Note :
Bonjour les gens !
Alors, pour ceux qui se posaient la question, sachez que le début de cette fic a été écrit bien avant la sortie du T7, voilà pourquoi ça présente une réalité alternative à celle que l'on connaît dans l'épilogue.
Voilà pourquoi il n'y a pas de Scorpius.
Quant à la fille de Harry, elle s'appelle bien Lily, mais ça, ça veut juste dire que JKR n'a pas été super originale dans son épilogue et que les auteurs de fanfics avaient vu ça venir à l'avance. ^^
Bonne lecture !
Ça te dérange si je…
Un mois, trois bagarres à coup de poings, six Beuglantes et un show de tigresses enragées plus tard : début de l'été, Poudlard, minuit trente.
La musique me poursuivit à travers la porte tandis que je me précipitais tout droit vers la roseraie, où je pourrais m'effondrer en paix. Il y avait là un banc en pierre, à l'écart, à l'autre extrémité du jardin, caché derrière un kiosque. C'était l'endroit préféré des gens pour venir s'embrasser, du temps où on était élèves à Poudlard, juste après la Tour d'Astronomie.
Harry avait insisté pour que la cérémonie ait lieu à Poudlard quand la lune serait au plus bas, pour que Remus puisse y assister sans avoir à souffrir d'aucune douleur. Le jardin était sous l'ombre du château, et il y faisait noir comme dans un four. C'était comme d'essayer de marcher dans de l'encre. A dix-sept ans, j'aurais pu m'y retrouver les yeux bandés. A quarante et un, c'était un exemple parfait de pile ou face.
Dix minutes plus tard, j'avais atteint le voisinage du banc, mais ça m'avait coûté le talon d'une paire d'escarpins tout neufs (je l'avais perdu quelque part près des rhododendrons) et deux genoux en sang. Avançant à petits pas pour ne pas martyriser mes genoux à nouveau en tombant sur de la pierre, j'essayai de trouver le banc. Une voix dit :
« J'accepte de partager si tu veux, Granger. Je me pousserai même pour que tu n'aies pas à te recroqueviller tout au bord, de peur d'attraper une affreuse maladie. »
Les braises rougeoyantes d'une cigarette brillèrent l'espace d'une seconde. Mince.
Malefoy.
« Par ici, dit-il. »
Une main saisit ma hanche et me tira par ma robe pour me guider vers le banc. J'hésitai un peu, les yeux fixés sur le point rouge en essayant de déterminer où poser mes fesses pour atterrir sur le banc. Mes genoux me faisaient mal et j'avais besoin de réparer ma chaussure.
« Comment tu savais que c'était moi, Malefoy ?
— C'était soit un troupeau d'éléphants piétinant le jardin pour le réduire en poussière, soit toi qui essayais de te diriger dans le noir. Ta démarche produit un espèce de « boum-boum » qui t'est propre. »
Compte jusqu'à dix, Hermione. Lance un Reparo à ta godasse, un sortilège guérisseur à tes genoux, et puis balance-lui un Jambencotton vite fait bien fait si tu te sens d'humeur généreuse ou un long et agonisant Chauve-furie dans le cas contraire (le Chauve-furie, plutôt), et après tu pourras partir.
« Laquelle est-ce qu'il raconte maintenant ?
— Je te demande pardon ? Et, tant qu'on y est, lâche-moi, » répliquai-je machinalement tandis que je cherchais ma baguette.
C'est alors que je réalisai, un peu tard, que je n'avais pas de baguette.
« Tu sais. Quelle histoire ? La partie d'échecs dans le souterrain, ou bien la fois où il s'est battu avec Harry contre trois cent quarante-six Mangemorts avec seulement une baguette pour deux ? C'est ma préférée. Le nombre de Mangemorts augmente à chaque fois qu'il la raconte. D'ici qu'il ait cinquante ans, ça sera quatre mille trois Mangemorts avec des machettes, des baguettes et un lance-rocket.
« Va te faire foutre, Malefoy, » ripostai-je.
Evidemment, c'était exactement la raison pour laquelle j'avais fui la pièce ça faisait longtemps que je n'arrivais plus à faire semblant d'écouter avec émerveillement Ron raconter ses histoires d'ancien combattant avec de plus en plus d'exagérations à mesure que le temps passait.
« Quoi ? Estime-toi heureuse qu'il soit juste un pauvre type rasoir. Tu pourrais être mariée à ma femme. Qui, dans une tentative pathétique pour me rendre jaloux, est en train de draguer un Poufsouffle de septième année qui travaille au noir comme barman. Elle n'a vraiment aucune vergogne ? Comme si j'en avais quelque chose à fiche, mais franchement, un Poufsouffle ?
— Tu es imbuvable. Pansy devrait avoir un Ordre de Merlin pour avoir été mariée à toi pendant vingt ans. On devrait te mettre dans une cage dans un zoo pour que des gosses avec de longs bâtons aux bouts très pointus viennent te tourmenter en te piquant. »
J'aurais voulu avoir un long bâton pointu moi-même. Je le lui aurais planté dans les flancs avec délice.
« Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne devrais pas être en train de t'occuper de tes invités ?
— Oh, non, je ne crois pas. »
Je soupirai. C'était trop espérer de penser qu'il comprendrait ma remarque subtile pour me débarrasser de lui.
