Amélia – 3 août 1993
Amélia plissa davantage les yeux alors qu'elle rapprochait le document au plus près de son visage. Les lettres du texte se distinguaient un peu plus que précédemment mais malheureusement pas encore assez pour qu'elle puisse lire son contenu. Elle lança une œillade méprisante vers un de ses tiroirs, puis de nouveau sur les liasses de papiers… D'un soupir vaincu, elle ouvrit le compartiment de son bureau pour en sortir son monocle. Elle put enfin parcourir le dossier avec plus de facilité.
« Bientôt, tu auras besoin d'une loupe, tu sais ! lança Rufus, goguenard, qui était encore une fois rentré dans son bureau sans frapper. Le mieux serait des lunettes, cela dit.
- Hors de question.
- Monocle, binocle… Quelle différence pourvu que tu y voies clair ?
Pourquoi, par Merlin et toute la clique d'enchanteurs légendaires, revenait-on toujours sur ce sujet ? Il avait toujours fait une fixation à ce propos, du moins depuis leur scolarité à Poudlard. C'était à ce moment là où il avait dû repérer ses quelques défaillances visuelles, songea-t-elle. Betty et elle passaient tout leur temps à la bibliothèque à cette époque, l'une pour s'abreuver d'histoires d'amour à travers une multitude de romans à l'eau de rose tandis que l'autre étudiait. Rufus les y accompagnait, mais pour être honnête : il se contentait de lambiner comme un Veracrasse ou bien de se balancer sur sa chaise jusqu'à finir par rencontrer le sol.
- Et si tu te mêlais un peu de ton chaudron, Rufus ? demanda-t-elle agacée avant d'arborer un sourire mesquin. De ce que j'en sais, Ramiel te rabat le chapeau pour que tu te procures une canne...
- Rien à voir, strictement rien à voir, nia-t-il avec rogne. Je m'en sors très bien sans, contrairement à toi.
Piquée au vif, elle fronça les sourcils avant d'émettre en une sorte de grognement frustré :
- Espèce de vieillard impotent…
- Parles pour toi, l'aveugle !
Ils se jaugèrent du regard, durant plusieurs minutes, avant d'éclater de rire à l'unisson tandis que Rufus s'exclamait :
- J'ai faim, allons déjeuner ! »
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Ils parcourraient les couloirs d'un pas rapide en direction du cabinet du Ministre dans lequel ils étaient attendus de toute urgence, selon la note de service qu'ils avaient reçu. Lorsqu'ils parvinrent au bureau ministériel, ils trouvèrent Cornélius Fudge en pleine confusion. Il avait la mine aussi pâle que s'il avait vu le Sinistros. Le front en sueur, il s'agitait frénétiquement en faisant les cent pas entre sa chaise et sa fenêtre.
« Rufus, Amélia, vous voilà enfin ! J'ai cru attendre jusqu'à la Saint Merlin ! C'est terrible ! Je viens juste de l'apprendre ! s'exclama-t-il paniqué.
- Apprendre quoi, Cornélius ? demanda l'Auror.
Il y eut un moment de silence, comme s'il cherchait ses mots. Mots qui ne lui convenaient apparemment pas puisqu'en secouant la tête en guise d'abandon, il lâcha :
- Sirius Black s'est échappé d'Azkaban.
- Impossible ! s'exlama Rufus. Personne ne réchappe d'Azkaban !
Amélia demeura silencieuse tandis que son esprit s'affairait. Quand bien même quelqu'un aurait-il pu franchir le mur de l'enceinte, il aurait fallu nager jusqu'au continent. Elle connaissait les conditions de vie dans cette prison, et ce n'était certainement pas avec la manière dont les prisonniers y étaient nourris qu'ils pouvaient engranger assez d'énergie pour y parvenir. Un être humain normalement constitué rencontrerait déjà de grandes difficultés à lutter contre les vents et les flots, sans parler de l'eau glaciale… Alors quelqu'un avec une condition physique affaiblie, affamé, sans doute malade, épuisé psychiquement par la présence si ce n'était les assauts des Détraqueurs… Impossible.
- A quel moment cela se serait-il produit ? questionna Rufus. A-t-on bien vérifié toutes les cellules ? Il y aurait pu y avoir méprise après la sortie des prisonniers ? De ce que j'en sais, les frères Lestrange sont une fois parvenus à creuser une galerie pour relier leurs geôles…
- Qu'allons-nous faire, par Merlin, qu'allons-nous faire ? déplora Fudge.
