Petit disclaimer: Katekyo Hitman Reborn ne m'appartient évidemment pas, pas plus que ses personnages.
Ce premier chapitre contiendra du GokuderaxHibari. Vous êtes prévenus ! :-)
Tout commence en sourdine, avec le staccato étouffé de son propre battement de cœur, tandis que ses doigts agiles branchent les derniers câbles de la bombe. Voilà, le piège est installé : l'homme la fera exploser le lendemain matin, dès qu'il allumera le moteur de sa voiture. Le Neuvième sera content, et Hayato Gokudera recevra son chèque dans peu de temps. Comme d'habitude, vraiment.
Il ignore quel est son crime, exactement, mais cela ne le regarde pas. Dans la mafia, on ne pose pas de questions : on obéit, un point c'est tout. Et tant que le Dixième est toujours en formation pour devenir le futur Neo Vongola Primo, c'est du Neuvième qu'Hayato reçoit ses ordres. Comme d'habitude, il a reçu une grosse enveloppe en papier kraft, contenant son ordre de mission, une photo et quelques renseignements sur sa cible. Comme d'habitude, il s'est mis immédiatement au travail pour retrouver l'individu et le pister. Il l'a observé pendant plusieurs jours, repérant ses habitudes, ses fréquentations, son emploi du temps, la plaque de sa voiture… Rien dans son attitude ne lui a paru suspect : mais Hayato n'est pas là pour juger si cet homme est bon ou mauvais. Il doit l'éliminer, et c'est ce qu'il fera. Tout le reste est superflu.
Il fait nuit noire, et le jeune assassin ne peut s'empêcher de penser que la Providence est de son côté. Il a tout prévu, tout chronométré : si en plus, le ciel se fait son complice en se voilant, ça en devient presque trop facile. Pénétrer à l'intérieur du véhicule et y dissimuler l'explosif a été un véritable jeu d'enfant par cette obscurité. Personne ne l'a repéré. L'homme sera seul, demain matin, et l'explosion le tuera sur le coup. Une mort instantanée, sans douleur. C'est tout ce qu'Hayato peut lui offrir, à défaut d'une clémence qu'il n'est pas en position d'accorder.
L'avantage d'utiliser des explosifs, c'est qu'on peut rester à distance, et tuer sans se salir les mains. C'est bien pratique. Dans quelques jours, Hayato aura oublié cet homme (enfin, presque, parce qu'il sait très bien que son visage restera gravé à jamais dans un coin de son esprit, où il ira rejoindre la galerie déjà longue de ses précédentes victimes) et pourra continuer sa vie comme si de rien n'était. Il apprendra sa mort par les journaux, et ne se sentira pas coupable (ou du moins, pas pendant la journée. La nuit, c'est autre chose, et il est sûr de se réveiller de ses cauchemars habituels avec une boule dans la gorge, étouffé par le poids de ses actions, comme d'habitude, oui, comme d'habitude, vraiment). Il a juste fait son boulot, pas vrai ? Et il n'a pas une seule goutte de sang sur les mains. Un travail propre, consciencieux. Franchement, il n'a rien à se reprocher.
Hayato quitte les lieux en longeant les murs, se dissimulant parmi les ombres épaisses. Ce n'est qu'en tournant le coin de la rue qu'un nuage taquin décide de lui jouer un tour, et laisse passer un rayon de lune, qui vient s'accrocher à ses cheveux argentés malgré son capuchon. Au même moment, de l'autre côté de la rue, un reflet métallique attire son regard vers un tonfa noir et luisant. Mais à l'extrémité du tonfa, il y a un jeune homme, et le regard de ce dernier brille bien plus que son arme. Le temps semble suspendu, l'espace d'un instant, comme les yeux d'Hibari s'ancrent dans les siens, cherchant à pénétrer dans son crâne, dans son âme, pour y trouver les réponses à des questions informulées. Puis la lune se cache à nouveau, le moment est brisé, et Hayato prend la fuite dans les ténèbres.
