Bonjour, bonsoir et bienvenu ! Encore un chapitre Destiel ! Oui, je sais, je suis généreuse. Mais les ennuis ne tarderont pas à arriver...
Merci beaucoup pour tous vos commentaires ! Merci à Babe Gray, shinobu24, yakusokuyumi, ZephireBleue, Castiel-SPN156-Dean, barjy02 et pimpiericky ! Ça me fait trop plaisir de voir que vous me suivez encore !
Bonne lecture et laissez un commentaire !
Les vies entremêlées 2
Dean se réveilla en sursaut. Les yeux grands ouverts, il ne bougeait pas, laissant ainsi le temps à son esprit de se connecter avec la réalité. Il était dans son lit, sous les couvertures. Il faisait un peu chaud, sûrement du au cauchemar qu'il venait de faire. Le matelas devrait bientôt être changé. Il ne l'aimait pas parce qu'à chaque fois qu'il bougeait, les ressorts grinçaient en s'ajustant à la nouvelle répartition de son poids. Non, il n'était pas gros. C'était le matelas qui était trop vieux.
Après cette petite discussion seul avec lui-même, il remarqua enfin une masse à ses côtés. Un coup d'œil lui suffit pour voir Castiel endormi. Cela faisait plusieurs nuits qu'il n'était plus surpris de le voir en se réveillant.
Castiel et lui avait approfondi leur relation depuis sa déclaration foireuse. Ils n'avaient pas encore franchi l'étape de la bête à deux dos, ou quoi que ce soit qui implique de dévoiler une partie de son anatomie, mais ils étaient devenus plus complices, du moins, si c'était possible.
Ils étaient déjà de très bons amis et Cas le voyait déjà différement depuis bien longtemps, ne voyant pas ce rapprochement comme un saut dans le vide. Dean, par contre, c'était une tout autre histoire. En effet, il venait de quitter Lisa et Castiel lui déclarait sa flamme dans la foulée, gâchant le peu de célibat qu'il venait de retrouver. Et puis, c'était différent de tenir la main d'un homme au lieu de celle d'une femme, chez soi ou dans un lieu public.
La main de Castiel semblait bien plus grande et plus ferme que celle de Lisa. Ces doigts, un peu plus boudinés, du fait qu'ils étaient courts, donnaient l'impression d'être plus rêches, comme sa paume. Cette même paume immense qui compensait ses petits doigts. Au tout début de leur relation, lorsque Dean avait « invité » Cas au cinéma – invité étant un bien grand mot pour qualifier le baragouinage qu'il avait sorti – leur mains s'étaient frôlées sur les accoudoirs où leur coudes se battaient pour rester en place.
Dean en avait eu des frissons, pas forcément de plaisir intense d'être avec sa moitié, mais plutôt de découverte de nouvelles sensations. Le jeune homme ne pouvait pas nier qu'ils ne s'étaient jamais serrés la main auparavant pour se dire bonjour ou pour conclure une décision mais il y avait toujours eu une raison compréhensible à ce geste si anodin. Il lui arrivait souvent de serrer des mains dans un bar avec une connaissance ou pour entamer un contact avec une fille ou avec son frère ou avec ses collègues ou avec un tas d'autres personnes...
Mais il n'avait jamais touché la main de Castiel dans un cinéma par accident alors qu'ils n'en étaient encore qu'au stade de la découverte !
Dean s'était figé et Castiel l'avait senti, évidement, connaissant tous les petits gestes que faisait Dean consciemment ou non. Et ce qu'il fit ensuite dérouta bien plus encore le cerveau de son ami déjà en ébullition.
Il glissa sa main du bout des doigts, grappillant centimètre par centimètre l'espace sur l'accoudoir commun, sous celle entièrement sans vie de Dean.
Ce dernier ne fit aucun geste pour repousser l'intruse, bien au contraire, il resta bien docile face au traitement que lui imposait Cas. Il sentit l'extrémité de chacun de ses doigts s'immiscer sous les siens.
