Il est un fait connu que Yû Kanda déteste un grand nombre de choses.
Il en est un moins connu, qu'il a peur de certaines autres.
Kanda est humain après tout, même si lui-même en doute parfois. Un humain avec ses peines, ses angoisses, ses phobies…
Et peut-être que derrière ce masque de froideur qu'il s'est lui-même forgé, dieu seul sait véritablement pourquoi, on oublie sans doute un peu trop souvent cette vérité essentielle.
Kanda est humain.
Kanda a peur.
Mais il n'est pas digne pour un Exorciste de laisser éclater ses doutes au grand jour. On ne leur demande pas d'éprouver, seulement de faire ce pour quoi ils ont été formés.
Ce pour quoi ils sont nés.
Aussi, pas un de ses camarades n'a eu vent de l'aversion de Kanda pour les miroirs.
Non pas qu'il fuie en courant à chaque surface réfléchissante qu'il croise, seulement, il déteste le sentiment de malaise qui le prend lorsque lui est renvoyée son image ; double terne et sans âme.
Il abhorre contempler ce jeune homme au visage dur, le regard rendu vide par trop de rage, d'horreur, de colère et de ressentiments. Tant d'émotions qu'il a préféré mettre sous clé, de crainte de se faire engloutir.
Le miroir est un gouffre sans fond ouvert sur son être et dans lequel il refuse de tomber.
Et il exècre le reflet de la réalité qu'il voit se dessiner sur sa peau.
Car à chaque coup d'œil sur le verre, à chaque vision de lui-même au milieu de la chute silencieuse des pétales qui entourent son existence, son regard est attiré comme un papillon vers la flamme d'une bougie.
Et vient se poser sur le dessin qui déchire son torse comme une monstrueuse et grossière peinture.
Il hait cet emblème. Öm symbole de vie qui le précipite vers la mort. Qui rythme les jours qui lui restent, puisque la fin lui est inévitable.
Qui le maintient en suspens dans un entre-deux épuisant.
Kanda se sent piégé, enroulé dans ces entrelacs noirs, attendant d'être dévoré par la bête tapie sur son cœur.
A chaque entaille, chaque plaie, blessure, régénération, résurrection, une nouvelle fissure vient zébrer son corps, faire éclater ce qui reste d'humain en lui. Une fêlure irréparable.
Kanda a peur.
Il est ce miroir cassé qui ne reflète que ce que l'on veut voir de lui et se fendille à chaque seconde.
Mais il ne dit rien. Il garde pour lui ses appréhensions et sa détresse. Il ne veut pas de cette faiblesse. Et voir briller la pitié dans les yeux des autres lui serait insoutenable.
Encore plus si elle scintille dans le regard de plomb du jeune Walker.
Kanda refuse sa compassion, tout comme son aide. Qu'il aille se faire voir, ce Moyashi et sa gentillesse écœurante. Lui et ses principes chevaleresques.
Lui et son sourire faux, que Kanda aimerait rayer de son visage. Tracer sur le lisse de son masque une fissure grimaçante.
Kanda déteste croire que le Moyashi peut comprendre ce qu'il ressent. Personne ne le peut. Kanda ne veut pas d'aide.
Il n'en n'a pas besoin.
Il ira de l'avant, comme il l'a toujours fait.
Seul.
Il ne dira rien, les dents serrées, et dissimulera aux yeux de tous cette marque disgracieuse qui s'alourdit à chaque jour qui passe.
Il posera un voile opaque sur ce miroir fissuré.
Deuxième drabble concernant cette fois-ci la vision de Kanda vis à vis de sa propre marque. J'avais évoqué l'idée de la fissure dans le drabble précédent, cette vision me plait beaucoup également, et j'espère que le texte n'est pas trop flou.
Bref, encore deux autres et une conclue. ^^ A la prochaine fois alors. Et un grand merci à tous les reviewers, vous ne pouvez pas savoir à quel point vos messages m'ont fait plaisir. J'espère que vous allez vous lâcher sur ce drabble ci aussi.