« Potter est l'homme de la soirée. La plupart des invités sont au paroxysme de la joie depuis que je me suis éclipsé, espérant contre tout espoir que je me suis fait dévorer par le calamar géant. »
Son commentaire était tout à fait juste.
« Mais je ne pense pas que toi tu me souhaiterais une fin si triste.
— Sûrement pas. Pas assez douloureux. Tu veux bien te taire ?
— Sûrement pas, se moqua-t-il. Je t'en veux, figure-toi. Tu ne m'as pas fait un seul compliment…
Cette remarque aurait suscité un petit reniflement et un « quand les poules auront des dents » de ma part si j'en avais eu le temps.
« …sur mon comportement remarquable ce soir. Je sui mortellement blessé, Granger, j'espère que tu t'en rends compte. Il y a pas mal de gens qui vont être terriblement déçus lundi matin. J'ai regardé les paris la nuit dernière : c'était à cinquante contre un que soit Potter soit moi serait mort avant les « oui, je le veux ». La plupart pariait sur ma mort. Ce qui est carrément insultant. Mais, étonnamment, Potter et moi avons tous les deux survécu à cette horrible épreuve sans nous tuer. J'en suis tout ébahi. Un putain de miracle, sérieux. Je ne compte pas retourner là-bas désormais. Ça serait trop dommage de tout gâcher maintenant. »
Sa main trouva la mienne, et il en profita pour me passer une bouteille glacée de quelque chose. Je sursautai. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point j'avais chaud jusqu'à ce que ma paume soit en contact avec l'humidité fraîche du col de la bouteille.
« A boire ? »
La cigarette montait et descendait quand il parlait.
Il garda la main sur la bouteille et la leva en même temps que la mienne pour l'amener lentement à mes lèvres. Je buvais rarement. En fait, Ron buvait pour nous deux, ces temps-ci. Quand on sortait, il fallait qu'un de nous deux nous ramène à la maison, et avec le temps, cela devint tacitement mon rôle, de façon systématique.
J'hésitai.
« Oh, allez, Granger. Tu n'es quand même pas assez coincée et prévisible pour refuser de boire du champagne au mariage de la fille de ton meilleur ami, si ? Allez, surprends-moi, » susurra-t-il.
Bon dieu, je le haïssais. Il savait exactement quoi dire pour me faire réagir. Je tirai sur la bouteille, essayant de la lui arracher, mais il anticipa mon mouvement et tint bon. Oh. C'était du très bon champagne. Sec et piquant comme un premier baiser. Juste comme je l'aimais. Je poussai la bouteille vers lui avant de la récupérer pour une nouvelle gorgée, ignorant son rire étouffé.
On se passa la bouteille entre nous de cette étrange manière pendant plusieurs minutes, Malefoy en maintenant le fond, moi accroché au col. Malgré sa toujours détestable présence, le champagne glacé – Merlin, ce qu'il faisait chaud ce soir-là – avait plus d'attrait que la perspective de retourner au château en trébuchant pour y écouter Ron raconter comment il avait trouvé le cinquième Horcruxe.
Je me dis à moi-même : « Tu es assise seule, sur un banc au calme dans une roseraie. Une bouteille d'un champagne plus que correct est apparue magiquement. Tu n'es pas en train de partager ce banc et cette bouteille avec le plus grand déchet moral d'Angleterre, qui n'a même pas la décence de garder pour lui-même ses saletés d'opinions sur sa saleté de femme. » Quelques lampées de champagne plus tard, et ce n'était plus autant un effort. La tension de la journée se dissipait à chaque gorgée.
C'était vraiment un miracle que personne n'ait été blessé.
La seule chose sur laquelle les Potter et les Malefoy avaient réussi à se mettre d'accord, c'était que le mariage qui avait eu lieu chez l'artiste-tatoueur, bien que légalement valable, était totalement inacceptable en tant que cérémonie, et qu'il fallait un vrai mariage. Malheureusement, c'était le seul aspect du mariage sur lequel ils avaient été d'accord. Les semaines précédant le mariage avaient été ponctuées par des bagarres, des Beuglantes, et pour finir, Ginny et Pansy s'étaient battues comme des chiffonnières chez Mme Guipure pour une robe qu'elles voulaient toutes les deux. La cerise sur le gâteau avait été la pré-cérémonie, où Harry et Malefoy s'étaient balancé des maléfices par-dessus la sculpture sur glace, une représentation franchement pas terrible du Choixpeau. Au fur et à mesure que la soirée avançait, il avait commencé à fondre pour prendre une forme assez phallique. Malefoy l'avait fait remarquer à sa façon en disant : « Tu ne te sens pas à la hauteur, Potter ? » ce à quoi Harry avait répondu en hurlant : « Au moins je suis capable de garder ma queue dans mon slip, pas comme ton salopard de fils. » C'était comme ça que Malefoy avait lancé ce qui avait été le premier – mais pas le dernier – maléfice de la soirée. Ça s'était fini par Molly qui avait stupéfixé la salle toute entière dans son ardeur à stopper la bataille.
En conséquence, Remus, la seule personne que Harry et Malefoy respectaient tous les deux, avait demandé à ce que les baguettes soient confisquées à l'entrée pour éviter que le mariage ne se transforme en un bain de sang. Les baguettes seraient rendues aux invités quand ils partiraient. Mais c'est seulement quand Lily avait lancé son bouquet et que le couple était parti pour Venise pour deux semaines de lune de miel que je m'étais autorisée à me détendre.
