Chapitre 2 : Quirell
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Le lendemain, les regards de Ron et de Hermione furent un choc pour lui. Bien plus que de retrouver la faiblesse de son corps d'enfant. Ses meilleurs amis étaient si innocents, si... gentils.
En les voyant, à onze ans, il peinait à reconnaître les plus puissants combattants de l'Ordre du Phœnix, capables de tuer de sang-froid ou de torturer l'esprit d'un Mangemort pour obtenir des informations. Non, ils n'étaient que des enfants qui avaient grandi heureux avec leurs parents, qui découvraient le monde fabuleux de Poudlard, qui ne connaissaient rien de la guerre, du deuil et de la folie. Des enfants innocents qui lui semblaient si loin des deux sorciers qu'il venait de quitter...
La première journée de cours lui sembla être un rêve. Ce genre de rêve désagréable, pas très loin du cauchemar, où tout le monde semble heureux à part lui, où il est le seul conscient que quelque chose ne va pas... Bien sûr, ce n'était pas un rêve, mais la plupart des gens qu'il croisa ignoraient bel et bien la profondeur de ce qui n'allait pas. Il aurait aimé prendre le temps de s'habituer à cette ambiance et au rôle qu'il était censé tenir ici, mais il ne le pouvait pas.
« Sois efficace et discret, » avait dit Hermione.
Même à son âge, la discrétion n'était pas son fort, et jouer des rôles encore moins. Sa couverture risquait de tomber d'un jour à l'autre, il fallait donc qu'il agisse au plus vite pour régler le plus urgent.
Et le plus urgent, c'était Quirrell, ou plutôt ce qui le possédait.
C'est pourquoi il était sorti de la salle commune une fois la journée finie et, couvert de sa cape d'invisibilité, s'était rendu au bureau des professeurs de Défense contre les forces du Mal. Il s'était alors découvert, rangeant la cape dans son sac, et avait frappé trois coups à la porte en bois.
- M-m-monsieur Po-Potter ? s'étonna le professeur en lui ouvrant la porte de ses appartements, une fois la nuit tombée.
Harry lui sourit comme il put et lui répondit :
- Bonjour professeur, je peux entrer ?
Il avait modulé sa voix pour qu'elle fasse moins froide que d'habitude, mais ses yeux durent le trahir car la posture de l'homme se fit légèrement méfiante.
- Le c-c-couvre-feu est tomb-bé. V-v-vous devriez être dans v-votre dor-dortoir.
Harry, abandonnant la technique douce, avança d'un pas et le professeur recula d'autant, laissant la place à Harry d'entrer dans les appartements privés de Quirrell.
- P-P-Potter ?
D'un geste vif, Harry saisit le bras de l'homme à travers sa manche, l'empêchant de saisir sa baguette.
- Vous n'aurez pas besoin de ça.
Puis il lui lança un Stupefix si puissant qu'il éjecta le professeur à l'intérieur du petit salon tout en saisissant son arme au passage. Il referma la porte des appartements qu'il verrouilla et, en quelques mouvements de baguette, il isola la chambre du reste du château. Personne, pas même le directeur, ne saurait ce qu'il s'y passerait avant qu'il n'enlève le sort.
Il lança ensuite le sortilège d'immobilisation le plus puissant qu'il maîtrisait sur le professeur avant de s'avancer vers lui, passant dans son dos pour lui arracher brutalement le turban, laissant apparaître le visage tant redouté qui avait hanté ses nuits d'enfant pendant des années.
- Potter...
Avec le temps, Harry avait cru que sa peur d'enfant avait modifié le visage du mage noir pour le rendre plus effrayant qu'il l'avait été pour de vrai, mais il avait tort. La peau étirée et le crâne déformé qui représentait ce qu'était Voldemort le terrifiait toujours autant que lorsqu'il avait onze ans... Mais il le dissimula bien mieux que ce qu'il était capable de faire à l'époque, se forçant à conserver un visage calme et empêchant sa main armée de trembler.
- Bonsoir, Jedusor.
Les yeux rouges brillèrent sous les fines paupières. Il semblait furieux mais répondit d'une voix parfaitement calme, comme si ça ne l'atteignait pas :
- Ainsi, tu me connais.
Harry ne répondit pas et mit fin à l'ébauche de discussion en plaquant sa main libre contre le visage maudit qui se mit aussitôt à brûler. Le hurlement strident qui retentit ne lui fit ni chaud ni froid. Il eut à peine une légère satisfaction d'entendre le mage noir plutôt que Quirell, cette fois.
Un instant, il eut l'arrogant espoir que ce serait facile, que grâce à son expérience acquise durant toutes ces années, grâce à ses connaissances, il allait détruire cette partie de l'âme de Voldemort dès son premier jour...
