Chapitre deux : Lame de sang et lame de vent.
Le navire de la marine voguait, toutes voiles déployées, en direction de Shell. On frappa à la porte d'une cabine.
- Entrez.
- Vice-amiral Willows.
Le lieutenant, un dossier à la main, entra dans la cabine de son supérieur. Lequel était assis sur sa chaise, à classer des documents et des rapports.
- J'ai les informations que vous vouliez.
- Merci, lieutenant Trelawnay. Maintenant, dites-moi un peu ce qu'en dit le quartier général.
L'officier ouvrit le dossier et sortit une fiche qu'il donna à son supérieur tout en lui en résumant le contenu.
- Le nom de "Vent Tranchant" est effectivement connu de nos services. Il a été entendu pour la première fois dans la première partie de Grand Line. Akina "Vent Tranchant" pour être exact. Il s'agit d'une jeune femme de dix-sept ans, un mètre soixante-dix, longs cheveux bruns, yeux marrons. Elle serait accompagnée de son jeune frère, Hayate "Lion Noir", douze ans, entre un mètre soixante et un mètre soixante-cinq, cheveux bruns et courts, yeux marrons, et d'une autre jeune fille, Holly "l'Illusionniste", dix-huit ans, un mètre quatre-vingt, cheveux blonds, yeux bleus. Notez qu'ils sont tous trois utilisateurs de fruits du démon. Ils ont commencé à faire parler d'eux il y a deux ans, du côté d'Alabasta, en mettant au tapis un groupe de pirates qui ravageaient les côtes du pays. Ils ont respectivement soixante-dix millions, trente millions et soixante-cinq millions de berrys de prime sur leurs têtes.
- Ils sont bien jeunes, je trouve, pour de telles primes, remarqua le vice-amiral. Vous savez d'où ils viennent, ce qu'ils ont fait avant, ce genre de chose ?
Trelawnay se crispa. On en arrivait à la partie la plus délicate du rapport.
- Et bien… En fait, on… On en sait très peu à leur sujet. Après Alabasta, ils ont été vus à Jaya, Water Seven et Shabondy. Ils ont deux autres équipages de bas niveau à leur tableau de chasse. Et maintenant, les voilà ici, sur East Blue. Mais on ignore s'ils sont passés par le Nouveau monde, ou s'ils ont quitté Grand Line avant.
- Et ils ont fait tout ça rien qu'à eux trois, malgré leur jeune âge ?
Ned Willows n'était pas dupe. Le lieutenant n'avait pas encore tout dit, et il était peu probable que trois gamins puissent se promener comme bon leur semble sur la route de tous les périls. Il ne restait donc qu'une solution.
- J'imagine qu'ils faisaient partis d'un équipage et qu'ils l'ont quitté pour faire bande à part ? demanda l'officier supérieur en constatant que son subalterne ne reprenait toujours pas ses explications
- En… En effet, finit par dire ce dernier.
- Et de quel équipage viennent-ils ?
Le lieutenant, de plus en plus tendu, lui tendit un autre papier, qu'il lut aussitôt. Lorsqu'il vit le nom de l'équipage en question, il blêmit. Il se leva brutalement de sa chaise et regarda Trelawnay comme si celui-ci venait de lui faire une mauvaise blague. D'ailleurs…
- C'est une plaisanterie ?
- Vous… Vous êtes… des pirates de Grand Line !
- Exactement, répondit Akina. Et toi, tu vas passer un sale quart d'heure.
Bugsy n'en croyait pas ses yeux. Maintenant qu'il connaissait leurs noms, il se souvenait parfaitement d'eux. Et ça semblait réciproque. Butch aussi les reconnu, mais ne lâcha pas le sabre de Bradley pour autant. De toute façon, le mercenaire était trop intrigué par ce qui se passait pour s'en préoccuper.
Le gangster reprit tant bien que mal contenance, tira une longue bouffée sur son cigare, et souffla lentement la fumée.
- Tu crois vraiment que tu vas pouvoir me faire passer un sale quart d'heure ? Demanda-t-il.
- Oui, je crois, répondit la brune d'un air sûr.