Le malaise du Ministre grandissait au fur et à mesure que le temps passait. Rufus lui jeta une œillade à laquelle elle répondit en fermant les yeux… Ils s'étaient bien compris : un philtre de Paix ou une toute autre potion calmante n'aurait pas été de trop dans cette situation. Faute de mieux, Rufus alla fouiner dans le minibar pour servir un verre d'Hydromel à Fudge, tandis qu'elle expliquait :
- Il faut envoyer des Aurors pour le retrouver et pour enquêter, Cornélius. Autant d'années d'enfermement, surtout dans de telles conditions, laissent des séquelles.
- Vu les crimes commis, il y avait déjà un terrain, Amélia, commenta son ami en revenant avec le spiritueux.
- Je n'engagerai pas une nouvelle fois ce débat, Rufus, le coupa-t-elle avec sévérité. Ni ici, ni maintenant. Et certainement pas alors qu'il est prioritaire de prendre des mesures. Il est impératif de déterminer la manière dont l'évasion s'est produite pour empêcher à tout autre prisonnier de suivre son exemple.
Cornélius Fudge fit mine de réfléchir, mais les tremblements frénétiques de ses mains traduisaient son mal-être et son égarement. Il faisait les cent pas, toujours, se murmurant à lui-même des choses absolument inintelligibles, bien qu'elle discerna clairement le terme '' presse '' parmi ses marmonnements. Rufus lui donna le verre d'alcool qu'il avala cul-sec. Ensuite, il y eu un moment de battement au bout duquel il finit par décréter :
- Nous devons agir discrètement pour ne pas ébruiter l'affaire.
A cette déclaration, elle eut un mouvement de recul. Avait-elle bien entendu ? Instinctivement, elle porta sa main à la médaille qu'elle portait autour de son cou, et commença à la triturer comme à chaque fois qu'une affaire d'état prenait une tournure qui ne lui plaisait guère. Il n'y pensait quand même pas sérieusement….
- Vous voudriez taire cette information capitale ? s'emporta Rufus, lui ôtant les mots de la bouche.
Le Ministre hocha de la tête, décidé. Ce à quoi, elle répondit par un geste négatif de tête, tout en balayant l'idée d'une manche. Elle élabora en conservant autant de calme que possible :
- Nous nous devons de prévenir la population. Non pas pour alarmer le public comme vous le craignez mais pour avoir le contrôle sur cette information. Imaginez que cela vienne à fuiter.
- Ce qui est fort probable connaissant les commères de notre si noble Institution, commenta Rufus.
Elle plissa les yeux vers lui avant de les lever au ciel, agacée, pour mieux reprendre :
- Cornélius, si la communauté pense que nous leur dissimulons des choses, nous n'aurons plus sa confiance. Nous sommes parvenus à instaurer un tant soit peu de transparence depuis la fin de la Guerre, ne faisons pas marche arrière, je vous en conjure. Si nous taisons l'affaire et que cela émerge dans la presse, il y aura forcément des mouvements de panique.
- Et puis les gens ont le droit de savoir qu'un meurtrier se promène en liberté, conclut Rufus alors qu'elle lui jetait un regard noir.
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Amélia jeta d'un Tempus avec sa baguette pour constater que la soirée était bien avancée. Une fois ce dossier fini, elle rentrerait chez elle. La journée avait été des plus chargée entre la nouvelle de l'évasion de Sirius Black, la débâcle pour convaincre Cornélius d'agir comme un Ministre digne de ce nom, et bien entendu l'annonce à la presse.
Après avoir organisé des équipes de recherches, Rufus était parti à Azkaban avec Kingsley Shackelbot afin d'établir comment la fuite du prisonnier avait été possible. Et elle était revenue dans son bureau afin d'avancer ses dossiers. Elle devait cependant avouer, que même avec toute la concentration du monde, elle n'était pas parvenue à travailler avec autant d'efficacité qu'à l'accoutumée.
Elle entortillait la chaîne de sa médaille nerveusement alors qu'elle jetait un œil vers son tiroir, celui où était habituellement entreposé son monocle. Le compartiment des affaires problématiquement sans suites, comme elle se frustrait à l'appeler. Outre son monocle représentant sa vue en constante déperdition, il contenait trois dossiers. L'un portait sur une réforme totale du système juridique et judiciaire du pays, l'autre sur une refonte intégrale sur la manière dont Azkaban devrait fonctionner, et le dernier sur Sirius Black.
