Mon amour interdit P2

On m'avait reconduit en prison. J'avais retrouvé ma geôle telle que je l'avais quittée, et je me serais bien passé de la retrouver. J'appuyai ma tête contre la paroi de cristal et je fermai les yeux. Comme très souvent, je laissais mon ouïe aller comme bon lui semblait, jusqu'à s'aventurer à des kilomètres de là, dans la ville de Magnolia, à la guilde de Fairy Tail. Un vague sourire passa sur mes lèvres quand je l'entendis rire à une bêtise d'un quelconque membre de sa guilde. Je fus brusquement coupé de ma rêverie par un de mes geôliers.
-Qu'est-ce qui te fait tant sourire, Cobra! Dit la grenouille assignée à mon secteur.
Elle avait craché mon pseudonyme comme s'il était empreint de venin, douce ironie. Je ne répondit pas et me concentrais sur ses pensées.
"Je sais qu'il lit dans mes pensées... Alors qu'il sache qu'il n'est qu'une pauvre vermine. Une pauvre vipère qui ne mériterai même pas de la pitié..."
Je crispai mes mâchoires et je tentai de me retenir d'aller le rouer de coups. Si j'esquissai le moindre geste, je savais à quoi m'attendre et son sceptre chargé d'énergie électrique était là pour me le rappeler. J'essayais d'entendre de nouveau sa voix, son rire, mais je me heurtais à ces pensées blessantes et sadiques.
"Il n'est qu'une fourmi, un insecte dont tout le monde se passerait... Cette fille est vraiment idiote. Une sotte écervelée incapable de savoir choisir un homme, un vrai. Peut-être que c'est juste sa pute"
C'en était trop. Je me ruai sur lui et heurtai la paroi de cristal.
-Ne t'avise même pas de l'insulter! Criai-je
Ses yeux se plissèrent.
-Oh, un rebelle? Tu sais ce qu'on fait aux rebelles...
À la vitesse de l'éclair, son sceptre traversa la paroi et déchargea sur moi l'énergie électrique qu'il contenait. Je poussai un hurlement de douleur.

Je me retournai brusquement. Je ne m'étais pas trompée. Je l'avais bien entendu. Ce cri de douleur... C'était Erik. Je lâchai mon plateau et j'entendis à peine les verres se briser. Un nouveau hurlement retentit. Je m'affaissai et je plaquai mes mains sur mon crâne. La main de Mirajane se posa vaguement sur mon épaule. Je l'entendis de nouveau hurler. C'était comme si je sentais sa douleur. Je poussai un cri, coupée de la réalité.
-NON! NE LUI FAITES PAS DE MAL!
Ma voix se brisa quand un long hurlement résonna dans mon crâne. Il était plus fort que les autres, plus douloureux... Le hurlement s'éteignit en une toux affreuse, et je fondis en larmes. Un bras passa autour de mes épaules et me souleva. J'étais comme une marionnette à qui on aurait coupé les fils. Secouée par des sanglots, je m'appuyai de tout mon poids sur l'armure qui me soutenait. Erza... Elle me déposa sur un canapé de l'étage et me prit les épaules.
-Kinana. Kinana!
Je relevai la tête. Les yeux de mon amie me fixaient avec inquiétude.
-Oh Erza! C'est horrible! Il... Il a... Je ne sais même pas s'il est vivant!
-Ne t'inquiète pas... Jamais ils ne le tueraient... Il est trop important pour le Conseil pour qu'il soit tué... Me rassura la rousse.
-Mais il criait... Il hurlait... Je ne sais même pas si le mot est assez fort...
Erza me prit plus fermement par les épaules.
-Je te comprends. Je sais de quoi tu parles.
Je me remis à pleurer de plus belle, inquiète pour lui, inquiète pour sa vie. Mon amie me berçait lentement pour calmer mes pleurs. Mes sanglots se firent de plus en plus faibles, puis cessèrent. Même si mes larmes avaient arrêté de couler, un poids persistait sur mon cœur. Erza recula et me demanda avec un sourire réconfortant.
-Ça va mieux?
-Pas trop... Je me sentirai bien mieux si j'avais la possibilité de le revoir un jour...
-Tu le reverras. Comme moi j'ai revu Jellal.
Elle m'étreignit une dernière fois avant de me quitter, en me conseillant de me reposer. Erza était la seule à pouvoir me comprendre. Elle seule était au courant de la relation qui me liait à Erik. J'avais longuement réfléchis avant de lui révéler mes "crises". Ce n'était pas des crises, je le savais. Je l'entendais, pour le meilleur et pour le pire. Je m'allongeai dans le canapé et fermai les yeux en soupirant.
"Erik..."