Bugsy éclata de rire. Mais c'était un rire jaune, un rire nerveux, car il savait que les deux jeunes gens n'étaient pas des enfants de chœur. Akina sentit son appréhension et décida de s'amuser un peu avec lui.
- Dis donc, le vieux Bege est plus capable de tenir ses hommes, ou bien il préfère ne pas perdre son temps à s'occuper des plus faibles ? Remarque, il est plus tout jeune, le yonkou.
Bugsy n'entendit pas la fin de la phrase, car il avait fait un arrêt sur image avant. Lorsqu'il revint à lui, il fulmina.
- Attends un peu, m'key ? Tu insinues que je suis faible, m'key ? Tu me prends pour un gringalet, une limace, un mec pas capable de piquer sa sucette à un bébé, m'key ? C'est ça, m'key ?
- Ben… commença la jeune pirate, un peu surprise quand même. J'aurais pas employé tous ces termes, mais, dans l'ensemble, oui, c'est bien ça.
La fumée ne sortait plus seulement de la bouche du gangster, mais aussi de son nez et de ses oreilles.
- C'est vrai que je suis le commandant le plus faible de la grande flotte du yonkou Capone "Gang" Bege, hurla-t-il, mais c'est pas une raison pour se moquer, m'key ?
Silence de la part des acteurs et spectateurs du combat. Puis Bradley rompit ce silence.
- Whoa ! Il a reconnu qu'il était faible.
- Incroyable, articula péniblement Hayate, qui, après avoir reprit forme humaine, s'était écroulé de rire.
- Pitoyable, marmonna Akina, néanmoins amusée par la petite crise de son adversaire.
- Y a des fois où je me demande ce que j'ai fait au padre pour m'être retrouvé sous les ordres de ce type, gémit Butch.
Ce qui n'échappa pas au type en question.
- Butch, t'es qu'un crétin, m'key ? Tu devrais plutôt me soutenir, m'key ?
Le petit homme se tourna vivement vers la jeune femme. Vif comme l'éclair, il sortit un pistolet de sous sa veste et tira sur Akina, qui réagit aussitôt.
- Soru !
La pirate disparut soudainement et réapparut derrière le gangster, mais elle s'étala de tout son long.
- Aïe ! Gémit-elle. On dirait que j'ai encore besoin de travailler l'atterrissage.
Surpris par cette technique, Bugsy resta figé un moment. Même Butch commença à relâcher sa prise sur Ryuketsu No Ken.
- C'était quoi, cette technique ? S'étonna Bradley.
Hayate, qui avait réussi à se calmer, éclata de rire une nouvelle fois, mais cette fois, c'était de sa sœur qu'il se moquait. Il ne vit que trop tard le poing courroucé d'une furie brune lui fracasser le crane et lui faire voir trente-six chandelles. Après quoi Akina se frotta les mains et se tourna vers Bugsy.
- Bon, ça, c'est fait. Ca lui apprendra à se moquer de moi.
Elle se mit en garde, sa lame en avant.
- A nous deux maintenant. Wind blade ! (Lame de vent)
Quelque chose commença à tournoyer autour de sa lame. Rapidement, une mini-tornade se forma. Akina fendit alors l'air de son sabre en prononçant le nom de sa technique.
- Slice-wind ! (Tranche-vent)
Une lame d'air fonça vers Bugsy, qui se jeta par terre juste à temps pour esquiver le coup. Mais la pile de caisses qui se trouvait derrière lui fut fauchée. Les caisses touchées par la lame d'air volèrent en éclats, tandis que celles situées au dessus s'écroulèrent, privées de leur support, dans un fracas assourdissant. Le gangster se releva aussitôt et se tourna vers le tas de caisses et de débris.
- C'est bien ce que j'avais entendu dire, dit-il. Un fruit du démon. Le Kama Kama No Mi, le fruit des lames de vent.
- Exact, confirma Akina. Je peux créer des lames de vent aussi tranchantes que les sabres les plus aiguisés.
- Ca craint, marmonna Butch, qui s'était avancé vers les deux duellistes.
- Dis, t'as pas oublié quelque chose ?
Le grand costaud se retourna juste à temps pour voir venir l'attaque du sabreur dont il avait lâché l'arme.