Elle avait élaboré le premier durant les années 70, cependant son développement et sa proposition à l'assemblée du Mangenmagot furent bloqués par son Président de l'époque, qui était aussi le Directeur du Département de la Justice Magique. Elle avait toujours soupçonné cette entrave pour pouvoir s'approprier l'idée lorsqu'il deviendrait Ministre de la Magie. Barty Croupton, songea-t-elle avec regret, quel triste gâchis. Amélia l'avait tellement admiré lorsqu'elle était jeune, ce qui contrastait avec la mésestime qu'elle éprouvait pour lui à l'heure actuelle.
La vérité était qu'outre aimer le droit, elle était entrée au Département de la Justice Magique dans l'espoir de travailler avec cet homme. Il avait incarné une rigueur qui avait résonné en elle et une droiture qu'elle tendait à atteindre. Outre la figure politique, elle avait eut l'occasion de voir le genre de personne qu'il était une fois sa coiffe ôtée : un homme dévoué à son pays mais un mari et père effroyablement absent. A l'époque où elle fut son assistante, à combien de reprises vit-elle les regards déçus de son fils et sa femme alors qu'elle expliquait qu'il ne rentrerait pas chez eux, encore une fois. Pressenti pour devenir Ministre de la magie, il endurcit ses comportements et prit des décisions tout aussi radicales que discutables comme autoriser les Aurors à user d'Impardonnables pour traquer et capturer des Mangemorts ce que nombre d'entre eux comme Rufus et Alastor Maugrey se refusèrent à faire en guise de protestations. La perspective d'un plus haut poste et le pouvoir le rongeaient peu à peu, faisant de lui un juriste bien plus obtus qu'il ne l'avait jamais été, et radicalisant l'homme de raison qu'il avait pourtant été jadis. Tout s'accéléra lorsqu'il traîna son propre fils – devenu un Mangemort ayant apparemment concouru au supplice des Longdubat - en procès non pas par volonté de faire appliquer une quelconque justice mais plutôt pour arbitrairement montrer à l'opinion publique à quel point il l'exécrait et le reniait. Amélia se souviendrait toujours de la consternation de l'assistance, et sa propre sidération alors qu'elle se raccrochait à sa médaille comme à une bouée de sauvetage en observant un navire en perdition s'enfoncer dans les tréfonds de l'océan. Après ce scandale, ses détracteurs clamant ses comportements iniques, il fut poussé à démissionner pour être muté au Département de la Coopération Magique Internationale où il officiait encore aujourd'hui.
Son second projet était lui aussi quasiment mort dans l'œuf. C'était à l'époque où les arrestations et emprisonnements à Azkaban devinrent si nombreux que les conditions de vie – qui n'étaient déjà pas bien honorables - se détériorèrent par la surcharge du nombre de prisonniers. Il consistait notamment à retirer la surveillance du pénitencier aux Détraqueurs, des créatures maléfiques selon Amélia dont il n'avait rien de bon à espérer et dont elle se méfiait insidieusement. Il y avait aussi un projet de construction d'une annexe au bâtiment principal, afin de séparer les prisonniers en fonction de leurs motifs de condamnation et durées de peine. Elle avait présenté ce dossier à quatre reprises à différents Ministres de la Magie. La première fois en 1974 à Eugenia Jenkins qui trancha qu'il était davantage prioritaire de traquer les criminels que de songer à leurs conditions de vie. Le second essai, en 1981 avec Millicent Bagnold, fut tout aussi peu concluant puisqu'elle se déchargea de la décision auprès de son successeur. Son successeur, Cornélius Fudge, refusa d'envisager l'idée alors que la guerre venait de s'achever et qu'il était primordial de se consacrer à la reconstruction de leur monde. Elle lui avait présenté de nouveau le projet il y avait deux mois de cela, à la libération de Rubeus Hagrid, mais il évoqua ne pas avoir le temps d'en parler à ce moment-là… et ce n'était pas avec une évasion du bagne qu'il accepterait de reconsidérer sa décision.
Et enfin, le cas Sirius Black….
« Encore en train de ressasser ton vieil échec ? hasarda Rufus sur le seuil de son bureau.
Dans ses pensées elle ne l'avait même pas entendu ouvrir la porte.
