2 ) Laura
Laura Cadman courrait à petites foulées tout en réfléchissant. Rien n'avait transpiré du baiser avec Katie et c'était tant mieux mais elle n'était pas plus avancée pour autant.
Elle avait bien sur profité du fait que sa conscience était dans l'esprit de Rodney pour approcher Katie mais cela n'avait servi à rien.
A rien ? Pas tout à fait. Elle sourit en se rappelant les lèvres tendres et douces sous les siennes, le corps chaud qui avait si bien plié sous le baiser. Et Katie était si douce, si tendre, si agréable. Il était facile de l'aimer.
Mais c'était en fait l'invitation de Rodney qu'elle avait accepté, il ne fallait pas se leurrer. Elle ne pouvait pas savoir. Mais que pouvait-elle donc trouver au scientifique ? Elle avait été dans sa tête et cela avait été plutôt éprouvant. Hormis sa formidable intelligence, elle était la première à admettre qu'elle n'avait rien compris à quatre-vingt-dix pour cent des pensées qui agitaient son cerveau et question sentiments, c'était une vraie foire aux contradictions là-dedans.
Rodney était terrible, arrogant et pourtant vulnérable, avide de reconnaissance, là elle songea que c'était un trait commun à beaucoup d'hommes, égocentrique et généreux, renfermé sur lui-même et curieux de tout, constamment amoureux, elle songea avec amusement qu'il fantasmait également sur Sheppard et Beckett, parfois les deux en même temps ce qui donnait des scénarios plutôt torrides dans sa tête surtout qu' il se les jouait largement interdit aux moins de dix-huit ans. Et aussi gourmand, un peu paresseux, timoré et courageux à la fois mais finalement terriblement attachant.
Etait-cela qui intéressait Katie ? La botaniste craquait-elle pour lui ? Il serait peut-être judicieux de la prévenir que Rodney ne s'intéressait qu'aux hommes. Sans arrières pensées bien sûr, histoire de rendre service à une copine, qu'elle ne perde pas son temps et ses illusions. Entre femmes il fallait se serrer les coudes, et plus si affinités, selon Laura.
La militaire était toute disposée à rendre ce service à son amie. Bien sûr, il lui faudrait prendre des gants. Il ne s'agissait pas d'asséner à la douce Katie que Rodney était homosexuel et qu'elle devait illico oublier les éventuelles vues qu'elle avait sur lui. Mais Laura s'estima tout à coup investie d'un devoir et puis Katie pourrait toujours pleurer sur son épaule ensuite.
Elle s'arrêta de courir et sourit, ça c'était une bonne stratégie, frapper et consoler, pas très élégant mais rien de compliqué.
Cela faisait à peu près un mois qu'elle avait remarqué la jeune scientifique et elle était immédiatement tombée sous le charme. Elle avait rompu sans regret avec sa dernière conquête avant de venir sur Atlantis. Il s'agissait d'une autre militaire, brune avec des yeux verts superbes et un corps plein et voluptueux. Les deux femmes n'avaient pas eu besoin de mots pour deviner chez l'autre une inclination familière et trois heures après leur première rencontre elles s'ébattaient avec frénésie et en sueur à même le sol de la petite chambre de Laura.
Finalement leur liaison avait duré deux mois au terme desquels la jeune spécialiste en explosifs s'était vue proposer la plus fantastique mission de sa vie.
Elle n'avait pas hésité une seconde à dire oui.
Son amie n'avait pas posé de problème. Elles s'étaient séparées en se jurant de rester en contact mais sans promesse. Elles étaient des femmes intelligentes et ambitieuses et leurs carrières restaient prioritaires.
Laura songea que sur Atlantis également elle devait rester discrète. Les scientifiques et tous les autres n'avaient rien à craindre s'ils assumaient publiquement leur homosexualité mais pas les militaires.
Ne pas se faire prendre, c'était son credo.
Elle reprit sa course, dépassa les laboratoires où travaillait Rodney et s'engagea sur la passerelle. D'autres coureurs venaient en sens inverse, elle s'écarta à temps pour laisser passer Ronon qui la salua avec un grognement et Teyla qui lui adressa un sourire rayonnant. Pas mal du tout l'athosienne songea Cadman mais elle n'était pas vraiment son type. Trop autoritaire. La militaire appréciait les femmes douces, presque timides. Laura ne se cachait pas qu'elle aimait dominer dans ses relations avec les autres femmes. Elle fonctionnait ainsi.