- Chikyü no aruji no ikari ! (Colère du seigneur de la terre)
Bradley planta son sabre dans le sol et fonça vers son adversaire. Au dernier moment, il dégagea sa lame et donna un coup montant à son ennemi. Butch, bien que tentant de bloquer le coup avec ses gants recouverts de métal, prit l'attaque de plein fouet et fut projeté en arrière, le torse et les bras en sang. Le fait est que, lorsqu'elle fut libérée de la résistance que lui opposait la terre, la lame du mercenaire avait gagné en vitesse, et le coup, en puissance.
Aussi, malgré sa garde d'habitude efficace, le colosse ne put parer comme il le voulait. Mais la blessure n'était pas si grave, et il put se relever, prêt pour le round suivant.
- Tu es fort, Leroy Bradley, dit calmement le pirate-gangster. Mais est-ce suffisant pour me battre ?
- Si je peux te faire saigner, c'est que je suis assez fort pour te tuer, répliqua froidement le mercenaire. J'en ai maté des plus coriaces que toi.
- Ca, c'est ce que tu crois, dit Butch en chargeant son adversaire.
Lequel bondit en avant pour l'intercepter.
De son côté, Bugsy faisait face à Akina. La jeune pirate avait déjà préparé son arme pour une nouvelle attaque, et une petite tornade entourait la lame. Le gangster était confiant. Il avait en effet établie un plan qui rendrait son adversaire inoffensive. Il devait juste attendre le bon moment pour frapper. Akina, quant à elle, constata que l'homme qui lui faisait face était trop détendu pour que ce soit normal. Sentant venir un coup tordu, elle se décida quand même à attaquer.
- Double slice-wind !
Akina fit faire un aller-retour à son sabre, mais à des hauteurs différentes. Une nouvelle lame d'air, suivie de près par une seconde, plus basse, fonça vers le gangster, qui, de justesse, parvint à passer sous la première, puis à sauter par-dessus la seconde.
- C'est le moment, dit-il pour lui-même.
Il braqua son pistolet en direction de la jeune femme et tira. Mais c'est son arme qu'il visait réellement. Le petit sabre échappa des mains d'Akina qui se retrouva alors désarmée.
- Alors, se réjouit Bugsy, que vas-tu faire sans ton sabre, à présent ?
- Ca, répondit-elle en lui touchant l'épaule gauche de son index. Air-razor finger ! (Doigt-rasoir aérien)
L'impact projeta Bugsy en arrière, et il avait désormais une large coupure à l'épaule.
- Espèce de sale…
- J'ai jamais dit que mon pouvoir ne marchait qu'avec une arme, expliqua la jeune fille. Je peux faire des lames d'air avec n'importe quelle partie de mon corps comme avec tout objet que j'ai en main.
Elle tendit ses bras en avant et des minis tornades se formèrent autour.
- Sharp snapping fingers ! (claquements de doigts tranchants)
Akina claqua des doigts à plusieurs reprises. A chaque fois, une petite lame de vent fonçait droit devant elle. Bugsy, bien que cherchant à les esquiver, s'en prit plusieurs en pleine poitrine, et même son pistolet fut tranché. L'homme s'écrasa dans le tas de caisse et ne bougea plus.
Pendant ce temps, Bradley et Butch continuait leur combat. Malgré sa blessure, le pirate-gangster était un rude adversaire. Le jeune mercenaire frappait de taille et d'estoc, mais l'autre esquivait ou parait, puis contrattaquait aussitôt. Mais Bradley bloquait lui aussi les coups de son ennemi avant de revenir à la charge. Ils s'enlisaient peu à peu dans le statu quo, chacun tenant fermement face aux attaques de l'autre.
Akina, qui avait abandonné son adversaire à son sort, regardait ce duel d'un air fort intéressé.
Mmmm…, pensa-t-elle. Il a de la technique. Il est fort, et rapide. Bon jeu de jambe. Son œil en moins ne semble pas être un gros handicap. Il sait également bien juger son adversaire. Pas de doute, il ferait un bon nakama.
Puis elle afficha une expression pensive.
