2.

Beebop roula silencieusement jusqu'à la plateforme de la passerelle de l'Arcadia, présentant une tasse de thé fumant à Alérian.

- Merci, mon petit ange gardien rouge et blanc ! sourit le jeune homme.

- Alie a raison, approuva Clio qui juste avant avait reçu une bouteille de saké. Tu es notre indispensable protecteur. Tu es aux petits soins ! Merci, Beebop !

Presque rose d'émotion dans ses yeux électroniques dorés, le petit robot quitta la passerelle.

Alérian, par réflexes, souffla et tourna la cuillère dans sa tasse en verre avant de boire une première gorgée prudente de son breuvage bouillant.

- Je devance ta question, Clio, reprit-il. Je retourne au Sanctuaire des Poupées. Mais des coordonnées, je n'en connais que les rares bribes de mes téléportations. J'espère que nous arriverons au bon endroit !

- Je te fais entière confiance, assura la Jurassienne avec un sourire invisible sur sa face dépourvue de bouche.

- Merci, Clio.

- Pourquoi en douter ? fit doucement cette dernière.

- Tu as voué ton amitié à mon père. Moi, je ne suis que son fils. Je comprendrais que…

- Et moi je pensais que depuis toutes ces années, tu savais que j'englobais toute la famille de mon ami dans mon dévouement ! Je suis là, je n'en bougerai pas ! Et quoi qu'il arrive !

- Merci.

Clio tendit la main pour caresser tendrement la joue balafrée du jeune homme.

- Tu vas sauver tes amis Dragons, j'en suis certaine. Et ces horribles Poupées automates ne joueront plus jamais leur manège chantant et presque inoffensif au premier regard… Tu vas, une fois de plus, faire rendre gorge aux méchants !

- Il le faut, soupira Alérian, sans joie. Je n'accepterai jamais que Zunia, Wakrist et Denver…

La voix du jeune homme se brisa alors que des larmes envahissaient ses yeux. Il ne dit plus rien et se contenta de passer la manche de sa veste noire et rubis sur son visage.


Le capitaine intérimaire de l'Arcadia se réveilla, non sans difficultés, quand Toshiro fit office de réveil-matin.

- Quoi, Toshy ?

- Tu as l'Amiral Zéro en ligne.

- Mais, il m'a laissé partir… Bien. Je passe une robe de chambre, et je lui réponds.

Les yeux encore plein de sommeil, Alérian s'assit devant la caméra renvoyant l'image de son hologramme vers l'Amiral de sa Flotte.

- Warius ?

- Désolé de te harceler. Mais je tenais à ce que cela soit quasiment officiel. A ton retour, j'aurai à te remettre la baguette d'Amiral. Je prends ma retraite !

- Warius ! Non, c'est trop tôt !

- C'est trop tard, rectifia Warius Zéro, fatigué dans le regard et toute son attitude. Je n'en peux plus et…

- Warius, tu es un crétin de première ! glapit Alérian. Ce que tu me dis, c'est ce que je ressens, à chaque combat surnaturel, encore et encore… Mais je n'ai pas l'option de baisser les bras. Je suis obligé aux combats… Alors, bureaucrate, arrête de te plaindre dès qu'un événement surnaturel te touche !

- Ce n'est pas…

- Je sais que tu as été victime collatérale, plus d'une fois, répondit Alérian, plus doucement. Mais je ne peux rien arrêter, je ne peux éviter un combat… Et j'ignore ce qui peut arriver ! Mais si je reviens, je n'ai pas encore trop envie de prendre officiellement ta baguette d'Amiral… Je suis commandant de bord !

- Je l'étais, à l'époque. Et les Erguls ont brisé quelque part mes ambitions. Rien n'a tourné comme je le voulais… Et je veux au moins peaufiner ma sortie !

- Je n'en serai pas, Warius. Tu as encore du temps, et tant de bien à faire ! On en reparlera. Là, je cherche le Sanctuaire des Liliths !

- Bonne chance, Alie.

- Merci.

Alérian retourna plonger dans son lit.

« Sous peu, nous serons au Sanctuaire des Poupées, j'ai tellement peur ! »