Chapitre I

Des années passèrent depuis la naissance de notre petite héroïne. Désormais, le jeune enfant avait atteint ses dix-sept ans. Et comme l'avait voulu son père, Natsuki avait grandit en tant que homme en suivant un entrainement très stricte pour le maniement d'arme. Elle apprit tout pour être un riche et digne noble.
La jeune fille abordait une longue et magnifique chevelure noire qu'elle attachait en queue de cheval et possédait des yeux émeraude aussi froid que de la glace. Elle avait un grand corps mince et élancé. Sous ses vêtements masculins, Natsuki dissimulait à l'aide de bandage, sa poitrine grandissante.
Chevauchant son fidèle destrier, Duran, un splendide cheval noir comme la nuit, Natsuki traversait à une vitesse hallucinante le parcours d'obstacle en sautant parfaitement chaque barricade avec souplesse.
« Allez, Duran! Encore un tour et on rentre! » annonça la jeune fille qui envoya une petite tapette à l'animal pour le faire démarrer.

A la fin de sa course, Natsuki rentra son cheval à l'écurie, lui offrant un repos bien mérité. Le garçon manqué tapota affectueusement Duran afin de le remercier avant de quitter les lieux.
« Natsuki! » cria une voix non loin de notre héroïne.
Celle qui était interpellée se retourna nonchalamment et répondit: « Qu'est-ce que tu me veux, Nao? »
La prénommée Nao était une jeune fille de seize ans qui abordait une courte chevelure rouge.
« Ton père demande à te voir... » annonça l'arrivante toute essoufflée, « Et de toute urgence! »
Notre héroïne fronça les sourcils, ce n'était pas qu'elle haïssait son père, mais possédait pas pour autant une bonne relation avec ce dernier. La cause venait-elle de son éducation?
D'un pas ferme, Natsuki se dirigea lentement vers la grande demeure des Kuga, se demandant bien ce que le maître des lieux voulait d'elle.
Nao accompagna son amie, abordant un petit sourire aux lèvres: « Quel genre de connerie as-tu encore fait, hein? »
Notre garçon manqué croisa les bras sans ralentir sa cadence de marche et grogna: « Mais rien justement! Qu'est-ce qu'il me veut le vieux?! »
« Ça sent la super engueulade, ouais! Gare à tes fesses! » ricana l'amie de notre héroïne en se retenant d'éclater de rire. Nao tapota amicalement l'épaule de notre héroïne qui grommela des mots inaudibles.

« Nao!! » hurla une vieille femme sortant de la porte arrière de la cuisine du manoir, « Fais attention à comment tu parles à Natsuki! »
La vieille dame attrapa sa petite fille par l'oreille et la tira vers la cuisine.
« Aïe! Aïe! » cria Nao en se débattant frénétiquement, « Mais mamie! Arrêtes! Natsuki et moi sommes amies d'enfance! »
« N'oublie pas pour autant ton rang! Tu n'est qu'une simple servante alors qu'elle, elle fait partie de la noblesse! » rétorqua la grand-mère qui ne lâchait toujours pas sa prise.
« Mais toi aussi, tu l'appelles par son prénom! » reprit la jeune demoiselle martyrisée, « Et tu te permets de donner des leçons? »
La vieille femme s'apprêtait à donner une bonne correction à sa descendante, mais Natsuki intervint en séparant les deux personnes.
« Doucement, mamie! Ce n'est pas grave, cela me dérange pas. Comme l'a dit Nao, nous nous connaissons depuis toute petite. Tandis que vous, vous me connaissez et êtes occupée de moi depuis ma naissance » expliqua notre garçon manqué pour calmer les tensions.
Se rappelant soudainement ce qu'elle devait faire, Natsuki reprit son chemin pour rencontrer son père.
Regardant la maîtresse des lieux s'éloigner, Nao se détacha de sa grand-mère et frotta furieusement son oreille. Elle allait rétorquer une dernière réplique, mas remarqua le regard soucieux de son ancêtre: « Mamie? »
Nao se rapprocha de son interlocutrice et lui secoua l'épaule: « Hé, mamie! Quelque chose ne va pas? »
La dame âgée revint de ses pensées, regardant sa petite fille avec un regard triste: « Rien de particulier... Je me disais simplement que notre petite Natsuki, si elle s'habillait de façon féminine, serait le portrait exacte de sa mère »
Sur ces paroles, la vieille femme retourna vers les fourneaux, laissant derrière elle Nao qui resta muette. Soudain, elle se retourna avant de franchir la porte: « Ne crois pas que j'ai renoncé de lui faire porter une robe! »