Castiel lui laissait ainsi le champ libre sur la suite des opérations. Est-ce qu'il voulait approfondir le toucher ? Ou voulait-il tout simplement en rester là pour le moment ? Et avait-il même envie de ce toucher ?
Faisant un petit effort qui lui parut monstrueusement difficile, il balaya de la pulpe de ses doigts la surface de la peau sous la sienne. Les joues rouges et ne suivant déjà plus le film qui défilait sous ses yeux immobiles, il prit sur lui pour continuer le contact. Après tout, ce n'était qu'une main. Ce n'était pas comme si il lui effleurait le visage et plongeait le regard dans ses yeux bleus pour en noter les différentes teintes sur l'iris...
Non, il n'en était pas encore là.
Il n'était pas pris au piège, non plus. En mettant sa mains en-dessous de la sienne, il l'autorisait à reculer si il le voulait. Il restait libre de ses mouvements.
Pour le reste du film, ni l'un ni l'autre n'avait essayé de reprendre le fil de l'intrigue, trop absorbés par ce mouvement presque anodin pour s'intéresser à autre chose.
Ce n'était trois fois rien, une main sur l'autre, mais pour eux, c'était le début d'une union. Castiel lui laisserait le temps qu'il faudrait pour comprendre pleinement ses sentiments à son égard et Dean ferait l'effort de penser à cette opportunité avec le jeune homme.
S'en était suivi d'autres rendez-vous...
… Au ciné car Dean était plus à l'aise dans cette obscurité pour se pencher vers Castiel sans qu'il le remarque ou le faisant croire.
… Au bowling même si il avait fallu aller dans la ville voisine accompagnés de Sam et Gabriel qui avait insisté pour sortir avec eux et leur jeter leur bonheur à la figure...
...A la piscine pour enfin voir leur corps à moitié dénudé en plein jour lorsque c'était noir de monde ou quelques minutes avant la fermeture le soir bien après le couché du soleil...
… Au restaurant pour fêter l'anniversaire de Dean, une première fois en tête à tête avant que son frère ne le rejoigne. Et une deuxième fois pour l'anniversaire de Sam qui était cette fois-ci accompagné de Gabriel mais ils étaient partis juste après le dessert en laissant la note à Dean et Castiel.
Pendant ces petits moments offerts, Castiel observait Dean du coin de l'œil pour ne pas l'effrayer car, derrière ses airs de virilité, Dean ressemblait à un animal pris dans les phares d'une voiture à chaque fois qu'il croisait le regard de Castiel. C'était comme si il se faisait surprendre à jouer avec un objet interdit. Et pourtant, Castiel était tout à lui.
Ils s'étaient rapprochés malgré les quelques ratés où Dean avait voulu s'isoler pendant quelques heures pour faire le vide. Maintenant, Dean pouvait poser sa tête sur l'épaule de Castiel sans que cela ne le fige comme un glaçon. Castiel pouvait désormais admirer pleinement Dean sans que celui-ci ne fasse de remarque, tant que ça ne dépassait pas une minute, temps que mettait Dean à virer complètement au rouge.
Une fois, Cas avait voulu dépasser cette minute, suivant le changement de couleur sur la peau du jeune homme, jusqu'à ce qu'il ne tienne plus et qu'il se cacha le visage dans ses paumes pour faire retomber la pression.
Mais ce matin-là, ce fut Dean qui observa Castiel à la loupe. Ils partageaient le même lit depuis à peu près trois semaines, soit chez l'un soit chez l'autre, mais rien de plus. Castiel avait toujours son pyjama qui le gênait durant son sommeil et Dean se demandait tous les matins si il ne s'était pas battu avec sa couverture.
Ils restaient chacun de leur côté, osant se poser dos contre dos à l'occasion d'un sentiment de bien-être soudain qu'ils voulaient partager.
Mais il arrivait très souvent qu'au matin, ils se retrouvent face à face, leur mains si proches qu'il n'aurait fallu qu'un spasme pour les lier.