Elle lui lança un regard indéchiffrable, ne parvenant pas à comprendre comment il pouvait être aussi borné, lui qui avait toujours eu autant de clairvoyance. Etait-ce de la fierté mal placée car cela viendrait à reconnaître que son service avait failli ? Ou bien parce qu'il avait toujours méprisé la caste Sang-Pur qui les avait toujours regardé de haut, eux pauvres sorciers de seconde zone ? Peut-être y avait-il un peu de tout cela, reconnut-elle.
- Nous n'avons jamais été d'accord sur son cas, énonça-t-elle.
- Il est coupable, affirma-t-il.
- Je ne suis pas plus convaincue maintenant que je l'étais à l'époque. Ouvre un peu les yeux, pour l'amour de Merlin… La brigade des Aurors n'est jamais parvenue à apporter la moindre preuve de sa culpabilité au Magenmagot. L'enquête - bâclée, désolée de te le dire - n'avait d'enquête que le nom. Quant à l'arrestation et l'emprisonnement, elles furent décidées arbitrairement… Tu-Sais-Qui défait, il fallait un bouc-émissaire aux biens pensants qui n'ont pas cherché à voir plus loin que la pointe de leurs baguettes. »
Cette conversation lui rappela celle qu'ils avaient eu treize ans auparavant, quelques mois après l'emprisonnement de l'évadé qui n'était à l'époque encore qu'un jeune homme.
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Amélia jeta rageusement son dossier sur son bureau. Elle était tout simplement furieuse. Non contente d'avoir repousser sa proposition pour modifier les conditions de vie des prisonniers d'Azkaban, Millicent Bagnold venait de refuser - pour la seconde fois - sa voie de recours à propos de Sirius Black… Il ne restait à Amélia plus qu'à espérer que Cornélius Fudge qui lui succéderait aurait davantage de conscience professionnelle.
Elle s'installa dans son siège, les sourcils froncés par la colère face à son dossier. La porte étant restée ouverte, elle vit la tête de Rufus se glisser dans l'embrasement.
« Cela n'a pas fonctionné, je suppose, hein ?
- Tu viens fêter ma défaite, à défaut de célébrer une quelconque victoire des Canons de Chudley ? interrogea-t-elle acerbe tant elle était frustrée.
Il haussa des épaules nonchalamment alors qu'il s'avançait et prenait place dans une chaise en face d'elle. Elle prit une inspiration profonde, tentant d'apaiser le brasier de colère qui lui déchirait le ventre, avant d'avancer :
« Quoi que tu puisses en penser, je ne suis pas la seule à le croire innocent. Ma sœur a vu ce môme grandir, ayant été la compagne de son oncle Alphard… Elle me l'a toujours décrit comme étant un gamin agréable et rebelle, bien loin des opinions politiques de ses parents. Il avait fugué de chez lui en ce sens, se réfugiant chez James Potter qu'il considérait comme un frère. Il ne lui aurait jamais fait de mal, Rufus. Pas plus qu'au petit, j'ai vu des photos de lui et du bébé… Je ne pense pas qu'il aurait fait quoi que ce soit pour le compromettre.
Son ami n'eut pas l'air convaincu pour une noise. Elle devrait essayer autre chose pour se faire entendre.
- Si les sbires de Tu-Sais-Qui t'avait ordonné de me massacrer, ma famille avec, qu'aurais-tu fais ?
- J'aurais refusé, bien entendu. J'aurais même préféré mourir que de livrer ta tête, Amélia, s'insurgea-t-il en faisant une pause de quelques secondes pour reprendre contenance. Ou j'aurais exécuté l'ordre, si j'avais en fait été un espion ayant pour véritable allégeance Tu-Sais-Qui.
Elle plissa les yeux puis les ferma, résolue. Il était aussi têtu qu'un Hippogriffe… Elle informa alors :
- Andromeda Tonks, sa cousine, m'a fait parvenir une lettre pour avoir la réouverture du dossier en exigeant une enquête digne de ce nom et un procès. Mary-Ann a fait de même, voulant déposer un recours, avec une demande d'expertise légilimencienne et un interrogatoire sous Véritaserum.
Il l'observa taciturne bien qu'il ait haussé d'un sourcil à sa dernière déclaration, il demanda sceptique :
- C'est faisable, tu penses ?
En se tassant dans son siège, elle répondit d'un soupire accablé :
- Ici, j'en doute mais une autorisation exceptionnelle pourrait être délivrée compte tenu de la particularité de la situation. Et je pourrais toujours plaider que la chose est plutôt courante aux Etats-Unis, de ce que ma sœur m'en a dit.