~~~demi-soupir~~~
Le lendemain, Hibari l'intercepte au détour d'un couloir. Il lui dit :
- Je me suis trompé : tu n'es pas un herbivore.
Sans doute a-t-il vu les nouvelles à la télé, ce matin, et sans doute a-t-il appris l'explosion mystérieuse d'une voiture, ayant provoqué la mort d'un homme. Hayato a regardé distraitement, tout en buvant son premier café de la journée. Mission accomplie. Comme d'habitude.
Sauf que maintenant, Hibari sait. Il sait, mais il n'a pas l'air de se tracasser outre mesure. Avec un petit signe de tête, le préfet de discipline tourne les talons et le laisse planté là, à se demander ce qu'il a voulu dire par là. Est-ce qu'il va considérer qu'Hayato menace la paix de sa Namimori chérie, et va vouloir lui mettre des bâtons dans les roues ? Est-ce qu'au contraire, c'était un compliment ?
Hayato n'arrive pas à trancher. Mais pendant les jours qui suivent, en voyant Hibari se comporter exactement comme d'habitude envers lui et envers tout le monde, il se demande s'il n'a pas rêvé.
~~~soupir~~~
Cette fois-ci, tout ne se passe pas comme prévu. L'homme a des gardes de sécurité qui patrouillent tout autour de sa demeure, et Hayato se fait repérer par l'un d'eux tandis qu'il espionne la propriété, du haut d'un talus voisin. Il est couché dans l'herbe, des jumelles devant lui et un carnet de notes à portée de main : ce qu'il fait là est assez évident. La première balle passe au-dessus de sa tête en sifflant, et aussitôt, le jeune tueur empoigne ses affaires prestement et s'apprête à s'encourir. Une deuxième balle, l'atteignant à la cuisse, le fauche dans son élan. Hayato roule dans l'herbe, se disant que tout est foutu : le garde va sans doute l'amener à l'intérieur, où il sera interrogé et torturé. S'il ne dit rien (et il ne dira rien, de cela il fait le serment), ils finiront sans doute par le tuer. Et Hayato ne veut pas mourir, non… Pas maintenant qu'il a compris la valeur de sa propre vie, et des moments bénis passés en compagnie de ses amis, loin des préoccupations de la mafia. Il ne veut pas mourir tant qu'il n'a pas vu Tsuna devenir le Neo Vongola Primo, et réformer tout le système comme il a promis qu'il le fera. Il veut être à ses côtés lorsque cela arrivera, et l'aider à réaliser sa vision. Il ne veut pas mourir, pas ici, pas maintenant…
Tsuna et les autres s'inquièteront de son absence, et se mettront à sa recherche. Et Shamal, ou Bianchi, ou peut-être Reborn lui-même, finiront par leur dire qu'Hayato travaille toujours pour le Neuvième, et ce qu'il fait pour lui. Tsuna & Co. viendront alors le sauver… ou pas. L'adolescent aux cheveux argentés a grandi au sein de la mafia, a dû se débrouiller par ses propres moyens à partir de sa fugue, à huit ans, et la mort est devenue une présence familière, une compagne de tous les jours. Ce qu'on lui demande de faire ne le choque plus, après toutes ces années. Mais Tsuna ? Tsuna découvre à peine ce monde et ces enjeux. Il sera certainement horrifié d'apprendre que son meilleur ami (du moins, c'est ce qu'Hayato voudrait bien être à ses yeux) est en réalité un tueur à gages, et qu'il a continué à exercer cette activité même après l'avoir rencontré. Il sera déçu, terrifié, et il ne voudra sans doute plus qu'Hayato l'approche. Il le sauvera peut-être de sa prison, mais seulement pour lui demander de rentrer en Italie et de ne plus jamais revenir. Dans tous les cas, Hayato est foutu.
