« Je te déteste Shizu-chan. »
Il n'eut aucune réponse. Après tout l'appartement était déjà vide. Le blond venait juste de le laisser, la porte avec claqué laissant ensuite le silence. Pourquoi continuait-il sur cette piste ? Il était évident que l'ancien barman n'était absolument plus touché par ce qu'il pouvait lui dire après l'acte. Non c'était maintenant Izaya lui-même qui se posait des questions. Ca tournait en n'importe quoi. Aurait-il mal calculé une partie de son plan pour que Shizu-chan ait des gestes affectifs envers lui. Il n'en voulait pas. Ce n'était absolument pas ce qu'il recherchait dans cette relation. Sinon il aurait prit n'importe qui d'autre mais pas Shizuo. Ca semblait logique tellement logique mais bien sûr pas pour lui. Le collecteur de dettes restait bel et bien toujours aussi imprévisible, qu'est-ce qu'il pouvait détester cette partie de sa personnalité. Il détestait aussi lorsqu'il le prenait dans ses bras lorsqu'il avait l'impression d'avoir été trop violent. Cela lui était presque insupportable. Comme ça ils pourraient presque ressembler à un couple. Or ce n'était pas le cas. Ca ne devait pas être le cas. Tout ce qui les liait était une haine réciproquement partagée. Ce plan n'était là que pour entretenir la monstruosité du blond, rien de plus. D'ailleurs ça ne marchait plus du tout. L'informateur se mordilla la lèvre. Comment Shizu-chan en était-il venu à être aussi doux avec lui… A moins que…
Peut-être que le garde du corps avait comprit que personnes d'autre ne pourrait jamais vouloir de lui. Alors il se contentait de ce qu'il avait sous la main pour simuler. Faisant semblant d'être en couple avec Izaya puisqu'il n'avait personne d'autre. C'était un peu tiré par les cheveux, le brun en convenait. Pourtant c'était possible après tout c'était de Shizu-chan dont on parlait. L'homme le plus imprévisible d'Ikekuburo. Cette solution ne plaisait pourtant pas vraiment à l'informateur. Si de la tendresse et de l'affection venait s'ajouter à leurs échanges alors on pouvait très bien dire que c'était de l'amour. Ridicule. C'était tout à fait ridicule en plus d'être impossible. Maudit Shizu-chan. Comment pouvait-il transformer un nouveau jeu aussi bien ?
Effectivement ce jeu lui plaisait, après tout même si ce dernier était violent il arriver aussi à le faire monter bien au-delà de ça. Il ne savait pas comment cet protozoaire faisait pour rendre ça aussi bien. Izaya n'en était pas à sa première fois, il n'était pas un expert non plus. Il ne pouvait pas accorder son temps qu'à un seul humain après tout mais il avait déjà testé. C'était là que le blond devenait particulier, avec lui c'était différent de tout ce qu'il avait pu connaître avant. A l'inverse il pouvait se féliciter d'avoir réussi à voler la première fois de Shizu-chan. C'était quelque chose qu'il lui avait définitivement prit et qu'il ne reverrait jamais. Malgré tout ça… le jeu avait duré assez… voir trop longtemps. Il devait maintenant y mettre fin. C'était vraiment dommage…
L'informateur se releva dans le lit avec une certaine grimace. Shizu-chan était si violent… le douleur reflua lorsque l'autre information remonta jusqu'à son cerveau. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait réellement pensé que ce serait dommage d'arrêter là? Serait-il devenu dépendant de cette relation aussi ambiguë soit-elle ? Il y réfléchit avec toute la mauvaise volonté dont il pouvait faire preuve et le brun comprit que non. Après tout l'hypocrisie était bien là pour se cacher, qu'elle fasse son office. Izaya soupira en reposant la tête contre le mur derrière lui. C'était certainement pour ça alors qu'il avait jugé nécessaire de montrer à tous quelle était la véritable nature du blond. Après tout personne n'aime un monstre. Alors personne ne lui prendrait Shizu-chan maintenant. Le brun avait toujours été possessif. Bien sûr il ne l'aimait pas, un peu comme un fumeur n'aime pas sa cigarette. Il en aime le goût, le parfum, voir la sensation. Il est addictif à elle mais au fond il la déteste parce qu'il sait les dégâts qu'elle produit. Shizu-chan n'était autre que la cigarette de l'informateur. Izaya eut un rire jaune, se sentant pitoyable sur ce coup, les choses ne pouvaient rester comme ça.
