Eona passa les portes de sa chambre. Torturer son contraire serait pour elle une expérience très intéressante. Elle réfléchissait aux différentes tortures qu'elle pourrait lui infliger mais aucune ne semblait réellement lui plaire. La jeune fille se changeait en même temps que son esprit était tourné vers son prisonnier. Elle enfila une chemise de nuit à dentelle, jeta ses vêtements de la journée sur un fauteuil et posa ses gants et son arme à feu sur sa table de nuit ainsi que les clés de la prison avant d'observer sa chambre plus attentivement.

Les quatre murs étaient peints de noir charbon, il y avait une commode près du lit aux draps rouge cramoisi, une grande armoire qui possédait un miroir sur ses portes et un fauteuil de cuir noir. La pièce était sombre. Eona arrangea ses cheveux en une queue de cheval qui descendait jusqu'à ses hanches. Elle ne se laissa pas impressionnée par l'ombre noire filant dans l'obscurité.

Il se rapprocha tel le prédateur sur sa proie. Il avait créé la perfection. Belle, forte et aussi noire que lui. Il caressa ses longs cheveux de feu avant de dessiner du doigt le contour du tatouage en forme de flamme sur sa nuque. Eona l'observait sans un mot. Il se recula avant de disparaître son sourire carnassier peint sur son visage. Elle était à lui. C'était sa création.

Eona put enfin souffler. Elle ne sut pourquoi mais elle avait retenu son souffle pendant toute cette « entrevue ». Elle posa la main dans son cou. La marque lui rappellerait toute sa vie qu'elle n'était que le fruit d'une expérience, une simple création, sa création et elle ne ferait que lui obéir.

Elle se laissa tomber sur son lit puis son regard se dirigea vers un objet en bois caché derrière son armoire. Heureusement, il n'avait rien vu. Elle attrapa ses gants de cuir et s'empara du bâton. Elle jeta un coup d'œil sur sa source de pouvoir à elle et soupira. Se retrouver sans moyen de se défendre était stressant, elle le savait. Eona essayait de se convaincre qu'en tant qu'esprit, elle n'avait pas le droit de livrer la seule défense de son ennemi à son « créateur ». Un malaise la contraignait à désobéir ce qu'elle trouva plutôt excitant malgré tout.

Doucement, Eona replaça la crosse derrière l'armoire tout en améliorant la cachette. Elle finit par ranger ses gants dans un des tiroirs de sa commode. Elle se coucha sur le matelas moelleux et finit par tomber dans un profond sommeil. Sans rêve.

Le lendemain, Eona revêtit un short, de grandes bottes et une longue veste de cuirs noirs ainsi qu'un court t-shirt noir dévoilant son ventre plat tenue grâce à plusieurs bretelles sur ses épaules. Elle défit le nœud noir de sa queue de cheval pour libérer ses cheveux retombant en cascade dans son dos ainsi elle pouvait masquer sa marque du mieux qu'elle le pouvait. Elle s'empara de ses gants et des clés. Elle attrapa au passage un croissant sur le plateau qui se trouvait sur son fauteuil.
Elle sortit enfin de sa chambre et emprunta directement les escaliers vers le cachot enfin si elle pouvait appeler ça un cachot. C'était un lieu encore très sombre, éclairé d'une seule torche, humide et déplaisant à cause de son odeur de renfermé et de moisissure. La jeune fille le retrouva encore endormi sur les quelques brins de pailles qui jonchaient le sol de pierre froide. Elle sourit narquoisement.

Jack ouvrit un œil. Il avait passé une très mauvaise nuit. Entre le sol inconfortable et sa cheville, il se disait que rien ne pouvait être pire. Doucement, l'esprit de l'hiver se releva. On lui lança, soudain, quelque chose à la figure. L'aliment venait de retomber sur les jambes de Jack qui s'aperçut alors qu'il s'agissait d'un croissant. Il s'en méfia comme la peste.

- Ne t'en fait pas, j'ai autre chose à faire que de t'empoisonner.

Son regard se tourna vers son opposé. Elle était assise par terre, son dos contre le mur, astiquant son fusil. Eona n'avait pas daigné le regarder. Jack mangea alors goulument le croissant si « généreusement » offert. Il se lécha les doigts pour faire disparaître le reste de miette avant de rediriger son regard vers Eona qui n'avait pas bougé toujours en train d'astiquer son arme à feu.
Comme un enfant voulant attirer l'attention de sa mère, Jack essaya de se lever au détriment de la douleur. Malheureusement, l'effet escompté n'avait eu aucun résultat.

- Si tu comptes te faire souffrir pour attirer mon attention, commença-t-elle. Tu peux toujours oublier.

Jack avait feins de ne pas écouter et atteint les barreaux malgré sa cheville qui l'inspiré à rester assis. Il passa ses mains autour des barreaux rouillés mais il finit par chuter. L'épuisement, la douleur et l'inconfort le m'était à rude épreuve. Les genoux au sol, le souffle court, il essaya de reprendre quelques forces.

Eona se releva à ce moment-là. Elle le regarda de toute sa hauteur enfonçant ses prunelles écarlates dans les siennes glaces.

- Pauvre petite chose…

Elle se laissa glisser vers le sol pour être à son niveau. Elle retira le gant de sa main droite et la laissa en suspend entre son visage et celui de Frost. Ce dernier ne bougea pas complétement perdu.
La main de la jeune fille vint s'auréoler d'une couleur rouge d'où se dégageait une douce chaleur qui traversa tout le corps gelé de l'esprit de l'hiver et pour se concentrer seulement sur sa cheville. La douleur s'atténua jusqu'à complétement disparaître.

Eona se releva en même temps que Jack qui ne s'entait plus aucune douleur. Sa cheville venait d'être guérit.

- Comment ? Pourquoi ?
- Le feu peut détruire comme il peut donner la vie, explique-t-elle. Tu me faisais pitié donc je t'ai guéri pour enlever cette expression lamentable de ton visage.

Un sourire étira les lèvres du visage toujours impassible de la rouquine. Ce sourire était différent. Il dégageait une expression rassurante et confiante. Jack s'en étonna même s'il le dissimulait.

- Un esprit ne devrait jamais montrer ses faiblesses.

Eona allait remonter mais l'esprit centenaire l'en empêcha. Il avait depuis un moment une question qui lui brûlait les lèvres.

- Où est mon bâton ?

La fille des flammes lui jeta un regard par-dessus son épaule. Et d'un regard entendu le rassura.

- En sécurité.

Elle finit par disparaître en haut de l'escalier. Jack se laissa glisser le long des barreaux de sa prison. Devait-il en juger qu'elle n'avait pas livré sa crosse à Noirceur ? Cette fille était bien trop étrange et mystérieuse pour qu'il ne put quand discerner le secret qu'elle était.