Parce que le Neuvième ne l'a admis comme membre officiel des Vongola que parce qu'il a gagné la confiance de Tsuna, et s'il la perd, alors il aura tout perdu. Il redeviendra un indépendant, le bâtard à qui l'on confie les missions dont personne ne veut. Il connaîtra de nouveau la faim, et le froid, et la crainte, à devoir se terrer comme un rat de peur de se faire repérer, et à ne jamais rester longtemps au même endroit. A forcer les portes des immeubles désaffectés pour y passer la nuit, ou à devoir dormir sous un porche, ou sur un banc. A devoir se laver, et laver ses vêtements, à l'eau des fontaines. A fouiller les poubelles pour y trouver quelque chose à manger. Sa vie d'avant, qu'il croyait derrière lui pour toujours.
Tout cela flashe dans son esprit au moment où il tombe, un mélange incohérent de pensées et d'émotions, et il attend, il attend la main qui se refermera bientôt sur lui pour le relever, et pour l'emmener à l'intérieur. Il attend, mais elle ne vient jamais. Au lieu de cela, il entend un choc, un râle de douleur, et un bref bruit de lutte, halètements et froissements de vêtements. Puis, quelqu'un le retourne sur son dos, et il reconnaît, à travers le brouillard de douleur qui commence à se dissiper, le visage d'Hibari penché au-dessus du sien.
- Tu saignes trop. Je te conduis à l'hôpital, dit le préfet de discipline en se penchant pour le soulever.
- Non ! Pas l'hôpital ! Personne… Personne ne doit savoir ! supplie Hayato, en l'agrippant par le poignet, si fort que ses jointures en deviennent blanches. S'il-te-plaît, Hibari !
Personne, non. En tous cas pas Tsuna, qui est encore innocent, et qu'Hayato aimerait protéger. Lui, il a grandi dans la fange, et il se roule dedans tous les jours : mais Tsuna doit rester pur, immaculé, le plus longtemps possible. Et si Hayato doit se salir les mains, encore plus qu'il ne le fait déjà, il le fera volontiers si cela permet de garder le Dixième à l'abri de la souillure pour un peu plus de temps. C'est son rôle en tant que main droite d'accomplir les basses œuvres que le Capo Vongola ne doit pas s'encombrer de savoir. Le Dixième est un idéaliste, capable de grandes choses dans le futur, mais il n'est pas encore prêt à entendre la vérité sur le monde de la mafia. S'il le découvre maintenant, il refusera tout net d'en faire partie, et alors tout espoir de réforme sera envolé, car ce sera Xanxus qui succèdera au Neuvième, et qui perpétuera simplement le système. Non, il faudra initier Tsuna petit à petit, sans l'effrayer, et le convaincre de rester car lui seul sera capable de faire changer les choses. Mais pas maintenant, pas tout de suite – c'est encore bien trop tôt.
Et Yamamoto ? Yamamoto, avec sa bonne humeur, et son rire, et sa façon de se gratter l'arrière du crâne lorsqu'il est gêné. Yamamoto, et son regard de chiot abandonné, et sa façon d'appeler Hayato « son ami » comme si c'était quelque chose de naturel. Yamamoto, qui pensait jusqu'à il y a peu que la mafia n'était qu'un jeu. Yamamoto a perdu un peu de sa fraîcheur, de son innocence, lors de leur voyage dans le futur, et après cela, lorsqu'il a presque perdu la vie aux mains de la maison Shimon. Son rire sonne un peu plus faux, et son sourire n'atteint plus ses yeux. Il semble pensif, parfois, presque… triste. Et cela fait de la peine à Hayato. Pauvre Yamamoto, qui ne rêvait de rien de plus que d'une vie insouciante et pleine de baseball… Il a été mêlé à la mafia, presqu'à son insu, et il restera, oh Hayato sait qu'il restera, parce qu'il est loyal au Dixième, comme lui, et que Reborn a dit qu'il était un tueur-né. Il restera parce que la mafia ne le laissera jamais partir. Et pourtant, l'Italien aimerait bien le voir sourire à nouveau, et éclater de rire, de ce rire sincère qui réchauffait le cœur et l'âme. Voir la façon dont ses yeux se plissaient d'amusement, tandis que son regard pétillait. Non, Yamamoto ne peut pas savoir ce qu'Hayato fait de son temps libre, parce qu'il ne veut pas alourdir sa conscience plus qu'elle ne l'est déjà. Il ne veut pas que le joueur de baseball le regarde avec pitié de nouveau, comme il l'a fait après la torture de Gamma. Il voudrait juste que Yamamoto soit heureux.
