OK! Maintenant que vous êtes arrivés au bout de ce drôle de truc, il faut quand même que je précise plus en détail ce que j'ai voulu faire passer:

Primo, la danse d'Alois. Alois vit, danse et sourit tant que Ciel est profondément endormi. Puis, au fur et à mesure que Ciel s'éveille, il s'effrite, meurt et disparaît. Ciel et Alois sont semblables (c'est pour cela qu'au tout début, il est difficile de savoir de qui on parle) mais ne peuvent exister en même temps. C'est Ciel qui, pourtant, remporte la victoire et prend le pas, chaque matin, sur Alois, qui n'est que la copie défectueuse de l'âme parfaite et délicieuse de Ciel. On comprend le désespoir de l'héritier Trancy devant sa fin, proche et inéluctable, qui survient à cause de Ciel. Il faut comprendre par là que quoi qu'il arrive, Ciel passera toujours en priorité pour les deux démons (Claude et Sebastian), et Alois ne sera jamais qu'une poupée de substitut, une marionnette dont on s'est servi pour atteindre l'original.

Ensuite, le thème des contraires et des contradictions. Un peu facile, me direz-vous, mais assez inévitable avec ces deux-là. A première vue, et en ne se basant que sur leur simple apparence, on a tendance à assimiler Ciel à la nuit (avec ses cheveux sombres, son caractère austère et ses yeux d'un bleu plus foncé que celui des prunelles d'Alois) et Alois au jour (grâce à ses cheveux bonds, son caractère exubérant et ses mimiques toujours souriantes). Et pourtant, dans cette fic, Ciel est apparenté au jour, non à la nuit, et Alois aux ténèbres du sommeil. Ce genre de métaphore un peu facile symbolise surtout la souffrance de vivre qui est la leur, née de la nécessité de survivre dans un monde et un élément qui ne sont pas les leurs. De même, à l'aube, seul moment où ces deux faces d'une même pièce peuvent se rejoindre (le jour et la nuit, Ciel et Alois), ils se repoussent et se détruisent, incapables de se rencontrer. Il y a du tragique, là dedans, huh? On peut aussi voir le désespoir d'Alois comme celui qu'il ressentirait devant son incapacité à devenir l'aube, c'est-à-dire à quitter le domaine du rêve et à prendre la place de Ciel, à devenir comme lui, à devenir aussi important que lui aux yeux de Claude et de Sebastian. Assez ironique quand l'intérêt qu'il désire si farouchement se résume à un "piètre jeu d'acteur" auquel Ciel n'accorde aucune importance...

Puis vient le fil d'araignée. Volatile, impossible à attraper, il représente la connection, ce lien qui pourrait relier les deux enfants mais qui, brisé et irréparable, se balance sous le vent. Il représente aussi la mémoire, le souvenir que Ciel aurait pu avoir d'Alois mais qui s'enfuit et lui échappe, encore et toujours, comme Alois est repoussé par Ciel, tels deux aimants polarisés pour se rejeter. Au final, Alois n'est qu'un fantôme, pas plus réel qu'un rêve qu'on oublie dès le matin venu. La dernière remarque de Ciel, "peu importe", souligne cet état de fait. Cette dernière remarque montre également que c'est Ciel qui a tranché ce lien en faisant fi de ses sentiments, en choisissant l'indifférence plutôt que le ressenti, c'est-à-dire en étant lui-même, et non Alois. Il a en quelque sorte accepté d'oublier afin de rester lui-même.

Enfin, ce fameux thème de la pourriture qui se cache sous la délicatesse et la beauté. Pour rendre cela, j'avoue n'avoir pas vraiment cherché midi à quatorze heures! ^^" Alois, décrit d'abord comme un danseur magnifique, paré de ses plus beaux atouts (cape, bijoux et pierreries) et dont le visage, poupon et enfantin, semble magnifique, devient ensuite une marionnette démembrée battue par la tourmente, ses traits ses figent et se tordent, tout le verni si bien lustré dont il était recouvert et qui faisait sa beauté fond et découvre une charogne puante, un rire hystérique et un pauvre diable à l'agonie, déjà perdu dans les affres de la folie. De la même façon, le réveil de Ciel - scène communément admise pour être l'un des seuls moments où le dernier des Phantomhive ressemble vraiment à un enfant, avec ses yeux pleins de sommeil et ses cheveux tout ébouriffés -, instant de calme et de beauté, nécessite, pour exister, la pourriture d'Alois, puis sa mort et son désespoir. Encore une fois, l'un de va pas sans l'autre. Beauté et désespoir, Ciel et Alois.

On pourrait également rajouter le thème de l'inéluctable, en expliquant que malgré tous les efforts qu'Alois met à se débattre (sa danse de plus en plus rapide, de plus en plus frénétique), il ne peut pas retarder l'échéance et disparaît immanquablement quand vient l'aube. De même, la présence de Sebastian rappelle à Ciel que lui aussi, comme Alois est voué à mourir pour que lui existe, lui-même n'échappera pas à la mort quand viendra l'heure. C'est donc, enfin, le seul moyen que les deux enfants aient pour se rejoindre, le seul point qu'ils aient en commun: la mort. L'indifférence de Sebastian à l'égard du rêve de son maitre (c'est-à-dire à l'égard de la mort d'Alois), reflète l'indifférence avec laquelle il achèvera la vie de Ciel et se nourrira de son âme, sans aucun remord devant sa détresse et son désir de vivre.

Voilà pour les explications! J'espère que ce petit aparté vous aura apporté quelques éclaircissements, conforté dans votre compréhension de cette fic, ou juste tenu diverti pendant un petit moment.

J'espère que cette fic vous a plu, et quoi qu'il en soit merci d'avoir pris le temps de la lire! =)