Des citations qui en disent long...

Mon ami signifie mon esclave...

Réléna était restée paralysée devant la pièce qui se jouait devant ses yeux. Deux protagonistes totalement opposés l'un à l'autre, totalement ennemis, se serraient la main. Les deux hommes se lâchèrent la main, et Milliardo déclara, avec un sourire scotché aux lèvres:

Réléna, tu es déjà rentrée ! Je suis ravi que tu sois là.

... Je crois que je vais vomir, se contenta de répondra sa soeur, une boule s'étant formée dans sa gorge.

tu n'es pas contente de revoir ton cher ami ?

Réléna décida de ne pas entrer dans le jeu de son frère. Il voulait la faire taire : il savait qu'elle n'était pas ravie, et qu'elle ne voudrait pas dire des choses qu'elle pourrait regretter ensuite. Elle ferma les yeux un instant afin de faire le vide autour d'elle, puis soudain, une idée lui vint. Elle commença un nouveau jeu, et elle savait que Milliardo n'aimerait pas y participer.

Voltaire a dit « mon ami signifie mon esclave. Mon cher ami veut dire vous m'êtes plus qu'indifférent », alors oui, je suis heureuse de revoir mon cher ami.

Heero Yui, car c'était bien lui la cause de ce malaise (même pour Pargan d'ailleurs), prit cette remarque comme une claque. Elle venait de lui faire comprendre qu'il lui était plus qu'indifférent, et sans hausser la voix ou l'insulter. Milliardo regarda sa soeur droit dans les yeux et lâcha:

Réléna, je déteste ce jeu.

Ah oui ?! Pourquoi, parce que j'ai l'avantage sur toi ? Pourtant, c'est super de pouvoir discuter comme ça,

non ? Tiens, d'ailleurs, ce n'est pas Madame de Sévigné qui a dit « une heure de conversation vaut mieux que cinquante lettres » ?

RELENA, CA SUFFIT !!! Hurla son frère en se levant de son bureau, LEGEREMENT énervé. SORS DE CE BUREAU IMMEDITEMENT !

hum... d'accord, mais avant de satisfaire ta demande, je voudrais savoir ce qu'il fait ici et pourquoi tu lui serrais la main. Je croyais que vous vous détestiez.

Heero regarda Milliardo et déclara:

Ce n'est peut-être pas une bonne idée. Elle n'a pas l'air ravi de me voir.

Elle est juste surprise que tu sois revenu, c'est tout.

Milliardo, de quoi parle-t-il ?

J'ai... j'ai décidé de l'engager comme garde du corps.

Un sourire apparut sur les lèvres de Réléna, ce qui surprit Milliardo. Il pensait qu'elle le prendrait beaucoup plus mal que ça.

Tu n'es pas fâchée?

Pourquoi le devrais-je ? Tu as engagé le meilleur pour ta protection, c'est bien.

Heero explosa de rire, ce qui n'était pas du tout son habitude.

Je préférerais sauter d'un avion sans parachute plutôt qu'être son garde du corps.

Dingue comme tu l'es, tu en serais capable, alors ce n'est pas une bonne comparaison, lâcha froidement Réléna.

Heero stoppa aussitôt son hilarité et déclara:

Ton frère m'a engagé pour devenir TON garde du corps, pas le sien.

C'est une blague j'espère ! Fit Réléna en rejetant toute son attention sur son frère.

Non petite soeur, j'estime que tu n'es pas en sécurité. La preuve, c'est qu'il y a quelques jours, ta vie était encore en danger.

Tu parles de ce pauvre terroriste qui nous a pris en otage ? Il ne comptait pas nous tuer, il voulait simplement nous échanger contre ses amis qui croupissaient en prison. Je refuse qu'il devienne mon garde du corps.

Je ne te demande pas ton avis, répondit son frère.

Réléna lui lança un regard noir, comme ceux qu'Heero savait si bien faire. Mais elle se retint de l'insulter, car après tout, c'était son frère. Elle resta la plus digne possible en se contentant de sortir du bureau de son frère. Heero et Milliardo s'interrogèrent du regard.

La princesse de Sank descendit voir Pargan. Il était assis sur l'un des fauteuils du salon. Ce n'était qu'un simple malaise qu'il avait eu. Réléna fut soulagée.

Vous...vous l'avez vu ?

Réléna hocha la tête comme si elle n'était qu'un vulgaire pantin. Elle ajouta:

Milliardo l'a engagé en tant que garde du corps.

C'est une bonne nouvelle, il sera bien protégé.