Surtout maintenant qu'il venait de se l'avouer il restait encore à savoir si la chose était réciproque… Et si elle ne l'était pas encore, il faudrait qu'il fasse en sorte que ce soit le cas. En commençant pas une stratégie des plus simple. Il n'y avait aucun doute. Le brun était sûr de son coup. Même si le collecteur de dettes était imprévisible, avec ce plan il était sûr d'avoir un résultat. Quelque soit ce résultat. Il avait juste à ne plus ramener le blond chez lui. Ce qui, par contre, ne l'empêcherait pas d'aller faire un tour rapide à Ikekuburo lorsque l'envie lui prendrait. Pour voir comment évoluait la situation et accessoirement pour enrager sa Némésis. Il ne restait plus qu'à savoir combien de temps lui-même pourrait tenir sans sa nicotine. Bien qu'il se savait bien plus maîtrisé que le résident d'Ikekuburo, cela ne voulait pas dire pour autant que ça serait facile.
Comme l'avait pensé l'informateur ce fut long. Il du attendre un mois avant que l'autre ne se présente à sa porte… ou plutôt ne détruise sa porte pour entrer. Elle tenait encore sur ses gonds, elle réussit même à se refermer une fois que le blond soit passé mais ce fut avec un bruit sinistre. Cependant le locataire des lieux n'accorda même pas un regard à cette courageuse porte. Après tout Shizu-chan se tenait devant lui maintenant, alors qu'il n'était même pas passé par Ikekuburo dans la journée ou même la veille, il avait bien d'autre problème en vu. Le collecteur de dette semblait à la fois hors de lui et impatient. Finalement il était bien accroc lui aussi et apparemment moins résistant, ce qui n'était pas étonnant de la part d'un monstre. Pourtant il prit simplement une mine déconfite en relevant bêtement les épaules :
« Sais-tu combien ça coûte de changer une porte ? »
Il y eut un petit silence où l'informateur remarqua la mine énervée de son vis-à-vis. Apparemment ce n'était pas le sujet qu'il voulait aborder. Izaya sourit un peu, amusé par cette réaction.
« A voir ta tête on dirait que tu t'en moques mais là tu vois tout le monde pourra entendre notre conversation et même y assister… pour les plus téméraires du moins. Ca ne va pas être très confidentiel tout ça. Parce que je suppose que pour être venu ici de toi-même c'était parce que tu avais quelque chose à me dire. Maintenant si ça ne te gêne pas que ça soit public c'est ton choix.
-Jamais tu la fermes ! P'tain c'que tu peux être chiant.
-Tout pour ton bon plaisir Shizu-chan. Et donc que me veux-tu ? »
Le brun s'amusa de voir l'autre s'embrouiller apparemment. Il ne semblait absolument pas savoir comment entamer la conversation, ce qui n'étonnait vraiment pas Izaya. Le blond ne voulait certainement pas avoir l'air d'être en position de faiblesse face à lui. Même s'il devait très bien sentir que c'était déjà le cas, rien que de voir que c'était lui qui était venu le chercher. D'ailleurs l'habitant de Shinjuku ne chercha pas le moins du monde à l'aider. Il se cala au fond de son fauteuil en souriant, comme au cinéma. Se contentant de fixer le collecteur de dette lui demandant de s'expliquer par la seul expression de son regard. Il paraîtrait qu'il parlait trop alors il n'allait certainement pas engager la conversation maintenant. Il restait tout de même sur ses gardes, après tout Shizu-chan était vraiment trop imprévisible.
