Titre : Chasseurs - Argaï
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf ce qui n'est pas aux autres.
Note :

Encore un petit chapitre de présentation, c'est un peu long à démarrer, mais on est toujours au calme, il ne se passe pratiquement rien, alors j'en profite pour vous donner un conseil. Faites comme Fye, profitez du soleil, laissez-vous vivre encore un petit peu, faites le plein de lumière et de chaleur, parce que la météo annonce un avis de tempête sur cette fic, et c'est pour demain ! (Qui a dit : « toi et doubles sens !» ?)


La review des reviews :

Hachi-san : ça va ? bien remise de ta fatigue ?
Shini : Ben alors ? Où qu'il est mon chocolat ?
Etincelle : La chasse aux tiroirs est ouverte !
Soren : Allez encore un peu de tranquillité et quelques facéties
Yuushuu : ben justement, la suite, la voilà, j'étais en train de la poster quand ta review est arrivée

Pour les gnons, baffes, coups, horions, mornifles, tartes, châtaignes, poires, gifles, mandales, uppercuts, droites, beignes, taloches, et câlins, c'est en bas à gauche !


Chapitre 2 – Prix

Fye s'étira comme un chat sur son matelas, repoussant sa couverture du pied pour permettre à un rayon de soleil matinal d'atteindre son corps.

Il avait fait un drôle de rêve, qui l'avait ramené en arrière dans le temps, à une époque où il passait de longues heures dans une bibliothèque glaciale, à dévorer un par un les milliers de volumes, tellement absorbé dans ses lectures qu'il n'avait plus conscience de rien d'autre que des mots sagement alignés et de l'odeur de vieux papier qui emplissait l'atmosphère. Ce n'était pas un souvenir désagréable, il aimait ces moments d'étude, et le contenu de certains de ces ouvrages lui avait permis, bien des fois, de s'évader de l'univers pesant dans lequel baignait son quotidien.

Il releva le bas de sa chemise, exposant son ventre à la douce chaleur, et poussa un soupir de bien-être. Il s'amusa un moment d'une ombre malicieuse qui jouait sur sa peau, autour de son nombril, et dont il ne put trouver l'origine. Toutes les souffrances qu'il avait endurées lui avaient appris à profiter de chaque petit instant de tranquillité, de tous les petits plaisirs de la vie. Un visage aimable, une parole gentille, un moment au soleil, une blague idiote, un beau paysage, tout cela le faisait sourire.

Pour lui dont l'existence, depuis sa plus tendre enfance, n'avait été qu'une longue succession de combats, de sacrifices et de tragédies, le moindre petit bonheur était à accueillir comme un cadeau de la vie, un baume sur ses innombrables blessures. C'était ce qui lui avait permis de survivre, de mettre encore un pied devant l'autre, jour après jour. Et chaque sourire était un témoignage. Il avait remporté une petite victoire sur ses ténèbres personnelles.

Certains d'entre eux étaient un peu mal dessinés, un peu écornés. C'était peut-être ceux-là les plus importants. Ceux qui disaient : regardez, j'en ai bavé cette fois, mais j'y arrive encore, je peux encore le faire. Il ne voulait pas s'arrêter de sourire, car il savait que s'il le faisait, cela signifierait qu'il avait renoncé, et tout serait perdu.

Il connaissait mieux que personne la signification des mots cruauté, injustice, douleur et folie, et parfois, il avait été tout près de basculer dans leur univers obscur pour devenir un homme aigri, posant un regard blasé, ou pire, haineux, sur son environnement.

Mais, peut-être par esprit de contradiction, ou peut-être par instinct de survie, à chaque carrefour qu'il avait rencontré, il s'était engagé, le plus souvent après de longues luttes intérieures, sur le chemin qui menait vers la lumière et la chaleur.

C'était un chemin bien plus difficile à parcourir, car la peur d'être rattrapé par les ombres était sans cesse présente, cependant, même après avoir été dépouillé de tout ce qui avait de l'importance à ses yeux, même lorsque son esprit lui disait sur tous les tons qu'il ne méritait pas d'être heureux ou simplement de vivre, son cœur, lui, n'avait jamais cessé de chercher à s'élever vers le ciel, à monter vers le soleil, et vers ces gros nuages blancs cotonneux, qui dessinaient des formes amusantes dans l'azur. Des formes dans lesquelles il avait quelquefois cru distinguer les mots liberté, amour, et espoir.

