Chapitre 2 : … Et l'ex stupide

Le lendemain, June me tendit d'un air hésitant une liste de noms que je lus attentivement.

Lee Gaines

Robert Blackham

Fred Weasley

Yuri Varanov

Un nom surtout m'interpella.

-Fred ? Mon Freddy ? Mon cousin ?

June sembla embarrassée.

-L'année dernière, il m'a abordé en me demandant si je sortais avec quelqu'un...

J'eus un petit rire. Décidément, mon amie faisait vraiment tourner la tête à tout le monde.

-Qui, selon toi, a pu t'envoyer la lettre ?

-Je ne sais pas !, répondit-elle, agacée. Je ne sais même pas pourquoi j'ai mis Lee...

Elle était mal à l'aise et triste, comme à chaque fois qu'elle pensait à cet idiot. Lee était son ex petit-ami. Beau, Gardien de l'équipe de Quidditch de Serdaigle, il avait tout pour lui plaire et ils étaient sortis ensemble quelques mois, mais ils s'étaient séparés en juillet, il y avait presque un an. C'était lui qui avait rompu, alors pourquoi lui écrirait-il maintenant ? Je posais la question à June.

-Est-ce qu'il y a une raison particulière qui pourrait te faire penser que Lee s'intéresserait de nouveau à toi ?

-Non. Écoute, laisse tomber, si on avait voulu que je sache qui m'envoyait cette lettre, on aurait écrit le nom. Ne cherche plus, c'est bon...

-Ne te ramollis pas. Si on ne voulait pas que tu saches, on ne t'aurait pas envoyé de lettre.

Elle soupira, haussa les épaules et s'en alla.

J'étais résolue à ne rien précipiter. J'avais le temps. Il ne s'agissait pas d'une question de vie et de mort, mais de ma première enquête et il n'était pas question que je la foire. De plus, si je me précipitai voir Lee, pas de doute que je finirais par étrangler ce type. Je ne l'appréciais déjà pas avant qu'ils ne sortent ensemble, j'avais fait un effort quand c'était le cas, mais, maintenant que c'était fini, je ne voyais pas comment ni pourquoi je devrais prétendre que je ne pensais pas qu'il était un idiot !

De plus, je ne comptais pas aller aborder aucun d'entre eux sans plan solide ou sans suspicion. Je ne tardais d'ailleurs pas à découvrir que ce n'était pas si facile d'étudier et d'enquêter en même temps. J'étais d'autant plus épatée que mon père ait réussi ses études avec les ennuis qui lui arrivaient chaque année. Moi, avec mes examens dans deux mois, je commençais à me faire du souci et divisais soigneusement mon temps en cours, révisions et réflexions. Je m'étais renseignée aussi sur les noms que June m'avait donné.

Lee sortait actuellement avec une autre fille, une Poufsouffle, mais ça n'allait pas vraiment entre eux, la raison en était, selon une de ses condisciples un peu commère, qu'il voulait coucher avec elle et qu'elle ne se sentait pas prête. L'idée que c'était pour cette raison qu'il ait rompu avec June me rendit presque folle de rage. Si c'était lui qui lui avait envoyé cette lettre... Il n'y avait pas moyen que je le laisse faire ça. Je préviendrais Max de ses plans et Lee entrerait alors dans un monde de souffrance dont il n'était pas prêt de sortir. On s'en prenait à l'un d'entre nous, on s'en prenait à nous tous.

Robert Blackham était... fade. S'il faisait quoi que ce soit, je l'ignorais. Il ne participait à rien, aucune rumeur ne circulait sur son compte. Ses amis semblaient aussi secrets que lui. Serpentard de Septième Année, il habitait Londres et sa famille, de Sang Pur, était aisée. June m'avait dit qu'il l'avait invité, il y avait de cela un mois à Pré-Au-Lard, mais elle avait décidé de rester au château pour travailler.

Quant à Fred... Pour moi, c'était une véritable énigme. Bien sûr, en tant que mon cousin, quand nous passions du temps ensemble à Poudlard et vu que j'étais constamment avec June et Max, il était amené à les côtoyer, mais je n'aurais jamais pensé qu'il pourrait avoir des sentiments pour elle. Certes, il était célibataire et elle était … eh, bien, elle était June, mais je n'avais tout simplement rien remarqué, et pourtant, je me flattais d'avoir le sens de l'observation.

Yuri Varanov, lui était un cas à part. En Première Année à Serdaigle, effectivement, il rougissait comme une pivoine dès qu'il était à proximité de June, mais je ne pensais pas qu'il pouvait être un client sérieux. Il fallait être un Weasley pour avoir le cran de faire une déclaration d'amour à cet âge-là et il n'en était pas un. Il fallait être un Weasley, ou ma mère...

Malheureusement, mis à part glaner ces informations, je n'avais pas fait de véritable avancée. Plus je l'examinais, plus l'écriture me rappelait quelque chose, mais je ne parvenais pas à me souvenir. Un soir où je lisais la lettre en boucle, assise au coin du feu dans la salle commune avec l'envie de plus en plus grande de la jeter dans la cheminée, j'observai Max, pourtant supposé m'aider, se lever et se diriger vers la porte.

-Hey ! Tu vas où ?

Il eut un geste éloquent en direction de la sortie.

-Tu vas voir Betty ?

