Vengeance par Hyoga

Disclamer : Les personnages appartiennent tous à Masami Kurumada… (mais il pourrait peut-être leur rendre leur liberté maintenant…).

Résumé : Fic post Hadès. Comme d'habitude, tous les chevaliers, marinas, spectres, guerriers divins et même Seiya ont tous été ramenés à la vie. Comment ? On ne sait toujours pas et on s'en fiche ! La confiance n'est pas un vain mot et quand deux êtres se trouvent enfin mais que leur confiance l'un en l'autre n'est pas à toute épreuve…

Je dédis cette fic à Venda dont les nombreuses histoires très imaginatives m'ont inspiré ce qui suit avec bien entendu son couple fétiche qui est aussi devenu le mien tant elle me l'a fait aimer : Hyoga et Ikki.

Voici donc le deuxième chapitre dans lequel … finalement non je ne vous dis rien pour ne pas vous gâcher la surprise…Juste que les fans de Hyoga, d'Ikki et de Shun ne me jettent pas la pierre.

Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Spécial dédicace à Venda

VENGEANCE

OOo PARTIE 2 : La souffrance des uns fait le malheur des autres oOo

« Pourquoi ne veux tu pas que je vienne avec toi ? » l'interrogeait Milo pour la centième fois.

Patiemment, Camus pris son amant dans ses bras et lui expliqua encore une fois les raisons pour lesquelles il ne voulait pas qu'il l'accompagne.

« J'ai besoin de voir Hyoga seul à seul pour le moment. Tu pourras nous rejoindre plus tard, promis. Et puis, l'Isba est détruite, je vais être obligé de dormir chez l'habitant en attendant et on ne peut pas s'imposer à deux. De plus, tu sais très bien que tu ne supportes pas le froid qui règne là bas à cette période de l'année. » le raisonna t-il tendrement.

Milo prit son air de petit enfant malheureux, espérant faire changer d'avis son Verseau, comme lorsqu'ils étaient gosses et qu'il arrivait à obtenir tout ce qu'il voulait de cette façon. Camus lui sourit amoureusement mais ne céda pas pour autant. Il connaissait Hyoga et il connaissait son Scorpion. Ce serait une très mauvaise idée qu'ils partent ensemble en pleine période hivernale en Sibérie, Milo serait capable de tomber malade, trop habitué à la chaleur qui régnait en Grèce. Quant à Hyoga, il risquait de fuir s'il le voyait débarquer avec le Grec.

« Si Hyoga va aussi mal que je le pense pour avoir agi de la sorte avec Ikki, il s'enfuira s'il nous voit arriver tous les deux, tu comprends ? Il vaut mieux que j'y aille seul pour voir de quoi il retourne. Et puis, ça me laissera le temps de remettre le chalet en état. »

Le Grec l'observa intensément de ses yeux brillants, espérant encore le faire changer d'avis, mais du bien vite se rendre à l'évidence que cette fois son Camus ne céderait pas. Dépité, il acquiesça tout en faisant promettre au Français de le prévenir à la seconde où l'Isba serait de nouveau habitable afin qu'il puisse le rejoindre.

Camus l'embrassa affectueusement sur le bout du nez avant de lui donner sa parole et de le rassurer, il n'y en avait que pour un ou deux mois tout au plus. Loin de l'apaiser, le délai donné par le Gardien de la onzième maison fit paniquer le Scorpion.

« Deux mois !! Mais je ne pourrais jamais me passer de toi pendant tout ce temps !! Camus, tu veux ma mort ?! »

« Voyons Milo, ce n'est pas si long que ça. Et puis tu ne risques pas de t'ennuyer avec les travaux en cours pour la reconstruction du Sanctuaire. » le réprimanda légèrement le Verseau, amusé par le ton dramatique qu'avait pris le Grec.

« C'est tout juste le temps qu'il faut pour refaire son temple à Shaka, tu ne verras même pas le temps passer. » ajouta t'il d'un ton encourageant.

Dépité, Milo abandonna l'idée d'apitoyer Camus et faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il l'enlaça amoureusement avant de plonger son regard triste dans celui de son amant. Doucement, leurs lèvres se rapprochèrent et s'unirent presque délicatement dans un baiser doux et léger. Passant ses doigts dans les longues mèches océanes, Milo intensifia le contact, sa langue partit à la rencontre de sa jumelle, qu'elle trouva sans rencontrer d'obstacles, pour aussitôt entamer un ballet sensuel et érotique, enflammant leurs sens. Camus avait passé ses bras autour du cou du Scorpion et il avait presque inconsciemment collé son corps à celui du Grec, se mouvant avec une sensualité naturelle propre au Verseau et qui affolait toujours Milo.

Ce dernier fit descendre sa main libre le long du dos du Français et se posa fermement sur ses fesses de manière explicite, provoquant un petit hoquet chez le Saint de glace qui ne se détacha pas pour autant du baiser enflammé qu'ils échangeaient, lui signifiant ainsi son assentiment pour la suite de leur étreinte. A la surprise de Milo, Camus abandonna ses lèvres pour glisser lentement et se retrouver à genoux devant lui. Tout en le fixant du regard, il défit la boucle de la ceinture et ouvrit le pantalon du Grec, libérant ainsi sa virilité naissante. Délicatement, le Français déposa un petit baiser sur le bout du membre qui se dressa un peu plus sous l'excitation, puis, sans lâcher le Scorpion des yeux et sans prévenir, il le prit entièrement en bouche, s'appliquant à le caresser de ses lèvres et de sa langue sur toute sa longueur, consciencieusement.

Milo était à l'agonie, hypnotisé par la vue de son Verseau s'activant sur son sexe. C'était assez rare que le Français se montre aussi entreprenant pour qu'il soit ébahi par la vue que lui offrait si peu souvent son amant et  qu'il se laisse faire avec volupté, appréciant la douce moiteur de la bouche si délicieusement douée. La légère rougeur qui teintait les joues de Camus ne l'en faisait paraître que plus beau et excitant, et Milo se retenait de ne pas poser ses mains sur cette tête pour accentuer sa pénétration de cette gorge dans laquelle il se voyait déjà se déverser avec délice.

Sentant sa délivrance proche, le Grec se pencha afin d'attraper le Français par les épaules et le faire remonter. Lui embrassant délicatement les lèvres, le Scorpion glissa ses mains le long du corps du Verseau et fit tomber son pantalon avant de les passer dans le boxer de son amant qui retint un gémissement en sentant des doigts s'enrouler autour de sa virilité, tandis que l'autre main s'insinuait entre ses fesses fermes. Rapidement, Milo se débarrassa du sous vêtement gênant et soulevant son amant, il lui fit passer ses longues jambes de chaque coté de ses propres hanches, l'appuyant contre une colonne du onzième temple. Doucement, le Grec vint alors faire buter son sexe contre l'intimité étroite du Français avant de commencer à faire pression pour le pénétrer.

Camus tenta de se détendre au maximum, anticipant à l'avance la douleur qui ne manquerait pas de se faire sentir. Son amant n'avait pas pris la peine de le préparer avant de le prendre et se sachant très étroit, il savait qu'il allait avoir mal. Mais il n'en voulait pas à Milo, c'était certainement une manière inconsciente de se venger de son abandon. Milo était resté un gosse et même si parfois, Camus aurait voulu qu'il grandisse un peu sur certaines choses, il l'aimait tel qu'il était.

Milo sentit les chairs s'écarter difficilement alors qu'il s'enfonçait dans le corps de son amant. Il savait qu'il lui faisait mal, il le lisait dans ses yeux, mais il savait aussi que le Français aimait de temps en temps la douce brutalité dont il pouvait faire preuve. Jamais il ne l'avait blessé lorsqu'il le prenait exceptionnellement sans le préparer, il avait toujours veillé à ne pas le pénétrer d'un seul coup, s'immisçant en lui petit à petit, lui laissant le temps de s'habituer. Cette manière de le prendre décuplait leurs sensations. Alors que le plaisir remplaçait progressivement la douleur chez Camus, Milo était obligé de prendre sur lui-même pour ne pas être plus bestial malgré le désir qui lui arquait les reins.