Et maintenant, plus que jamais, il voulait y croire. Parce qu'il n'était plus seul. Parce que, par un soir d'hiver, deux mois plus tôt, son cœur avait remporté une immense victoire sur sa raison. Et parce que ce cœur qui avait été si fatigué s'était empli d'une énergie nouvelle, une énergie brûlante. Cette énergie portait un nom, que le mage s'était amusé à remodeler un nombre incalculable de fois, au gré de sa fantaisie, juste pour entendre cette petite phrase qui n'avait failli qu'à une seule occasion à la tâche de le faire sourire encore, et encore plus : Je m'appelle Kurogane !!!

Les bras en croix, étalé sur son matelas comme un gros lézard sur un rocher, il hésitait. Qu'est-ce que je fais ? Je me lève ? Ou j'en profite encore un peu ? Si Kuro-chan débarque et me trouve encore au lit, il va me traiter de grosse feignasse, non ? Idée intéressante. Je pourrais lui proposer de s'installer à côté de moi et de faire pareil, mais il ne voudra jamais, c'est sûr. Il est tellement… Bon, ça ne fait rien. De toute façon, j'ai d'autres projets pour lui, ce matin. Ça va être amusant !

Il se leva, fit sa toilette, s'habilla et sortit sur la terrasse baignée de lumière. La chambre qui lui avait été donnée, mitoyenne de celle du ninja, donnait sur les jardins. Il s'étira à nouveau, inspira profondément pour emplir ses poumons de l'air pur du matin, puis frappa à la porte de son voisin.

- Kuro-rin, tu es levé ?
- Ouais, entre.

Le brun était assis en tailleur au milieu de la pièce, vêtu seulement d'un pantalon noir, et se regardait dans un miroir d'un air renfrogné.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Tu le vois bien, je me coiffe. Enfin, j'essaye…

- Tu devrais te laisser pousser les cheveux, ça t'irait bien.

- Je veux pas.

- Pourquoi ? demanda le mage en s'agenouillant derrière lui avant de s'emparer du peigne et de le passer dans la tignasse rebelle.

- Ça te regarde pas.

- Oh, allez, dis-moi.

- Tu me ficheras pas la paix tant que je t'aurai pas répondu, hein ?

- En effet.

- Je ressemblerais trop à mon père, si j'avais les cheveux longs, voilà.

- Et alors ? demanda Fye, doucement. Ce serait mal de ressembler à ton père ?

- Je… Non, bien sûr que non.

- Tu vois ! Et puis ce serait quand même plus facile à coiffer, ça aplatirait un peu tous ces épis. Tu ressembles à un porc-épic, au réveil.

- Grmfff…

- Et puis, tu es peut-être comme cet homme, dans l'histoire, celui qui tirait sa force de ses cheveux. Plus ils étaient longs et plus il était puissant.

- Quelle histoire ?

- Samson et Dalila.

- Et ? Tu me racontes ?

- Ça t'intéresse ? D'accord. Au pays d'Israël vivait Samson, un guerrier très puissant. Sa force était légendaire. Samson aimait une jeune femme du peuple philistin, le peuple ennemi du sien. Après avoir remporté une victoire sur eux, le héros demanda, pour son statut de vainqueur, la main de la demoiselle, ce qui lui fut accordé.

Les yeux mi-clos, baigné dans l'agréable tiédeur du matin, Kurogane se laissait bercer par la voix douce du mage et le mouvement apaisant du peigne dans ses cheveux. Il se sentait incroyablement bien, réalisa-t-il. Il était en paix, lui aussi.

- Il se rendit en visite chez sa fiancée, mais sur le chemin, il fut attaqué par un lion. Il le déchiqueta à mains nues. Il était très fort, hein, Kuro-chan ?

- Pfeu… c'est facile.

Fye eut un petit rire et poursuivit son récit.