Natsuki pénétra dans le grand salon de l'immense demeure des Kuga. La pièce était vaste et au fond de la salle, il y avait un grande cheminé où le portrait de la mère de notre héroïne la surplombait.
Kotaro, le père de la jeune fille, se tenait assis dans son fauteuil habituel, regardant le tableau de sa défunte femme.
Notre héroïne s'avança tout de même vers celui qui l'avait appelée: « Vous m'avez fait venir, père? »
Sans décrocher les yeux du portrait, monsieur Kuga répondit vaguement: « Comme ta mère me manque... »
Natsuki ne savait que répondre à cela et décida de garder le silence.
Tout en prenant une gorgée de son vin rouge, toujours sans se retourner, Kotaro reprit: « Il y a une belle surprise dans ta chambre. Va voir! »
Notre garçon manqué exécuta l'ordre et se dirigea dans ses quartiers, bien songeuse. Et très rapidement, elle arriva vers destination, devant la porte de sa chambre.

Natsuki resta un instant cloitrée devant l'ouverture, main sur la poignée, se préparant psychologiquement à sa ''surprise''. Tout en prenant son souffle, la jeune fille pénétra dans la pièce.
Elle découvrit avec stupeur un magnifique costume militaire de la garde royale posé sur son lit.
« Il te plait? » interrogea Kotaro en faisant irruption dans la chambre, ce qui surprit notre petit garçon manqué.
Natsuki regarda un instant son père avant de retourner ses yeux sur les fameux vêtements: « Qu'est-ce que cela veut dire? »
« Tu sais très bien ce que cela signifie! » reprit fièrement monsieur Kuga en tapotant l'épaule de sa fille, « Ce n'est pas pour rien que je t'ai éduquée comme un homme »
Notre héroïne serra les poings: « Et c'est pour cela que tu as décidé de détruire ma vie? »
« Détruire? Détruire?! » reprit frénétiquement Kotaro en jetant son verre sur le sol, « De génération en génération, notre famille fait partie de la garde royale! Je t'offre l'honneur d'en faire partie et tu oses me dire que je détruis ta vie?! »
« Et qu'est-ce que ma mère en a décidé à ce sujet?! Enfoiré, je suis sûre que tu ne lui as pas laissée le choix! »
Monsieur Kuga gifla violemment sa fille qui tomba sur le sol, la joue en feu. Avec un regard meurtrier, Natsuki fixa son père qu'elle avait désormais, envie de haïr.
« Natsuki, tu deviendras capitaine de la garde royale! Que tu le veuilles ou non! » cria le père de notre héroïne hors de lui.
Sans demander son reste, notre garçon manqué quitta la pièce en courant.
« Natsuki! Natsuki!! » hurla au loin la voix de son père.

Tous les domestiques de la demeure s'agitèrent aux cris du maître. Nao se retira discrètement de sa tâche, sachant très bien où son amie avait bien pu aller se réfugier. Mais avant de pouvoir franchir la porte, elle se fit interpeler. Et quelle fut donc sa surprise de savoir que c'était son supérieur.
« Oui, Kuga-sama? » répondit docilement la jeune fille.
« Nao, toi qui connait bien ma fille, je te prie de la convaincre de faire partie de la garde royale » demanda poliment Kotaro avec un regard menaçant, « Je sais que toi, elle t'écoutera! »
« Euh... Je... » bégaya Nao qui intérieurement, supportait la réaction de son amie d'enfance, « Ouui, j'y vais de ce pas, Kuga-sama »
« Nao... Il en va de toi ainsi que de ta grand-mère dans cette demeure... » menaça le père de notre héroïne, « Je n'admettrais aucun échec... »
La grand-mère de Nao fut outrée d'entendre ce genre de parole car depuis plusieurs générations les Yuuki servaient les Kuga.
Nao regarda un instant son ancêtre qui lui renvoya à son tour un regard complice, et elle partit à la recherche de la fugitive.

