Chapitre 2 Haute couture
Excellent, vraiment. Light arborait un sourire radieux face à la scène de doux cauchemar qui se tenait sous ses yeux pétillants de joie. Il avait répondu ! Le contact était établi. L'enquête qui piétinait auparavant allait bientôt se résoudre, il serait à portée de main s'il faisait encore quelques efforts…
-A-t-on son identité ? demanda-t-il en se doutant déjà de la réponse.
- Non, elle n'avait pas de papiers sur elle, rien qui puisse faciliter l'identification.
- Au moins, il est logique quelque part, grogna une voix dans son dos.
Le jeune enquêteur salua son père, qui n'appréciait pas forcément d'être sous ses ordres, encore moins lorsqu'ils planchaient depuis des semaines sans résultat. Le fils sourit davantage, rien ne pouvait entamer sa bonne humeur. Après tout, il n'y avait aucune raison pour qu'il ait les nerfs en pelote. Il faisait beau, avec une douce brise caressant son visage, la lumière du soleil soulignant les couleurs de la végétation foisonnante les entourant.
Des fougères sauvages envahissaient les allées pavées de pierres d'ardoises, formant un chemin volontairement inégal, sans toutefois gêner le passage. De petits graviers blancs venaient compléter le dédale serpentant entre les différentes parcelles du jardin, crissant légèrement sous les chaussures des hommes et femmes en uniforme aussi bien qu'en tenue de ville. Des ancolies poussaient çà et là, petites touches de peinture mauve déposée un peu au hasard. Des rosiers aux fleurs oranges resplendissantes arboraient une couleur pleine qui attirait le regard, blessant presque la vue sous les rayons solaires impitoyables. Pourtant, il ne faisait pas si chaud. Le saule pleureur, majestueux, apport ait un peu d'ombre et de fraîcheur, enveloppant également le banc de bois sombre où reposait la jeune fille. Light s'approcha d'elle pour détailler un peu cette nouvelle composition. Deux mots tracés au vernis à ongle, un sur chaque main, attirèrent son attention. « Viens jouer ». Le message était clair. Son sourire revint, inquiétant. Sur le reste du corps, il aperçut de fines lignes rouges qui dessinaient des entrelacs abstraits sur son corps. Partant des épaules, ils descendaient le long de ses bras pour finir au bout de ses doigts délicats. Comme un tatouage finement tracé, un bijou précieux incrusté à même la peau. Ces arabesques avaient été dessinées avec la pointe d'une lame, un poignard ou un couteau. Délicate attention… Elle semblait attendre patiemment quelque chose dans ce petit coin de paradis, où ne parvenait aucun bruit extérieur.
-La maison appartient à un couple marié plutôt riche, d'une quarantaine d'années mais sans enfants. déclara son père en revenant vers lui, un carnet de note ouvert à la main.
-A priori, pas de lien de parenté avec la victime donc.
-Non, avec ça, ils sont en voyage en Amérique Latine depuis un mois. Vu leurs billets de retour, ils ne reviendront que dans 6 semaines.
-Le tueur avait tout son temps pour y déposer le cadavre et le disposer à son gré… intéressant. Je retourne au bureau, j'en ai vu suffisamment.