Quelle belle soirée. Je ne pouvais pas entendre la musique d'ici, seulement le bruit discret des vaguelettes au bord du lac. Les lumières du Grand Hall formaient un halo dans la nuit noire, donnant au château un aspect, hum, magique. L'odeur répugnante de la fumée de cigarette bloquait complètement la possibilité de sentir le parfum des roses qui fleurissent la nuit…
« Malefoy, je sais qu'il y a ici plusieurs variétés de roses qui s'ouvrent la nuit. Ça serait bien de pouvoir les sentir, plutôt qu'Eau de Goudron par Cancérigène. »
Avec une petite toux qui ressemblait terriblement à un rire, il écrasa sa cigarette.
« Vos désirs sont des ordres, belle Granger.
— Arrête ça, grognai-je en m'appropriant la bouteille pour une nouvelle gorgée. Je dois dire que ton comportement a été bizarrement mature, pour toi.
— Mature. Il faut que j'arrange ça immédiatement. Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Et il tira la bouteille vers lui.
« Je vais t'arracher la jambe et te battre à mort avec si tu n'arrêtes pas. Avec Harry. Te tenir à l'écart, comme ça. Cela dit, je ne pense pas qu'il aurait la force de te mettre le premier coup.
— J'approuve. Il était déjà bien parti quand je suis sorti. Il était bourré à quel point la dernière fois que tu l'as vu ?
— Mort. Complètement mort. »
Harry ne dansait pas vraiment, il se contentait de serrer Ginny dans ses bras en titubant, sans tenir compte de la musique, mais lui répétant encore et encore à voix très haute combien il l'aimait. Après toutes ces années.
« Je vais attendre encore un heure. Arrivé là, il devrait ne plus tenir debout. Même si j'apprécie beaucoup nos charmantes empoignades – le monde ne tourne pas rond si Potter et moi ne nous mettons pas sur la gueule comme des lions en pleine savane au moins deux fois par an – ce n'est pas le bon soir pour ça. Ça ne ferait pas joli sur mon CV de futur Ministre Adjoint d'avoir étranglé mon archi-rival et beau-père de mon fils au mariage de celui-ci.
— Merci mon Dieu. L'espace d'un instant, j'ai cru que tu n'étais pas toi-même. Maintenant mon monde tourne rond. »
Je tirai la bouteille à moi.
« Désolé, dit-il en se retournant. Celle-là est finie. Mais… Nom de Dieu, je sais que j'en ai amené au moins trois… Bien sûr, j'aurais pu croire que c'était… Lumos. Ah hah ! »
A la lumière de sa baguette, je pouvais le voir tenir une autre bouteille de champagne, l'agitant triomphalement comme si c'était un drapeau.
« Espèce d'enfoiré ! hurlai-je. Tu as amené une baguette en plus. Qu'est-ce que…
— Chuuuuut, protesta-t-il en remuant ses bras en tout sens. Tu veux pas que tout le monde et n'importe qui se ramène ici, si ?
— Arrête de remuer comme un abruti, crachai-je dans un murmure sonore. Tu m'as quasi assommée avec cette maudite bouteille.
— Et bien arrête de crier comme une abrutie, exigea-t-il. Et sors-toi donc ce balai que tu as dans le cul et ces jugements de bûcheuse coincée. Est-ce que tu es complètement barge ? Ce type est Auror en Chef. Toi et Lupin avez peut-être étrangement oublié que Potter est un salopard de génie et qu'il peut lancer des sorts sans baguette, mais moi pas. Je me suis battu aux côtés de ce connard pendant deux ans, et je l'ai vu de mes yeux briser les deux bras de Dolohov en levant un sourcil. Cela dit, l'arme préférée de Potter quand il s'agit de moi ce sont ses pattes crasseuses. Pourquoi est-ce qu'il a tellement envie de m'étrangler ? Mystère. Ca doit être un truc bizarre qui l'excite. Tu crois qu'il est pédé ? Qu'il ferait n'importe quoi pour pouvoir poser les mains sur moi ? Ou bien tu penses que c'est un truc moldu, une pulsion qu'il a de tuer les gens à mains nues plutôt que de les éviscérer avec une baguette ? Oh, je suis bête. Il aime faire ça aussi.
— Te connaître, c'est vouloir t'étrangler, Malefoy. Laissons tomber, » soupirai-je, reconnaissant tacitement qu'il n'avait pas tort pour la baguette.
Même si ça me restait en travers de la gorge, je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. C'était mieux de ne pas ressortir ce vieux dossier-là, parce que même si j'adorais Harry, je ne pouvais pas le défendre pour la fois où il avait utilisé ce sort sur Malefoy sans savoir ce que ça faisait et l'avait presque tué.
« Rends-toi utile. Ouvre cette bouteille. Et fais-le en silence. Sans mots. Pour toute l'heure qui vient. Et bien sûr qu'il n'est pas pédé. Ça devrait être évident.
— Les gamins ? Ça veut rien dire, renifla-t-il. Je voudrais avoir reçu un Gallion pour chaque fois où Baxter-White m'a fait une proposition. J'aurais doublé ma fortune. Et ce type a cinq gosses.