Bientôt les traits du Français se détendirent tandis qu'il enfonçait ses ongles dans les épaules du Scorpion, en proie à la montée de la volupté qui se répandait rapidement dans tout son corps. Le Grec, quant à lui, était parcouru de frissons d'extase, son Camus était si serré autour de lui qu'il avait énormément de mal à ne pas accélérer ses coups de reins. Pourtant il resta d'une douceur exemplaire, bougeant dans son amant en de longs mouvements, le portant le plus possible à bras de corps pour ne pas qu'il se blesse le dos contre la colonne de pierre.

Camus perdait totalement pied avec la réalité, son corps entier était secoué de spasmes violents et il tentait désespérément d'accélérer la cadence du Scorpion. Milo ne se lassait pas de l'admirer, surtout lorsqu'il le sentait prêt à jouir, le froid et fier chevalier des Glaces se transformait en amant affamé et torride. Accentuant ses coups de reins, Milo riva son regard brumeux à celui perdu du Verseau et ne le quitta plus tandis qu'il le pénétrait encore et encore plus profondément avant de se libérer dans un dernier mouvement puissant en poussant un long cri rauque de jouissance. Sans se retirer, il se laissa glisser à genoux, maintenant le Français assis sur ses cuisses. Il voulait rester encore un peu en lui, profiter que son Camus lui appartenait. Lentement, ils reprenaient leur respiration, revenaient à la réalité. Soudain, Le Verseau eut un sursaut en se rendant compte qu'ils l'avaient fait dans son temple et rougit en pensant qu'ils auraient pu être surpris, mais bien vite, Milo, devinant ce à quoi pensait son amant, le serra un peu plus dans ses bras.

« J'avais posé une barrière d'énergie, personne ne pouvait pénétrer ici. » le rassura t'il.

Camus sourit. Son Scorpion avait beau avoir des réactions de gosse, il le surprendrait toujours en ayant des agissements réfléchis quand il s'agissait de le protéger lui. Il lui sourit tendrement et l'embrassa chastement avant de se libérer de son amant et de se relever sur ses jambes encore chancelantes. Faire l'amour avec Milo pouvait s'avérer très physique parfois. Il tendit une main au Grec qui la saisit immédiatement pour se retrouver glué au Verseau.

« Milo ! Nous n'avons plus le temps, je vais rater mon avion sinon. » le gronda t-il gentiment.

A regrets, le Scorpion lâcha le Français.

« Je te promets de te faire venir sitôt l'Isba remise en état. En attendant, je veux que tu empêches Ikki de partir à la recherche de Hyoga. Tu veux bien faire ça pour moi ? »

Camus se doutait que le Phénix, après avoir vu Isaak, se rendrait tout de même en Sibérie. Il n'était pas idiot et réaliserait vite que le Russe, n'étant pas au courant pour l'Isba, n'avait pu que se réfugier là-bas. Le Verseau n'avait fait que gagner du temps en l'envoyant au sanctuaire sous marin. Mais il fallait qu'il parle à son ancien disciple avant lui. L'attitude de Hyoga l'inquiétait, ce n'était pas dans ses habitudes de s'enfuir et il se doutait qu'il y avait du y avoir quelque chose de grave.

Ce que Camus ignorait, c'est que Ikki était retourné sur son île d'entraînement, déçu au-delà des mots, torturé de douleur et d'incompréhension.

oOo

« Tu es sur que tu ne veux pas venir avec moi l'accueillir à la gare ? »

Camus reposait une dernière fois la question à Hyoga, souhaitant le faire changer d'avis sans toutefois espérer y arriver.

Cela faisait deux mois qu'il l'avait rejoint en Sibérie. Il n'avait pas été surpris outre mesure de constater que son ancien disciple avait commencé la reconstruction de leur cabane. Non, ce qui l'avait déconcerté pour ne pas dire inquiété, avait été de le trouver souriant et enthousiaste. Yakoff avait été aussi heureux que Hyoga de le revoir et lui avait de suite proposé l'hospitalité. La mère du jeune garçon avait été ravie d'héberger le Seigneur des glaces, comme l'appelaient les habitants du village, et avait aussitôt décrété que son fils lui laisserait sa chambre pour aller partager celle du Russe. Aussi Camus n'avait-il pu avoir de discussion avec ce dernier qu'une bonne semaine après.

Alors qu'ils n'étaient que tous les deux à travailler à la remise en état du chalet ce jour là, le Français, qui n'avait eu de cesse d'observer discrètement son ancien apprenti depuis son arrivée, s'était soudain planté devant lui. Hyoga avait alors levé des yeux surpris sur son maître, mais le sourire qu'il arborait avait immédiatement disparu de son visage. Camus arborait un air sévère, signe qu'il n'était pas dupe de son cinéma et qu'il était plus que temps de lui donner une explication.

C'est alors qu'il avait craqué sous le poids de toute la tension nerveuse accumulée à jouer la comédie en public. Le Cygne s'était effondré dans les bras du Verseau, le corps secoué des sanglots qu'il avait contenus. Camus avait attendu patiemment qu'il se calme un peu, lui caressant tendrement les cheveux d'une main tandis qu'il l'entourait de son bras libre.

Ils étaient restés un long moment, assis dans la neige, Camus serrant Hyoga contre lui, le réconfortant par des gestes doux, comme lorsqu'il était enfant. Lorsque le Russe avait enfin levé son visage baigné de larmes vers le Français, celui-ci avait eu un choc devant la souffrance et le désespoir qu'il avait lu dans son regard. Qu'avait-il bien pu arriver à celui qu'il considérait comme son jeune frère pour le mettre dans cet état ?

« Hyoga ? Tu sais que tu peux te confier à moi... » avait-il commencé, se demandant si finalement ce n'était pas trop tôt pour le Cygne d'en parler.

« Camus…mon maître…j'ai tellement honte ! » lui avait alors murmuré Hyoga avant de se jeter à nouveau dans ses bras et de cacher son visage ravagé par les pleurs contre le torse du Français.

« Allons Hyoga, il n'y rien dont tu puisses avoir honte… quoique tu aies fait… » avait tenté le Verseau, se demandant toutefois ce qui pouvait autant perturber le jeune homme.

Hyoga avait relevé légèrement la tête mais était resté niché au creux de son épaule, reniflant comme un enfant. Camus l'avait serré un peu plus dans ses bras, l'enveloppant de son cosmos, le rassurant. C'est alors que le jeune Russe lui avait tout raconté. Comment il était tombé amoureux du chevalier du Phénix, le début idyllique de leur passion, les sentiments qu'il ressentait pour lui.

Son visage s'était crispé tandis qu'il avouait ce que Ikki l'avait contraint à faire avec le guerrier divin, le changement de comportement du Phénix, comment il s'était enfui et avait trouvé refuge ici. Il ne s'était que peu attardé sur ses propres sentiments mais le Français n'était pas dupe et pouvait ressentir toute la souffrance qui émanait de son disciple.

Camus était resté impassible extérieurement au fur et à mesure que Hyoga décrivait ce qu'il avait subi, mais à l'intérieur c'était l'incompréhension la plus totale. Certes, il aurait du être en colère contre le Japonais mais ce n'était pas ce sentiment qui s'était manifesté le premier. Quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas dans le tempérament d'Ikki d'agir de la sorte. Il avait été tellement estomaqué par les révélations du Cygne qu'il l'en avait presque oublié.

Revenant brusquement à la réalité, il avait passé ses doigts sous le menton du Russe et l'avait forcé à le regarder. Celui-ci avait paru soulagé en constatant de l'affection et un peu de tristesse dans ses yeux. Il ne le jugeait pas. Alors que lui se dégoûtait et se sentait sali, son maître ne le repoussait pas et, plus important que tout, il le considérait toujours. Le Verseau avait alors déposé un baiser sur le front de Hyoga.

« Tu n'as pas à avoir honte de ce qu'il s'est passé Chevalier du Cygne. Ton cœur saigne mais a conservé sa pureté, seul ton corps a réagi à une libido exacerbée par la drogue. Tu n'es pas en faute. Peut-être que tu as confondu désir sexuel et amour avec Ikki. Vous étiez tous les deux inexpérimentés, découvrant des relations physiques autres que des combats, il était normal que vous ayez mal interprété vos sentiments. »

Camus n'avait absolument pas été convaincu par les derniers mots qu'il venait de dire mais il avait senti que cela faisait du bien à son disciple et avait donc décidé de continuer en ce sens.

