Promesse
Je marche rapidement, impatient, essayant de calmer mon rythme pour ne pas être tenter de courir la rejoindre. Mais quoi ? J'ai bien disparu pendant trois mois. A jouer l'espion dans le camp ennemi pour les plans de Potter. Au bout du compte, ils ont fini par me démasquer. Même pas de ma faute. Moi j'ai été prudent, mais il faut croire que les espions, ça fourmille de partout. Tiens,…c'est drôle. Depuis combien de temps est-ce que je suis tombé aussi bas, à me comparer délibérément à ces bêtes ? La guerre, ils ont raison, ça n'épargne personne.
Je continue droit devant moi dans le couloir désert. Tout est si sombre et si calme ce soir. La lune éclaire d'autres endroits. On n'aurait pas pu se douter que quelque part, des immeubles explosent, des gens meurent, sont mutilés, ou blessés, et saignent de partout. De partout, ça tâche, au sol, sur les vêtements sales des enfants terrifiés, les blouses trop blanches des infirmières, et aux mains des assassins, du sang invisible et puant. Les cris et la terreur se mêlent à la haine et à la folie. Tout forme une symphonie morbide.
Mais ça, c'est un autre monde, et j'entrerai dedans peut-être un jour – d'ailleurs j'y suis déjà entré. En attendant je suis là, bien à l'abri au quartier général de l'Ordre du phénix, et je vais rejoindre Hermione Granger qui m'attend dans « notre » chambre.
Je marche en silence dans le noir. C'est long, j'ai l'impression que jamais je n'arriverai à destination. On dirait que le temps s'étire. Pourtant cet endroit n'est pas si grand.
Des pensées passent.
Elle m'a dit qu'elle m'attendrait toujours dans « notre » chambre, jusqu'à ce que mon corps soit refroidi par la mort et qu'il repose quelque part, dans la boue froide d'une sombre ruelle de Londres. Elle me l'a dit en regardant droit dans mes yeux pour que je la croie. Puis elle a ajouté « parce que le poids de la solitude, c'est dur à porter tout seul. A deux, nos épaules ne pourront pas se briser ». J'ai eu envie de lui rire au nez. Qu'est ce qu'elle en sait de la solitude ? Elle a toujours eu Potter et Weasley – ses deux chiens – à ses côtés. Parfois il m'arrive de la détester d'être si hypocrite et pure en même temps. Je ne lui ai rien répondu pour ne pas la vexer, je l'ai juste fixé en retour. J'ai essayé, j'essaie toujours de croire à sa promesse. Parce qu'au fond, rien ne la retient vraiment à moi. Au contraire, c'est plutôt moi qui me cramponne à elle.
Parfois, je rêve qu'en ouvrant la porte de « notre » chambre, je la trouve en pleurs, le visage grave. Elle m'annonce alors qu'elle en a marre, de moi, de nous, que cette relation l'étouffe trop et que si elle ne part pas, elle va en crever. La voir en larme m'a toujours retourné le cœur. Ce beau visage tant de fois embrassée qui se crispe sous une douleur retenue, ces larmes qui ne s'arrêtent plus de couler, ces épaules qui tremblent malgré l'envie qu'elle a de les contrôler. Cette vision me donne le même effet qu'un doloris.
D'autres fois, j'ai la vision d'une chambre vide. Toutes ses affaires ont disparu. Petite Hermione s'en est allée soigner d'autres cœurs, me laissant cruellement seul, les bras ballants et vide.
Mais j'aime à m'imaginer qu'elle est là, allongée sur le lit dans le noir. Quand la porte s'ouvrira, elle se redressera pour m'accueillir sans un mot et malgré la froideur glaciale de la pièce, nous nous réchaufferons dans les bras l'un de l'autre comme deux enfants perdus dans une grande forêt hostile.
Et souvent, je prie je ne sais quel Dieu, cet être qui régit cet univers et tant d'autre pour que Granger ne m'abandonne jamais, qu'elle m'attende pour toujours, comme elle le dit si bien.
La porte de « notre » chambre se dresse devant moi. J'entre d'un pas décidé.
Heu...je n'ai rien à dire.
