Dormir à côté de lui. Lui écrire une chanson, chanter avec lui. Écrire des messages secrets sur la peau de son dos. Jouer l'infirmière quand il se sent malade. Connaître le pire moment de sa vie, et le plus beau. Lui raconter mon cauchemar à quatre heures du matin. Regarder ses photos d'enfance. Le voir rire aux éclats. Rire avec lui.

Chapitre 2

On ne choisit pas de qui on tombe amoureux

Son odeur.

Un étonnant mélange de fruité et de boisé, unique et obsédant.

Cesser de humer avant de passer pour une débile grave. Mais Merlin, c'était plus fort qu'elle.

James lança un regard à Marisa. Elle avait l'air un brin troublée. Ils étaient enfermés dans les cachots depuis une heure et demi et la jeune fille avait à peine parlé – il est vrai que leur tâche était infâme et ne donnait pas envie de se lancer dans les dithyrambes littéraires comme ce matin : Slughorn les faisait changer de contenants tous ses cadavres de bestioles utiles aux potions, et nettoyer les contenants souillés par-dessus le marché, le tout sans magie évidemment. Marisa avait relevé ses cheveux en un chignon désordonné et sa frange lui tombait sur les yeux lorsqu'elle se penchait sur son ouvrage, elle en repoussait parfois les mèches en soufflant rageusement dessus ; les mains gantées de caoutchouc jaune plongées dans des bocaux, elle en ressortait des créatures gluantes et immondes, mortes surtout, et les manipulait d'un air entièrement dégoûté. Elle s'arrêtait souvent et n'était pas très efficace en vérité, à ce rythme-là, ils en auraient pour la nuit.

- Bon, j'imagine que tu t'amuses fort, mais moi j'ai d'autres plans pour la soirée, alors il va falloir t'activer petite fille!

- Parce que tu crois aussi que je n'ai que ça à faire!

-On dirait bien, à la lenteur avec laquelle tu effectues le travail.

-Et si tu m'aidais au lieu de m'insulter?

-Je ne t'insulte pas, je ne te trouve pas très douée, c'est tout.

- Eh bien aller, monsieur le jeune premier, montre-moi tes sublimes compétences avec les cadavres de mollusques!

Un sourire moqueur planté sur le visage, James s'empara de ce qui ressemblait à une mini pieuvre dotée d'une vingtaine d'yeux, qui se décolla de son bocal dans un bruit de succion répugnant, et avant même que Marisa ait pu anticiper son geste, il la lui lança sur l'épaule.

Marisa hoqueta d'horreur et d'indignation ; et il riait aux éclats cet imbécile, elle allait lui faire goûter de sa propre médecine.

Elle saisit la créature la plus gluante qu'elle avait sur son bureau et l'envoya s'aplatir sur la joue de James.


oooo

Lily frissonna il faisait plutôt froid dans ces cachots et seules ses bottes qui claquaient contre les dalles brisaient le silence pesant qui y régnait.

Severus n'était pas encore arrivé à leur rendez-vous, elle voyait au loin qu'il n'était pas à leur point de rencontre ; elle ralentit la cadence.

Elle espérait que la soirée avec son meilleur ami lui changerait les idées. Potter l'avait tourmentée toute la journée ; elle se l'expliquait mal et son orgueil en souffrait. Ce petit crétin populaire ne l'intéressait pas et elle était lasse de penser à lui. Elle s'imaginait au bras d'un homme, un vrai ; un dur à cuire sombre et mystérieux, un brun ténébreux, pas un petit binoclard de quatorze ans qui se donnait de l'importance.

Des éclats de voix la tirèrent de ses pensées, curieuse, elle s'approcha de la porte derrière laquelle venait le bruit et regarda par la lucarne.

Aberration! Potter et cette Marisa Brown, encore!