Tout cela, il ne le dit pas à Hibari, mais le préfet de discipline comprend tout de même. Il l'emmène chez lui, il appelle Shamal, et il laisse Hayato occuper son futon pendant quelques temps, tant que l'adolescent aux cheveux argentés a du mal à se déplacer seul. Il ne dit rien à Tsuna ni aux autres, et Hayato lui en est reconnaissant.
Pendant ces quelques jours, il découvre avec surprise qu'Hibari n'est pas un mauvais cuisinier, et il lui fait des pâtes une fois, pour le remercier (c'est là toute l'étendue de ses talents culinaires). Il ne lui demande pas non plus pourquoi il vit seul. Mais il remarque qu'il y a une chambre inoccupée dans la maison, avec un autel sur lequel est posée la photo d'une femme : sans doute la mère d'Hibari. Son père n'a pas l'air mort, car il y a des vêtements dans les armoires de la chambre, mais il est… absent. Hayato se sent un peu coupable de fouiner ainsi pendant que le préfet de discipline est au collège, mais il se sent plus proche de lui, maintenant qu'il sait (qu'il suppose, en tous cas) qu'ils ont tous les deux perdu leur mère. Le Japonais ne parle pas beaucoup : quand il rentre de l'école, il s'enferme dans sa chambre, sans doute pour faire ses devoirs, et il n'en sort que pour préparer le repas. Il mange en silence, et le plus souvent, il ressort encore dans la soirée, sans jamais dire à Hayato où il va. Leurs interactions sont limitées, mais cela ne dérange pas l'expert en explosifs : il a l'impression qu'ils sont parvenus à une sorte d'entente, tous les deux, et il se sent confortable en sa présence.
Enfin, confortable… Pas toujours. Les deux premiers jours, Hibari l'aide à faire sa toilette, et Hayato est surpris de constater que le préfet peut être étonnamment doux, quand il veut. Mais il finit par le chasser de la salle de bain, disant qu'il peut s'en sortir tout seul, car la manière dont le Japonais l'observe quand il se déshabille le met mal à l'aise. Il sait bien qu'il est maigre, pour son âge – sans doute trop. Mais entre le loyer, les charges, les cigarettes, et les matériaux nécessaires à la fabrication de ses explosifs, Hayato n'a souvent pas de quoi manger à sa faim. Ce n'est pas grave : il est habitué. Mais Hibari n'a pas l'air de partager son avis, et son regard scrutateur pendant les repas oblige le jeune tueur à gages à bien finir son assiette à chaque fois. C'est ridicule, et il le sait, mais il se sent pris en défaut par ce regard. Pourtant, le préfet n'a aucune raison de se préoccuper de ce qu'il mange ou ne mange pas, pas vrai ? Ce n'est pas comme s'ils étaient amis. Et dès qu'Hayato rentrera chez lui, dans son appartement tout vide, ils recommenceront à se comporter comme avant, et à s'ignorer dans les meilleurs des cas. Pourquoi, vraiment, Hibari se soucierait-il de lui ?
Puis vient le dernier jour, où Hayato annonce au Japonais qu'il a suffisamment profité de son hospitalité, et qu'il va rentrer chez lui. On est vendredi, et il aura encore tout le week-end pour s'entraîner à marcher sans boiter. Dès lundi, il retournera au collège, et retrouvera Tsuna et les autres. D'ici-là, il aura trouvé une excuse valable pour justifier son absence. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, pas vrai ?