Aujourd'hui, Dean regarda le grain de peau de Castiel qui dormait toujours sur son oreiller, roulé en boule en face de lui.
Son souffle lui caressait la main régulièrement. Ses paupières clauses lui permettaient de profiter du spectacle sans se sentir comme un voyeur, même si c'était un peu le cas. Le soleil, dehors, se levait petit à petit, éclaircissant le visage offert à sa contemplation. Un mince rayon s'était infiltré dans la chambre, profitant d'un minuscule espace entre les rideaux pour effleurer la peau de l'endormi. La pointe du rayon commençait à son oreille, recouverte à moitié de cheveux courts en bataille, et défilait le long de sa joue rosé pour terminer sa course à la commissure de ses lèvres hermétiquement fermés. D'habitude, elles étaient toujours en mouvement sur un mot ou pour exprimer un sentiment mais ce matin, elles étaient figées, comme leur maître qui ne se rendait pas compte de l'influence qu'il avait sur Dean.
Ce dernier en avait presque oublié pourquoi il s'était réveillé, mais même le visage reposé de Cas ne pouvait pas flouter les bribes de son cauchemar.
Dean s'était finalement levé, bougeant tout doucement pour ne pas réveiller son compagnon de chambre, et même si il s'était cogné contre le pied du lit puis avait trébuché sur son pantalon, rien de tout cela ne fit bouger le petit doigt à Castiel, apparemment trop bien où il était pour s'occuper des gamelles de Dean.
Castiel ne descendit que deux bonnes heures plus tard, ayant miraculeusement chassé ses insomnies, et il semblait avoir bien profité de cette nuit pour se reposer.
Pourtant, aujourd'hui, il avait un visage plus soucieux que d'habitude.
-Bien dormi ? demanda Cas à Dean.
Celui-ci, le nez plongé dans le journal télé, lui jeta un bref regard.
-Plutôt oui. Et toi ? Tu as revécu une de tes terreurs nocturnes ou tu t'es juste dit que ce pyjama était maudit pour que tu le maltraites autant ?
-Tu as fait un cauchemar ?
Castiel savait, depuis le temps qu'ils se connaissaient, que le jeune homme en face de lui évitait les sujets qui le concernaient uniquement lui car « c'est pas intéressant ».
Et rien que le fait qu'il ne dit rien à ce propos en disait long.
-Je t'ai entendu cette nuit. Tu as répété le nom de Sam à plusieurs reprises. Et puis, tu as beaucoup bougé, plus que d'habitude.
-Je m'en souviens pas, nia Dean.
-Mais maintenant si. Tu as levé les yeux en haut à gauche.
-Je lève pas les yeux !
-Et maintenant, tu viens de regarder en haut à droite.
-Mais... Mais qu'est-ce que tu me racontes ? Quand est-ce que tu es devenu ophtalmo ?
-Je ne le suis pas. J'ai vu ça à la télé. On peut savoir si quelqu'un ment ou non. C'est une technique très peu utilisée car ce n'est pas une science exacte mais ceux que l'on appelle les mentalistes en usent régulièrement pour faire croire qu'ils peuvent lire dans les pensées.
-Je savais que cette soirée chez Gabriel était une mauvaise idée. J'aurai jamais du te laisser y aller.
-Mais pendant ce temps, j'arrive à te lire...
-Comme si c'était pas déjà le cas.
-Dean.
-Bon, qu'est-ce que tu veux ?
-Que tu me racontes ce qu'il s'est passé dans ton rêve.
Dean se leva du canapé et alla en face de Castiel, au pied des escaliers. Il marcha lentement, à la fois pour se remettre le idées en place et pour se donner un peu de courage. Après tout, c'était Cas qui était en face de lui et non pas son petit frère, Castiel qui ne le quittait plus depuis deux mois mais qui avait commencé à s'approcher de lui bien avant.