La pièce était dans un état lamentable. Des mollusques immondes collaient sur les murs, au milieu de coulisses d'un liquide foncé douteux, des tables et des chaises étaient renversées et il y avait du verre brisé sur le bureau ; dans ce chaos, Brown et Potter pliés de rire. Brown avait du mal à respirer tant elle riait. Potter réussit à reprendre son sérieux et dégagea délicatement une créature collée aux cheveux de sa compagne, cela les fit replonger dans des affres d'hilarité dont ils ne ressortiraient jamais si Lily n'allait pas à leur rescousse, là, maintenant. Furieuse, elle ouvrit la porte d'un coup de pied féroce. Les deux imbéciles se raidirent immédiatement.

Il y eut un silence saturé de malaise, durant lequel Lily les toisa d'un air dédaigneux.

-Pitoyables idiots, cracha-t-elle. Ce n'était pas assez de nous faire perdre trente points pour vos conneries, voilà que vous en rajoutez.

James et Marisa baissèrent les yeux. Ébouriffés, rouges et penauds, ils avaient l'air de deux gamins en train de se faire gronder par une maman furibonde.

-Vous allez me nettoyer tout ça immédiatement et en silence, sans quoi je vous dénonce au professeur Slughorn sans plus tarder!

- Si tu nous dénonces, c'est Gryffondor qui perdra encore des points, fit doucement remarquer Marisa.

Les yeux de Lily brûlèrent de rage.

-Tu oses en rajouter, misérable petite conne!

- Oh là, du calme ma tigresse, intervint James. Tes désirs sont des ordres, tu le sais bien. Calme-toi un peu et on va ramasser tout ce désordre, OK?

-Quoi? s'indigna Marisa. Pour moi ce ne sont pas des ordres du tout! Non mais pour qui tu te prends, tu es gonflée de venir nous insulter et nous dire quoi faire!

-Tu te tais!

-Et toi, tu dégages!

Les deux filles brandirent leurs baguettes en même temps.

-Chouette, un duel de poules! fit James, ravi.

Severus Rogue arriva sur ces entrefaites.

-Lily?

La rouquine rougit instantanément. Elle voyait soudain la situation des yeux de son meilleur ami et eut conscience du ridicule de la chose ; provoquer en duel une collègue de classe de qui elle venait de perturber la retenue et devant James Potter en plus, comme si elle avait voulu lui prouver quelque chose.

-Viens, on s'en va, j'ai assez perdu de temps ici! dit Lily pour toute explication.

Elle prit fermement le bras de Severus et se détourna du visage honni – la vue seule de cette fille lui donnait des envies de violence.

Severus obtempéra, après avoir jeté un dernier regard interrogatif derrière son épaule. Lorsque les échos de leurs grosses bottes se furent atténués, Marisa abaissa sa baguette, et eut un regard découragé vers James.

Ils éclatèrent de rire à nouveau.

Le nettoyage de la classe et des bocaux prit fin vers les vingt-trois heures trente. Ils étaient vannés, mais malgré tout, James jubilait. Lily était jalouse comme une teigne, il adorait ça. Et tout s'était fait sans effort en plus; il avait passé du bon temps finalement, cette Marisa était une chouette fille.

- Je suppose que tu es fatiguée après tout ça, mais si tu veux être récompensée de tes efforts, il y a une soirée organisée à Pré-au-lard par le grand frère d'un copain… Tu pourrais venir avec tes amies.

Marisa sentit son cœur bondir, elle mourrait d'envie d'y aller mais…

-Je ne peux pas, répondit-elle.

-Oh…Dommage. C'est Sirius qui va être déçu, il avait très envie de rencontrer ton amie, la grande brunette…

-Ashley? C'est drôle ça, elle m'a parlé de Sirius aussi tout à l'heure!

-Ah, tu vois! Ce serait triste de les en priver.

-Il y aura bien une autre occasion…

Ils étaient arrivés devant le tableau de la Grande Dame derrière lequel on entendait une lointaine musique.

