Chapitre II

Ubi tu Gaius, ibi ego Gaia

- Tiens-toi un peu tranquille voyons, je n'y arriverais jamais !

Hermione se pencha vers sa mère qui ajustait la robe à ses pieds. Celle-ci avait tiré un coup sec dessus pour l'inciter au calme. Après quelques minutes qui lui parurent durer des siècles, Mrs Granger accrocha à ses cheveux un voile de mousseline.

- Là, tu es parfaite ! s'exclama sa mère en la contemplant. Regarde-toi !

La robe blanche en lamé argent épousait parfaitement sa silhouette et s'évasait vers les pieds, de longueur idoine pour affleurer le sol sans le balayer. Le bustier laissait sous entendre une poitrine généreuse. Ses cheveux bruns, autrefois touffus, dégringolaient à présent en boucles cuivrées dans son dos et sur ses épaules dorées par le soleil.

Hermione se heurta à son regard et ne se reconnut pas, comme si l'image que lui renvoyait le miroir lui était étrangère. Elle sourit timidement à son reflet, comme un enfant tentant d'apprivoiser un animal sauvage, observant la mousseline qui auréolait son visage de douceur.

C'est vrai qu'elle avait changé.

Un hululement aigu fit sursauter violemment Mrs Granger.

La jeune fille se précipita vers la fenêtre dans un envol de mousseline aussi blanche que la chouette.

- Hedwige !

- Ne la laisse surtout pas entrer dans la chambre ! prévint sa mère.

Ignorant la remarque, Hermione ouvrit la fenêtre, laissant la magnifique chouette se poser sur le bureau encombrés de livres et de papiers divers.

Elle prit aussitôt le petit rouleau accroché à la patte tendue de l'oiseau. Hedwige ferma ses yeux ambrés sous la caresse de remerciement.

Hermione déroula rapidement le parchemin. Son cœur fit un bond dans sa poitrine quand elle reconnut l'écriture :

Hermione,

Tout d'abord, je viens d'apprendre la nouvelle de tes fiançailles et de ton prochain mariage avec Ron, toutes mes félicitations ! Je regrette seulement de ne pas pouvoir y assister...

Pour l'instant, je n'ai encore rien découvert mais je ne perds pas espoir.

J'espère que tu te portes bien ainsi que Ron et les membres de l'Ordre.

Je vous donnerai de plus amples détails ultérieurement.

Le bonjour aux Weasley,

Prends soin de toi,

Harry

La jeune fille replia vite le parchemin, un pincement au cœur.

Flash-back

- Harry ! HARRY !

Ce dernier ne se retourna pas lorsqu'il reconnu les voix de Ron et Hermione. Il continua de marcher, la tête basse, résigné.

La rumeur des conversations enflait autour de lui.

Il devait partir.

Il sentit quelqu'un lui retenir le bras et reconnut le garçon roux qu'il connaissait depuis près de sept ans maintenant. Hermione à ses côtés le considérait gravement.

- Alors…tu as décidé de partir maintenant ?

Harry perçut un sanglot étouffé dans la voix de son amie. Il aurait voulu lui répondre, la réconforter, mais les mots lui manquait. Il avait la gorge aussi sèche que du parchemin. Il la prit dans ses bras et Hermione se laissa aller à ses pleurs.

- On... on vient…a…avec toi, Harry.

Cette fois, le garçon à la cicatrice retrouva l'usage de la parole et les mots se bousculèrent :

- Vous m'avez toujours soutenu tous les deux, dès notre première année, quand il a fallu sauver la pierre philosophale, quand on pensait que j'étais l'Héritier de Serpentard, dans la Chambre des Secrets, quand il a fallu utiliser le Retourneur de temps pour sauver Sirius, quand toute l'école croyait que j'avais triché pour participer au Tournoi, quand nous avons affrontés les Mangemorts, quand le ministère nous a traité de fous, Dumbledore et moi…J'ai fais trop d'erreurs, je ne dois pas en commettre davantage. Tout ça, nous l'avons surmonté ensemble, mais maintenant c'est à moi seul de retrouver les Horcruxes et d'accomplir la Prophétie, de venger Dumbledore…d'affronter Voldemort…moi seul…

Un lourd silence accueillit sa déclaration. Hermione hocha la tête lentement, des larmes silencieuses coulant sur ses joues.

- Si tu as besoin d'aide, tu sais que tu peux compter sur nous, répondit seulement Ron.