Ce n'est pas pour lui qu'il l'a engagé, c'est pour moi.

Pargan parut choqué. Comment Milliardo avait-il pu le choisir lui... En fait, plus il y pensait, plus il se disait qu'il l'avait fait exprès. Réléna décida de sortir prendre l'air, elle en avait grandement besoin. Elle traversa le salon et sortit sur la terrasse. Quelques instants plus tard, Heero et Milliardo descendirent au salon. Pargan se leva aussitôt et sortit à son tour.

Pourquoi ai-je la désagréable impression de ne pas être le bienvenue dans cette demeure ?

Sûrement parce que ce n'est pas qu'une impression, se contenta de répondre le roi de Sank.

Deux des domestiques entrèrent au salon pour faire le ménage, et lorsqu'ils aperçurent Heero, ils sortirent aussitôt de la pièce, tout en vociférant tout bas. Oui, Heero Yui n'était plus le bienvenue ici...

Pargan venait de rejoindre celle qu'il servait depuis qu'elle était enfant. Il se sentait trop lié à elle pour la laisser seule dans de pareils moments. Réléna ne pleurait pas, non, elle restait silencieuse. Mais Pargan savait qu'elle se sentait mal.

Il faut m'excuser Mademoiselle.

De quoi vous excusez-vous mon cher Pargan ?

Je... je n'ai pas eu le courage de mettre mon poing dans la figure de Monsieur Yui.

Réléna éclata de rire.

je vous adore Pargan, vous êtes le seul ici en qui je puisse réellement avoir confiance. Mais pensez à vous ménager, vous n'êtes plus tout jeune.

Pargan ria à son tour et s'en alla. Il avait beaucoup à faire. Réléna resta seule un instant, puis Heero la rejoignit sur la terrasse. Il s'installa en face d'elle et la contempla sans dire un mot. Elle le laissa faire sans broncher. Contre Heero, le silence était la meilleure des armes. Ce malaise dura toute la journée, et dans la soirée, alors qu'ils étaient tous à table, Milliardo essaya de briser le silence entre eux:

Ma chère soeur, es-tu toujours fâchée contre moi ?

Fâchée ? Mais de quoi mon cher frère ? L'imita sa soeur.

Pour avoir... Non, laisse tomber.

Milliardo trouvait sa soeur bien trop calme après le coup qu'il venait de lui faire. Il lui fit un sourire, mais il comprit bien vite que sa soeur comptait lui faire payer sa traîtrise :

Milliardo, je me suis posée une question aujourdhui, contourna sa soeur. J'ai réussi à mener mon projet de paix entre la Terre et les colonies, et toi, tu n'es même pas capable de diriger Sank seul, c'est bizarre non ?

Heero pouffa de rire dans son coin. Réléna le trouva quelque peu changé, il avait ri deux fois en une seule journée, c'était énorme pour lui. Lucrézia était restée scotchée devant la remarque de son ancienne protégée, et Milliardo ne répondit rien. Seulement, son sourire avait disparu. Réléna ajouta:

C'est peut être parce que tu es occupé à faire autre chose, non ? Tu prépares quelque chose dont tu as omis de me parler ?

Qu'est-ce qui te prends de déblatérer des choses pareilles. Tu n'es là que depuis hier soir, et tu m'accuses déjà de trahison !

Oh pardon, tu voulais que j'attende un peu avant de réagir ?

Oui...enfin, je veux dire non... Ah mais c'est pas vrai, je ne sais même plus ce que je raconte !

C'est normal frérot, la culpabilité, ça ronge !

Milliardo ferma les yeux afin de réussir à se calmer, puis il déclara calmement:

Est-ce que tu as des preuves de ma culpabilité ?

Hum... tiens, ça me fait penser à une citation de Beaumarchais que je trouve très appropriée pour répondre à ta question : « prouver que j'ai raison serait accorder que je puis avoir tord ».

PAR PITIE, PAS DE CITATION ! CA ME GONFLE !!! Hurla Milliardo.

Enfin grand frère. Ton langage n'est pas approprié pour le titre que tu détiens.

Milliardo s'excusa de son comportement et sortit de table. Lucrézia le rejoignit rapidement. Un des serviteurs entra dans la salle et demanda:

Vous prendrez bien un dessert Mademoiselle ? Monsieur Yui ?

Ils refusèrent tous les deux, et Réléna ajouta:

Il ne faut pas abuser des bonnes choses.