La passerelle surplombait maintenant les salles où étaient entreposées les réserves de matériel de bureau. Des ordinateurs, imprimantes et autres machines voisinaient avec des quantités impressionnantes de ramettes sur des dizaines de mètres. Laura, toujours fascinée par le spectacle se pencha et jeta un coup d'œil. L'espace d'un instant il lui sembla voir trois silhouettes familières enlacées, le colonel Sheppard, Rodney et Carson. Un bruit de pas sur la passerelle métallique la fit se redresser. C'était le major Lorne qui courrait. Ils se saluèrent et elle se pencha de nouveau. Plus rien. Elle avait dû imaginer les trois hommes. Quoique de ce qu'elle savait des fantasmes de Rodney, cela ne l'aurait pas étonnée.
Laura se remit à courir, elle quitta les entrepôts et se dirigea vers les serres. Là elle s'arrêta émerveillée. C'était toujours un spectacle ! Des milliers de plantes et de fleurs multicolores, toutes plus exotiques les unes que les autres étaient alignées dans un ordre parfait sous leurs abris de verres et de plastiques. Chacune portait une petite étiquette qui indiquait sa provenance et la date de son prélèvement. Le laboratoire de botanique se tenait plus loin. La jeune militaire allait s'y diriger quand elle entendit une voix familière la héler.
-Laura ! Hé Laura !
Le cœur de Cadman fit un bond. La scientifique qui occupait ses pensées venait de surgir de derrière une petite palmeraie une caisse de plantes dans les mains . Katie avait les joues un peu rouges et ses yeux brillaient. Laura la trouva tellement attirante qu'elle dû se faire violence pour ne pas la prendre dans ses bras et l'embrasser tout de go. Elle s'enfonça les ongles dans les paumes afin de se rappeler à l'ordre et grimaça de douleur.
-Vous allez bien Laura ? Questionna la jeune botaniste soucieuse en la dévisageant.
-C'est OK, se reprit la militaire, juste une petite crampe, ça va passer.
-J'allais justement faire une pause, proposa la botaniste toujours prévenante. Elle déposa sa caisse de jeunes pousses. Voulez-vous vous joindre à moi pour un café ?
Laura acquiesça et la suivit à l'intérieur. Katie la conduisit dans un petit salon, servit deux cafés et s'installa sur un divan.
Les deux femmes restèrent silencieuses un instant. Laura se demandait comment aborder le sujet qui lui tenait à cœur quand Katie prit la parole.
-Vous savez qu'on ne parle plus que de vous et du docteur McKay dans toute la cité, commença la botaniste avec un sourire. Finalement cette histoire s'est bien terminée.
-Oui, heureusement, répliqua Laura. Elle se réprimanda intérieurement, voilà qu'elle ne savait plus quoi dire et restait là comme une idiote, la tasse en l'air. Nom de dieu, l'autre femme lui faisait vraiment perdre ses moyens !
-Alors si j'ai bien compris, vous étiez là en quelque sorte, lors de ce fameux repas ? Continua la botaniste avec curiosité. Je comprends mieux pourquoi Rodney avait l'air si bizarre, il y avait deux consciences qui cohabitaient dans sa tête. Elle rit. C'est beaucoup pour un seul homme.
Laura rit à son tour, enfin détendue.
-Vous ne pouvez pas savoir à quel point c'était exténuant, McKay n'est pas quelqu'un de tout repos, avoua t-elle.
-Je n'en doute pas une seconde, répliqua Katie. C'était une vraie catastrophe ce repas. Et le docteur Beckett qui était là ! A propos, pardonnez mon indiscrétion mais on dit qu'entre vous et le docteur Beckett...
-Il n'y a rien entre nous deux, répliqua aussitôt Laura, ce ne sont que des on-dit.
Les deux femmes se mirent à parler de la soirée en question qui c'était vrai n'avait pas été une réussite. Katie était particulièrement intriguée par l'expérience de Laura. Elle se mit à la questionner et la jeune militaire répondit avec plaisir à ses interrogations.
-Vous étiez toujours là, je veux dire, présente dans son esprit toute la journée ?
-Pas toujours, parfois je m'effaçais à son profit et d'autres fois c'était lui. Un soir je lui ai même fait faire un jogging avant d'aller se coucher. Autant vous dire que le lendemain il s'est plaint toute la journée.
-Et quand il m'a embrassée, vous étiez là ? s'enquit la botaniste avec curiosité.
Laura dévisagea le jeune femme assise à coté d'elle, les beaux yeux brillants, le sourire doux, les lèvres roses si attirantes.
Il fallait qu'elle sache, une fois pour tout. Elle en avait besoin.
Elle regarda l'autre femme droit dans les yeux.
-Ce n'est pas Rodney qui vous a embrassé.
A suivre…