— Baxter-White est gay ? »
J'étais choquée.
« Un scoop pour lui. Pas pour nous. Prends ma baguette fais-moi de la lumière. J'arrive pas à ouvrir la bouteille.
— Heu, allô ? Tu es un sorcier ou quoi ? Il y a des sorts pour ça, Malefoy. Et je ne te crois pas. Il se conduit toujours comme un pur macho. Tu te trompes. »
J'éclairai la bouteille.
« J'aurais voulu avoir un Gallion chaque fois qu'il m'a pelotée, moi. Je serais riche, pour le coup. A chaque réception, ce troll dégoulinant de libido me met une main au cul.
— Avec sa femme et la moitié de la pièce qui regardent. Navré, mais cela ne veut pas dire que ton cul est irrésistible, Granger. Si tu t'amusais à répondre à ses avances et que tu l'emmenais derrière un rideau pour tirer ton coup en vitesse, il se barrerait à l'autre bout du pays. Je suis sûr et certain qu'il ne baise sa femme que par derrière. Autrement je vois pas comment elle tomberait enceinte. Ce putain de bouchon veut pas sortir. Allez, petite salope, sors de là, grogna-t-il.
— On pourrait se passer des insanités ? suppliai-je.
— Ça fait partie du rituel, Granger. Se battre avec un bouchon de champagne tout en proférant des propos ribauds.
— Oh, je t'en prie. »
C'était mon tour de renifler.
« Si tu n'étais pas, grogna-t-il à nouveau en continuant à se débattre avec le bouchon, si incroyablement naïve, tu saurais que les pauvres petites pédales homophobes comme Baxter-White, qui est gay comme un pinson, pour tout dire, se comportent comme des trolls dégoulinants de libido pour persuader tout le monde y compris eux qu'ils ne sont pas gays. Et la deuxième partie de l'équation c'est que le champagne a meilleur goût si tu l'ouvres sans magie en poussant des jurons. La magie fait un truc aux bulles. Ah, voilà, ça vient. »
J'essayai de comprendre ce qu'un poseur aux mains baladeuses comme Baxter-White et son besoin pathétique de cacher son homosexualité à tous et à toutes y compris lui-même pouvait avoir comme rapport avec les jurons et les bulles de champagne. Normalement, malheureusement, je n'avais aucun problème à suivre le cours des pensées de Malefoy. Combien de champagne est-ce que je m'étais descendu dans les trente dernières minutes ? Visiblement, trop.
« Malefoy, ça ne rime à rien…
— Chut. Presque, presque… Prête ? »
D'une main, il m'attrapa par le devant de ma robe et nous plaça face à face, de l'autre il mit la bouteille entre nous deux et appuya avec son pouce sur le bouchon.
« Maintenant ! » cria-t-il.
Le bouchon vola dans la nuit, et le champagne jaillit hors de la bouteille en bouillonnant. On se mit à se battre pour le liquide qui dégoulinait, en se donnant des coups de coude vicieux dans les côtes tandis qu'on essayait d'attraper la fin du jet.
« Tu as gagné, Granger, » reconnut-il.
Il riait, sa voix de baryton basse et pleine, et, Merlin, il avait l'air heureux. C'était un vrai rire. Pas son habituel « hmmm » amusé trop sophistiqué pour être honnête, mais un vrai rire qui venait des tripes. Est-ce que j'avais jamais entendu Malefoy rire auparavant ? Et puis il y eut un boum et un « putain de merde ! » qui semblait venir du sol et enfin un :
« Pas d'inquiétude, le champagne va bien. Granger, donne-moi un coup de main. J'ai bien peur de m'être ramassé par terre.
— Malefoy, tu es bourré ? »
Je commençai à chercher autour de moi en essayant de repérer sa tête.
« Complètement archi-cuit, pour être honnête. Pas la peine de me faire la morale, merci bien… »
Mon pied droit rentra dans quelque chose d'assez dur.
« Aïeuh ! Putain, Granger ! Tu m'as foutu un coup dans les burnes ! Ça se fait pas. Tu as de la chance que je sois tellement bourré que je sens rien.
— Tu as la baguette, lui rappelai-je. Si tu faisais un peu de lumière, tes précieux bijoux de famille ne seraient pas une espèce en voie d'extinction.
— Granger, n'essaie pas les railleries méprisantes. Ça ne te va pas. Le mode banshee en chaleur que tu adoptes d'habitude colle tellement mieux au personnage. Est-ce que je t'ai dit dernièrement à quel point je t'adore ? Et je n'ai pas la baguette. C'est toi qui l'avais en dernier. Qu'est-ce que tu en as fait ?
— Mince, gémis-je. J'ai dû la laisser tomber quand le champagne a explosé. Bouge-toi au lieu de rester planté là comme un pauvre con et commence à la chercher.
— Aide-moi. Je suis complètement cuit, pour l'amour de Dieu. Je lancerai un sort de nettoyage sur ta robe, grommela-t-il.
— Je peux pas, répondis-je en marmonnant. Je suis tombée en venant, et mes deux genoux sont en sang.