- Quand il revint chez sa fiancée, la fois suivante, pour l'épouser, il croisa sur la route le cadavre du lion, et il vit que des abeilles s'étaient logées dedans et avaient commencé à y faire du miel. Alors, pendant un banquet précédant la noce, il proposa une énigme à trente convives : « De celui qui mange est issu ce qui se mange, du fort est issu le doux ». Personne ne trouva la solution. Ce fut finalement sa future épouse qui parvint à lui soutirer la réponse à la question et à la souffler aux convives, qui répondirent : « Quoi de plus doux que le miel et de plus fort que le lion ? » Vexé, Samson se mit en colère et tua les convives, puis retourna chez ses parents.

- Il était susceptible.

- Ça doit être le propre des puissants guerriers, tu ne crois pas ?

- Je vois pas ce que tu veux dire, ronchonna le brun. Et après, qu'est-ce qui s'est passé ?

- Quand Samson revint enfin chercher sa femme, elle avait été donnée à un autre homme. Pour se venger, il brûla les champs des philistins, qui, en réponse, brûlèrent sa femme, ce qui énerva Samson, qui leur donna une bonne leçon avant de repartir chez lui. Mille philistins vinrent le traquer, et il se débarrassa d'eux, armé seulement d'une mâchoire d'âne. Vingt ans plus tard, il fut séduit par une philistine nommée Dalila, qui avait été envoyée par son peuple pour lui soutirer le secret de sa force. Par trois fois elle le lui demanda, et par trois fois il lui mentit, mais la quatrième fois, il lui répondit que sa puissance venait de ses cheveux qui étaient investis du pouvoir de Dieu. C'est ainsi qu'une nuit, Dalila profita de son sommeil pour lui couper ses tresses, avant d'appeler ceux de son peuple qui s'emparèrent de lui, lui crevèrent les yeux et le réduisirent en esclavage.

- Charmante fille…

- Privé du secours de sa force et son dieu, Samson fut enfermé dans un cachot, jusqu'au jour où on le fit sortir pour assister à un sacrifice rituel dans le temple de Dagon, le dieu des philistins. Ses cheveux avaient un peu repoussé, et il profita de cette occasion pour faire appel à sa puissance retrouvée et à l'aide de Dieu. Il démolit les colonnes du temple et se suicida, emportant des milliers de philistins dans la mort en même temps que lui. Et voilà, Kuro-chan, l'histoire est finie.

- Mmm… T'en connais beaucoup des histoires comme ça ?

- Plein ! fit le mage en s'appuyant sur son épaule pour se lever. Tu viens ? Moko-chan ne devrait pas tarder.

Ils sortirent ensemble et longèrent le bâtiment jusqu'à la salle d'audience, où la princesse se tenait déjà. Elle était assise à sa place habituelle, et discutait avec une petite créature blanche posée sur ses genoux. A peine les deux hommes eurent-ils franchi le seuil, que cette dernière leur bondit dessus en poussant de petits cris de joie.

- Fye !! Kuro-pii !! …
- J'ai un nom, satané manjuu !
- Moko-chan ! Tu es déjà arrivé ?
- Oui ! Tu n'as pas senti la magie de Mokona ?

Le blond eut un petit rire.

- Je crois que je dormais trop bien. Excuse-moi.
- Ça ne fait rien ! Fye doit aussi se reposer.
- Tu es toujours aussi gentil, Moko-chan.

Il continua à bavarder un moment avec la petite bête pendant que le guerrier échangeait quelques mots avec Tomoyo. Puis la princesse se leva, indiquant qu'il était temps de partir.

- Mais avant, Fye doit donner le prix du voyage de Kuro-pon à Mokona, et Mokona doit donner le prix de la mission à Fye.

Il ouvrit la bouche pour gober la boule de verre, puis une grande lumière blanche en jaillit, qui vint se poser dans les mains du magicien, sous les yeux curieux de la prêtresse et de Kurogane, car aucun d'entre eux n'avaient idée de ce qu'il avait demandé comme rétribution pour ses services.