C'est marrant, y a quelque chose chez lui qui me rappelle étrangement quelqu'un.
Un déclic retentit juste derrière elle, et elle sentit le canon d'une arme entrer en contact avec l'arrière de sa tête. Bugsy s'était relevé plus tôt que prévu.
- Tu as commis une grosse erreur, tu sais, m'key ? Tu m'as tourné le dos, m'key ?
- Mince, fit Akina, lasse, tu pouvais pas crever bien gentiment dans ton coin ?
- C'est toi qui va crever, m'key ? Et quand je t'aurais abattu, j'irais m'occuper de l'autre enfoi…
- LION PUNCH !
Le gangster fut de nouveau projeté dans le décors, mais cette fois-ci, c'était sous le coup de poing d'un Hayate en forme hybride.
- Non mais oh, grogna le jeune homme en reprenant sa forme humaine.
- Merci, frangin, dit Akina, tout sourire.
- Je te préviens, ça va te coûter cher, soeurette.
- On verra ça plus tard. Pour le moment, j'aimerai bien m'entretenir avec notre homme.
- Il a l'air occupé, remarqua le jeune garçon.
Le mercenaire l'avait entendu.
- Plus pour longtemps, marmonna-t-il en bondissant en arrière.
Les deux combattants soufflèrent un instant. Butch mit ce temps à profit pour voir ce qu'était devenu son patron. Lorsqu'il le vit dans un sale état, il se dirigea vers lui, comme si de rien n'était, à la surprise des trois autres.
- Eh ! Attends ! S'exclama Bradley. On a pas fini tous les deux.
- Fini quoi ? Demanda le colosse. Dans la mesure où mon chef est à terre, pour moi, le combat est terminé.
Butch ramassa Bugsy et le prit sous son bras. Puis il commença à s'éloigner.
- Tu es fort, j'en conviens. Mais dans tous les cas, comme je n'ai rien personnellement contre toi, je ne vois pas l'intérêt de poursuivre ce duel.
Il s'arrêta et se retourna une dernière fois vers les trois jeunes.
- Bugsy est plutôt du genre vindicatif. Aussi, il est fort probable qu'une fois qu'il sera rétabli, il décide de vous faire payer cet affront. On se reverra à ce moment là. Au revoir.
Puis il fit volte-face et partit en courant, Bugsy toujours sous le bras, laissant le mercenaire sur place.
Bradley semblait choqué que son adversaire ait quitté ainsi le combat.
- Il… Il est partie, parvint-il à articuler. Bah, pas grave.
Son changement d'avis si soudain fit tomber les deux autres à la renverse.
- Mais c'est quoi, ce mec ? S'interrogea Hayate.
- C'est pas possible de changer d'avis aussi vite, marmonna Akina.
- De toute façon, c'était pas un combat super intéressant.
Le mercenaire s'approcha du corps d'un des hommes de Bugsy et se servit de sa veste pour nettoyer son sabre. Pendant ce temps, Akina se rendit compte d'un problème majeur.
- Mince, avec tout ça, on va se faire repérer par la marine. Faut pas qu'on traine ici.
- Je te signale que c'est toi qui est venu m'aider, lui rappela Bradley.
- Bah de toute façon, c'est pas grave, dit Hayate. Ils ont d'autres choses en tête à l'heure qu'il est.
- Eh, c'est vrai, ça, remarqua le bretteur. Je pensais qu'ils seraient déjà arrivés pour calmer la situation.
- Vous inquiétez pas, j'ai prévu le coup, expliqua le jeune garçon.
- Vite ! Eteignez ce feu !
Le colonel Lovegood, un homme de grande taille reconnaissable à ses moustaches noires en spirales et à ses cheveux qui faisaient des anglaises, menait ses hommes pour combattre l'incendie qui ravageait la salle d'arme de la caserne.
- Apportez plus de seau ! Et où sont les lances à incendies ? Et si jamais je mets la main sur celui qui a fait ça…
Akina en était bouche-bée.
- Tu as fait quoi ? Demanda-t-elle, sa voix grimpant dans des aigues à vous percer les tympans.
- Bah, je me suis dit que ça serait gênant qu'ils nous tombent dessus, alors après avoir rangé les affaires dans le bateau, j'ai fait en sorte que les marines soient occupés ailleurs.