Pourtant, quand il remercie Hibari pour tout ce qu'il a fait, prêt à sortir de sa maison et de sa vie pour toujours (si tout se passe bien, en tous cas), il ne s'attend pas à ce que le préfet le plaque contre le mur et l'embrasse sauvagement. C'est brutal, c'est intense, c'est… tout ce dont Hayato a jamais rêvé. Lui, qui a toujours souffert de l'attitude froide de sa mère à son égard (sans savoir, à l'époque, qu'elle n'était pas sa vraie mère) qui a grandi entouré d'adultes qui se moquaient de lui gentiment et lui disaient d'aller jouer ailleurs qui, après sa fugue, a été repoussé par à peu près toutes les familles mafieuses, insulté, roué de coups lui qui avait toujours été un parasite, un indésirable… Il se sent enfin accepté. Tsuna a fait de lui un Vongola, bien sûr, mais Tsuna ne connaît que la facette de lui qu'il veut bien lui montrer – tandis qu'Hibari sait tout de lui, tous ses petits secrets. Il a vu sa maigreur et ses cicatrices. Il l'a vu exécuter ses missions pour le compte du Neuvième. Et même s'ils n'ont jamais eu de grande discussion, Hayato sent que le jeune préfet le comprend mieux que Tsuna ou Yamamoto ne le feront jamais. Parce qu'avec lui, il ne doit pas cacher son côté sombre : il peut être qui il est, tout simplement.
~~~soupir~~~
Le lundi, au collège, Hayato est distrait, nerveux. Il guette Hibari, s'attendant à le voir surgir à tout moment, mais le préfet ne se montre pas. Il se sent déçu, presque trahi. Il croyait que ce baiser signifiait quelque chose, et qu'ils n'allaient pas retourner à leur ancienne relation. Ce n'était visiblement pas le cas.
Mais Hayato refuse que ça finisse comme ça, sans un mot d'explication. Il se fait remarquer, répond aux profs avec mépris, arrive en retard, fume dans l'établissement… Il veut obliger Hibari à le voir, et il y arrive. Enfin, il est convoqué dans le bureau du préfet de discipline. Lorsqu'il entre, le Japonais n'est pas seul, mais il fait bientôt signe à ses acolytes de quitter la pièce, sans jamais quitter Hayato du regard. Celui-ci ne baisse pas la tête, et rester planté devant le bureau, dans une attitude de défi. Il a des questions plein la tête, mais il se refuse à les poser, car cela signifierait se mettre à nu, s'humilier, et Hibari n'a pas mérité une telle preuve de confiance. Il est habillé de façon particulièrement débraillée aujourd'hui, entre son jeans troué qui lui pend sur les hanches, et sa chemise restée ouverte sur un débardeur au logo provocateur. La cravate a disparu, remplacée par un collier à tête de mort. Le débardeur remonte un peu, laissant entrevoir une portion de son pâle estomac, et le début du V qui mène à son entrejambe. Il est conscient du regard brûlant d'Hibari sur lui, mais il ne fait pas un geste, ne dit pas un mot. C'est le préfet qui se lève et qui fait le tour de son bureau, lentement, comme un prédateur. Il s'approche de lui et l'empoigne par le débardeur, et Hayato ne sait pas s'il va le frapper ou l'embrasser, mais il ne bronche pas. Leurs regards restent soudés, et le temps semble s'écouler au ralenti, jusqu'au moment où Hibari esquisse un petit sourire moqueur, comme pour dire « Si c'est vraiment ce que tu veux… », avant d'attaquer ses lèvres avec la même fougue que la première fois.
Leurs corps se cherchent, et leurs mains s'égarent, et bientôt Hibari pousse Hayato dans le grand canapé en cuir, et lui arrache ses vêtements. L'Italien ne proteste même pas : il en est réduit à un torrent de sensations, il se laisse transporter, tandis que les mains du préfet tracent des chemins brûlants sur sa peau, et suscitent des réactions dont lui-même ne se savait pas capable. Lorsqu'une main se referme sur son sexe, Hayato ferme les yeux et arrête de penser. Il sait qu'il ne tiendra pas très longtemps, mais son esprit est trop troublé par le plaisir pour qu'il pense à en avoir honte. Et quand tout explose, et que son corps convulse encore dans les derniers spasmes de la jouissance, il rouvre les paupières, et jette à Hibari un regard lascif et saturé.