« Hyoga, pour de jeunes gens innocents, le désir sexuel est souvent associé à l'amour. D'autant plus pour vous qui n'avez pas vécu une adolescence des plus banales et avez souffert d'un manque d'affection. Ne te fais aucun reproche et n'en veux pas à Ikki. Avec le temps, la blessure se refermera, crois moi. »

Hyoga avait essuyé les dernières larmes qui avaient coulé le long de ses joues rougies par le froid. Il s'était serré plus étroitement contre le Verseau avant de se reculer et de déposer un baiser sur la joue blanche en se relevant. Tandis que Camus s'était mis debout à son tour, il n'avait pu s'empêcher de s'inquiéter. Même si Hyoga semblait avoir accepté ses explications, il avait bien senti que son cœur était loin d'être apaisé et que le Cygne tentait désespérément de cacher une souffrance immense.

Et deux mois après, celle-ci n'avait pas disparu, le Verseau le savait, même si le Russe parvenait mieux à l'enfouir au fond de lui. Camus n'avait pu que noter la perte de poids de Hyoga alors que ce dernier mangeait pourtant normalement. Mais il s'épuisait littéralement à l'entraînement, lorsqu'il n'aidait pas le Français à reconstruire le chalet, dormant à peine. Camus avait bien essayé de reparler avec lui, mais à chaque fois, le Russe lui certifiait qu'il allait beaucoup mieux et qu'il lui fallait juste un peu plus de temps pour tout oublier, affichant un masque impénétrable, se repliant inexorablement sur lui-même.

Aussi Camus était-il content que Milo arrive enfin. Il savait que le Cygne et le Scorpion s'appréciaient beaucoup et comptait sur le tempérament enfantin du Grec pour arriver à percer les défenses du Russe et l'amener à se confier. Il partit donc seul récupérer le Grec à la gare, se demandant le long du chemin s'il ne devrait pas tout de même pousser Hyoga dans ses retranchements pour l'amener à réagir.

oOo

La roche devint incandescente avant d'exploser sous son attaque. Depuis des mois qu'il se tuait à l'entraînement, Ikki avait gagné en force et avait même élaboré une nouvelle attaque. Epuisé, le corps trempé de sueur, il se dirigea à pas lents vers la cabane. A peine entré, il retira ses vêtements poisseux de transpiration avant d'aller prendre une douche.

La première chose qu'il avait faite en revenant sur l'île avait été d'aménager un système ingénieux qui lui permettait de récupérer l'eau d'une source chaude à proximité et de pouvoir prendre une douche à côté de la petite maison au lieu de se rendre à ladite source, une centaine de mètres plus loin.

Tandis qu'il laissait le filet d'eau couler sur sa peau bronzée, il pensa encore une fois à Hyoga. Où était-il ? Que faisait-il ? Il avait beau se tuer à l'exercice, il n'avait pas réussi à l'oublier et continuait de l'aimer. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Que s'était-il passé ?

Lentement, il se laissa glisser contre les planches de bois qui délimitaient le petit coin douche qu'il avait fabriqué et se retrouva par terre, les jambes étendues devant lui, ses mains posées négligemment sur ses cuisses. Comme souvent, il se prit à repenser à leur première fois. Ca n'avait certes pas été la plus intense en sensations, chacune des étreintes qui avaient suivi les amenant toujours plus loin dans l'extase, mais ça restait son plus beau souvenir.

La soirée en boite avait été un vrai calvaire pour lui. Il ne reconnaissait pas son jeune frère. Où était passé le doux et timide Shun ? Etait-ce la possession d'Hadès qui l'avait transformé en ce jeune homme excité et allumeur ? Il avait même tenté de draguer Hyoga et Ikki s'était même demandé s'il devait intervenir lorsqu'il les avait vu s'éloigner avant de revenir et que son frère ne reparte à nouveau jeter son dévolu sur une autre proie. De toute évidence, le Cygne avait décidé de ne pas céder à ses avances. Cela avait un peu surpris Ikki qui avait toujours pensé qu'un lien plus fort que l'amitié unissait les deux jeunes hommes mais d'un autre côté, il avait été rassuré.

Voyant son frère se laisser caresser vulgairement au beau milieu de la piste, Ikki avait sauté sur ses pieds pour le ramener sans ménagement sur la banquette qu'ils occupaient tous avant de céder à l'exaspération et de l'assommer d'une pichenette à l'arrière du crâne. A croire que Shun avait vraiment trop bu pour ne pas supporter une petite claque. Culpabilisant presque immédiatement, Shiryu l'avait heureusement rassuré et alors qu'il s'était tourné vers Hyoga, pour s'excuser du comportement bizarre de son frère, il s'était soudain figé.

Le Russe le dévorait littéralement des yeux, semblant même le déshabiller du regard. Il était resté tout aussi immobile quand le jeune homme s'était glué à lui avant de lui rouler le patin du siècle.

Où était le froid et fier Saint des Glaces ? Loin de se débattre, et sortant enfin de sa surprise, Ikki lui avait rendu son baiser, l'approfondissant même, profitant de la subite affection du Cygne pour se rapprocher de lui, comme il en rêvait depuis quelques temps.

Il était conscient que le Russe était quelque peu saoul mais ne pouvait s'empêcher de profiter de cette aubaine. Peut-être cela leur permettrait-il de se rapprocher encore plus… enfin tout du moins de la manière dont lui l'espérait. Voyant Hyoga sur le point de s'endormir, il le prit dans ses bras avant de saluer leurs amis et de partir avec son précieux fardeau sous le regard bienveillant de Shiryu. Il avait ramené le jeune Russe directement dans sa chambre à la fondation et lui avait juste retiré ses chaussures avant de l'allonger sur son lit. N'ayant pu se résoudre à le quitter, il s'était couché à son tour près de lui et l'avait repris dans ses bras, conscient que le réveil du Cygne risquait d'être glacial, au sens propre comme au figuré. Mais il était près à prendre le risque, il avait trop attendu. Et maintenant qu'il était sur que Hyoga ne s'intéressait pas à Shun, plus rien de l'empêchait de tenter sa chance.

Comme il l'avait prévu, Hyoga tenta de s'échapper quand il se réveilla et qu'il se rappela les évènements de la veille, mais à sa grande surprise, il ne s'était pas mis en colère, cherchant juste à masquer la gêne qui s'affichait sur son beau visage. Avec douceur, Ikki l'avait rassuré en le prenant dans ses bras. Il avait été certain d'avoir balayé les craintes du Russe lorsque celui-ci avait posé ses lèvres sur les siennes, de lui-même, en une caresse timide et envoûtante qui s'était très vite transformée en un baiser volcanique. Ils s'étaient rapidement retrouvés excités comme de jeunes jouvenceaux vierges qu'ils étaient et s'étaient assouvis mutuellement, presque sans s'en rendre compte. Le plaisir qu'ils en avaient retiré avait été troublant et délicieusement envoûtant.

Mais la jouissance qu'ils avaient ressentie les avait encore plus laissés sur une sensation de faim, un manque. Ses reins étaient en feu et il était à nouveau en érection. Tandis qu'ils s'embrassaient avec passion, laissant leurs mains s'aventurer à la découverte des points sensibles sur le corps de l'autre, augmentant leur désir et attisant l'incendie qui s'était allumé dans leur bas ventre, Ikki songeait que, bien qu'il sache parfaitement le déroulement plausible de la suite, il reconnaissait son inexpérience totale. Il se décida à faire part de sa peur au jeune Russe, espérant, il ne savait trop comment, que ce dernier pourrait le rassurer. C'est à ce moment que Hyoga étouffa une plainte.

« Hyoga ? Je t'ai fait mal ? »

Le Russe le retint alors qu'il faisait mine de vouloir s'éloigner de lui..