- Et qu'en pense ce bon vieux Dumbledore ? demanda Rufus. Il était après-tout le leader de l'Ordre du Phénix dont les Potter, Pettigrow et Black faisait partis.
- Je lui ai écrit et envoyé une copie du dossier, demandant son avis et son appui. Mais je n'ai pas eu de réponse pour le moment, confessa-t-elle vaincue.
- Pourtant, il se fait défenseur de Mangemorts ces temps-ci, en atteste le cas de Severus Rogue. Si tu veux mon avis, tu brasses du vent et tu n'auras pas gain de cause pour les simples et bonnes raisons que personne ne voudra remuer la funeste manière dont la Guerre s'est terminée, et que Sirius Black est un traître. »
Elle lui jeta un regard agacé alors qu'il se levait pour quitter son bureau, non sans lui proposer de déjeuner le lendemain chez lui avec Betty et les enfants. Elle accepta l'invitation. Quand il lui demanda si elle rentrerait chez elle tôt, elle haussa évasivement les épaules.
Elle avait encore beaucoup à faire ce soir-là : elle allait de nouveau relancer Dumbledore et perfectionner son dossier autant que possible pour qu'il soit plus que prêt lorsqu'elle le présenterait à Cornélius Fudge, une fois son investiture passée.
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Amélia déplorait encore le fait que Cornélius n'ait pas été plus enclin à accepter la réouverture du dossier de Black que ne le fut Millicent Bagnold.
« Les Blacks ont l'esprit sombre, Amélia. Alphard Black était peut-être une exception, mais les autres étaient tout aussi cinglés qu'à l'esprit étriqués. De ce qu'on en sait, la mère de Black devenue totalement folle s'était barricadée chez elle avec pour seul compagnie son vieillard de père et un elfe de maison. Dois-je aussi parler de la cousine qui clame encore aujourd'hui à qui veut bien l'entendre qu'elle est la plus fidèle de Tu-sais-qui ? haussa-t-il le ton. J'avais moi-même formé Franck Longdubat, Amélia ! s'emporta-t-il finalement.
- Je ne te parle ni de Walburga Black ni de Bellatrix Lestrange mais de Sirius Black, contra-t-elle. Il nous faut voir la vérité en face : on a échoué, Rufus, et en beauté.
Alors qu'il affichait une moue réprobatrice, empreinte de mauvaise foi, elle poursuivit sans lui laisser la possibilité de répondre :
- Notre Département ne pouvait pas condamner et enfermer arbitrairement cet homme pour l'attitude ou les méfaits de sa famille ou parce qu'il était le coupable idéal. Il pourrait être un meurtrier et mériter son aller simple à Azkaban, c'est vrai. Mais il pourrait aussi être un innocent injustement enfermé rendant son évasion compréhensible voire même légitime.
Il s'agita sur sa chaise et ouvrit la bouche pour contrer ses propos mais elle leva la main en un geste lui intimant de se taire. Elle asséna :
- Seule une enquête et un procès appropriés auraient pu déterminer s'il s'inscrivait dans la première ou seconde catégorie. Mais notre Institution l'a privé de cette chance, que dis-je de ce droit. Et c'est en cela où, nous, les représentants de la justice sorcière, nous avons échoué.
Il fronça les sourcils et sa mâchoire se crispa. De son côté, elle demeura droite dans sa chaise. Ils s'observèrent longuement, elle ne comptait pas revenir sur sa position, et elle savait que lui aussi resterait attaché à ses certitudes. Bien que leurs opinions divergeaient, ils étaient habitués à entendre et respecter le point de vue de l'autre. Les années passant, il semblait à Amélia que leurs désaccords étaient aussi moins violents, l'âge faisait son œuvre ou bien était-ce la lassitude. Ce dont elle était certaine, c'est que le débat avait été, était et demeurerait toujours stérile s'il n'y avait pas de preuve tangible de l'innocence de Sirius Black.
- Est-ce que tu as trouvé quelque chose durant ton inspection de la prison ? tempéra-t-elle après quelques minutes de silence.
- Non rien, ce n'est pas faute d'avoir questionné les failles de l'infrastructure, soupira-t-il. Nous avons même interrogé les occupants des cellules voisines. Absolument aucun résultat.
- Cherche mieux, ou différemment, alors… Si un prisonnier a réussi à s'échapper d'Azkaban, nous devons savoir comment cela s'est produit. Imagine ce qui aurait pu se produire si cela avait été les Lestrange, car contrairement à Black que je pense innocent, eux n'ont pas été enfermé par erreur… »