« Faisons ça autrement. »
Izaya fronça les sourcils. Que voulait dire Shizu-chan par là ? Il avait raison de se méfier mais il n'avait pas pensé que les choses tourneraient de cette façon, vraiment pas. Avant qu'il ne comprenne le brun fut entraîné dans la chambre. Au moins c'était direct, pas d'explication. C'était digne de l'ex barman, il n'était pas du genre à se prendre la tête. Il ne perdait pas de temps avec ça. Cependant l'informateur sentit directement que quelque chose ne se passerait pas comme d'habitude.
Et il n'avait pas eu tord.
« Ne refais jamais ça shizu-chan, grogna-t-il dos à lui le plus loin possible sur le lit.
-Je ferais comme je voudrais le faire. T'as pas ton mot à dire Vermine.
-Je te déteste.
-Ah oui ? Moi aussi. Comme je déteste la cigarette. »
Izaya se tourna vers le blond qui lui-même le regardait déjà. Comment cet être protozoaire était-il arrivé à la même comparaison que lui ? Peut-être un coup de chance de sa part. Comment auraient-ils pu avoir une pensée commune. La seule qui pouvait seulement les rassembler c'était leur haine réciproque. Et puis quand bien même cela ne justifiait absolument pas le fait qu'aujourd'hui ils avaient fait l'amour. Finalement le blond avait prit son temps, il avait été doux voir délicat. Ca n'allait pas du tout. Vraiment pas du tout. La situation échappait totalement au contrôle de l'informateur. Shizu-chan n'avait pas le droit d'être comme ça. Il devait être un monstre. Comme ça il resterait son monstre. Sa propriété, qu'il ne prêterait pas même si le blond voulait partir. Sa propriété, que personne ne voudrait lui prendre. Son regard se durcit alors reprenant la pointe de sadisme qui ne le quittait pas d'habitude.
« Bien puisque c'est réciproque alors on…
-Ne termine pas ta phrase Vermine. Je sais que tu vas dire un mensonge.
-Tu n'es vraiment qu'un animal. Quel instinct Shizu-chan.
-Ne pense pas qu'il n'y a que toi qui apprend.
-Et donc qu'allais-je dire puisque tu me connais si bien ?
-Qu'on ne devrait plus se voir.
-C'est vrai que maintenant que tu le dis, c'est le bon choix. On ne peut pas faire autrement.
-Te fou pas de moi, c'est pas ce que je veux !
-Et tu veux quoi Shizu-chan ? Non ne dit rien parce qu'aucun des suggestions que tu pourrais faire maintenant ne sera valide. Et tu sais pourquoi ? Parce que nous sommes tout sauf un couple ! »
Il se releva alors en riant, puis quitta la pièce, laissant l'autre totalement dépité dans le lit. Avait-il brisé un peu plus l'intéressant jouet qu'était Shizu-chan ? Possible. C'était ce qui était marrant après tout. Plus il serait brisé plus il n'aurait que lui à qui se raccrocher.
Le brun savourait cette petite victoire dans la salle de bain sous une bonne douche, bien méritée d'après lui. Il était sûr que l'autre était encore dans la chambre à ressasser les sombres pensées qu'il venait de lui susurrer. S'enfonçant encore plus dans la dépendance qu'il avait du brun. Parce que ce dernier savait que l'ancien barman n'était pas si fort que ça au final. Il pouvait même devenir fragile lorsqu'il savait comment s'y prendre. Cependant il restait toujours aussi imprévisible. Si bien qu'Izaya eut un sursaut lorsqu'il sentit quelque chose dans son dos. Il n'aurait jamais pensé avoir de la compagnie.
« Si nous sommes pas en couple qu'est-ce qu'on est alors ? »
L'informateur sentit la tête de son amant s'enfouir dans son cou et il ne pu retenir un frisson que l'autre du ressentir. Ce qu'ils étaient ? C'était une bonne question à laquelle il n'avait malheureusement aucune réponse. Inconsciemment il se décala vers l'arrière pour se coller au corps du collecteur de dettes, qui passa ses bras autour de sa taille. Puis le blond releva un peu la tête pour venir lui mordiller l'oreille avant d'annoncer :
« Tu es tout aussi accroc que moi n'est-ce pas ?
-Certainement pas ! contra le propriétaire de l'appartement qui ne voulait absolument pas admettre sa défaite.