« Non ! … C'est que… j'ai… j'ai encore envie…de plus… »

Ikki l'observa intensément avant de lui dévoiler ses craintes. Apparemment le jeune Russe en avait autant envie que lui, et pourtant …

« Hyoga… j'ai peur de te faire mal. Je n'ai jamais fait ça avec un autre homme avant… »

'ni avec une femme d'ailleurs mais là n'était pas la question !'

« Et bien ce sera une première fois pour tous les deux… » lui avait souri timidement le Cygne.

« Tu es sur… que tu veux le faire … avec moi ? »

Après tout, c'était important une première fois. Tout comme le partenaire avec qui on choisissait de le faire. Et lui était sur de le vouloir avec le Russe. Il voulait le faire sien plus que toute autre chose.

« Oui… Je suis sur… Je veux que ce soit toi… »

A ces mots, chuchotés avec détermination, Ikki se sentit transporté de joie. Il embrassa Hyoga avec une infinie douceur, respectant sa fragilité en le caressant avec tendresse qui bientôt céda la place à la passion. Un brasier immense consumait les deux corps qui se languissaient sous les caresses des deux futurs amants.

Ikki était excité par les gémissements sourds qui sortaient de la gorge de Hyoga tandis qu'il continuait d'honorer la peau légèrement bronzée de ses baisers brûlants. Lorsqu'il prit délicatement le membre du Cygne dans sa bouche, Ikki eut un sentiment de bien-être, il goûtait enfin intimement le jeune Russe. Loin d'être dégoutté, il appréciait la saveur légèrement âpre de Hyoga. Il n'aurait jamais cru qu'il lècherait un jour le sperme d'un autre homme et encore moins qu'il lui ferait une fellation. Pourtant, il se délectait de le faire à son Cygne, s'appliquant à ressentir les émotions qu'il provoquait chez lui. Il s'attarda à le mener à la jouissance pendant de longues minutes et aurait bien aimé le recevoir au fond de sa gorge mais il savait qu'il avait besoin de sa semence pour le préparer. Aussi le fit-il éjaculer dans sa main, se délectant de l'extase qui s'imprimait sur le visage de Hyoga.

Il n'attendit pas qu'il récupère et profita de son moment de béatitude pour lui écarter doucement les cuisses, la pose lascive du Russe était des plus affriolantes et il dut faire un énorme effort sur lui même pour ne pas céder à son envie de le prendre sans attendre.

Hypnotisé par la vue des fesses ouvertes, il avança timidement sa main, souillée par la semence de Hyoga, vers l'entrée serrée et y déposa délicatement le sperme de ce dernier avant d'y entrer un doigt. Il sentit immédiatement le Cygne se contracter et l'entendit pousser un petit gémissement. Craignant plus que tout de le faire souffrir, il attendit un peu que le Russe se détende avant d'introduire un second doigt. Malgré le désir pressant qui lui enflammait les reins, Ikki s'appliqua du mieux qu'il put dans la préparation de son jeune amant. Il s'extasiait intérieurement sur la beauté parfaite du corps qui s'offrait magnifiquement à sa vue, abandonné à son plaisir.

Lorsqu'il jugea le moment opportun, il retira doucement ses doigts et écarta un peu plus les cuisses de Hyoga avant de présenter son sexe devant l'entrée contre laquelle il commença à appuyer pour pénétrer doucement en lui, rentrant d'abord juste le gland. Quand il vit le Cygne se mordre violemment le poing sous l'emprise de la douleur, il s'immobilisa instantanément, attendant qu'il se détende, l'y aidant par de tendres caresses sur l'intérieur des cuisses, avant de finir de le pénétrer en douceur. C'est qu'il était étroit son Cygne et lui-même n'était pas à classer dans la moyenne nationale.

Voir le plaisir se peindre sur le visage de Hyoga, être en lui, le posséder, avait décuplé son propre plaisir à tel point qu'il n'avait pu lui-même retenir ses gémissements de volupté lorsque le Cygne l'avait accompagné dans ses mouvements de hanche. Ikki sut qu'il ne pourrait jamais se retenir quand le Russe commença à le supplier de le prendre plus fort, il intensifia ses coups de reins, s'enfonçant toujours plus profondément dans la chair moite et chaude. Lorsque Hyoga se libéra, provoquant les spasmes de son intimité autour de sa verge durcie au maximum, il ne put se retenir et se répandit dans le corps en sueur de son amant. Déesse qu'il était beau, ainsi abandonné à l'extase la plus totale. Ikki réalisa soudainement que c'était à lui qu'il avait offert sa virginité, sans la moindre hésitation et cette constatation le remplit de fierté. Le Cygne lui appartenait, il était sien, enfin.

Ikki sursauta, trempé de sueur malgré l'eau qui continuait de ruisseler sur sa peau, les yeux hagards. Il mit quelques minutes à revenir à la réalité et à prendre conscience du lieu où il se trouvait. Brusquement, le souvenir de son rêve éveillé s'imposa à son esprit et il ne put retenir un hurlement déchirant de douleur qui se répercuta contre les parois rocheuses avant d'éclater en sanglots.

« Pourquoi ? Pourquoi Hyoga ? » n'arrêtait-il pas de répéter alors que ses larmes ne semblaient pas vouloir se tarir.

oOo

Au manoir, Shun s'inquiétait de plus en plus. Deux mois que Hyoga avait disparu sans donner de nouvelles et son frère n'avait pas donné non plus signe de vie depuis le même laps de temps. Il tenta encore de joindre Shion au téléphone et failli sauter au plafond de joie quand quelqu'un décrocha enfin à l'autre bout du combiné.

« Shion ? C'est bien vous ? » hurla t-il sans s'en rendre compte, manquant de crever le tympan droit du pauvre Pope.

« Shun, ne crie pas ainsi s'il te plait. Oui c'est moi. Que t'arrive t-il ? » lui demanda l'Atlante tout en changeant l'écouteur d'oreille.

« Est-ce que Camus est enfin rentré ? »

Un soupir se fit entendre à l'autre bout de la ligne.

« Non, Camus n'est toujours pas rentré et je t'ai déjà dit qu'il ne rentrerait pas de sitôt. De plus, Milo est parti le rejoindre en Sibérie donc il doit vouloir y rester encore un moment si tu veux mon avis. » lui répondit le Pope qui ne put voir la déception se peindre sur les traits du jeune Andromède.

« Ah. Milo est parti lui aussi. Et aucune nouvelle de Hyoga ou de Ikki ? » tenta t-il, connaissant déjà la réponse.

« Non toujours aucune nouvelle de Hyoga. Je suis désolé, Shun. »

Shion avait appris à connaître le jeune chevalier Divin et se doutait, qu'en cet instant, ce dernier devait être au bord des larmes. Il en fut attristé pour lui mais ne pouvait malheureusement rien faire. Il savait où se trouvait le Cygne mais Camus lui avait expressément demandé de n'en rien dire et il respecterait sa parole. Quant au Phénix, Kanon lui avait appris qu'il avait par hasard localisé son cosmos sur l'île de la Reine Morte mais lui avait conseillé de se taire. Ikki avait besoin de solitude selon lui, et Shion savait qu'il s'était tissé un lien assez puissant pendant la dernière guerre entre les deux chevaliers pour qu'il tienne compte de l'avis du cadet des gémeaux. Aussi l'avait-il écouté et s'était-il tu jusqu'à présent. Mais maintenant…

« Par contre… » commença t-il, se demandant encore si c'était réellement une bonne idée.

« Oui ?... » fit alors la voix de Shun pleine d'espoir.

Il ne pouvait plus reculer. Et puis après tout, il commençait à s'inquiéter pour le Phénix. Il avait ressenti la confusion la plus totale dans le cosmos de l'Oiseau de Feu et il se disait qu'il fallait faire quelque chose.

« Je crois savoir où se trouve ton frère. » continua t-il avant de lui dévoiler que Ikki se trouvait très probablement sur son lieu d'entraînement.

« Oh déesse ! » souffla Shun avant de remercier rapidement le Pope et de raccrocher précipitamment.

Shiryu leva le nez de son livre quand il entendit l'exclamation du Japonais.

« Que se passe t-il ? » s'enquit-il, alarmé par l'expression qu'affichait le jeune homme.