Je me remettais tant bien que mal à la douleur que venait de m'infliger cette foutue grenouille. Le ventre à terre sur le sol de cristal, je tentai tant bien que mal à oublier la douleur de mon dos. Je fermai les yeux pour essayer de profiter d'un sommeil réparateur, quand sa voix retentit dans mon esprit.
"Erik..."
Je répondis aussitôt.
"Kinana?!"
"Oh, Erik! Tu m'as fait si peur! Je t'ai entendu hurler et... J'ai eu si peur!"
Je réprimai un sourire.
"Tu sais, il en fut bien plus pour m'abattre! C'était juste une décharge de rien du tout."
"Ce n'était pas rien du tout, Erik! J'ai cru que ça t'avais tué! Ce sont des décharges de douleur à l'état pur, Erik! Ne plaisante pas avec ça... Même Erza a fini par s'inquiéter!"
"Je ne suis pas à plaindre. Certains subissent la même chose, mais en continu. Comme Macbeth..."
"Midnight?! Oh mon dieu... Il n'est pas mauvais de nature pourtant..."
"Surement... Je voudrai tant te revoir..."
"Et moi donc... Tu me manque tant..."
"Dranbolt tiendra sa promesse... Je lui fait confiance, nous nous reverrons..."
"Je l'espère... Promet moi de ne pas te faire remarquer..."
"... J'essaierai"

Je me relevai du sofa un peu plus légère, mais toujours la peur au ventre... Je savais au fond de moi qu'il ne pouvait pas tenir cette promesse...

Je soupirai en coupant la conversation avec Kinana. Je ne pourrais tenir cette promesse. Il en allait de mon honneur qui avait été de trop nombreuses fois piétiné. Et de plus, je savais que s'ils évoquaient de nouveau Kinana, je ne répondrais pas de mes actes. Je m'inquiétais moi aussi. Comment avaient-ils eu connaissance de ma relation avec Kinana? Une seule personne avait pu répandre ce fait.
-Cobra.
Je me relevai avec difficulté, non sans une grimace de douleur. Je croisai alors les yeux verts impénétrables de Dranbolt. Quand on parlait du loup...
-Dranbolt... Que me vaut le plaisir de ta visite?
L'agent du conseil eut un léger sourire.
-Il se pourrait que je puisse tenir ma promesse.
Je me redressais rapidement, le regrettant aussitôt en un gémissement de douleur.
-Explique-toi.
-Tu sais ce qu'il est arrivé à Jellal.
Je ne comprenais pas
-Je sais qu'il s'est échappé peut avant son exécution et qu'il a été aidé, mais quel est le rapport?
Dranbolt haussa les épaules.
-Je ne sais pas. Peut-être que tu le saura un de ces jours.
Son ton mystérieux me laissa perplexe. Il s'apprêtait à partir quand il déclara.
-Je te rappelle que les communications avec l'extérieur sont interdites. Tiens-en compte pour les prochains jours.
Puis il partit, me laissant seul avec mes suppositions. Déjà, il savait que je parlais régulièrement à Kinana par la pensée, et s'il le savait, cela voulait dire que d'autres pouvaient le savoir. Mais son rapport à Jellal me laissait perplexe et incompréhensif. Des scénarios improbables naissaient dans mon esprit. Mais je décidai de faire confiance à Dranbolt et d'attendre l'action qu'il avait sous-entendue.