La fête de graduation des septième année.

Sly.

-Bon alors je te laisse ici, dit James. Je vais emprunter un passage secret au quatrième étage. Si tu changes d'avis tu n'as qu'à m'appeler.

Il sortit sa baguette et fit un léger moulinet, ponctué d'un signe de croix. Marisa croisa sa baguette sur la sienne : numéro enregistré.

Elle prit discrètement une dernière bouffée de son parfum délicieux et le regarda s'éloigner à regret ; bon d'accord, elle était peut-être un peu en train de fantasmer sur James Potter, mais bon, un fantasme ce n'était pas une infidélité, non?


oooo

La soirée des septième année était affreuse. La moitié des effectifs était déjà tombée au combat, dans un coma éthylique ou un état pathétique avancé. Lawrence McCoy présidait le tout, assis sur un siège surélevé comme sur un trône, parlant plus fort que les autres et constamment en train de se vanter.

Sly était déjà trop saoul lorsque Marisa était arrivée, pour le moment il discutait avec McCoy : excellent moment pour s'en tenir loin.

- Je suis TOTALEMENT jaloux! s'exclama Glabius lorsque Marisa eut terminé son récit détaillé de la retenue avec James. Ce mec est tellement sexy!

- Pas mal, fit Marisa en haussant les épaules. Mais qu'est-ce qu'il sent bon!

-Oh arrêêête!

Ashley s'esclaffa. Seule Faith ne trouvait pas l'histoire amusante ; selon elle, le statut de fille en couple interdisait sans hésiter le droit d'apprécier l'odeur d'un autre.

-L'odeur, c'est si personnel à chacun! se défendit-elle. Tu ne PEUX PAS laisser une odeur te monter à la tête comme ça, c'est trop intime.

-Oh là là, soupira Glabius, qu'est-ce que tu diras quand Marisa va s'envoyer joyeusement en l'air avec lui?

Faith lui fit de gros yeux, outrée.

-Tu es dégoûtant!

-Et toi tu es trop coincée jeune fille, tiens, prends un peu de whisky.

-Sans façon.

Ashley lui prit le verre des mains et l'enfila cul-sec.

-Cette soirée est mortellement ennuyeuse, dit-elle en rejetant ses longs cheveux derrière elle. Moi qui croyais me découvrir un valeureux septième année, comme Marisa! Bon sang ils sont tous saouls et sans énergie!

-Le mien en fait partie, grogna Marisa. Regarde l'état de Sly…

Sly venait de sombrer; étendu par terre, la tête appuyée sur les pieds de McCoy comme un vulgaire chien-chien, il dormait dur. Marisa grimaça, elle en eut honte.

-On dirait que ce n'est pas cette année que je vais découvrir les plaisirs de la chair, dit mollement Ashley.

-Chérie, tu sais que je serai toujours là pour toi, dit Glabius en l'entourant de ses bras.

Ils pouffèrent, sachant très bien que Glabius s'enverrait probablement Dumbledore avant de toucher une fille nue du bout des doigts.

-Le sexe avant le mariage, c'est profondément vulgaire de toute façon, renchérit Faith.

-Épargne-nous tes dithyrambes à la Vierge Marie je te prie! grimaça Ashley.

-Vous savez quoi? dit Marisa. J'en ai marre d'être ici, elle est à chier leur soirée.

-Qu'est-ce que tu proposes? interrogea Ashley.

-De t'emmener passer la soirée avec Sirius Black.

Il n'y eut qu'une seconde de battement.

-Go!

-Oh! Moi aussi je viens! s'écria joyeusement Glabius.

-Je ne sais pas, dit Faith en faisant la moue. Une débauche clandestine, à cette heure…

-T'as pas le choix, l'interrompit Glabius.

Il la souleva la passa par-dessus son épaule, la tenant par les pieds. Marisa cala son verre de whisky et sourit.

-Pré-au-lard, nous voici!