Le jeune garçon affichait un grand sourire naïf, tandis que sa sœur, ainsi que le mercenaire, regardaient, abasourdis, le nuage de fumée qui s'élevait de la base.
- Tu as mis… le feu… à la base… de la marine ? Articula péniblement la brune.
- Alors, elle est pas bonne, mon idée ? Demanda Hayate.
Il se retrouva allongé au sol, des étoiles tourbillonnant autour de sa tête, une énorme bosse au sommet du crane. Akina, quant à elle, avait le poing droit tout fumant, et son visage était déformé par la fureur.
- Nan, mais qu'est-ce qui m'a donné un frangin pareil ? Hurla-t-elle, hors d'elle.
- Eh ben, vous y aller pas de main morte, tout les deux, nota l'escrimeur.
- Ca te pose un problème ?
- Euh… Non, non… répondit Bradley, quelque peu terrifié par la colère de la jeune femme.
Akina poussa un long soupir de désespoir en posant sa main droite sur son front, tandis que la gauche se collait à sa hanche.
- Comme si on avait besoin de ça. On a déjà des primes sur nos têtes, mais on nous cherche surtout sur Grand Line, et j'espérais pouvoir faire profil bas le temps de former l'équipage.
- Combien, les primes ?
- Soixante-dix millions pour moi, et trente millions pour l'andouille qui me sert de frère, répondit-elle machinalement.
- Intéressant.
Akina se figea et regarda attentivement Bradley. Une lueur prédatrice brillait dans son regard.
- Ca fait un total de cent millions de berrys. Ca devrait rendre ma quête plus simple.
Le regard des deux jeunes gens se croisa. Akina prit un air tendu, tandis que Hayate, qui se relevait, les observait tour à tour, attendant la suite. La jeune pirate rompit le silence qui s'était installé.
- Si tu tiens à la vie, dit-elle froidement, je te conseille de ne plus jamais sortir ce genre d'âneries.
- Sinon quoi ?
La tension était palpable. Les deux jeunes gens s'envoyaient des regards meurtriers. Puis Bradley sourit, avant de se mettre à rire.
- Ca va, je plaisantais, dit-il après s'être calmé.
- Et c'est moi qui ait un sens de l'humour douteux ? Rugit Akina, provoquant un nouvel éclat de rire de la part du jeune homme.
Mais l'atmosphère se détendit complètement, et les deux pirates se laissèrent gagner par le fou-rire du bretteur. Après quelques minutes à se gondoler sous le regard étonné des passants et des rares témoins du combat, tous trois se calmèrent, puis Bradley posa la question qui lui vint à l'esprit.
- Qu'est-ce que vous me voulez exactement ?
- En fait, répondit Akina, nous sommes en train de former un équipage de pirate.
- Et on pensait t'engager, ajouta Hayate.
- Moi ? Un pirate ? Elle est bien bonne celle-là.
Le mercenaire n'avait pas l'air intéressé, et commença à s'éloigner.
- Les pirates, je les traque, et je les livre à la marine. Quand je ne les tue pas. Désolé, mais c'est non. Comme vous m'avez aidé, je vous laisse tranquille pour le moment, mais si jamais nos routes se croisent à nouveaux, je ne serais pas si conciliant. Allez, au revoir.
- Avant de partir, si tu écoutais ma proposition ? L'interpella la brunette. Ca devrait t'intéresser.
L'homme s'arrêta et se retourna à moitié.
- Dis toujours. Mais rien ne garantit que j'accepte pour autant.
Akina le rejoignit d'un pas lent.
- Je sais que tu souhaites devenir le plus grand épéiste du monde.
- C'est un secret pour personne.
- Mais pour y parvenir, tu dois trouver, provoquer en duel et vaincre le tenant actuel du titre. C'est-à-dire Roronoa.
- Et ?
Le mercenaire avait froncé les sourcils. Il savait déjà ça, et ne voyait pas où la jeune femme voulait en venir. Celle-ci poursuivit.