Il toucha délicatement sa main gauche, d'abord juste un effleurement comme pour se dire qu'il pouvait le faire, puis il lui prit la main, délibérément, sans s'inquiéter que Castiel suivait le mouvement des yeux. Dean serra sa main, doucement, prenant compte que le contact était doux et non pas agressif comme ça aurait été le cas avec une autre personne.
-Va mettre des chaussons ou un truc aux pieds et je te raconte tout, ok ?
Un sourire se posa sur les lèvres de Castiel. Il aimait quand Dean parlait comme ça, même si ça sonnait un peu comme un chantage pour gagner du temps.
Mais au moins, Dean le voyait enfin.
-D'accord.
Trois minutes plus tard, chaussons aux pieds et petit-déjeuner entre les mains, Dean fut contraint de dévoiler ce qui le perturbait encore au réveil.
-Tu sais... C'est juste un cauchemar... Voilà je... J'ai rêvé de Sam.
-Rassure-moi et dis-moi que ce n'est pas tout, se moqua Castiel.
-Que... Non, non, non, c'est pas... C'est pas ça ! rougit-il bien malgré lui. Il y avait Sam dedans mais c'était pas... Ça.
-Je voulais juste te détendre, sourit Cas. Continue.
-Bon, c'était à l'époque où Sam était encore dans son appartement, à l'autre bout du pays. J'ai reconnu les lieux. Dans mon rêve, il était avec Gabe...
-Il s'incruste vraiment partout.
-Ouais. Ça fait flipper. A se demander comment fait Sammy pour le supporter. Bref, ils allaient je sais pas où et je les suivais, genre agent top secret.
-Ça, c'est la faute du film d'hier soir.
-C'est ce que je me suis dit aussi. Mais dans le film, les personnages ne vont pas dans un cimetière. Ils étaient tous les deux devant une tombe et Sam s'était mis à pleurer d'un seul coup, comme si il se retenait depuis toujours. Et Gabe qui était derrière lui disparaissait comme de la fumée. Sam s'était même pas retourné, il était agenouillé sur la tombe. Alors je m'étais approché de lui, pour le réconforter. Et j'ai vu le nom sur la tombe. C'était celui de Ruby.
-Ruby, comme la pierre ?
-Comme la pierre.
-Et tu la connais ? demanda Castiel, la curiosité prenant le dessus.
-C'était une fille, une amie de Sam. On s'était déjà croisé plusieurs fois chez lui mais elle m'inspirait pas confiance.
-Comment ça ?
-Elle tournait trop autour de Sam et j'aimais pas ça.
-Tu veux dire que tu étais jaloux qu'une fille ne s'intéresse pas à toi mais à ton frère ?
-C'est pas ça du tout. Non mais franchement, comment tu peux penser ça de moi ?
Castiel fit une moue qui en disait long sur ses exploits passés et Dean comprit que Cas connaissait tout de sa vie. Même la totalité de son tableau de chasse.
-Continue, reprit Castiel.
-Bon. Ça remonte à cinq ans déjà, alors je risque de pas me souvenir de tous les détails. C'était clair que Sam lui plaisait. Elle lui faisait du rentre dedans sans se cacher. Mais ça me paraissait pas claire comme affaire. Et puis, Sam est sorti avec elle quelques fois, comme avec une amie. La plupart du temps, je n'étais pas là mais Sam me tenait au courant, à la fois pour pas m'inquiéter et pour me dire des trucs sans importance. Et puis, un soir, ils sont sortis à une soirée un peu trop arrosée à mon goût.
-Quand tu parles, j'ai l'impression que ton petit frère doit rester blanc comme neige, non ?
-Et pourquoi pas ?
-Il avait fait vœu de chasteté à l'époque ?
-Mais arrête ! De toute façon, il aurait pas voulu... Bon, tu me laisses finir ?
-Bien sûr, désolé.