— Pauvre cruche gryffondorienne. Pourquoi est-ce que tu n'as pas… On est des idiots. Accio baguette. Lumos. »
Il était là, jambes écartées, appuyé sur ses coudes, la baguette dans une main, la bouteille de champagne dans l'autre. Ses cheveux brillaient dans la très faible lueur diffusée par la baguette. Même ainsi étalé au sol comme un ivrogne, il était l'image de la grâce. Je pris soudainement conscience de l'aisance naturelle qu'il avait développée en devenant un homme, et qui avait remplacé cette élégance artificielle qu'il avait cultivée quand il était plus jeune.
Sans effort, je me rappelai le temps où il était blond, de ce blond presque blanc. L'argent de sa chevelure semblait avoir disparu sous la lumière faible de la baguette et mes souvenirs.
« Granger, viens là espèce d'idiote. Laisse-moi guérir tes genoux. J'avais entendu un glapissement douloureux avant que tu ne débarques ici dans toute ta gloire. J'avais eu l'espoir insensé que c'était cet abruti d'Irlandais, Finnigan, en train de se faire bouffer tout cru par le calamar géant. Mais c'était toi en train d'être attaquée par le romarin. Tiens. Ça va mieux ?
— Tu fais une drôle de fixation sur ce calamar. »
Je me penchai pour toucher mes genoux. Complètement guéri.
« On devrait rentrer…
— Pas encore, protesta-t-il. On a encore une demi-bouteille à finir. Et au cas où tu ne t'en rendrais pas compte, c'est moi qui ai la baguette. Alors, à moins que tu n'aies l'intention d'affronter le jardin aromatique sans arme, tu es coincée avec moi. »
Je lui jetai un regard.
« Tu es ridicule. Je pense qu'on est tous les deux assez ivres…
— Granger ! Tu es ivre ? Moi aussi ! Fêtons ça en prenant un verre, et puis un autre…
— Laisse tomber. Je ne pense pas que tu sois ivre du tout, l'accusai-je. Tu joues la comédie. Tu ne bafouilles même pas.
— Un sort anti-bafouillement, confessa-t-il. J'ai passé le Noël de ma cinquième année à mettre au point cette petite merveille. Tu vois, nous, à Serpentard, on ne perd pas notre temps sur des trucs inutiles comme métamorphoser des tasses en taupes. On invente des sorts utiles qui te permettent par exemple de passer le cours de Binns avec une demi-bouteille de vodka dans le sang, sans que personne ne s'en rende compte. Tu ne me croirais pas si je te disais le nombre de réceptions chiantes au Ministère auxquelles j'ai assisté en étant totalement bourré. »
Il y avait sur son visage une jubilation si intense devant ses exploits que j'éclatai de rire. Je lui tendis la main.
« Lève-toi, pauvre abruti. Et je te ferai savoir que je ne métamorphosais pas des tasses en taupes pendant le Noël de ma cinquième année. Je…
— Seigneur, Granger, ne me dis rien. C'était sans aucun doute loin devant ce que n'importe qui d'autre dans notre année aurait pu faire, et ça surpassait probablement même les capacités des plus brillants des septième année. Mettons-nous sur le sol du kiosque. Je vais tomber si on s'assoit sur le banc. »
Il continua à tenir ma main tandis qu'il nous dirigeait vers le kiosque. Je ne répondis rien, mais son commentaire sur ma précocité scolaire, au lieu de me faire sentir fière, me rendit honteuse. Et il ne le faisait même pas exprès.
Il me tira dans un coin, colla son dos contre le v que formait deux des murs, et se laissa glisser. Ses fesses rencontrèrent le sol dans un bruit étouffé.
« Viens là, exigea-t-il en me tirant par la main. Tourne-toi et assieds-toi. Viens dans mes bras.
— Certainement pas, hoquetai-je.
— Pour l'amour de Dieu, Granger. Je ne vais pas te peloter. »
Il renifla et tira plus fort.
« Franchement, je suis tellement bourré que s'ils m'appelaient pour me dire maintenant que je suis Ministre de la Magie, ça m'exciterait même pas. Ne fais pas ta gnangnan. J'ai besoin d'un oreiller et de quelque chose pour m'appuyer et c'est toi. Je vais tomber autrement, » marmonna-t-il.
Oh bon sang, je chancelais moi aussi. Combien est-ce que j'avais bu ? Pas tant que ça. Hum. Peut-être que si. Je m'écroulai plus que je ne m'agenouillai. Il se pencha en avant, m'attrapa sous les bras, et me tira devant lui.
« Relève les genoux, » ordonna-t-il.
Il m'entoura de ses bras, puis de ses jambes.
« Maintenant tiens mes bras contre toi. Voilà. »
Il posa sa tête sur mon épaule et s'endormit aussitôt.
Je restai assise là quelques minutes, essayant de regagner suffisamment de sobriété pour pouvoir voler sa baguette sans qu'il s'en rende compte, et retourner au château. On passait tous là nuit là. Il était tellement ivre qu'il dormirait dans le kiosque, se réveillerait le lendemain tout courbatu, avec le mal du crâne du siècle, mais nos deux réputations seraient intactes.
Je m'apprêtais à agir quand il murmura à mon oreille :
« Je peux avoir une cigarette ?
— Non, tu ne peux pas. Tu mettrais le feu à mes cheveux.
— Pas faux. Granger, pourquoi tu caches toujours ces magnifiques seins que tu possèdes derrière des robes hideuses et sans formes ?
— Quoi ? Dégage ! »
Je me débattis pour me lever, mais il me tenait bien serrée.