- Tes chances de le trouver sont extrêmement faibles. Les Mugiwaras bougent tout le temps, et lorsqu'ils sont sur Grand Line, ils vivent au rythme de leur log pose. Ils s'éternisent rarement plus que nécessaire sur une ile. Ils peuvent être n'importe où en ce monde, et s'ils sont sur la route de tous les périls, ils n'en seront que plus difficiles à atteindre.
- Je ne vois toujours pas…
Akina venait de dépasser Bradley et s'était mise devant lui.
- Grand Line est composée de plusieurs routes différentes, continua-t-elle, allant des Caps Jumeaux à l'archipel Shabondy. Puis une fois passé de l'autre côté de Red Line, on a encore plusieurs routes qui vont jusqu'à la fin de Grand Line, là où se trouve normalement Rough Tell. Tout ça pour dire que le facteur chance a une place prédominante dans la réalisation de tes objectifs.
Le mercenaire ne put s'empêcher de soupirer de lassitude.
- Tu n'imagines pas le nombre de fois où on m'a dit ça. Je sais que trouver Roronoa ne sera pas chose aisée. Et le battre encore moins. Mais c'est le but que je me suis fixé, et je l'atteindrait, coûte que coûte. Rien ni personne ne m'en empêchera.
Il lui ressemble, pensa Akina en voyant la conviction qui brillait dans l'œil valide du bretteur. Je me demande si…
La jeune femme laissa ses pensées de côté et fit un grand sourire au mercenaire.
- Je suis bien contente de voir que tu es prêt à tout pour réaliser tes rêves. Et en fait, j'ai bien envie de t'aider.
Il y eut un blanc de la part du bretteur. Celui-ci en était bouche bée, et avait l'impression d'avoir mal entendu.
- Pardon, dit-il quand il parvint à se reprendre. Tu dis que tu veux m'aider ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- Je te l'ai dit, expliqua Akina. J'aimerais faire de toi un membre de notre équipage.
- Et on peut savoir comment tu comptes m'aider ? Demanda Bradley, pas très convaincu.
Akina lui adressa un sourire mutin puis se retourna et s'éloigna un peu du jeune homme.
- Il s'avère, dit-elle, que j'ai en ma possession un moyen de trouver les Mugiwaras - et accessoirement Roronoa - à tout moment, et où qu'ils soient.
Bradley la regardait comme si elle était devenue folle. Quoi, c'était donc si simple ? Il suffisait que cette fille se ramène pour que son but devienne plus proche ? Il avait vraiment du mal à y croire.
- Et… C'est quoi, ce moyen ? Demanda-t-il, sceptique.
- Tu crois quand même pas que je vais te le dire, répondit la brune en se retournant. Qu'est-ce qui me garantit que tu n'essayeras pas de t'emparer de ce moyen et de me tuer ?
Donc, ce serait possible grâce à un objet quelconque, pensa Bradley.
Le jeune homme réfléchit à vive allure. S'il s'était lancé dans une carrière de chasseur de prime, c'était d'une part, pour gagner de l'expérience en combattant les criminels et des ennemis de plus en plus puissants, mais aussi parce qu'il pensait que se faire des contacts au sein de la marine lui permettrait de localiser sa cible principale plus facilement. Mais là, une pirate lui proposait de le guider carrément jusqu'à l'homme qu'il cherchait. L'occasion était trop belle. Aussi, envisageait-il d'accepter. Mais avant, il fallait qu'il vérifie un détail.
- Tu me garantis que tu pourras m'emmener à Roronoa à tout moment et où qu'il soit ?
Akina ne put réprimer un grand sourire. A ses yeux, la victoire était acquise.
- Je n'ai qu'une parole. Je te mènerai jusqu'à lui. Je te le promets.
Elle lui tendit la main. Bradley la saisit et la serra en guise d'accord.
- Ok, capitaine. Je viens avec vous.
Mais il tira subitement la brune à lui, se plaqua dans son dos et lui passa sa lame sous la gorge.
- Mais je te préviens que si jamais je me rends compte que tu t'es moqué de moi, ou si jamais tu te mets, à un moment ou un autre, en travers de ma route, je te tues. C'est bien clair ?