Sur ce, il tourna les talons en souriant. Il en aurait presque sifflé de gaieté. Presque. Le trajet pour rejoindre l'immeuble qui abritait leur section fantôme fut désagréablement long, mais il n'avait pas le choix- l'emplacement de leur QG devait rester inconnu. Par chance, la météo radieuse et le nouveau meurtre entretenaient sa motivation enjouée. Il se gara à la place qui lui était réservée dans le parking souterrain, et commença à gravir l'escalier en colimaçon qui menait aux étages. Il aurait pu prendre l'ascenseur, mais cette marche qui devenait vite fatigante l'aidait à rester concentré. C'est avec un soulagement non feint qu'il s'assit dans son profond fauteuil de cuir, ses coudes reposant sur le plateau de verre de son bureau. Le mur du fond, qui n'était qu'une immense baie vitrée, lui permettait d'admirer la vue impressionnante - il se trouvait au 38ème. Mais il s'en moquait éperdument. Il aperçut des dossiers à la couverture brun clair qui reposaient entre ses bras. Bien, les rapports étaient arrivés. Celui du dessus détaillait très précisément la première scène de crime, mais n'apportait rien qu'il n'ait déjà remarqué de lui-même. L'autre en revanche, était nettement plus intéressant : le rapport d'autopsie. La mort remontait à environ 21h, bien avant la découverte du corps. Elle avait été tuée d'un seul coup de couteau qui, au vu de l'entaille très nette et profonde, avait une lame longue et aiguisée à souhait. Pas de traces de lutte, aucune blessure défensive, bilan toxicologique négatif pour absolument tout. Il chercha des yeux l'information la plus importante et fronça les sourcils. Pas d'agression ou de rapports sexuels… le coup à l'arme blanche faisait office de substitut. Pourtant le choix semblait volontaire, Light le savait, même s'il n'aurait su expliquer comment ou pourquoi. C'est dans la mort qu'il capturait leur essence, semblant se réserver pour un moment particulier – peut-être une personne ? Il ne les faisait pas souffrir alors qu'il arrachait leur dernier souffle, il les traitait avec… quel mot conviendrait ? Respect, oui, c'était cela. Il prenait un grand soin d'elles, sans leur faire de mal ou les toucher. Un tueur avec un sens esthétique, ben voyons. Cet homme, quel qu'il soit, était vraiment unique en son genre. Il en avait chaque fois une certitude plus forte. C'en était presque dommage de devoir le traquer pour l'arrêter. Mais s'ils n'y arrivaient pas, il se débrouillerait pour que Kira lui règle son compte. Un sourire vint fleurir sur ses lèvres, il aimait le surnom qu'il avait en tant que tueur. Sur ces considérations, il se leva et s'approcha de la bibliothèque au fond à gauche. Dans le bois, contre la couverture d'un livre, se trouvait un petit interrupteur gris métallisé. Clic. Il pivota légèrement à droite, tournant ainsi le dos à son bureau, pour regarder une partie du mur se décoller et disparaître dans le plafond, révélant un tableau veleda identique à celui de l'open space- en beaucoup plus grand. On pourrait le croire paranoïaque avec ses installations dignes d'un agent secret, après tout le jeune homme n'avait rien à cacher. Un discret soupir troubla le silence. Il avait trop de choses à cacher. Dont la plus importante, titillée par cette enquête, était le cahier dissimulé dans son sac. Lui, Kira, Light Yagami. Il accrocha la photo du dernier crime sur l'ardoise lisse et saisit un feutre noir, afin d'y noter le titre qui lui était venu à l'esprit sur le banc du jardin. Haute couture. Le travail de filigranes ensanglantés sur ses épaules, ses bras et ses mains était d'une remarquable adresse. Les courbes avaient été tracées avec délicatesse et assurance, toutes en finesse Il avait su quand faire ces marques pour qu'elles gardent une belle couleur rouge foncé, allant jusqu'à choisir la lame la plus adaptée. Toutefois, là n'étaient que des croquis. Le roux le savait. Le tueur ces premiers essais, et testait différents cadres. Ce meurtre n'était qu'un coup de crayon sur sa toile finale.
Dissimulant le tableau blanc, il retourna à son bureau de verre et rangea les dossiers dans un des tiroirs du haut, avant de sortir et de rejoindre les sous-sols par l'ascenseur- descendre l'interminable escalier n'avait guère d'intérêt. Il voulait marcher un peu afin de réfléchir à la réponse qu'il allait donner à cet assassin artiste. Oh non, il n'allait pas le faire par-dessus la jambe, la dernière fois n'avait été qu'une simple mise en contact. Maintenant, il allait jouer ses véritables cartes, sans pour autant dévoiler son jeu- quelques touches discrètes, des détails…