« Pas la peine de réagir comme une religieuse virginale qui vient juste de recevoir une proposition de la part d'un évêque obsédé. Je ne suis pas en train de te draguer. Je te l'ai dit, cette partie de mon anatomie est hors-service pour le moment. Toutes mes extrémités sont engourdies. Je me demandais juste. C'est sûrement pas de ma faute si tu as des nichons exceptionnellement bien faits. Que tu ne montres jamais. Sauf une fois de temps en temps. Je veux dire, tu étais superbe ce soir. Et ne me dis pas que c'est une question d'argent je sais très exactement combien vous gagnez tous les deux. J'ai tout un tas d'insultes bien choisies que je peux utiliser pour qualifier Weasley, mais radin n'est pas l'une d'entre elles. Qu'est-ce qui cloche chez ton putain de mari ? J'aurais honte de te laisser sortir avec ces chiffons que tu appelles des robes.
— D'abord, sors ton nez du registre salarial de nos employés, et ensuite, je ne suis même pas étonnée de ta mentalité féodale. Comme si Ron avait quoi que ce soit à dire sur ce que je porte, soulignai-je.
— Arrête de gigoter, se plaignit-il à mon oreille, comme si j'avais bougé. C'est pas une question d'être féodal. Pourquoi ne pas être fier de ta femme. Weasley devrait faire quelque chose. J'admets, il y a du boulot. Il n'y a que toi qui te précipiterais avec zèle pour gagner le Grand Prix de l'Employée du Ministère la Plus Mal Fagotée du Mois. Tout ce que je dis, c'est que tu as des plans, comme tout le monde. Et que tu t'en sortirais bien mieux si tu te donnais du mal pour présenter un peu mieux. Et si tu montrais cette magnifique paire de seins une fois de temps en temps.
— Quand je serai sous-secrétaire à la promotion de la pornographie, je réfléchirai à ton conseil. »
Cela me valu un rire étouffé contre mon épaule, et puis il s'endormit à nouveau, pour se réveiller avec un sursaut.
« Tu sens bon.
— Pas toi. Tu sens comme un vieux tas de cendres. »
Pas de réponse. Il s'était endormi à nouveau. J'attendis un peu, et je m'étais à moitié extirpée de son étreinte quand il s'éveilla à nouveau.
« Non, non, tu ne t'en vas pas déjà, » marmonna-t-il.
Il me reprit dans ses bras et enfonça son menton dans mon épaule.
« Ça fait mal, sale con. Ton menton est resté pointu. Allez, Malefoy. Il faut que je rentre, argumentai-je. Ron va se demander où je suis, et je doute que tu aies envie qu'il me trouve ici en train de te servir d'oreiller.
— Ton mari peut aller se faire voir. J'ai une baguette et je le ferai taire s'il fait un scandale. On y va dans cinq minutes. Promis. »
Il renfonça son menton dans mon épaule, mais avec un peu plus de douceur cette fois.
« Beau cadeau de mariage. Cet appartement, fis-je remarquer pour essayer de le garder éveillé.
— Je ne pouvais pas laisser mon petit-fils être élevé dans un studio. En plus, Potter a payé pour le mariage. C'était le moins que je puisse faire. Encore dix minutes.
— Baguette ou pas, je pars dans quatre minutes et trente secondes. Ils étaient vraiment adorables, non ? Malefoy ? Malefoy ? »
Je lui donnai un coup de coude.
« Aïe, heu ! Salope. Ça fait mal. Qui était adorable ?
— Tu as quatre minutes. Ton fils. Lily.
— Mmh, mmh, » murmura-t-il.
Ce son était déjà à la limite du ronflement.
« Trois minutes, lui rappelai-je avec un nouveau coup de coude. Et la fête était vraiment tip top.
— Tu es vraiment impossible ! Pourquoi tu veux pas me laisser dormir ? »
Il étira ses jambes.
« Je dois reconnaître que Pansy sait vraiment comment organiser de belles fêtes. Des fêtes coûteuses, comme Potter a dû s'en rendre compte à ses dépens. Malheureusement, c'est la seule chose qu'elle fasse bien. Et même encore, il faut quand même que ma mère surveille un peu. Elle a une tendance à mettre trop de paillettes. Mais, oui, c'était plutôt pas mal. »
Il bâilla.
« Très bien. On se lève, ma jolie Gryffondor. Cela dit, je suis très déçu de ne pas pouvoir aller au bureau lundi et dire à tout le monde que j'ai passé la nuit avec Granger. »
Seigneur, ça, ça ferait vraiment jaser. Finalement, on parvint à se remettre sur pieds après que Malefoy soit tombé quatre fois contre moi seulement trois.
« Tu es prête ? demanda-t-il. Lumos. Tu sais ce qui est le mieux, avec ce mariage ? Mon fils me parle à nouveau. On a eu quatre conversations en tout, et il ne m'a pas traité de salaud ou de traître une seule fois. Ça vaut la peine d'avoir une Potter comme belle-fille.
— Je sais pas à quoi tu t'attendais. Avec ce truc indélébile sur ton bras. »
Je laissai échapper un bâillement à mon tour.
« Bien sûr, il est allé à Poudlard et a entendu la vérité sur la guerre. Pas la version rose layette que tu lui avais sans aucun doute racontée quand il était gamin. »
Ses épaules, jusque-là décontractées, se raidirent d'un coup.