Quand l'aura se dissipa, un objet reposait sur ses paumes ouvertes. Un sabre, dans un fourreau noir. Un sabre dont la poignée était couverte d'écailles, et ornée d'une tête de dragon.

- Oh !! fit Tomoyo, ravie, en tapant dans ses mains. Je n'aurais jamais pensé qu'elle accepterait !

- Il semble que cette boite ait une grande valeur, répondit doucement le mage en se tournant vers le guerrier brun, qui contemplait l'objet, bouche bée, incapable d'articuler un mot. Kuro-chan ? Ça va ? Tu vas gober une mouche si tu restes comme ça.

- Gin… Ginryû ? dit-il enfin, en tendant une main hésitante vers l'arme, comme s'il osait à peine la toucher de peur qu'elle ne disparaisse à nouveau. Mais je croyais… je croyais qu'on ne pouvait pas reprendre ce qu'on lui avait donné.

- Toi, peut-être pas, mais moi oui, cette arme ne m'a jamais appartenu, elle ne représente rien à mes yeux. C'est pourquoi cette mission ne pouvait être confiée qu'à moi et pas à nous deux, j'étais le seul à pouvoir demander ce prix. Maintenant, ce magnifique sabre m'appartient.

Il soupesa l'arme, la tourna et la retourna entre ses doigts fins, l'examina sous tous les angles, et eut une moue un peu dépitée.

- Mais je ne sais pas trop quoi en faire. J'ai juré de ne plus jamais me servir d'une épée. J'ai une idée ! Je pourrais le mettre en exposition dans ma chambre, qu'en pensez-vous, Tomoyo-hime ?

- Je ne sais pas, soupira la princesse en fixant le sabre d'un air rêveur, ça ne vous correspond pas tellement, Fye-san. Une chambre reflète généralement la personnalité de son propriétaire. Et ce genre d'objet vous ressemble si peu…

- C'est vrai. Mmm, que faire ? se lamenta le magicien d'un air ennuyé. Kuro-chan, je suis vraiment désolé de te demander ça mais, tu ne voudrais pas m'en débarrasser ?

- Je… Je ne veux pas que tu me fasses de cadeau, grogna le brun. Tu sais très bien que j'aime pas ça.

- Mais tu as promis de veiller sur moi.

- Et alors ?

- Si je gardais ce sabre avec moi alors que j'ai juré de ne plus jamais en utiliser, il y aurait de gros risques que je me parjure, n'est-ce pas ? Avoir une telle arme à portée de main et ne pas céder à la tentation de s'en servir, c'est pratiquement impossible, pas vrai ? Alors, comme tu as dit que tu me protègerais de moi-même, il est de ton devoir de m'empêcher de rompre ma promesse. Tu ne crois pas, Kuro-chan ? Tu ne voudrais pas que je manque à ma parole, j'en suis sûr. En plus, si tu gardes Ginryû avec toi, je serai vraiment en sécurité, c'est une arme puissante, non ? Alors tu veux bien ?

Le ninja poussa un énorme soupir et foudroya le mage du regard. Les sorciers et leurs manigances… Fye et Yûko s'étaient un peu trop bien entendus, sur ce coup-là, le complot qu'ils avaient monté était de toute beauté, et il ne leur avait fallu que quelques secondes pour se comprendre. Et en plus, Tomoyo se faisait un malin plaisir d'en rajouter. Comment faisait cet idiot blond pour embobiner tout le monde comme ça ? Mais il ne se ferait pas avoir, lui, oh non, pas question !

D'un autre côté, c'était quand même une situation exceptionnelle, là. On parlait de Ginryû. Son Ginryû. Il aurait dû se sentir furieux d'avoir été manipulé, mais il ne pouvait pas. Retrouver son sabre, c'était une chose qu'il avait très longtemps attendue, mais il avait perdu l'espoir de le revoir un jour. Et voilà qu'il était là, devant lui, à portée de ses doigts.

Il tendit la main et la posa sur le fourreau.

- N'attends pas que je te remercie, le mage, grogna-t-il d'un ton rogue.

- C'est moi qui te remercie, pour tout, répondit doucement le magicien en lui remettant l'épée. Moko-chan ? On peut y aller ?