« C'est Ikki… Il est retourné sur l'île. » lui répondit-il avant de s'effondrer en pleurs dans les bras du Dragon.

Le Chinois referma ses bras autour du corps du jeune Japonais, conscient de l'implication des mots qu'il venait de prononcer. Si Ikki était retourné sur le lieu qui l'avait tant fait souffrir, c'est qu'il devait aller très mal. Sans compter l'absence de nouvelles du Cygne… tout cela commençait à l'inquiéter fortement.

Il consola tendrement Andromède en lui caressant doucement les cheveux, attendant que cessent ses sanglots. Il n'était pas indifférent à Shun mais avait pourtant toujours refusé ses avances, lui offrant seulement son amitié. Il ne voulait pas faire partie du tableau de chasse du jeune homme, pas avec les sentiments qu'il nourrissait à son égard. Aussi, son cœur se serrait-il à chaque fois que le frère d'Ikki ramenait un homme différent au manoir, juste pour la nuit, comme s'il était incapable de se fixer. Mais jamais Shiryu n'en avait laissé rien paraître, se contentant seulement d'être présent quand Shun n'allait pas bien, comme maintenant.

« Il ne va pas bien ! J'en étais sur. Je dois y aller, il a besoin de moi ! » s'exclama soudain Andromède en se redressant dans les bras du Dragon, l'air déterminé.

« Je ne suis pas persuadé que ce soit la meilleur décision à prendre… » lui opposa le Chinois.

« Tu sais à quel point ton frère est solitaire et s'il s'est exilé là bas, c'est pour ne pas être dérangé. Il voulait être seul. Il reviendra quand il le décidera… il revient toujours, tu le sais. »

« Mais… Tu ne comprends pas Shiryu ! S'il est retourné sur cette île c'est qu'il va vraiment très mal. Il est même peut-être en train de sombrer sans personne pour le soutenir. Je dois y aller ! C'est mon frère ! » s'obstina Shun en se levant pour se diriger vers l'escalier menant à leurs chambres.

Le Dragon soupira. Rien ne pourrait faire changer Andromède d'avis, il le savait. Se décidant à l'accompagner au cas où, il se leva à son tour pour aller faire son sac. Il s'inquiétait moins pour le Phénix que pour son jeune frère et redoutait la réaction d'Ikki en voyant apparaître Shun.

oOo

Alors que Camus attendait patiemment que le train lui amenant Milo entre en gare, il repensa à ce que lui avait confié Hyoga. Plus il y repensait, plus il se disait qu'il y avait quelque chose qui ne collait pas. Pourquoi Ikki lui avait-il dit ne pas comprendre la fuite soudaine du Russe ? S'il avait agit comme son ancien élève le lui avait avoué, il devait s'en douter. Pourtant le visage du Phénix avait trahi une sincère incompréhension et beaucoup de douleur. Il l'aimait, ça Camus l'aurait juré. De même qu'il n'imaginait pas l'aîné des chevaliers divins agir de la sorte avec l'homme qu'il aimait.

Mais si Hyoga ne lui avait pas menti, et c'était certain, alors il y avait quelque chose qu'il ne s'expliquait pas. Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas le train arriver et sursauta quand le hurlement strident d'un sifflet retentit.

Milo se jeta immédiatement à son cou à peine descendu du train, manquant le déséquilibrer.

« Mon Camus !! Comme tu m'as manqué !! » s'exclama ce dernier en lui couvrant le visage de petits baisers brûlants.

Le Français n'aimait pas les démonstrations d'affection en publique. Pourtant, il se prit à serrer son amant contre lui et à lui rendre sa tendresse.

Si le Scorpion fut surpris par l'attitude complaisante du Verseau, il n'en montra rien ou, tout du moins, ne fit aucune remarque, se contentant d'apprécier ces marques d'attachement trop rares à son goût.

« As-tu fait bon voyage ? » s'enquit Camus en s'éloignant légèrement de son amant pour plonger son regard dans le sien.

« C'était horriblement long et il faisait froid. » commença Milo d'un ton plaintif avant de se jeter de nouveau au cou du Français dans un nouvel élan amoureux.

« Mais je suis content d'être enfin arrivé… Tu m'as tellement manqué ! » termina t-il avant de l'embrasser avidement, faisant fi des autres voyageurs qui leurs jetaient des regards, amusés pour certains, outrés d'une telle démonstration publique pour d'autres.

« A moi aussi tu m'as manqué mon Milo. » souffla Camus quand le Scorpion s'écarta de lui, à bout de souffle.

« Ne tardons pas, rentrons à l'Isba. » reprit-il en prenant soudain conscience de l'attention dont ils faisaient l'objet et rougissant légèrement.

Ils prirent le chemin qu'avait pris Hyoga quelques mois avant, main dans la main, heureux de se retrouver. Au bout de quelques minutes de silence, Milo sembla se souvenir du Russe.

« Comment va Hyoga ? »

« Mmh ? Pas très bien, je dois avouer. Il m'a raconté ce qu'il s'était passé entre Ikki et lui, sans pour autant rentrer dans les détails mais je ne comprends pas… ni l'un ni l'autre ne semblent mentir dans l'expression de leurs sentiments pourtant … »

Camus raconta ce que Hyoga avait bien voulu lui confier, ainsi que sa sensation lorsque le Phénix était venu le voir. Il lui fit aussi part que son instinct lui soufflait que le jeune homme ne lui avait pas tout dit et des soupçons qu'il avait sans pour autant arriver à les déterminer avec exactitude. Milo l'écoutait attentivement, hochant la tête de temps en temps à une remarque judicieuse de son amant. Il ne s'attendait pas à ce que le jeune Bronze aille si mal et ressentit une peine sincère à l'égard de ce dernier. Depuis leur affrontement lors la bataille du Sanctuaire, au cours duquel il lui avait laissé la vie, et tous les évènements qui avaient suivi, une profonde amitié s'était instaurée entre les deux chevaliers. D'entendre, à présent, son amant lui révéler la détresse du jeune Russe lui causait une tristesse sincère.

« Veux tu que j'essaye de lui parler ? Peut-être qu'à moi il confiera ce qu'il avait honte de te raconter. Mais tu as raison, il y a quelque chose qui cloche… quoi je sais pas mais ne t'en fais pas, on va le découvrir. »

Le reste du trajet se fit en silence, tous deux étaient plongés dans leurs pensées, à réfléchir à ce détail qui les perturbait sans parvenir à mettre le doigt dessus. Ikki ou Hyoga mentait forcément. Ou alors le Russe avait exagéré les faits. Il semblait en effet fort étonnant qu'Ikki puisse agir de la sorte, d'autant plus que, selon Camus, ce dernier avait vraiment paru abattu que le Cygne se soit enfui sans rien dire. D'un autre côté, il était impensable que Hyoga puisse simuler une telle souffrance et une telle honte.

Camus et Milo étaient bien déterminés à faire toute la lumière sur cette affaire et aider du mieux qu'ils le pourraient leur jeune ami à remonter la pente. Forts de cette conviction et sans s'être concertés, ils accélérèrent le pas afin de rejoindre la chaleur de l'Isba et y retrouver Hyoga.

oOo

Pendant ce temps, Shun et Shiryu posaient enfin le pied sur la terre aride et volcanique de l'île de la Reine Morte. Le Chinois avait réussi à calmer l'angoisse d'Andromède concernant son frère pendant le voyage mais était forcé de constater que celle-ci était revenue avec plus de puissance dès qu'ils avaient été en vue de l'île. Aussi dut-il retenir le jeune Bronze de courir rejoindre son frère.

« Shun ! Nous ne savons pas dans quelles dispositions se trouve Ikki et connaissant ton frère, je préfère rester prudent. » tenta t-il de le raisonner.

Mais Shun ne l'écoutait que d'une oreille distraite et se dégagea pour se ruer en direction du centre de l'île afin de retrouver son frère. Une sourde appréhension le tenaillait depuis qu'il avait appris où ce dernier avait disparu et il fallait absolument qu'il le voit pour se rassurer.