Le Japonais est occupé à essuyer sa main sur les lambeaux de ce que, jadis, était le débardeur d'Hayato (paix à son âme). Il voit que l'adolescent aux cheveux argentés l'observe, et il ne perd pas de temps à venir se mettre à califourchon au-dessus de lui, ouvrant sa braguette pour sortir sa verge de son pantalon. L'Italien sait ce qu'il veut : ce n'est pas la première fois qu'il est amené à faire ça (quand on a huit ans, et qu'on vit dans la rue, on fait ce qu'on peut pour survivre). Mais cette fois-ci, il ne ressent aucun dégoût lorsqu'il prend le membre en bouche. Au contraire, il se sent excité, électrisé. Il lape, lèche et aspire goulûment, avec enthousiasme. Et quand Hibari le prend par les cheveux et commence à donner des coups de rein, Hayato n'a aucun mouvement de recul – il essaye juste de détendre sa gorge et de prendre un maximum en bouche, désireux de plaire au préfet, et de lui montrer à quel point il a envie de ça, de lui, de cette relation qu'ils ont.
Quand Hibari jouit, il s'agrippe au dossier du canapé, et reste suspendu à califourchon au-dessus de son amant, sans se permettre de s'asseoir ou de se coucher sur lui. Dès que sa respiration est un peu plus régulière, il se remet debout et referme son pantalon, avant d'aller chercher un uniforme de rechange pour Hayato. Il ne dit pas un mot, et le jeune délinquant n'ose pas prendre la parole non plus. Mais juste avant qu'il ne quitte le bureau, les membres alourdis par l'orgasme et le doute, le préfet l'agrippe par le poignet et l'embrasse à nouveau, un baiser chaste, presque tendre. C'est avec un sourire que l'Italien rentre chez lui, certain désormais que cette relation n'est pas finie avant d'avoir commencé.
~~~demi-soupir~~~
Effectivement, dès le lendemain, Hibari vient le rejoindre alors qu'il fume sur le toit. Il lui arrache sa cigarette, et l'embrasse. Cette fois-ci, ils restent debout, avec Hayato coincé entre le préfet de discipline et le mur de la cage d'escalier, tandis que la main experte du plus âgé masturbe leurs deux sexes en même temps. Mais Hayato veut plus, et le soir-même, il s'arrête à la supérette pour acheter des capotes et du lubrifiant. Le lendemain, il fait la surprise à Hibari, et l'attend dans son bureau, étendu langoureusement sur le canapé. Mais quand le préfet rentre, il plisse les yeux, et le remet debout d'une secousse peu aimable.
- Tu n'as pas le droit d'être ici sans autorisation. Fiche le camp.
Hayato est décontenancé, il trébuche et bredouille un juron.
- Fous le camp, j'ai dit ! répète Hibari avec lenteur. Ou je te mordrai jusqu'à la mort !
L'expert en explosifs sait que le Japonais est sérieux, alors il préfère obéir, mais pas sans avoir lancé une insulte par-dessus son épaule. Intérieurement, il se demande ce qu'il a fait de mal pour mériter une telle hostilité.
~~~soupir~~~
Les jours suivants, Hayato guette Hibari en quête d'un regard, d'un signe. Le préfet l'ignore. Et l'Italien est trop fier pour aller quémander des explications. Alors, ça en reste là. Jusqu'au moment où Hibari l'intercepte au détour d'un couloir, le plaque contre le mur, l'embrasse, et lui demande de venir chez lui ce soir.
Hayato hésite à y aller, vraiment. Il n'a pas d'ordres à recevoir de cette enflure qui joue avec ses pieds. Et pourtant… Hibari veut peut-être s'excuser, ou au moins lui fournir des explications ? L'adolescent aux cheveux argentés est trop curieux, alors il y va quand même.