Hayate vit sa sœur afficher un air amusé. Loin de s'inquiéter, il répondit à son sourire. Puis la jeune femme posa sa main sur le bras droit de l'escrimeur, et le poussa doucement.
- Je te l'ai dit. Je n'ai qu'une parole.
Puis, sans crier gare, elle souleva le bras du bretteur, le fit voler par-dessus elle et l'étala au sol avant qu'il ne se rende compte de ce qui lui arrivait.
- Et pour ce qui est de me tuer, ne crois pas que ce soit aussi facile, ajouta-t-elle.
Puis elle aida Bradley à se relever. Le jeune homme n'avait toujours pas compris ce qui lui était arrivé. Hayate, quant à lui, les rejoignit en riant. Il tendit son sabre à sa sœur et alla vers le bateau. Akina se tourna vers le mercenaire.
- On ferait mieux d'y aller. Les soldats ne vont pas tarder à maitriser l'incendie, et je n'ai pas envie qu'ils nous identifient.
- Comment on s'organise pour les bateaux ? Demanda le sabreur, en suivant la jeune femme.
- Prends le tien et suis-nous. On verra après, à notre prochaine escale.
Bradley alla à son bateau, Akina et Hayate au leur. Les deux embarcations s'éloignèrent des quais, se rejoignirent, puis voguèrent de concert vers l'horizon. Lorsque le colonel Lovegood et ses hommes, noircis par leur lutte contre les flammes, arrivèrent sur les quais, il était trop tard.
- Mais que s'est-il passé ici ? S'exclama le colonel en voyant les corps inanimés et les traces diverses du combat.
- Un règlement de compte, dit un témoin.
- Deux jeunes pirates et le mercenaire Leroy Bradley contre des hommes de Capone Bege, dit un autre.
- Ils sont tous partis, dit un troisième.
Lovegood n'en croyait pas ses oreilles.
- De quel droit règlent-ils leurs comptes sur une voie publique ? Grogna-t-il. Qu'on les retrouve, et qu'on les arrête, dit-il à ses hommes. Ca va pas se passer comme ça.
- Colonel ! S'écria un soldat qui arriva en courant.
- Que se passe-t-il ? Demanda l'officier en se retournant vers le nouvel arrivant.
- Le vice-amiral Willows arrive. Il sera ici dans quelques heures.
- Manquait plus que ça, maugréa le colonel.
- On est que trois ? Demanda le bretteur.
- Avec toi, ça fait quatre, répondit Hayate, alors que les deux petits voiliers s'éloignaient de plus en plus de Shell.
- Notre amie Holly est partie en repérage, expliqua la capitaine. Elle doit nous trouver d'autres nakamas, et un navire digne de ce nom.
- Toute seule ? S'étonna Bradley. Ca va aller pour elle ?
- T'inquiète pas, le rassura Akina. C'est plus pour ceux qui s'en prendraient à elle que je m'en ferais.
Un groupe d'hommes armés jusqu'aux dents courait dans une sombre ruelle. Ils arrivèrent rapidement à un croisement.
- Où est-elle passée ? Demanda l'un d'eux.
- Je sais pas, dit un autre.
Dans l'ombre, une jeune femme blonde observait ses poursuivants, un sourire amusé aux lèvres.
- Dark nightmare ! (cauchemar sombre)
La voix était calme, chaude et sensuelle. Mais les mots, eux, étaient porteurs d'une terrible promesse pour les hommes qui se tenaient au croisement.
- Elle est là !
- Où ça ?
- Là !
- Non, elle est là !
- Mais non, elle est là !
- Mais qu'est-ce que… AAAARRRRGGGGHHH !
Les hommes, en proie à de mystérieuses visions, tirèrent dans tous les sens, s'entretuant sans même s'en rendre compte. Les survivants en vinrent aux épées, et se tailladèrent dans le même état d'esprit. Et tout ça sous le regard fasciné de la jeune femme, perchée sur un toit, juste au-dessus du croisement.
- Mmmm, intéressant. On dirait que mes petits effets leur ont fait de l'effet.
Elle ria toute seule de sa petite plaisanterie avant de se reprendre.
- Hum. Je crois que maman a un peu trop d'influence sur mon sens de l'humour.