Il déboula dans la petite maison qu'occupait le Phénix comme une tornade et fut déçu de ne pas l'y trouver avant que l'inquiétude ne reprenne rapidement le dessus. Shiryu suivait à distance raisonnable. Il avait vu le Japonais faire irruption dans la cabane et s'était imperceptiblement raidi dans l'attente de la réaction de l'Oiseau de Feu mais avait été surpris, et un peu soulagé, de voir ressortir Andromède, la mine dépitée et doublement anxieuse.

« IKKIII !! » appela ce dernier en mettant ses mains en porte voix.

Shiryu sursauta avant de se précipiter pour plaquer une main sur la bouche du jeune Bronze.

« Mais ne crie pas comme ça ! Il est peut-être parti s'entraîner… » le gronda t-il sans méchanceté avant qu'une explosion retentissante ne les fasse se figer tous deux.

Ils se dirigèrent aussitôt dans la direction d'où celle-ci semblait provenir, Shun en tête. Arrivés au pied du volcan, ils s'apprêtaient à contourner un monticule rocheux quand soudain, Shiryu écarta violemment Andromède avant que celui-ci ne soit pulvérisé en même temps que la roche qui s'était brusquement mise à crépiter sous leurs yeux avant d'exploser brutalement.

Shun, à terre, regardait sans comprendre le trou béant qui s'étalait à présent à l'emplacement où ils se trouvaient tous deux quelques secondes plus tôt. Levant les yeux, il découvrit Ikki plus loin et, sans considération pour le Dragon qui se relevait difficilement après avoir amorti la chute de son ami, il se rua sur son frère.

« IKKI ! » cria t-il avant de se jeter au cou d'un Phénix figé sous le coup de la surprise.

Shun ne semblait pas avoir remarqué le manque de réaction de son frère et s'agrippait à lui tel un poulpe affectueusement démonstratif. Ikki reprit soudain ses esprits et, passé l'instant de surprise d'avoir découvert ses deux visiteurs totalement inattendus, il tenta de se défaire de la prise tentaculaire de son cadet avant de le tenir à distance raisonnable et de froncer les sourcils.

« Shun ! Mais qu'est ce que tu fous ici ?! » rugit-il plus par principe que par réelle colère envers le jeune homme.

« Nisan ! Ca fait plus de deux mois que tu es parti sans rien me dire et sans donner aucune nouvelle. Je m'inquiétais ! Et quand j'ai su que tu étais ici,… »

« Justement ! Comment as-tu su où j'étais ? » le coupa le Phénix assez abruptement.

« C'est Shion que me l'a dit, mais ça n'a pas d'importance comment je l'ai su. Pourquoi t'es tu enfui comme un voleur ? Ikki, qu'est ce qui se passe ? » se soucia Shun, ignorant le ton de son aîné.

« Ca ne te regarde pas ! J'avais juste besoin de m'isoler quelques temps, ne plus voir personne… » répondit Ikki en guise de justification.

Revoir son frère lui faisait finalement plaisir mais avec lui revenaient aussi les souvenirs qu'il tentait désespérément d'oublier, ainsi que la douleur. Avisant Shiryu qui s'avançait discrètement pour ne pas les déranger dans leurs retrouvailles, il lui tendit volontiers la main pour le saluer.

« Content de te revoir Shiryu…et désolé pour tout à l'heure… » s'excusa t-il avec un signe de tête en direction du trou qu'avait laissé sa nouvelle attaque.

« Ce n'est rien, tu ne nous avais pas vu. Personne n'a été blessé. Mais dis moi, c'est une nouvelle technique que tu as utilisée ? Il ne me semble pas t'avoir déjà vu l'employer. » remarqua le Dragon tout en serrant chaleureusement la main tendue.

« Oui. J'ai eu le temps de m'entraîner et de développer de nouvelles attaques. » acquiesça le Phénix avant de leur proposer de se rendre à la cabane pour se désaltérer.

Alors qu'ils étaient en train de siroter une boisson fraîche, de l'eau en l'occurrence, Shiryu ne put éviter la gaffe quand Shun demanda inconsciemment si son frère avait des nouvelles de Hyoga. Il vit Ikki blêmir et une étincelle de tristesse douloureuse traverser le regard bleu nuit avant que ce dernier ne se reprenne rapidement, affichant son habituelle expression bourrue et ne réponde par la négative. Cependant, Shiryu remarqua que le Phénix avait perdu le peu de conversation qu'il se faisait l'effort de faire avec son frère. Celui-ci s'en aperçu aussi et décida de ne pas laisser les choses en l'état.

« Que s'est-il passé entre vous pour que Hyoga prenne ainsi la fuite ? Enfin Ikki, n'as-tu pas essayé de le retrouver ? As-tu tiré un trait sur lui ? Ne t'inquiètes tu pas de savoir ce qui a bien pu lui arriver depuis plus de deux mois ?! » le harcela Andromède.

« Je crois que je vais vous laisser discuter entre vous… » commença Shiryu en faisant mine de se lever devant le mutisme qu'avait adopté Ikki.

« Non ! Tu peux rester. Il n'y a rien à cacher. En fait, j'ai revu Hyoga… et… j'ai eu les réponses à mes questions. Il n'y a rien d'autre à dire. »

« Comment ça tu as eu les réponses à tes questions ?! Quelles réponses ? Pourquoi s'est-il enfui ? Pourquoi ne voulait-il plus te revoir ? » insista Shun.

« Ca ne te regarde pas Shun ! C'est entre Hyoga et moi ! Cesses de te mêler de nos vies ! » aboya Ikki qui s'était brusquement levé sous l'effet de la colère et le toisait à présent de toute sa hauteur, une lueur dangereuse dansant au fond de ses yeux.

Puis, subitement et sans rien ajouter de plus, il tourna les talons pour disparaître en direction du volcan, laissant Shun et Shiryu pensifs face à une réaction aussi violente.

Ces derniers restèrent silencieux un moment. Shun, encore sous le coup de la brusque colère de son frère, balançait entre son envie de pleurer et toute une multitude de questions qui se bousculaient dans sa tête. Shiryu, inquiet pour Andromède, l'observait attentivement tout en réfléchissant à la situation. Il était étonné que le Phénix ait retrouvé aussi facilement Hyoga et quand bien même, il connaissait l'amour que vouait le Cygne à l'Oiseau de Feu et venait d'avoir la preuve que ce dernier éprouvait toujours des sentiments très forts pour le Russe. Il se demandait donc ce qui avait pu se passer pour qu'ils en arrivent là, à souffrir chacun de leur côté, car nul doute qu'il en était de même pour Hyoga. Son silence des derniers mois en était la preuve. Lui aussi devait être en train de panser ses blessures quelque part.

Ikki s'était réfugié au cœur du volcan. Adossé à une pierre, il subissait la fournaise qui se dégageait de la lave coulant à quelques mètres de lui, nullement incommodé. Il se recroquevilla sur lui-même, les traits déformés par une douleur qu'il avait cru avoir réussi à vaincre mais qui revenait plus vicieuse et plus forte qu'avant. Les larmes qui coulaient sur ses joues s'évaporaient aussitôt. Cela faisait des mois qu'il cherchait à oublier sa dernière rencontre avec Hyoga et celle-ci s'imposait à nouveau à son esprit, lui déchirant le cœur.

« Pourquoi me cherches tu ? »

Ikki sursauta violement au son de la voix.

« Hyoga ?! »

A ce moment, le Russe sortit de sa cachette et apparut devant lui. Son regard était haineux, son ton glacial. Le Japonais fit un pas dans sa direction, trop heureux de l'avoir retrouvé.

« Ne m'approches pas ! »

L'ordre fusa, cinglant. Ikki se figea, interrogeant le Cygne du regard, ne semblant pas comprendre son attitude.

« Hyoga ? C'est moi, Ikki… »

« Je sais qui tu es ! J'ai dit que je ne voulais plus te voir. Pourquoi insistes tu ? N'as-tu pas compris ?! »

« Mais… Hyoga. Qu'est ce qu'il te prend ? Pourquoi t'es tu enfui ? Que t'ai-je fait ? » demanda Ikki d'un ton presque suppliant.

Le blond lui décocha un regard glacial.