Hochement de tête. Je réfléchis une seconde. Il n'avait rien dit aujourd'hui.

-Tu as gardé tes dix mots pour elle ? Très romantique.

Il sourit, plissa les yeux et compta sur ses doigts avant d'articuler.

-Je ne lui en dirais que trois.

Je pouffai.

-Amoureux et incapable de parler. Tu es l'homme idéal.

Il fit une longue révérence en ôtant un chapeau imaginaire et sortit. Je soupirai, amusée et rêvassai quelques secondes devant la cheminée. L'idée m'effleura brièvement de parler de la lettre à mon père. C'était lui, après tout, qui m'avait donné le goût du mystère. J'allai dans son bureau, petite, et je l'écoutai parler de son travail. Il me racontai ses histoires fabuleuses tout en agitant sa baguette dans sa main pour écrire ses rapports et, même si je ne comprenais pas tout, c'était mes moments préférés de la journée. La voix de mon père, le crissement frénétique de la plume magique formant...

Oh bon sang...

Formant des lettres égales et régulières. C'était juste ça... Juste une plume magique qu'on contrôlait avec sa baguette comme faisait mon père pour ses rapports...

Je regardai la lettre d'un œil nouveau. Pourquoi faire cela ? Je devais connaître l'écriture de l'expéditeur, ou plutôt, June devait la connaître. Cependant, nous connaissions les mêmes personnes. Par rapport à la liste, il n'y avait que deux possibilités : Lee et Fred. Mais, comment les aborder ? Comment les interroger ? Je me levai, décidant qu'il se faisait tard et que la nuit me porterait conseil.

Le lendemain, je mis June au courant de ce que j'avais découvert. La regardant se maquiller dans la salle de bains, je lui expliquai qu'elle connaissait probablement celui qui lui avait écrit cette lettre.

-Tu connais l'écriture de Fred, non ?

Elle appliqua son gloss et soupira.

-Je suppose, oui.

Je lui piquai et l'utilisai à mon tour. Elle me regarda en silence, d'un air qu'on aurait dit réprobateur. Je devrais sans doute arrêter de lui piquer ses affaires.

-Et tu connais définitivement celle de Lee.

-Oui.

-Donc c'est l'un des deux.

-Comme tu veux., grommela t-elle en sortant de la salle de bains.

Cette histoire la remuait, je pouvais le dire. Ça ne devenait que plus urgent de découvrir la vérité. Nous descendîmes ensemble prendre le petit-déjeuner et nous nous assîmes à côté de Max et Betty. Soudain, une chouette se posa sur l'épaule de June. Elle prit l'enveloppe bleue d'une mine neutre et la posa à côté d'elle. J'inspectai la Grande Salle des yeux. Yuri se servait en pancakes et Robert lisait un livre, se désintéressant ostensiblement de la conversation de ses amis. Seuls Fred et Lee était absent. June allait prendre un muffin quand Betty demanda :

-Tu ne l'ouvres pas ?

June écarta une mèche de ses cheveux d'or, reprit la lettre et la lut enfin. Elle me la passa ensuite. C'était de nouveau la même chose. Les mêmes mots ou presque, la même écriture, la même enveloppe.

L'après-midi, à la bibliothèque, se présenta enfin une opportunité. Lee, à quelques tables de là où Max et moi nous étions installés, faisait ses devoirs. Je l'abordai sans plus hésiter, Max juste derrière moi, me tenait légèrement par l'arrière de ma veste d'uniforme, comme s'il craignait que je frappe Lee sans prévenir.

-J'ai cassé ma plume, tu peux me prêter la tienne ?

Il leva de grands yeux étonnés, avant de faire la moue. On ne s'est jamais vraiment apprécié.

-Je l'utilise.

-Tu n'en as pas d'autre ?

-Non.

-Même pas de plume magique ?

-Non !

Je sortis de la bibliothèque, Max sur mes talons.

-Tu le crois ?, demanda t-il, utilisant ses derniers mots de la journée.

-Oui.

Je me tournai vers lui. Il haussa les épaules en écartant les bras, son expression habituelle du « pourquoi ? ».

-L'année dernière, quand ils sortaient encore ensemble, tu nous as appris le poker. J'ai bien retenu tes leçons, tu sais. Il a un tic quand il... bluffe, c'est ça ? Il fait craquer son index quand il ment.

Ses sourcils se froncèrent.

-Oui, vraiment. Je ne l'ai pas dit parce que je voulais piquer tout son fric quand on aurait commencé à parier de l'argent.

Max sourit, secoua la tête et fit un mouvement de la main. Pour n'importe qui, les gestes qu'il faisait étaient assez obscurs, mais je n'étais pas n'importe qui et je lisais dans son esprit aussi bien que dans le mien.

-Et bien, maintenant, on a un suspect de moins... Ce qui nous laisse Blackham et Varanov.

Je ne croyais pas vraiment qu'ils avaient faits quoi que ce soit. June ne connaissait pas leurs écritures et ils étaient tous les deux présents quand elle avait reçu la deuxième lettre, or, celui qui l'avait envoyé ne pouvait pas être là, puisqu'il devait être à la volière pour donner l'enveloppe à l'oiseau, pour que le hibou arrive quelques secondes plus tard dans la Grande Salle.

Ce devait être Fred... C'était probablement Fred, mais je voulais aller lui parler seule à seul d'abord, avant de le dire aux autres.