Le temps commençait à se gâter, des petites gouttelettes de pluie tombaient un peu, puis beaucoup du ciel.
Natsuki se trouvait dans l'écurie, assise contre son fidèle animal. Elle réfléchissait, se perdait dans ses pensées et ne savait plus que faire. Depuis toujours, elle s'était pliée sous la tutelle de son père, ayant perdue très jeune sa mère, elle n'avait plus que lui. Jusqu'à maintenant, notre héroïne n'avait éprouvé aucun désaccord au fait d'être élevée comme un homme, de toute façon, elle n'aimait pas porter les robes et jouer à la poupée. Mais de là à se faire passer pour un homme devant toute la société, c'était bien trop pour elle.
Pourtant, la tromperie serait facile étant donné que seuls son père, Nao et la vieille dame savaient qu'elle était une femme.
L'agitation de Duran prévint Natsuki de l'arrivée d'une personne sur les lieux.
« Doucement, Duran... »
« Nao? » déclara notre héroïne qui reconnu de suite la voix de son amie, « Non, ne me dis rien. C'est mon père qui t'envoie, c'est cela? »
Un silence s'installa un petit instant, laissant les deux jeunes filles mal à l'aise. Le mutisme de Nao disait long sur sa réponse, ce qui fit soupirer le garçon manqué.
« Alors? Commence donc ton argumentation, toutefois, je te préviens, cela est déjà perdu d'avance! » annonça Natsuki qui se leva de sa cachette.
« Je n'ai rien à dire, mis à part que mamie et moi sommes de ton côté! »
« De mon côté? » interrogea notre héroïne stupéfaite, « Alors pourquoi est-ce que mon père t'envoie? »

L'orage se faisait entendre petit à petit pendant que Kotaro se tenait assis sur son siège privilégié dans le salon ayant comme seule lumière, les flammes de la cheminée.
Natsuki ouvrit la porte en même temps qu'un coup de tonnerre et s'avança furieusement vers son géniteur.
« Comment peux-tu oser? » grogna la jeune fille en faisant face à son interlocuteur, « Menacer ainsi la famille Yuuki! Tu est vraiment un scélérat! »
« Tout ne dépend que de toi, ma fille... » ajouta Kotaro, sourire aux lèvres.
Notre héroïne resserra le poing, se retenant de frapper celui qu'elle devait respecter.
« Cela est bien dommage que je doive arriver à de telle extrémité... Ta mère... »
« Qu'est-ce que tu veux à ma mère?! » rétorqua Natsuki qui ne supporterait en aucun cas, une insulte sur celle qui lui avait donné la vie.
« Ta mère, jeune insolente, voulait elle aussi que tu fasses partie de la garde royale! » répondit monsieur Kuga en haussant un tant soit peu, la voix, « Elle me l'a dit sur son lit de mort et toi, fille indigne, tu voudrais aller à l'encontre de son souhait? »
Le garçon manqué resta un instant bouche bée, ne sachant plus quoi répondre face à cette annonce. Rapidement, elle tourna le pas et se dirigea dans ses quartiers.
Derrière Natsuki, son père fixa l'image de Saeko, la mère de notre héroïne: « Pardonne-moi, Saeko... Mais elle ne m'a pas laissé le choix... Ta fille fera ce que tous les hommes de ma famille ont toujours fait! »

Dans sa chambre noire, Natsuki regardait le costume dont lequel elle devrait s'accoutumer à toujours porter. Les éclaires foudroyantes faisaient quelques éclats de lumière dans la pièce où l'on pouvait voir briller une petite larme sur la joue de la jeune fille.
« Mère... Si c'est vraiment cela que vous désirez, je me plierais à votre volonté... » déclara la jeune fille en prenant l'habit entre ses mains.
A l'extérieur, la pluie commença à tomber fort, exprimant les sentiments du cœur de Natsuki.