« La ferme, putain, Granger. Je n'ai pas à me justifier auprès de toi ou mon fils. J'ai fait des erreurs stupides. On en a tous faites. Tes mains sont-elles vraiment totalement propres ? Hein ?
— Plus propres que les tiennes, rétorquai-je. Le fait que tu aies rallié l'Ordre assez tardivement…
— La ferme, » demanda-t-il à nouveau.
Il laissa tomber sa baguette pour m'attraper par les épaules et se mit à me secouer. Fort.
« Imagine que tu aies un enfant et que cet enfant soit tout pour toi. Tout. »
Il me secoua encore pour appuyer ses paroles.
« Tu es marié à une femme pour qui un challenge intellectuel c'est de savoir s'il faut remplacer les rideaux de la salle-à-manger par de la soie rouge ou du velours rouge. Cet enfant t'aime. Il aime sa mère, mais il se rend compte assez tôt que c'est une femme assez insipide, et il se tourne toujours vers toi parce qu'il te fait confiance. Tu aimes cet enfant plus que tu as jamais pensé qu'il était possible d'aimer quelqu'un. Et puis il rentre à l'école et cesse de te parler. De te faire confiance. Se met à te détester. Les enfants sont les choses les plus cruelles au monde. Ils voient les choses en noir et blanc. Il n'y a pas de gris. Tu es méchant. Tu es gentil. Il n'y a rien entre les deux. Il ne pouvait pas comprendre ce que ça avait été pour moi, moi qui avais fait confiance aux adultes que j'avais connus toute ma vie. Qui avais cru en eux. Qui n'avais pas réalisé avant qu'il ne soit trop tard, avant que j'aie été marqué comme du bétail, que Voldemort n'en avait rien à fiche du monde sorcier. Tout ce dont il se souciait était sa propre mortalité. Va expliquer ça à un enfant et fais en sorte qu'il t'écoute. Qu'il comprenne. »
Complètement sobre désormais, il me pressa contre lui avant de me pousser et de me lâcher. Je trébuchai contre le mur du kiosque.
« J'adore ça quand des gens qui n'ont pas d'enfants balancent nonchalamment des phrases telles que « à quoi tu t'attendais ? ». Comme s'ils étaient des experts en éducation parentale. Vas-y, fais-moi tes commentaires. Je t'en prie. Tu as toujours été la plus insupportable des Miss-je-sais-tout.
— La ferme, Malefoy, prévins-je.
— Je m'attendais à ce qu'il comprenne. Mais pardonne-moi. »
Et voilà. C'était là, pile à l'endroit attendu. Le mépris à la Malefoy, le dédain.
« J'aurais dû te demander ton opinion. Ton manque d'expérience, le fait que tu n'aies pas d'enfant ne sont absolument pas gênants pour que tu m'éduques sur la bonne manière, la manière appropriée de parler à mon fils de mes jours paradisiaques en tant que Mangemort. Tu pourrais écrire ça sur un post-it. C'est ton style…
— Ferme-la, bordel ! hurlai-je.
— Ecoute-moi. »
Il pointa un doigt dans ma direction.
« Juste parce que toi et Weasley avez décidé de ne pas faire don au monde de petits rouquins parce que tu étais trop occupée à gribouiller ces fameux post-its, ne t'imagine pas que tu peux me dire quoi faire ou ce que mon fils devrait faire. Je suppose que le post-it « faire des enfants » s'est perdu sous le dossier « urgent ». Emploi du temps chargé et tout ça… »
Je voulais le tuer. Littéralement le tuer. Je me jetai sur lui, les ongles en premier, ne voulant qu'arracher sa peau, faire mal, laisser des marques, déchiqueter.
« Salaud, putain de salaud, » hurlai-je.
Aussi rapide que j'aie été, il réagit trop vite pour moi. Il essaya d'attraper mes bras, de m'arrêter.
« Je peux pas avoir, pas avoir… »
Je le frappai à la tête, attrapai une oreille et tordis. Il hurla de douleur et mit sa tête hors de portée. Bien.
« A cause de ta putain de salope de tante… pas d'enfants… maléfice. »
Ma main érafla sa joue.
« Maléfice… »
Il attrapa un de mes poignets et le coinça derrière mon dos, bien serré, essayant de m'arrêter. Oh putain, ça faisait mal, si mal, mais je ne m'arrêtai pas pour autant. Je voulais lui faire mal. J'essayai d'agripper ses cheveux de mon autre bras, de lui briser les mollets à coups de talons. Je voulais faire éclater ses os.
« Arrête ça. Bon sang, arrête ou je te casse le bras ! » cria-t-il.
Et il serra mon bras encore plus fort. La douleur ravagea tout mon corps et son intensité coupa net ma crise d'hystérie. Je m'effondrai contre lui en pleurant doucement. Il lâcha mon bras pour me faire doucement pivoter et ensuite me tint contre lui pendant que je pleurais toutes les larmes de mon corps.
Je portai une main à mon visage, l'autre à mon ventre stérile, et je me cachai dans son épaule, pleurant pour tous les enfants que Ron et moi n'aurions jamais.