-Donc ils étaient à leur fête. Tout ce que j'en sais, c'est Sam qui me l'a raconté... Et quelques filles que j'ai croisé par hasard... Tout ça pour dire que Sam a rencontré Jessica là-bas. Ça, j'en suis sûr. Après, ils sont réellement sorti ensemble mais à ce moment-là, ce n'était rien de plus que l'amie d'un ami. Et ensuite, la soirée a tourné comme toutes les soirées un peu trop arrosées. Sam a fini bourré comme un coing, ronflant et imbibé d'alcool. Il était pas beau à voir. Je le sais. J'ai du aller le chercher moi-même. Il m'avait appelé durant la nuit en me racontant à quel point j'étais le meilleur grand frère du monde et qu'il me présenterait toutes les filles de cette soirée. Tu peux pas savoir à quel point je regrette de pas avoir enregistré la conversation.
-Mais je suis sûr que Sam ne s'en souviens même pas.
-Tu m'étonnes ! Mais j'aurai préféré que ça s'arrête là.
-Que veux-tu dire ?
-Je veux dire qu'il m'a raconté au téléphone que Ruby le ramenait chez elle. Là, je me suis inquiété et j'ai pris la voiture. Quand je suis arrivé, j'ai trouvé Sam en boxer avec Ruby dans le même état dans son lit. Je te jure que je l'ai traîné dans ma voiture sans même lui laisser le temps de s'habiller et dès qu'on est arrivé chez lui, je l'ai mis sous la douche pour le réveiller. J'étais vraiment en colère qu'elle ait réussi à le foutre dans son lit, et pire, bourré.
Cette fois-ci Dean ne put rester assis plus longtemps, malgré la main de Cass sur la sienne.
-Et le pire dans tout ce merdier, c'est que Sam ne se souvenait de rien, niet, nada ! Alors soit il l'a fait exprès, soit tout est passé aux oubliettes. Mais si je suis bien sûr d'une chose, c'est qu'il n'a pas touché à une goutte d'alcool pendant cinq mois. J'y ai veillé.
Finalement, à la fin de son récit, la pression retomba d'un seul coup, même si la colère bouillonnait encore dans son ventre. Castiel observa les traits de Dean se détendre lentement tandis que celui-ci revenait à la réalité.
-Depuis, je l'ai jamais revu. Sam non plus. Elle n'a tenté aucune nouvelle approche. De toute façon, ça n'aurait pas marché. Deux jours après, il faisait les yeux doux à Jessica. C'était comme si elle avait simplement disparu. On n'en a jamais reparlé depuis.
Une fois son sac totalement vide, il se sentait déjà un peu mieux. Le fait d'en parler à quelqu'un rendait les choses plus supportables, surtout si Castiel était son interlocuteur car il connaissait déjà la quasi-totalité de son existence. Et puis, le fait de se confier à lui état devenu une chose presque naturelle, comme si il pouvait chasser les sombres nuages qui hantaient son esprit par le simple fait de ses yeux braqués sur lui. Rien que ses yeux lui donnaient envie d'être franc avec lui et de ne pas se braquer systématiquement.
-Je me demande bien pourquoi tu as rêvé d'elle... se demanda Castiel, plissant les yeux à la recherche d'une réponse.
-J'en sais rien. Et puis, j'ai pas vraiment rêvé d'elle. C'est pas comme si elle déambulait dans mes rêves à chaque fois que je ferme les yeux.
-Encore heureux. Sinon, je me sentirais vexé et jaloux.
A l'instant, les yeux de Cas n'étaient plus très accueillants mais plutôt féroces face à sa proie. Et Dean avait du mal avec son rôle de proie. Il arrivait parfois que Cas le surprenne encore dans ses déclarations d'amour, parce que là, s'en était belle et bien une de déclaration enflammée.
Dean déglutit et replongea la tête dans son café pour disparaître derrière sa tasse. Parfois, il valait mieux fuir, ou, au moins, tenté de fuir, parce que dès qu'il fut retranché derrière sa barrière en porcelaine, l'homme aux yeux bleus posa délicatement mais fermement sa main sur son avant-bras découvert, lui envoya quelques frissons le long du dos.