« Je me suis suffisamment amusé avec toi, maintenant j'ai envie de passer à autre chose. C'était sympa mais c'est fini ! Et puis tu n'es pas capable d'aimer sincèrement. Ton cœur est mort. » lui cracha t-il au visage.

« Quoi ?! Mais… Que… mais tu m'as dit que tu m'aimais. »

Ikki était tétanisé, il ne comprenait plus. Qu'arrivait-il à Hyoga ? Il n'avait pourtant pas rêvé cette nuit où il lui avait murmuré par deux fois qu'il l'aimait ?! Pourquoi se comportait-il ainsi ? Que s'était-il passé ?

« Et alors ? Ce ne sont que des mots. Tu ne croyais tout de même pas que j'avais pu tomber amoureux de toi ? Ce serait trop risible ! Le Phénix solitaire et dur serait-il en fin de compte encore plus naïf que son frère ?»

« Hyoga, que t'arrive t-il à la fin ?! Tu n'es pas dans ton état normal. S'il y a un problème, on peut en parler. » plaida Ikki qui retrouvait enfin ses esprits et ne comprenait pas l'attitude méprisante qu'arborait le Cygne.

« Je vais très bien ! Mon seul problème c'est toi ! Tu ne me lâches plus, je ne peux plus faire un pas sans que tu sois derrière moi ! Tu ne sais pas aimer. Tu agis comme si j'étais ta chose, ton objet. Ta possessivité m'étouffe. J'ai besoin d'air tu comprends ! Je ne supporte plus ta présence. Voilà pourquoi je suis parti. J'aurais cru que tu comprendrais ! »

« Mais ça n'a aucun sens ! Je ne t'ai jamais considéré comme mon bien, tu as toujours pu faire ce que tu voulais. On était bien ensemble, c'est toi-même qui me le disais. » s'obstinait le Phénix, persuadé qu'il y avait une autre explication à l'attitude du Russe et bien décidé à la découvrir.

Hyoga sembla se calmer. Il s'approcha d'Ikki et planta son regard clair dans le sien.

« Ikki, je ne suis pas fait pour aimer ni pour être aimé, tout comme toi. J'ai apprécié les moments qu'on a passé ensemble mais je ne me sens pas suffisamment attaché à toi, tout comme je ne crois pas que tu puisses réellement t'attacher à quelqu'un, pour continuer en te laissant nourrir de faux espoirs sur nous. Crois moi, il vaut mieux pour nous deux qu'on en reste là. Je suis parti car il n'y avait pas d'autre solution. Nous ne sommes pas faits pour prétendre avoir droit au bonheur. C'était une erreur. » lui déclara t-il d'un ton froid et insensible.

Le Japonais scrutait le regard du Russe à la recherche de la moindre hésitation, une faible lueur qui lui ferait reprendre espoir. Il avait l'impression de tomber dans un puit sans fond, son cœur se serrait à nouveau douloureusement dans sa poitrine. Il caressa la joue du blond qui n'eut aucune réaction, comme si ce geste lui était indifférent. Ikki retira sa main et la laissa retomber.

« Pourquoi ? » souffla t-il en baissant les yeux, ne supportant plus le regard froid et indifférent de son amant.

« Je te l'ai dit. Je ne ressens rien pour toi, hormis de l'amitié et une certaine attirance physique mais je me suis rendu compte que ce n'était pas suffisant. J'ai essayé de m'en convaincre mais j'ai ouvert les yeux et si tu étais honnête avec toi-même, tu reconnaîtrais que j'ai raison. Je ne suis pas Esmeralda, et je ne pourrais jamais la remplacer tout comme toi tu ne pourras jamais remplacer Freiya. Je ne t'aime pas Ikki. »

Ces derniers mots achevèrent de lui briser le cœur. Ikki sentit les larmes monter à ses yeux, il se retourna, ne voulant pas que le Russe le voit dans cet état.

« Il ne fallait pas venir. Tu n'aurais pas du partir à ma recherche. Rentre au manoir demain et ne cherche pas à me revoir. Adieu Ikki. » fit Hyoga avant de faire demi tour et de s'en aller, laissant le Japonais à son chagrin.

Ikki attendit qu'il se fût suffisamment éloigné avant de laisser les larmes envahir son visage. Il rentra chez Isaak, prenant garde de ne croiser personne et s'enferma dans la chambre que le Kraken lui avait désigné avant le repas, enfouissant son visage dans les oreillers et laissant libre cours à sa souffrance. Les paroles du Cygne raisonnaient à ses oreilles comme autant de mots cruels plantant leurs piques empoisonnées dans son cœur. Il se sentait glisser irrémédiablement vers un immense gouffre sombre où ne régnaient que douleur, désespoir et tristesse, mais n'avait plus la force de résister. Il aurait voulu hurler sa peine mais sa gorge était trop endolorie pour émettre un son, tant la boule qui semblait l'obstruer paraissait énorme. A cet instant précis, il regrettait de s'en être sorti après la bataille d'Hadès, il aurait mieux fait de mourir à la place de Seiya et de ne jamais revenir.

Il eut une pensée pour Shun et se morigéna, il n'avait pas le droit d'abandonner son petit frère, même si celui-ci avait bien mûri depuis sa possession par le Maître des Ténèbres. Il finit par sombrer dans un sommeil agité, exténué physiquement mais surtout moralement.

Il avait hésité à tenter de revoir le Russe une dernière fois pour être sur que tout ceci n'était pas un cauchemar mais s'était ravisé, cela n'aurait servi à rien. Il l'avait compris à l'intonation de sa voix. Il était redevenu le Cygne froid et hautain qu'il avait rencontré la première fois et que rien ni personne ne semblait pouvoir atteindre. Il s'était de nouveau retranché derrière ses barrières, emprisonnant son cœur et ses sentiments dans une gangue de glace. Ikki savait qu'il était inutile d'insister dans ce cas, il était inaccessible.

Ikki rouvrit les yeux qu'il avait inconsciemment fermés en se replongeant dans ce terrible souvenir. Ses larmes s'étaient taries, leur source semblait s'être asséchée, tout comme son cœur. Il ne ressentait plus qu'un immense vide, la douleur avait disparue. Il avait l'impression de ne plus avoir de cœur, il ne ressentait aucun sentiment. Ni amour, ni haine, rien. Son cœur était rendu à sa fonction principale, un muscle pulsant pour le maintenir en vie.

oOo

Milo était confortablement installé dans un des fauteuils qui faisaient face à la cheminée, une tasse fumante de chocolat chaud entre les mains. Il profitait du feu qui crépitait pour se réchauffer après sa longue marche dans la neige et le froid mordant de la Sibérie. Comme toujours, à chaque fois qu'il venait rejoindre son amant dans sa retraite glacée, il ne pouvait s'empêcher de pester contre le climat qui lui glaçait le sang et passait de longues heures à se réchauffer au coin de la cheminée tout en abreuvant son Verseau d'un babillage incessant. Pourtant, cette fois-ci, il était silencieux, le regard dans le vague. Le Scorpion réfléchissait.

Lorsqu'ils étaient revenus de la gare avec Camus, Hyoga les attendait devant l'Isba. Un sourire sincère s'était inscrit sur ses lèvres lorsqu'il avait aperçu Milo et il l'avait d'ailleurs chaleureusement accueilli, heureux de revoir son ami, l'homme qui l'avait soutenu lorsque Camus était mort la première fois, tué par ses propres mains. Le jeune Grec, malgré sa douleur, l'avait pris sous son aile et lui avait redonné goût à la vie, éloignant la culpabilité qui rongeait le Russe. Tous deux pleuraient un être cher, l'un un amant, l'autre un maître adoré, et tout naturellement ils s'étaient énormément rapprochés. Le Scorpion avait été touché par le profond désarroi du jeune disciple de l'homme qu'il aimait plus que sa propre vie et, autant par respect pour le sacrifice de Camus que par réelle compassion pour le jeune Bronze, il avait réussi à surmonter sa propre souffrance pour s'occuper de Hyoga. Une profonde et sincère amitié était ainsi née entre les deux hommes, qui ne s'était jamais affaiblie.