Dès qu'Hibari ouvre la porte et le reconnaît, il l'agrippe par la chemise et l'attire à l'intérieur, capturant ses lèvres. Hayato a tellement de questions qui lui brûlent le gosier, et il tente de repousser le préfet afin qu'ils puissent avoir une discussion, mais chaque parole qu'il tente de prononcer est avalée par la bouche avide d'Hibari. Le préfet n'a clairement pas envie de parler. Soit. Hayato décide de laisser son corps s'exprimer pour lui, exprimer à quel point son amant lui a manqué, à quel point il a eu peur de le perdre. A quel point il a besoin de lui. Il ne sait pas si le plus âgé le comprend, mais il l'espère. Ce soir-là, ils font l'amour pour la première fois, et Hibari s'allonge même pendant quelques minutes à côté d'Hayato, le temps de reprendre son souffle.
Après cela, il va se doucher, et quand il revient, il a l'air surpris de voir qu'Hayato est toujours dans son lit, et n'a pas bougé d'un millimètre.
- Kusakabe viendra me chercher demain matin. Tu ne peux pas rester ici, dit-il d'un ton froid.
- Oh, fait le plus jeune.
Et vraiment, qu'aurait-il pu dire de plus ? Il se sent utilisé. Il pensait qu'il aurait pu rester ici pour la nuit, dormir avec Hibari, ou au moins dans son futon. Ça n'aurait pas été la première fois, de toute façon. Mais maintenant, Hayato n'a pas l'excuse d'être blessé. Alors, il se lève, essayant de ne pas trop boiter, et ramasse ses affaires en tournant le dos au jeune préfet. Il ne veut pas que celui-ci le voie rougir. Mais il sent tout de même son regard peser sur lui, et suivre le moindre de ses mouvements.
- Si tu as mal, tu peux prendre un antidouleur dans la pharmacie, propose soudain Hibari, de manière inattendue.
- Ça ira, merci, répond-il sèchement.
Hayato veut soudain être très loin d'ici, alors il finit de se rhabiller en vitesse, et sort de la maison en claquant la porte.
Sur le chemin qui le ramène vers lui, il tente de se raisonner. Il n'a pas de raison d'être aussi en colère : après tout, ce n'est pas comme s'il voulait rendre sa relation avec Hibari publique. Dans la mafia, il n'y a pas d'homosexuels, et il le sait. Il comptait de toute façon garder le secret. Du coup, il peut comprendre que le Japonais ne soit pas prêt à sortir du placard tout de suite. Vraiment, sa réaction est disproportionnée, et totalement injustifiée. Il n'a aucun reproche à faire au préfet. Alors, il se tait.
~~~silence~~~
Les mois qui suivent sont à l'avenant. Hibari souffle le chaud et le froid, et Hayato ne sait jamais à quoi s'en tenir avec lui. Parfois, ses timides avances sont accueillies avec fièvre et passion, mais le plus souvent, il se fait rembarrer sans un mot d'explication. A chaque fois qu'il pense qu'Hibari s'est lassé de lui, le préfet revient le chercher et les voilà repartis pour un énième round. A chaque fois qu'il se convainc que le Japonais ne ressent rien pour lui, et qu'il ne fait que s'amuser, à chaque fois qu'il décide d'en finir une bonne fois pour toutes, le plus âgé le surprend avec un geste ou un mot gentil, qui le font espérer encore. Et Hayato pardonne. Il pardonne, encore et toujours.
Il pardonne, même si la première fois qu'il a demandé au préfet la permission de dormir avec lui, celui-ci a haussé un sourcil, comme si Hayato avait dit quelque chose de complètement ridicule. Ce soir-là, l'adolescent aux cheveux argentés a pris ses jambes à son cou, et a décidé de ne plus jamais reposer la question.
Il pardonne, même si toutes ses questions concernant la famille d'Hibari sont accueillies avec un silence glacial. Il pardonne, même si sa première tentative d'appeler le préfet par son prénom est reçue avec un tonfa dans l'estomac, et une menace de morsure à mort. Il pardonne, même si la première fois que lui a essayé de parler de son passé, le Japonais s'est levé pour quitter la pièce, disant qu'Hayato l'ennuyait.