Ce matin-là, Castiel était en mode séduction et virilité. C'était-à-dire qu'il ne lâcherait aucune occasion pour surprendre Dean et creuser son trou dans son cœur. Il n'y allait pas avec brutalité non plus, sachant que Dean avait aussi son caractère bien trempé et qu'une attaque frontale ne ferait qu'envenimer la situation ambiguë.
Quoique, parfois, Castiel ne comprenait plus le mot « brutalité » et se laissait emporté par ses sentiments bien trop puissants pour y résister...
-Je t'aime Dean.
Dean en recracha son café qui gouttait à présent le long de sa mâchoire et tachant ses vêtements, le haut comme le bas. Le liquide était encore chaud, pas assez pour le brûler, heureusement, mais assez pour dissimuler les rougeurs qui montaient sur ses joues. Avec sa seule main libre, l'autre prisonnière de la poigne de Castiel, il reposa sa tasse sur la table et prit la serviette qui traînait à portée de main pour s'éponger. Castiel, machinalement, le regarda faire une seconde avant d'apposer sa main droite sur le bout de tissu qui commençait à changer de couleur.
Dean suspendit son mouvement, détaillant cette main encore une fois. Et lorsqu'il releva les yeux, ce fut pour tomber sur ceux électriques de son ami. Un petit sourire en coin venait pourtant dérider un peu son visage.
-J'ai l'impression de t'effrayer à chaque fois que je te le dis.
-On s'habitue pas à ces choses là, tenta Dean pour masquer son embarras.
-Peut-être... répondit Cas, pas satisfait de cette réponse.
La discussion n'alla pas plus loin. A la place, Castiel rendit son bras à Dean, devenu totalement immobile. Il le fit lâcher en douceur la serviette, dépliant lentement ses doigts pour en observer les articulations, et tapota ses vêtements salis avec le tissu. Il donnait l'impression de détailler les muscles qui se dessinaient sous le vêtement, n'hésitant pas à revenir plusieurs fois sur un même espace pour en apprécier la finesse.
Aucun bruit, à part celui du contact entre les tissus imbibés de café, ne provenait de la pièce, figeant cet instant dans leur mémoire. Ils s'observaient tous les deux, de deux angles différents, et s'apprivoisant au passage.
Castiel était concentré sur sa tache qui lui donnait le privilège de se rapprocher considérablement de Dean physiquement et de créer un tas de sentiments dans son esprit. Mais il devait aussi se battre contre l'explosion volcanique qui enfumait ses pensées. Quant à Dean, il fixait à la fois le visage en face de lui et les mains qui se déplaçaient sur son corps. Le ballet de ces dernières l'hypnotisait. Il suivait leur cheminement des yeux, remontant avec ampleur sur son T-shirt et timide à l'approche du pantalon. Elles ne faisaient que le frôler, hésitante à dépasser cette frontière. A chaque fois qu'elles retournaient en direction de sa poitrine, son T-shirt remontait avec elles, dévoilant au début, uniquement son bas-ventre ombragé par le tissu, puis la peau humide du café qu'elle avait reçu. A chaque fois que Castiel relevait ses mains, Dean avait l'impression qu'il y allait plus doucement à chaque voyage, jusqu'à ce qu'il arrête totalement de bouger devant cette partie offerte de son anatomie. Délicatement, comme si il reprenait sa tache là où il l'avait laissé, il passa la serviette, ainsi que ses mains, sous le T-shirt et il s'attela à frotter la peau aux senteurs café. Dean en arrêta de respirer, les sens décuplés par cette nouvelle approche. Castiel ne le touchait pas directement, même si tout son instinct lui ordonnait de le faire. Il ne se concentrait que sur son ventre, passant et repassant sur son nombril comme s'il voulait polir un diamant. Et dans un dernier frisson, Dean reprit ses esprits.
-Désolé. Tu vas un peu loin.