Il avait tort, bien sûr, et s'il avait été plus prudent, il aurait certainement réussi à éviter le sort que Voldemort lui envoya sans baguette, l'arrachant violemment du sol. Harry s'écrasa quelques mètres plus loin mais il n'avait pas lâché sa baguette, il put donc parfaitement envoyer un Protego quand une seconde vague de magie lui fonça dessus.
Heureusement, le professeur était toujours immobilisé et privé de baguette. La précision des attaques de Voldemort était donc amoindrie, mais la puissance, elle, n'était en rien diminuée et Harry peinait à la contrer. Les meubles et les livres explosaient ou s'écrasaient partout autour de lui et son bouclier frémissait, menaçant de disparaître à tout moment. Au bout de longues secondes, Harry parvint à passer les défenses du mage noir et son Stupefix l'immobilisa magiquement, ce qu'il aurait certainement dû faire depuis le début.
Assez joué, se dit-il en se redressant. Il ne voulait pas en arriver à là, mais c'était nécessaire alors tant pis. Il pointa alors sa baguette sur l'homme et prononça :
- Avada Ked...
Mais il ne put finir son sort, une aura étouffante de magie noire lui coupa le souffle. En l'espace de quelques secondes, il vit l'âme de Voldemort s'arracher du crâne de Quirrell, comme un visage de fumée, et il ne put rien faire pour l'empêcher de fuir.
L'instant d'après, l'âme était déjà hors de sa portée.
- Merde !
Énervé par sa bêtise, il donna un violent coup de pied dans un fauteuil renversé près de lui avant de se prendre la tête entre les mains. Il n'avait rien pu faire d'autre que de regarder l'âme s'en aller ; il ne connaissait aucun sort pour la retenir.
Il avait déjà échoué son premier combat, à peine arrivé ici...
Quirell grogna de douleur, attirant son attention, et Harry se rappela que c'était l'abandon de la possession de Voldemort qui l'avait tué autrefois. Les possessions affaiblissaient toujours les hôtes, mais la séparation était pire. Il se rappelait encore sa brève mais douloureuse possession, en cinquième année... Ce n'était pas son meilleur souvenir, loin de là.
Il hésita un instant en regardant le professeur puis jura en défaisant les sorts d'immobilisation. Le professeur s'écroula dans les bras du Gryffondor qui l'allongea sur le côté avant de lancer un sort de diagnostic sur lui. Quirell perdait sa magie à une vitesse dangereuse et les brûlures sur son crâne devaient être rapidement soignées, sinon elles seraient permanentes, voire mortelles.
C'était Hermione qui les soignait, d'habitude, mais Harry avait tout de même les bases. Il guérit donc sommairement les tissus internes avant de restructurer la peau comme il put. Il restait encore des parties gravement endommagées mais l'os du crâne n'avait pas été trop atteint, sa vie n'était donc plus en danger.
- P-pourquoi... ?
C'était une bonne question, mais ce n'était pas la première fois qu'il épargnait des vies Mangemorts. Les esprits corrompus par l'égoïsme ou la cruauté ne pouvaient pas comprendre qu'il répugne à tuer, même pour se venger. Ne saisissant pas pourquoi quelqu'un les laissait en vie après l'avoir blessé ou menacé, cette question torturait les Mangemorts plus qu'un Doloris. Et tant qu'à leur répondre quelque chose, autant que cela soit utile : depuis Pettigrow, il savait quoi répondre à cette interrogation :
- Tu as une dette de vie envers moi, Quirell. Si tu retournes vers ton maître ou si tu t'opposes à nouveau à moi, tu ne t'en sortiras pas.
L'homme ne répondit pas et Harry l'installa en position assise.
- Trouvez-vous une bonne excuse quand vous irez voir Pomfresh. Et bien sûr, pas un mot sur ce qui s'est véritablement passé aujourd'hui, professeur.
Il était instinctivement repassé au vouvoiement, signifiant que, jusqu'à nouvel ordre, l'incident était clos.
Harry se releva ensuite, effaça les traces du combat d'un sort puis sortit des appartements professoraux en enfilant sa cape d'invisibilité.
Cela faisait quatre ans qu'il n'était pas revenu au château, mais ses jambes n'avaient oublié aucun passage secret et ses oreilles repéraient encore mieux qu'avant l'écho des pas de Rusard ou des préfets. C'est donc sans rencontrer le moindre souci qu'il arriva à la tour de Gryffondor.
La salle commune n'était pas vide, mais personne ne prêta attention au portrait de la Grosse Dame s'ouvrant seul. Il monta donc jusqu'à son dortoir d'un pas tranquille.
Il y avait un mot de moins sur sa liste.
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