Le lendemain, Flora se réveilla en bien meilleure forme. Elle se débarbouilla et s'habilla rapidement puis elle rejoignit le pont. Les matelots étaient déjà en train de s'agiter sur le pont, vaquant à leurs occupations. Comme la veille, le capitaine était à la barre, en train de consulter une carte. Il releva la tête quand il la vit s'approcher. Il paraissait fatigué et étouffa difficilement un bâillement.
– Bien dormi gente dame ? demanda-t-il en guise de bonjour.
– Mieux que vous... que toi apparemment, corrigea-t-elle en se rappelant qu'il ne souhaitait pas être vouvoyer.
– Mon lit me manque. Et cela ne va pas s'arranger de sitôt puisque tu ne veux pas partager, ajouta-t-il en la regardant en coin.
– Pourquoi, pas de sitôt ? Tu n'as qu'à me débarquer, je l'ai déjà dit hier.
– Certes, mais nous sommes loin des côtes, il nous faudra plus d'une semaine pour les atteindre, lui fit-il remarquer en regardant de nouveau sa carte. Et à moins que tu n'ai envie de les rejoindre à la nage, tu vas devoir rester ici quelques temps.
– Je peux te rendre ta cabine, je dormirais en soute, proposa-t-elle.
– Et dormir avec le reste de l'équipage, quelle bonne idée ! Tu es sur un navire de pirates, chérie, à côté d'eux ton beau-père passerait pour un ange.
Flora grimaça en entendant cette comparaison.
– On n'a qu'à lui aménager le débarras au fond du couloir, il est assez grand pour y mettre une couchette, suggéra Smee qui les avait entendu.
Hook y réfléchit quelques instants.
– Ce n'est pas une mauvaise idée. Pour le coup, je ne te tiendrais pas rigueur d'avoir encore une fois écouté une conversation qui ne te regardait pas, Smee, lui lança-t-il en le vrillant du regard. Et puisque c'est ton idée, tu vas t'en charger.
– Bien sûr Capitaine, tout de suite Capitaine, répliqua le matelot en se précipitant à l'intérieur du navire.
– La question est réglée on dirait, annonça-t-il à la jeune femme, la pensant derrière lui.
Ne s'y trouvant pas, il la chercha du regard avant de l'apercevoir en train de grimper au nid-de-pie.
– Ne compte pas sur moi pour t'aider à redescendre quand tu sera coincée là-haut, lui cria-t-il, étonné de la voir grimper avec autant d'agilité.
– Mais je n'ai pas besoin d'aide, répliqua-t-elle en lui lançant un éblouissant sourire.
Il la laissa faire, surpris qu'elle se déplace aussi aisément sur le navire. Bien que le temps se soit éclairci par rapport à la veille, la mer était loin d'être calme et le bateau tanguait fréquemment. Et ces mouvements étaient nettement plus important au point le plus haut du navire. Malgré cette agitation, Flora ne semblait pas avoir de problème d'équilibre et montait rapidement en s'aidant des cordages jusqu'à la vigie. Arrivée tout en haut, elle ne put retenir un cri d'exclamation tant la vue était belle. Elle s'appuya au rebord et laissa son esprit vagabonder. Elle se sentait enfin apaisée après ces derniers jours mouvementés.
Quelques heures plus tard, elle entendit le capitaine l'appeler, sa chambre était prête. Avisant une corde qui reliait la partie basse du mât le plus proche de la barre, elle défit sa ceinture et s'en servit comme d'une tyrolienne. Elle hurla de joie pendant toute la durée de sa descente.
Hook siffla d'admiration pendant qu'elle rattachait sa ceinture.
– Tu as le pied bien marin pour une duchesse, lui fit-il remarquer en s'approchant d'elle. Et je crois que personne n'a jamais fait de tyrolienne sur mon navire.
Flora laissa échapper un petit rire.
– Ce n'est pas banal pour une duchesse n'est-ce pas ? Mon père faisait du commerce maritime et il m'emmenait parfois avec lui quand il faisait la tournée des royaumes. J'ai toujours considéré son bateau comme ma deuxième maison, ajouta-t-elle avec nostalgie. Être de nouveau à bord d'un navire me rappelle de très bons souvenirs.
– Comment est-il mort ? demanda Hook avec une touche de compassion dans la voix.
– Dans une tempête, répondit-elle sans vouloir s'étendre davantage sur le sujet. J'ai cru comprendre que ma chambre était prête.
– Oui, c'est la dernière porte au fond du couloir, juste après ma cabine. Une couchette ainsi qu'un placard contenant quelques affaires y ont été installé.
Elle le remercia et se dirigea vers sa nouvelle chambre.
– Elle est très impressionnante, la petite, pour une dame de la Haute. On dirait qu'elle est née sur un bateau, remarqua Smee admiratif.
– C'est vrai qu'elle ne manque pas de piquant, reconnu son capitaine.
