu la libération du sorcier de Moldavie ? Demanda soudainement Harry en reposant un peu trop fort son verre sur la table.

Drago sourcilla en observant la main nerveuse de Harry, puis remonta son regard acier jusqu'à Harry qui refusait de le regarder.

- Tellement bien que je trouve même du temps pour ramasser des bouts de papiers. Pour te dire.

Un hoquet d'amusement s'échappa des lèvres d'Harry, presque incontrôlé. Puis il finit son verre en silence, n'ajoutant rien d'autre. Drago plissa les yeux, observant son manège avec une telle perspicacité qu'il ne fut pas étonné quand Harry décida de prendre congé.

- Désolé, je pars vraiment précipitamment mais j'avais oublié que ce soir je devais préparer le repas…
- Pa de problème, répondit Drago d'une voix froissée.
- Tu es sûr que tu ne veux pas venir manger à la maison ? Même si Ginny est à l'entraînement ce soir... On aimerait bien te rendre la pareille mais tu refuses toujours…
- Certain.

Même si Weasley n'est pas là ce soir, songea Drago. Il aurait presque hésité, tiens.

- OK, alors à la prochaine, Drago.
- À la prochaine, Pott….Harry.

Harry se figea, puis se retourna lentement vers Drago qui s'était levé, les mains enfoncées dans son pantalon.

- Je ne suis pas encore habitué je crois.
- Moi non plus. Je repasse au Potter ?
- S'il-te-plaît, oui.
- Parfait.

Ils se sourirent avant de se détourner, Harry remettant sa cape, Drago regardant dans le vide en attendant. Merlin, il n'en revenait pas du revirement de situation. Il y a dix ans il aurait pu tuer Harry si Voldemort ne se l'était pas réservé. Aujourd'hui il pétait un câble parce qu'on le menaçait, et il souriait comme un con parce que Potter plaisantait avec lui.

- Salue Scorpius de ma part. (Drago hocha la tête). Bonne soirée.
- De même.

Il observa ses yeux verts une dernière fois avant que Harry ne transplane. Il était à nouveau seul.
Soudain, et de manière extrêmement violente, Drago cogna son poing contre le dossier du fauteuil.

Arrête de jouer au con, putain !

Une chose était sûre maintenant.
Il ne le lui dirait rien.


- Je ne te dis pas « sois-sage », ce n'est pas la peine, dit Drago en laissant Scorpius sur le perron de la maison des Potter.
- Non, répondit Scorpius. Je suis toujours ton fils modèle bien sage même si je fréquente « la racaille » maintenant.

Drago rit.

- Bon alors… alors profite bien.
- Tu es sûr que tu ne veux pas venir avec moi ?
- Manquerais-tu de courage tout d'un coup ?
- Non… bon, oui un peu. Mais tu aimes le Quidditch alors pourquoi…

Drago se pencha vers son fils.

- C'est mieux comme ça parce que je n'aurais pas réussi à soutenir la mère d'Albus ni à être entouré d'autant de Gryffondor.
- Tu es toujours un vrai Serpentard, sourit Scorpius.
- Il y a des choses qu'on ne veut pas changer.

Drago le regarda franchir le perron de la maison londonienne où habitaient les Potter. Il attendit que la chevelure rousse reconnaissable entre tous en sorte – OK, il était arrivé dans la bonne maison -, et partit en faisant un dernier signe d'adieu à son fils.

Scorpius fut tout d'abord intimidé en entrant chez les Potter. La décoration n'était pas du tout la même qu'au manoir. Il y régnait un désordre indescriptible. Ici et là traînaient des balais, un collant de Lily, des plantes avec un petit mot d'un certain Neville qui expliquait en détail comment en prendre soin, des tasses fumantes et des miettes dans des assiettes qui autrefois avaient accueilli des tartines au chocolat. La table de la salle était recouverte des devoirs de maison de James qui attendaient leur propriétaire, trop occupé à jouer sur la terrasse avec un ami à lui. Ces-derniers s'affairaient autour d'un chaudron d'où sortaient des bulles mauves pétillantes. La cuisine était miraculeusement immaculée, comparée au salon où s'entassaient les manteaux sur les dossiers, les coussins de toutes les couleurs et des objets venues tout droit de Zonko, le magasin de farces et attrapes.
Ginny appela Albus qui dégringola l'escalier et tomba dans les bras de Scorpius. Il lui fit aussitôt monter l'escalier pour le faire pénétrer dans sa chambre.

Les deux jours passèrent comme un courant électrique géant, extrêmement rapide et laissant Scorpius agréablement grisé. Le contact passait si bien avec Albus qu'ils se racontèrent tout d'eux et jouèrent ensemble tout le week-end. Scorpius fit la connaissance de Rose qu'il trouvait gentille, vive d'esprit mais très à cheval sur les règles. Il rencontra aussi Teddy, qui l'époustoufla en changeant de couleur de cheveux à volonté. Teddy était si à l'aise dans sa peau que Scorpius se rendit compte à quel point il avait du mal à s'extirper de la carcasse qui lui servait de corps. Ce week-end lui servit en tout cas à parler davantage, à se lâcher encore plus, à rencontrer toutes sortes de personnalités et à lutter contre un mal-de-tête qui le surprit un soir, tant il était peu habitué aux repas de famille où tout le monde parlait et courait dans tous les sens. Tout le monde se montra gentil à son égard, même si certains évitaient de trop l'approcher comme ce Ron. Il fut épouvantablement intimidé devant Hermione, la Ministre de la Magie, qui lui assura qu'elle se fâcherait s'il continuait à ne pas oser lui parler comme à n'importe qui. (Ce qui lui fit encore plus peur). Et puis dans tout ça, Albus était toujours à ses côtés. Il se sentait tellement en confiance avec lui qu'il l'aurait suivi partout les yeux fermés. Même lorsqu'il lui faisait manger des « crottes » de Troll !