Réléna n'avait pas parlé à Heero de la soirée. Elle avait fini la soirée avec un bon livre, affalée sur le fauteuil du salon. Quant à Heero, en tant que garde du corps de la princesse, il se devait de la surveiller. Alors il s'était installé dans un des fauteuils de la salle pour pouvoir l'épier. Lorsqu'elle fut fatiguée, elle posa son livre sur la table basse installée au milieu du salon, et monta se coucher sans même jeter un regard à son garde du corps. Ce dernier fit comme si de rien n'était et monta se coucher à son tour, mais au fond de lui, il se sentait blessé.

Le lendemain, Heero Yui se leva très tôt, comme à son habitude. Il descendit aux cuisines et fut surpris d'y trouver la princesse :

Vous aussi vous êtes matinal ? Demanda un des domestiques.

Heero ne répondit pas et s'installa à table. Puis il regarda les vêtements de la princesse. Il comprit qu'elle allait faire du jogging. Il remonta rapidement dans sa chambre et en redescendit avec un débardeur vert, une veste noire et un pantalon jogging noir. Réléna faillit s'étouffer en le voyant : son débardeur lui rappelait celui qu'il portait quelques années auparavant, durant la guerre. Elle ne put s'empêcher de rire et lâcha :

On se croirait cinq ans en arrière. C'est quoi ce débardeur horrible ? Hors de question que tu me suives avec cette horreur !

Il est très bien mon débardeur, répondit aussitôt Heero, qui arrivait enfin à avoir une conversation avec la princesse.

Ah oui, vraiment ?

Réléna commença à partir en courant et déclara :

alors si il est très bien, tu n'auras pas de honte de le montrer !

Heero comprit qu'elle lui lançait un défi. De toute façon, il n'avait pas le choix, il devait la suivre partout où qu'elle se rende. Il prit la même direction qu'elle et réussit à la rejoindre rapidement.

Franchement, tu n'es pas très rapide. Sur un champs de bataille, tu serais vite mise hors d'état de nuire !

Ah je vois, tu me cherches ! Tu vas voir si je ne suis pas très rapide, rétorqua la princesse.

Elle accéléra d'un coup et mit rapidement de la distance entre lui et elle. Mais Heero la rattrapa à nouveau rapidement et lui lança une autre pique. Puis ce fut lui qui la devança. Elle se mit alors à accélérer encore plus jusqu'à rester à son niveau. Elle réussit à lui tenir tête une bonne dizaine de minutes, mais finit par s'arrêter, épuisée. Heero s'arrêta à son tour et demanda :

Vous abandonnez déjà princesse ?

J'en peux plus, tu m'as tuée !

Elle s'installa au pied d'un arbre qui n'était pas recouvert de neige et son garde du corps la rejoignit. Heero lui fit un petit sourire, et elle demanda pourquoi :

Hier encore, tu ne m'adressais pas la parole, et il a fallu que je mette ce débardeur pour que tu veuilles enfin ouvrir la bouche. Tu ne m'en veux plus ?

Ce n'est pas à toi que j'en veux, c'est à mon frère.

Il m'a engagé pour te protéger, alors pourquoi lui en vouloir ?

Détrompe toi Heero, il ne t'a pas engagé pour me protéger mais pour me surveiller.

Heero comprit mieux le comportement qu'avait eu la jeune femme avec son frère au dîner. Réléna lui expliqua les manigances de son frère, et ce que Duo et Wufei lui avaient dit. Cependant, il n'avait toujours pas compris le comportement qu'elle avait adopté envers lui. C'est vrai, elle ne lui avait pas donné de nouvelles pendant quatre ans, et c'est elle qui lui faisait la gueule. Il aurait pu lui-même adopter ce comportement avec elle, et il ne se l'était même pas permis. Tout en se noyant dans ses yeux d'un bleu profond, la princesse de Sank déclara :

Qu'il est dur de haïr ceux qu'on voudrait aimer.

Ca, c'est de Voltaire ! Fit Heero.

Comment le sais-tu ?

Disons que j'aime bien la littérature moi aussi, répondit Heero.

Et depuis quand ?

Heero hésita à répondre. Ca lui rappelait trop de souvenirs avec la jeune fille. Mais il finit par avouer :

J'ai beaucoup consulté ta bibliothèque personnelle lorsque nous étions chez...

...ma mère, termina Réléna. Je me souviens maintenant ! Un jour, il faisait tellement mauvais dehors, que même toi tu t'es résigné à rester à l'intérieur. Tu as attrapé un livre, et tu l'as dévoré ! Et ensuite, tu en a pris un autre, et...