-Alors explique-moi pourquoi ton corps vient juste de se loger contre le mien ? Tu n'as qu'à me repousser si c'est vraiment ce que tu veux. »
Le brun se mordilla la lèvre, non il ne voulait pas. Mais il ne voulait pas non plus que l'autre sache qu'il avait raison. D'ailleurs il ne pu s'empêcher de frémir lorsque l'autre lui lécha délicieusement la nuque. Shizu-chan et son instinct. Qu'ils aillent au diable ! Comment pouvait-il comprendre autant de chose avec son cerveau protozoaire ? C'était impossible !
« Si tu as tord que feras-tu ?
-Je ne sais pas si j'arriverai vraiment à m'en passer, en fait je pense pas que je te laisserai partir, avoua-t-il en le serrant un peu plus. Mais la question ne se pose même pas Vermine.
-Tu es convaincu de ce que tu dis, ah la Shizu-chan quel mauvais état d'esprit. »
Le brun secoua la tête et fini par se dégager des bras du l'ancien barman qui resta un moment inerte. Izaya ferma l'eau et voulu sortir de la cabine de douche mais il fut tiré en arrière par l'autre homme. Cependant ce dernier ne sembla pas tout maîtriser si bien qu'ils tombèrent tous les deux. Brun sur blond.
« Itaï ! A quoi tu joues Shizu-chan. Tu veux encore me tuer ?
-C'est pas une mauvaise idée enfoiré. Au moins t'arrêteras de te foutre de moi avec tes plans à la con !
-Que de vulgarité ! Franchement on ne t'a jamais apprit la politesse ? Tu es chez moi je te rappelle un peu de respect enfin. Tu n'as pas comprit que je t'ai repoussé en partant comme ça ? Il faut que je sois plus clair ? C'est vrai qu'avec un cerveau diminué comme le tient il faut que les choses soient dites claires et nettes pour que tu comprennes. Et bien c'est fi… »
Ne le laissant pas finir sa phrase l'autre avait étouffé ses paroles en plaquant ses lèvres contre les siennes. Izaya mit un moment avant de comprendre ce qui lui arrivait, puis se laissa finalement emporter par le moment. Il venait de perdre mais il aurait bien le temps d'y penser plus tard. Shizu-chan lui faisait clairement perdre ses esprits lorsqu'il était comme ça. C'était mauvais mais là il n'en avait en fait rien à faire. Ses mains passèrent dans les cheveux blond jouant paresseusement avec les mèches mouillées. Le froid n'arrivait même pas à l'atteindre grâce à la chaleur additive de l'ex barman. Il était bien, ce qui était rare lorsqu'ils étaient ensemble. Du moins dans la rue…
Shizuo accepta enfin de le relâcher. Ou du moins d'arrêter son activité du moment. Ses bras de desserrèrent pas leur prise et le regard chocolat restait fermement ancré dans celui de l'informateur. Ce qui en soit était largement assez pour l'empêcher de bouger.
« C'est quoi ? demanda finalement le blond après un petit silence.
-C'est… c'est fini, finit-il par dire plus ou moins sur de lui.
-Ca ne te servira à rien de fuir. On le sait tous les deux d'avance qu'aucun de nous ne tiendra. Alors ne fuis pas Izaya. »
Il avait fini sa phrase d'une voix rauque laissant transparaître des sentiments que le brun aurait préféré ne pas savoir. Il venait de ressentir toute la détresse du collecteur de dettes. Même s'il ne savait pas exactement à quoi elle était due au moins il la laissait paraître. De même il n'arrivait une nouvelle fois pas à repousser la tête qui venait de se poser contre son épaule. Malgré son apparente domination de la situation il était en fin de compte totalement soumis aux paroles de l'homme le plus fort d'Ikekuburo. Et même si ça ne lui plaisait pas, au moins Shizuo ne savait pas à quel point cela l'affectait sinon il en aurait joué beaucoup plus tôt.
Izaya soupira alors un peu et posa sa main sur la tête blonde.
« Je ne fuirai pas Shizu-chan. »