Mais trop, c'est trop, et Hayato en a assez. Il a besoin de plus que ce que le plus âgé ne peut lui donner. Il a besoin de se sentir désiré, oui, mais il veut aussi être aimé, choyé, protégé : tout ce qu'il n'a jamais été pendant son enfance et la majeure partie de son adolescence. Hibari, qui semble ne s'intéresser qu'à son corps la plupart du temps, ne vaut finalement pas mieux que tous ceux qui ont abusé de lui par le passé. Et tant pis si lui aussi a souffert d'un manque d'affection dans sa jeunesse, qui l'a rendu aussi froid et distant avec tout le monde – une façon de se protéger inconsciemment, sans doute. C'est la théorie d'Hayato, concernant les problèmes relationnels profonds du préfet, mais cela ne suffit plus à tout excuser. L'Italien a besoin de quelque chose de plus que cette liaison bancale qu'ils poursuivent envers et malgré tout, et il a décidé de le lui annoncer ce soir.
Evidemment, dès qu'il se trouve en présence d'Hibari, avec ses lèvres sur les siennes, ses mains sur son corps, Hayato sent sa résolution vaciller. Evidemment, il se laisse entraîner malgré lui dans une ultime étreinte. Il ne peut plus dire qu'ils font l'amour, malgré ce qu'il pensait au début, parce qu'il ignore ce que le préfet ressent pour lui exactement (une certaine tendresse peut-être, voire même un peu de respect ?) mais ce n'est en tous cas pas de l'amour. Dès qu'ils ont fini, l'expert en explosifs se rhabille prestement, avant de s'asseoir au pied du lit.
- J'étais venu te dire quelque chose, Hibari. Je veux qu'on arrête. J'en ai assez que tu penses que je suis à ta disposition dès que tu as envie de te défouler. C'est toujours quand toi tu veux, et comme tu veux. Le reste du temps tu m'ignores. Je ne sais même pas ce que représente à tes yeux, si je suis tout de même autre chose qu'une petite pute avec qui tu peux baiser quand l'envie te prend… Mais j'en ai assez ! J'ai encore un peu d'amour-propre, et j'ai décidé que tu avais assez joué avec moi. C'est fini. Adieu.
Hibari ne dit pas un mot, et il le laisse partir sans esquisser le moindre geste pour le retenir. Hayato pleure amèrement, en rentrant chez lui, mais il sait au fond qu'il a pris la bonne décision. Si le préfet avait tenu à lui un minimum, il aurait dit quelque chose pour sa défense, pas vrai ?
Alors, dès qu'il franchit la porte de son appartement, il sèche ses larmes, refusant de pleurer plus longtemps pour un salaud pareil. Il ferait mieux de se concentrer sur la seule autre personne qui l'a accepté, bien avant qu'Hibari ne le fasse : à savoir, le Dixième du Nom. Tsuna ne connaît pas toute la vérité sur Hayato, et il ne la connaîtra sans doute jamais, mais c'est grâce à lui qu'il a pu devenir un membre officiel des Vongola, et porter le titre prestigieux de futur Gardien de la Tempête. C'est grâce à Tsuna qu'il a pu mettre fin à sa vie d'errance, et qu'il a enfin trouvé une famille. Les missions qu'Hayato effectue pour le compte du Neuvième sont purement alimentaires, parce qu'il faut bien qu'il paye ses factures, et que son boulot à mi-temps dans un commerce de proximité ne suffit pas. Mais sa loyauté va à Tsuna, et à Tsuna seul. Finies les distractions : désormais, l'adolescent aux cheveux argentés n'œuvrera que dans le but de devenir la meilleure main droite possible pour le prochain parrain des Vongola. Des bêtises telles que l'amour ne sont qu'une perte de temps, il s'en rend compte maintenant.
Sortant ses dynamites et son système C.A.I. version X, et armé d'une toute nouvelle détermination, Hayato passe donc toute la nuit à réfléchir à de possibles améliorations, et son corps se met inconsciemment au rythme de la musique classique qui se déverse dans ses écouteurs. Quand il s'endort enfin sur ses notes, c'est en écoutant une nocturne de Chopin interprétée par sa mère, des années plus tôt.