Puis vint la Coupe du monde. Scorpius se sentit minuscule dans ce grand stade rempli de monde. Mais c'était magnifique. Malheureusement l'équipe de Ginny perdit à quelques points près et tout le monde revint malheureux à la maison. Seul Scorpius était aux anges après avoir passé un tel week-end.
Et quand il retrouva son père, il décida qu'à partir de ce jour, quiconque éprouverait de la réticence en entendant son nom de famille, et ne voudrait pas jouer avec lui, ne valait pas la peine. Il était fier de son père qui le laissait jouer avec les enfants de ses anciens ennemis de Gryffondor, comme un pied de nez à tous ceux qui pensaient qu'il était toujours le même Dragon depuis la guerre. Parce que c'était faux. Et Scorpius savait que la seule ressemblance de près ou de loin de son père avec un dragon, était l'étymologie de son nom : Drago.

Et n'en déplaise aux autres, Scorpius adorait son prénom.


Plusieurs semaines plus tard.

Le jour tant attendu arriva.

Scorpius accrocha la main de Drago et n'osa plus respirer. Il aurait aimé se noyer dans la vapeur qui échappait de la locomotive. Presque comme dans un rêve, il voyait à travers la fumée la mare de son jardin qu'il avait quittée ce matin. À travers les volutes blanches, il voyait les lumières des Midlands de l'Est et le vent frais onduler l'herbe tandis qu'il partait en quête de nouveaux insectes. Il voyait son père l'interroger sur ce qu'il faisait, puis le ramener la maison en lui enlevant ses bottes en caoutchouc couvertes de boue. Puis Drago lui faisait un chocolat chaud d'un coup de baguette magique, et tous les deux papotaient de l'école.
De Poudlard.
Son jour était arrivé.
Pour cette occasion, sa mère était venue le supporter. Scorpius avait vu que ça avait fait plaisir à son père, même si celui-ci avait conservé une distance respectable et que l'émotion n'avait pas altéré son comportement ou son timbre de voix. Astoria posa sa main contre le dos de Scorpius qui se sentit plus rassuré, plus confiant. Ils étaient entourés d'autres élèves, ou bien extatiques à l'idée de revenir à Poudlard, ou bien angoissés à l'idée d'y entrer. Il n'était pas seul et quand bien même le contact des autres ne lui était pas familier, il allait s'y faire.
Et puis, à présent, il était sûr que son histoire commençait. Lui, Scorpius Hyperion, allait accomplir de grandes choses, à commencer par de grandes explorations, puis de grandes épopées héroïques. Il sourit pour lui-même. Sur son visage se lisait une satisfaction teintée de hâte qui contrastait avec ses cheveux sévèrement peignés en arrière.
Il leva la tête vers Drago qui regardait plus loin vers la foule. Scorpius suivit son regard. Oh, c'était donc ça ! Son père avait intercepté le regard de Harry au loin, entouré de sa famille. Scorpius les virent hocher la tête, un sourire frôlant leurs lèvres avant de s'éteindre aussitôt. Drago retourna son attention vers son fils et ils se regardèrent, habités par une confiance inaltérée.

Bientôt, Scorpius les quitta pour monter dans le train. Il leur dit au-revoir en les serrant dans ses bras.

- Prends soin de toi, lui murmurèrent-ils avant de se relever avec leur allure princière respective.

Scorpius poussa son chariot qui supportait sa valise et sa petite silhouette s'en alla avec, à sa main, une cage minuscule... On entendit alors un croassement résonner dans la gare de King's Cross.

...


THE END

.

_ Oui alors comme vous pouvez le deviner, je me suis laissée emportée par le rapport très tendre qu'ont Drago et Scorpius entre eux... Mais voilà, le côté fluffy un peu bidon m'est apparu dès les premières lignes et ne m'a pas quitté ensuite, alors j'ai tout naturellement continué. Et puis, vu que le rythme entre les actions est désorganisé, je me suis dit que cet arrière-fond fluffy permettait de garder une cohérence de fond.
Autre chose, au niveau des canons, c'est dingue comme j'ai du mal à
écrire sur Harry. C'est pas comme si c'était un peu le héros de JKR pourtant.
Et puis désolée aussi aux personnes qui attendaient quelque chose de plus concret entre Drago et Harry, mais
ce n'était pas l'intention première de cette histoire, et il aurait fallu que ça se transforme en fic pour que je prenne plus le temps d'écrire leur relation, or je voulais juste écrire un two-shot. Je vous laisse le soin d'imaginer la suite ! ;)

_ Bref, merci beaucoup d'avoir lu et j'espère vraiment que ça vous a plu.

S. Ao.