Pourtant, bien que prévenu par Camus sur l'état du Cygne, Milo avait été presque choqué de voir son ami amaigri et la joie non dissimulée avec laquelle le Russe l'avait accueilli n'avait pu masquer la tristesse et la douleur qui troublaient son regard si pur. Après une étreinte presque fraternelle, les trois hommes étaient rentrés se mettre au chaud et s'étaient restaurés, parlant des nouvelles du Sanctuaire et des autres chevaliers. Cependant, une sorte de malaise n'avait pas quitté Milo alors qu'il observait Hyoga à la dérobée, se désolant de constater que Camus n'avait pas exagéré le mal-être du jeune Russe.

Son malaise s'était accentué au fur et à mesure que les semaines étaient passées. Personne n'avait abordé le sujet délicat d'Ikki, ni fait allusion à l'état de santé de Hyoga, se contentant de longues ballades dans les plaines gelées, d'entraînements réguliers, de la joie de se retrouver tous les trois réunis. Mais, même si, dans l'intimité de leur chambre, Milo et Camus s'inquiétaient pour le Cygne, ils avaient choisi d'attendre que ce dernier en parle de lui-même … en vain. Et à présent, le Scorpion était là, inhabituellement silencieux, plongé dans ses réflexions. Il était impossible que Hyoga simule une telle détresse, pourtant, à en croire le Verseau, Ikki n'avait pas semblé être en meilleure condition.

Le Français avait joué la carte de la discrétion et attendu que son ancien élève se confie à lui, le Scorpion, lui, décida de mettre les deux pieds dans le plat et, sortant soudain de son état pensif, il se pencha vers le Russe, plongeant son regard d'enfant dans celui cristallin.

« Hyoga, que s'est-il passé entre Ikki et toi ? » lui demanda t-il à brûle pourpoint.

Sursautant à cette question aussi directe et à laquelle il ne s'attendait nullement, Hyoga fut brièvement déstabilisé avant de se reprendre et d'afficher une mine fermée, fixant son vis-à-vis avec froideur.

« Ce qu'il s'est passé entre Ikki et moi ne regarde que moi. Je n'ai pas envie d'en parler … et de toute façon, c'est de l'histoire ancienne à présent. » répondit le Cygne d'un ton qu'il aurait voulu neutre mais dans lequel perçait une immense tristesse.

« Je ne suis pas d'accord ! Il suffit de te regarder pour voir que tu l'aimes encore et que tu en souffres. Je suis ton ami, nous sommes tes amis ! Je comprends que tu ne puisses parler de certaines choses avec ton ancien maître mais tu ne peux pas continuer ainsi ! Regardes toi Hyoga, tu es entrain d'en crever ! Cela fait des semaines que je t'observe et tout ton être hurle ta douleur. Tu peux toujours essayer de te duper toi-même mais je te connais suffisamment pour savoir que tu ne vas pas bien. Quoiqu'il se soit passé entre Ikki et toi, tu dois en parler avec lui ! Vous ne pouvez pas rester comme ça. » lui assena Milo.

Il avait pensé avoir surmonté sa douleur mais la simple évocation du Phénix avait suffit à faire ressurgir toute la souffrance que Hyoga avait enfoui au fond de lui. Il aurait voulu pouvoir se mettre en colère après Milo et lui hurler de se mêler de ses affaires. Il tentait de se maîtriser, sentant les larmes lui monter aux yeux, ne voulant pas offrir un tel spectacle à ses amis, mais il comprit rapidement qu'il n'y arriverait pas et finit par se lever brusquement avant de s'enfuir dans sa chambre.

« Tu y a été un peu fort, tu ne crois pas ? » constata simplement Camus en fixant son amant d'un air impassible.

Milo ne se trompa pas sur le regard du Verseau, il était depuis longtemps habitué à voir plus loin que les apparences avec les deux chevaliers des glaces et savait à présent discerner les émotions qu'ils cherchaient à cacher sous leur masque de froideur et d'insensibilité. Ca lui avait pris beaucoup de temps avec Camus, il en avait d'ailleurs souffert au début de leur relation, allant jusqu'à douter des sentiments de son ami. Mais le fier et froid magicien de l'eau et de la glace n'avait pu cacher le brasier qui couvait en lui lorsqu'ils avaient fait l'amour pour la première fois, dévoilant un être passionné et fougueux, au plus grand soulagement du Scorpion. Sous sa carapace de glaçon, le Français se révélait sensible, plein d'humour, un brin naïf et vulnérable, ce qui avait renforcé l'amour du Grec à son égard et qui avait alors prêté plus d'attention au comportement de son amant. Certes, avec Hyoga, cela s'était avéré plus facile car le jeune Bronze avait plus de mal à cacher ses sentiments, mais malgré tout, il avait fallu cette première nuit d'amour entre eux pour que le Scorpion découvre le véritable Camus, celui qu'il s'était acharné à cacher sous prétexte d'une étique propre aux chevaliers des glaces.

« Il n'y a pourtant pas trente six manières d'agir avec vous ! Je ne vais quand même pas coucher avec ton disciple pour briser la glace… » plaisanta gentiment Milo.

Il était conscient qu'il avait poussé le Cygne dans ses retranchements et qu'il risquait de le voir se renfermer encore plus sur lui-même mais il pensait aussi le connaître suffisamment pour espérer que ça briserait ses défenses et qu'ainsi il se confierait plus facilement.

« Si tu n'y vois pas d'inconvénients, je vais aller voir Hyoga. Je pense qu'il est prêt à déballer ce qu'il a sur le cœur à présent. » ajouta t-il avant de se lever et de venir déposer un baiser tendre sur les lèvres de son amant.

Lorsqu'il entra dans la chambre que partageait autrefois Hyoga avec Isaak, Milo trouva le Russe effondré sur son lit, son corps amaigri mais néanmoins agréablement musclé était parcouru de sanglots qu'il tentait d'étouffer dans les draps. Le Cygne ne s'aperçu de la présence du Scorpion que quand celui-ci s'assit près de lui et qu'il lui posa une main amicale et réconfortante sur le dos. Sursautant violemment, il se redressa et voulut essuyer ses larmes d'un revers de la main mais le Grec l'en empêcha gentiment en le prenant tendrement dans ses bras.

« Pleures tant que tu veux, il n'y a aucune honte à cela. » lui murmura t-il tout en lui caressant affectueusement le dos, le serrant un peu plus contre lui.

Hyoga commença par se raidir avant de se laisser aller contre le torse puissant et rassurant du Scorpion, ne retenant plus ses pleurs, sanglotant comme un enfant tandis que Milo l'encourageait à évacuer toute la tension qu'il avait accumulé depuis des mois. Ils passèrent une bonne partie de la nuit à parler, Hyoga se confia au Grec, lui racontant en détail les étreintes forcées dont il avait été victime avec Ikki et Hagen jusqu'au moment où il s'était enfui de la maison.

« J'étais totalement désorienté, paralysé par l'incompréhension. Je ne voulais pas croire que c'était bien Ikki qui me faisait faire toutes ses choses avec Hagen. Je voulais encore avoir confiance en lui et puis… j'avais tellement honte. Je … mon corps réagissait alors que mon esprit hurlait mon dégoût. Je croyais mourir de plaisir à chaque fois qu'ils me prenaient tous les deux. Je savais qu'ils me droguaient mais je ne pouvais pas réagir, je… mon corps en redemandait. Ils me salissaient, me faisaient faire des choses rabaissantes et dégradantes qui me révulsaient mais c'était plus fort que moi, le plaisir me submergeait et puis… j'aimais Ikki. Mais je ne le reconnaissais plus, ce n'était plus l'homme attentionné et tendre dont j'étais tombé amoureux et j'ai soudain réalisé que, malgré l'amour que je lui portais, je ne pouvais pas supporter ça et je me suis enfui alors qu'ils dormaient. Je suis rentré directement au manoir et après une nuit à pleurer de désespoir et de honte, j'ai fait ma valise et je suis venu me réfugier à l'Isba. Je n'avais nulle part d'autre où aller… Milo, je me sens si sale… » murmura le Cygne avant de s'effondrer à nouveau en sanglots désespérés dans les bras du Scorpion.

Lorsque le Russe finit par s'endormir d'épuisement, des larmes coulaient toujours sur ses joues.

(A suivre…)