Harry avait le cœur serré. C'était l'une des rares fois de sa vie qu'il sentait les larmes le gagner et il ne voulait pas le montrer.

« C'est là qu'on se sépare ».

Ron le serra contre lui dans une bourrade bienveillante.

- Je t'ai toujours considéré comme un frère, ne nous oublie pas, Harry.

Celui-ci répondit par un sourire de gratitude. Hermione le prit par le cou en sanglotant et il lui caressa les cheveux pour la calmer un peu. Il aurait voulu lui dire qu'ils se reverraient, mais il ne reviendrait pas, de ça il en était sur.

Leurs au revoirs s'attardèrent plusieurs minutes.

- Remercie ta famille de m'avoir hébergé pendant toutes ces années…Dites au revoir à Ginny pour moi…

Ils acquiescèrent d'un signe de tête.

- Merci pour votre amitié, dit-il dans un murmure.

Il se tourna, s'éloignant de ce qui comptait le plus pour lui. Ses yeux qui le piquaient de plus en plus débordaient à leur tour de larmes. C'était tout ce qu'il aimait le plus au monde qu'il laissait derrière lui.

Maintenant il pouvait pleurer, personne n'en serait témoin.

Fin du flash-back

- Ma chérie ? Tu ne te sens pas bien ? Hermione ?

La jeune fille mit une fraction de secondes avant de revenir à la réalité. Elle était chez elle, un mois après le départ de Harry, trois semaines après la demande en mariage de Ron.

- Si maman, je pensais…c'est tout…

Elle sentit son cœur se serrer comme un mois auparavant. Elle s'intéressa à son trousseau de plus près. Puis elle pensa à Ron, et un sourire se dessina sur ses lèvres.

Peu de temps après la cérémonie unissant Fleur et Bill, un soir au Terrier, on avait plusieurs fois remémoré leurs exploits en compagnie du Survivant et leurs nombreuses disputes de collégiens sous les rires de chacun. Enfin, quand le repas avait touché à sa fin, Ron avait mit un genou à terre pour supplier la femme qu'était devenue Hermione de l'épouser. Les parents de la jeune fille avaient trouvé la demande quelque peu attive mais leur réticence s'était immédiatement évanouie face au bonheur manifeste que représentait la perspective de ce mariage. Et puis, ne connaissait-elle pas ce garçon depuis des années ?

Hermine retira son voile de mousseline et sa robe avec l'aide de sa mère. Elle remit son jean et releva ses cheveux en un chignon désordonné d'où s'échappait quelques mèches bouclées.

Elle avait perdu ses rondeurs de l'enfance. Ses cheveux n'étaient plus indomptables comme avant…mais le sourire qu'elle affichait lui paraissait si triste…si lointain. Elle irait toujours à Poudlard l'année suivante, elle aimait toujours se plonger dans ses livres. Tout semblait normal.

Et pourtant tout avait changé.

Depuis qu'elle était fiancée à Ron.

Depuis que Harry les avaient quittés.

Elle sentit une larme rouler sur sa joue et l'effaça. Non ! Harry n'était pas mort ! Il allait revenir ! Ils allaient se retrouver !

Une petite voix dans sa tête lui souffla un « pas encore mort »…

Elle se mit à regarder par la fenêtre. Seul les cris des enfants et le bruit des voitures venaient troubler la quiétude qui régnait dans le village moldu. Le hululement d'Hedwige la fit sursauter. Elle avait complètement oublié sa présence. Autant écrire une lettre à son ami. Elle prit une plume et se mit à écrire frénétiquement.

Cher Harry,

Si tu savais ce que je suis soulagée d'avoir enfin de tes nouvelles, nous nous faisons un sang d'encre pour toi !

J'espère que tu te portes bien et que tu avances dans ta…

Elle se mit à hésiter. Il ne fallait pas qu'elle commette trop d'imprudence en écrivant. Le mot « recherche » attirerait trop l'attention si des mains ennemis tombaient sur la lettre, aussi nuança-t-elle son propos.

dans ton affaire.

Tiens nous toujours au courant.

Reviens pour nous, pour notre mariage avec Ron. Tu nous manques affreusement.

Hermione

Elle attacha rapidement la lettre à la patte d'Hedwige et regarda la chouette au plumage blanc s'envoler vers une destination inconnue.

Combien de jours devrait-elle encore attendre ? Combien d'heure devrait-elle encore prier ? Combien de minutes devrait-elle encore espérer ?