Elle arrêta de parler, repensant à ces vacances qu'elle avait passé avec Heero. Ils n'avaient jamais été aussi bien tous les deux. C'était peu de temps après l'affaire Mariemaïa. La mère de Réléna avait décidé de s'en aller, et Réléna, qui avait pris des congés bien mérités après son enlèvement, en avait profité pour rester seule avec celui qu'elle... aimait. Mais ce fut la dernière fois qu'elle le vit. Après avoir repris ses fonctions, elle n'eut plus aucune nouvelle d'Heero, comme s'il n'avait jamais existé... comme si leur couple n'avait jamais été.

Heero... Pourquoi m'as-tu oubliée si vite ? Tu as trouvé une autre fille ?

Pardon ? Fit Heero, ne comprenant pas du tout où voulait en venir la jeune femme. C'est plutôt moi qui devrais te poser cette question.

Alors ça, c'est la meilleure ! Tu ne donnes plus aucune nouvelle pendant quatre ans, et c'est moi qui dois me justifier !

C'est TOI qui n'a pas donné signe de vie. Tu n'as jamais répondu à mes lettres !

Réléna tomba des nues. De quelles lettres parlait-il ?

Je n'ai jamais reçu de lettres venant de ta part Heero.

Je t'en ai envoyé plus d'une dizaine, alors ne va pas me faire croire que tu n'en as jamais reçu.

Réléna regarda Heero droit dans les yeux... il ne mentait pas. Il en fit de même, et arriva à la conclusion que Réléna ne lui mentait pas.

Tu n'as jamais reçu mes mails non plus ?

Non, jamais. Pourquoi ne pas avoir appelé ?

Je l'ai fait plusieurs fois, mais ton frère m'avait affirmé que tu ne voulais pas me parler.

Ils se regardèrent à nouveau dans les yeux, puis ils comprirent que Milliardo avait fait en sorte de les séparer.

Le salop ! Fit Réléna. Il va me le payer !

Quel bâtard ! Lâcha à son tour l'ancien pilote 01. Tout ce temps perdu à cause de ton frère. Je vais le buter !

Franchement, si il était devant nous en ce moment même, je crois que c'est moi qui le tuerais... mais...

La vengeance est un plat qui se mange froid, compléta Heero, un sourire mesquin apparaissant sur ses lèvres. Mais je ne vais pas le rater quand je vais le voir.

Ils rentrèrent au château, silencieux. Heero imaginait mille façons de torturer Milliardo, et Réléna espérait rendre la pareille à son frère. Bien qu'elle soit d'accord avec ce que disait Socrate, c'est-à-dire « si un âne te donne un coup de pied, ne lui rends pas », elle estimait que son frère avait dépassé les bornes. Ce qu'elle venait de découvrir était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Ils entrèrent au château et montèrent rapidement les escaliers. Puis ils entrèrent en trombe dans le bureau de Milliardo, bien décidés à lui dire ce qu'ils pensaient de lui... mais le grand blond aux cheveux longs avait de la visite : Duo, Trowa et Wufei se trouvaient ici. En voyant Heero, Duo lui sauta au coup. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vu son meilleur ami en chair et en os. La preuve que le courrier ne réglait pas tout. Trowa et Wufei se contentèrent de lui serrer la main.

Vous en faites une tête, demanda Duo. Qu'est-ce qui se passe ?

Réléna regarda son frère de haut et répondit:

Il se passe que je n'ai pas reçu mon courrier !

Duo, Trowa et Wufei se sentirent perdus, mais ce ne fut pas le cas du roi de Sank.

Je peux tout t'expliquer, fit Milliardo, quelque peu embarrassé.

Je veux voir les lettres qu'Heero m'a envoyée.

... Elles seront sur ton bureau ce soir.

Les anciens pilotes commencèrent à comprendre le problème. La réponse de son frère convenait à la princesse, et elle décida de sortir du bureau en claquant la porte. Heero lança un regard noir à Milliardo, qui signifiait « moi, ça ne me convient pas, je vais faire de ta vie un enfer ». Puis il s'en alla à son tour. Cependant, quand lui claqua la porte, celle-ci sortit de ses gonds et s'effondra.

Réléna venait d'entrer dans son bureau, Heero à sa suite. Elle l'invita à s'asseoir dans le siège en face. Puis elle déclara :

Oui, Voltaire a dit « Mon ami signifie mon esclave. Mon cher ami veut dire vous m'êtes plus qu'indifférent ». Alors non, je ne suis pas heureuse de revoir mon cher ami.

Heero comprit qu'elle s'excusait de ce qu'elle avait dit la veille. Et il ne pouvait pas refuser ses excuses.

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