A un moment donné, je réalisai qu'il me caressait la tête, doucement mais fermement. Il ne me dit pas « chut » ou que tout irait bien. Ce pour quoi je lui fus reconnaissante. Il n'y a rien de pire que quelqu'un qui essaye de vous dire que votre chagrin n'est rien. Il y a des choses dont vous portez le deuil pour toujours. Je pensais que j'avais dépassé ça je n'avais pas pleuré comme ça depuis des années. Mais durant la fête, Lily portait déjà une main protectrice sur son ventre, et la main de Dominic suivait la sienne, et alors il me fallait combattre le besoin impérieux de me mettre à pleurer et d'enrager encore contre les machinations diaboliques de Bellatrix Lestrange.
Je frissonnai et il me serra un peu plus fort.
« Bellatrix ?
— Oui. »
La dernière chose qu'elle avait faite avant que Kingsley Shacklebolt ne la tue.
« Elle m'a dit avant de lancer le maléfice : 'Une Sang de Bourbe en moins pour polluer l'air', et puis elle a visé. »
Et elle savait que Kingsley était derrière moi, mais au lieu de repousser son sort, elle a préféré me jeter ce maléfice. Ses yeux terrifiants avaient brillé d'une joie malsaine à la pensée que son dernier acte serait de me priver pour toujours de mes enfants. Qu'est-ce qui peut bien pousser une femme à préférer que je vive ma vie en sachant que je ne pourrais jamais avoir d'enfants à cause d'elle plutôt que de me tuer ?
« Ste Mangouste ? »
Sa voix, basse et râpeuse, disait qu'il savait déjà la réponse.
« Sans espoir. Les Guérisseurs ont dit que c'était comme si un incendie avait ravagé mes organes. Apparemment, ils savent faire repousser des os, mais pas un utérus. »
J'avais fait des cauchemars pendant des années après cette visite à Ste Mangouste. Pas les cauchemars normaux où tout est si bizarre que même au milieu de l'horreur vous pouvez vous consoler en vous disant que c'est juste un rêve. Ces cauchemars rejouaient la scène où les Guérisseurs nous avaient dit ce que le maléfice m'avait fait et expliquaient que c'était sans espoir – l'expression sur le visage de Ron quand il avait compris que nous n'aurions jamais d'enfants. Et ensuite on a acheté deux maisons côte à côte, tous les quatre, et ça me hantait quand le weekend il passait la nuit chez Harry et Ginny, à jouer avec ses nièces et ses neveux, pendant que je me serrais dans mon lit en position fœtale, et que je les entendais s'amuser depuis la fenêtre ouverte. Au bout d'un moment, je fermais la fenêtre pour bloquer le son des rires de Ron et les glapissements des enfants, mais je pouvais toujours les entendre.
« Hermione, chuchota Malefoy à mon oreille. Je suis désolé. Je ne savais pas. Je suis souvent intentionnellement cruel, mais ça m'arrive rarement de l'être sans le vouloir. Désolé, tellement désolé. »
Et il m'embrassa sur le front et me serra fort contre lui, me faisant crier à cause de la pression sur mon bras douloureux.
« Oh, ton bras, » murmura-t-il.
Après un Accio baguette, on a commencé à se soigner l'un l'autre. Mon bras d'abord, et puis il m'a passé la baguette et j'ai fait disparaître les bleus et les griffures que je lui avais faites. Quand ce fut terminé, on est resté un moment à se regarder, sobres et épuisés, et puis il a remonté une main vers mes cheveux et a repoussé les mèches qui s'étaient collées à mon visage mouillé par les larmes. Il essuya les larmes, et puis sur une dernière caresse me demanda :
« Prête ? »
Je hochai la tête. On retourna au château en silence. Sur les marches il dit :
« Je vais fumer une clope, vas-y. »
Reconnaissant tacitement que ma réputation serait en lambeaux si on nous voyait revenir ensemble du jardin, autour de ce que je supposais être trois heures du matin. Trop fatiguée pour répondre autre chose que :
« Bonne nuit, Malefoy, »
Je me traînai jusqu'à la tour de Gryffondor où Ron et moi passions la nuit. En me basant sur la quantité de champagne qu'il avait ingurgitée durant la réception, je supposai qu'il s'était déjà écroulé. Et effectivement, j'entendis ses ronflements avant même de rentrer dans la pièce. Je le tournai du côté sur lequel il ne ronfle pas, et remontai une couverture sur son épaule nue. Allant me mettre à la fenêtre, je vis le point rouge de la cigarette de Malefoy qui s'embrasait un peu plus quand il tirait une bouffée. Au bout d'une minute, il disparut. Je me déshabillai et me glissai dans le lit, me collant contre le dos de Ron. En reniflant, il s'appuya contre moi et se débrouilla pour amener mon bras contre sa poitrine. J'écoutai sa respiration redevenir régulière avant de murmurer à son oreille mon excuse rituelle, comme chaque nuit avant que je m'endorme :
« Je suis désolée, Ron. Tellement, tellement désolée. »
NdT :
Merci beaucoup à vous tous pour vos réactions à ce premier chapitre !
Ca fait vraiment très plaisir et ça motive à fond de se sentir soutenue comme ça !
Alors, puisqu'il y en avait qui posaient la question, sachez que cette fic fait 14 chapitres en tout, et que je vais essayer d'en poster un par semaine.
A la semaine prochaine, donc, et en n'attendant, n'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce deuxième chapitre ! ^^