L'homme ouvrit la porte sans un bruit et se glissa à l'intérieur. Refermant sans verrouiller, il fourra la clef dans sa poche et regarda autour de lui. Des bibliothèques, au moins trois, couvraient le mur de gauche du sol au plafond. Un petit marchepied reposait à côté, sans doute pour atteindre les plus hauts rayonnages. Au centre de la pièce, un large canapé crème et une table basse sur laquelle trônait un ordinateur. La fenêtre en face de lui diffusait une lumière douce, les rideaux tirés de chaque côté. Plusieurs plantes vertes bien entretenues égayaient la pièce, disposées à des endroits stratégiques, donnant un peu de couleur à l'ensemble. Des tableaux d'art abstrait accrochés aux murs venaient achever cette tâche. Sur sa gauche, un meuble long et bas de couleur sombre contenait des disques, des verres et un grand nombre de bouteilles d'alcool pleines ou très peu entamées. Il se dirigea vers la cuisine, spacieuse et bien aménagée, un îlot central avec plaques à induction ajoutant une petite touche de prestige. Les meubles avaient des portes noir mat tandis que le reste était blanc. Le four, le frigo et autres étaient couleur chrome. Les murs étaient peints d'un beau blanc étonnement propre, tout comme le carrelage au sol. On aurait pu se croire sur un échiquier, moderne certes, mais c'est l'impression que dégageait cette pièce. Impeccablement rangée, tout était à sa place, aligné le long des murs, même les couteaux étaient classés par ordre de taille. Il ouvrit un placard haut, les diverses boîtes étaient triées selon un ordre précis et strict. Nul désordre. Sans se presser, laissant ses yeux explorer chaque recoin, il rejoignit la chambre du maître des lieux- la seule de l'appartement. Un grand lit simple avec des draps gris perle soyeux, une fenêtre large avec des rideaux épais pour empêcher la lumière de filtrer la nuit, un miroir accroché au mur, un bureau simple avec une chaise de bois. Il s'approcha de ce dernier, quelques journaux récents y étaient soigneusement empilés, à côté d'une liasse de feuilles vierges et d'un pot rempli de crayons et stylos. Quelques gommes de diverses formes complétaient l'ensemble. Il ne vit aucun dessin, mais n'ouvrit pas les tiroirs pour chercher plus avant. Chaque chose en son temps. Il alla ensuite ouvrir l'armoire, des vêtements très classiques et passe-partout y étaient proprement pendus ou pliés. Quelques cravates, rien d'autre de particulièrement distingué. Il s'habillait avec classe, sans extravagance ses habits, sans être luxueux, étaient assurément de bonne qualité. Il semblait en prendre soin. Refermant délicatement les lourdes portes de bois, il alla examiner la table de chevet, sur laquelle reposait une petite lampe de lecture. En bois blanc, le petit meuble comportait plusieurs tiroirs qui refusèrent de s'ouvrir. Loin d'en prendre ombrage, il glissa les mains sous le meuble à la recherche d'un mécanisme quelconque, en vain. Il essaya cette fois à l'arrière, constatant que la petite table n'était étrangement pas collée au mur. Il sentit un petit trou et y glissa instinctivement un doigt, mais rien. Il le fit alors pivoter, un petit déclic retentit et les tiroirs s'entrouvrirent. Parcimonieux, il les referma tous, ne révélant que le contenu du premier. Il y trouva une photo en couleur, sur laquelle figurait une jeune femme blonde assise contre le sol, un bouquet entre les mains. Il la retourna et tomba sur quelques mots, visiblement écrits à la hâte, mais d'une belle écriture : Tableau 1, La morte au bouquet de fleurs. Sans un mot, il la reposa et clôt le tiroir, puis il revint dans le salon. Cet homme devait cultiver quelques secrets apparemment, son appartement était trop froid, conventionnel et impersonnel. Comme celui d'une personne prête à disparaître à tout moment. L'ameublement était en soi joli, mais très simple et minimaliste, comme s'il n'avait pu emporter que le minimum lors d'un déménagement précipité. Mais en réalité, cette sobriété résultait d'un choix absolument conscient, il le devinait, sans vraiment savoir comment. Au vu de la table de nuit, il sentait qu'il allait devoir fouiller avec application s'il voulait trouver davantage de choses- quelles qu'elles soient, il ne cherchait rien en particulier, sinon ce qu'il y avait à découvrir en ces lieux. Il n'avait pas aperçut la moindre photographie personnelle, ne serait-ce que de sa famille ou de sa jeunesse. A croire que personne n'habitait ici, comme un logement témoin. Il s'en faisait la promesse, il mettrait à nu les secrets qu'il tenait tant à dissimuler, jusqu'à qui il était lui-même. Tranquillement, il sortit et ferma à clefs une fois dans le couloir. Il serait de retour bientôt, et il avait encore le temps de partir sans s'inquiéter d'être vu. Il reviendrait, aucun doute là-dessus.
Voilà le deuxième chapitre ! Vous ne comprenez pas tout ? Ne vous inquiétez pas, ça viendra ! Je sème quelques indices, mais rien de plus, j'aime faire patienter )
Et merci mille fois pour vos reviews, sans elles je n'aurais pas eu la volonté de terminer le chapitre deux aussi vite. Donnez-moi votre avis s'il vous plaît, il m'est vraiment utile ! Oh, et s'il manque des mots ou de la ponctuation, c'est un petit souci avec mon fichier Word : tout n'est pas correctement téléchargé, j'ai vérifié, donc si voyez quelque chose qui ne va pas, n'hésitez pas à me le dire… Sur ce, à bientôt j'espère !
Virgo'