Cela mit fin au moment en suspens qui s'était formé autour d'eux. Castiel enleva rapidement ses mains et la serviette, reprenant ses esprits après un moment d'égarement.
-Tu... Tu n'as pas à t'excuser. C'est moi qui... qui suis allé trop loin.
Sa voix était hésitante, cherchant à comprendre les mots qui sortaient de sa bouche sans pouvoir les connecter au moment présent.
Après avoir repris son souffle, Dean mit un point final à cet instant, sans l'effacer complètement de sa mémoire.
-Bon. Je vais me changer.
Il se leva et ne fit qu'échanger un bref regard avec Castiel pour bien lui signifier qu'il n'avait rien à se reprocher. Dean s'était excusé. Pourquoi ? Il ne le savait pas. Ou il avait peur de savoir. Peur de reconnaître qu'il avait aimé ce partage de sensation. Peur d'avouer qu'il aurait voulu sentir ses mains au lieu d'un bout de tissu rapiécé. Peur de comprendre qu'il pouvait ressentir quelque chose à son égard.
Lorsque Dean quitta la pièce pour aller à leur chambre, Castiel serra le bout de tissu rapiécé entre ses mains et le porta à son visage pour s'y réfugier une dernière fois avant d'entamer enfin cette journée. La chaleur du liquide était encore forte mais il voulait deviner à travers la chaleur de Dean et son odeur.
Il aurait tout donné pour être à la place de cette serviette ratatinée.
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Il était quatorze heures passé lorsque Sam et Gabriel arrivèrent enfin au pique-nique organisé.
Dean avait entamé le paquet de chips, dévorant la moitié tout en maudissant son frère et son affreux petit copain pour leur retard. Castiel l'écoutait dire d'une oreille et prêtait plutôt son attention vers le lac où trois canards se bataillaient pour un moreau de pain qu'il venait de leur lancer.
Sam s'excusa de leur retard, la faut de Gabriel qui ne voulait pas mettre un pied dehors.
-Désolé mais mars n'est pas un mois pour aller pique-niquer. Non mais vous avez vu les infos ? Demain, c'est jour d'orage. Et vous, vous pensez à faire un pique-nique ?
-Comme tu l'as dit, l'orage ne sera là que demain, dit Castiel. C'est pour ça qu'aujourd'hui est un excellent jour pour sortir. Avec la dépression qui nous englobe déjà, elle prépare notre zone pour la pluie, les orages et les vents violents. Et même si le ciel est nuageux comme aujourd'hui, la dépression apporte une montée de température. Ce qui est idéal pour nous car il fait souvent froid en mars et cela nous permet de sortir sans risquer d'attraper un rhume.
Gabriel ne rajouta rien de plus, continuant de regarder Castiel comme si il n'avait pas fini son exposé. Sam pouffa à la vue du visage de son petit ami qui, pour une fois, n'essayait pas de répliquer par une réplique bien placée. Quant à Dean, il ne quitta son paquet de chips que pour rouler des yeux et souffler un coup.
-Il m'a sorti exactement la même chose il y a trois jours. Il a absorbé tout ce que la miss météo disait à la télé.
-Au moins, tu as une opportunité avec mister météo.
-La ferme Sam !
Inconscient du dialogue entre les deux frères, Gabe apporta à Castiel les plats qu'il avait soigneusement préparé, même si il n'en avait pas eu envie, pour les disposer près de ceux du premier duo. Le rouge monta subtilement aux joues de Cas qui, malgré son incompréhension des références de ce dialogue entre Sam et Dean, sentait bien qu'on parlait de lui.
Gabriel nota ce petit changement de teint.
-Alors dis-moi tout. Comment se passe ta colocation avec ton cher et tendre Dean ?
-Ça ne te regarde pas, se défendit Castiel même si il fuyait déjà la discussion en baissant le regard.
-Bien sûr que si, ça me regarde. Sam me raconte tout un tas de trucs sur Dean, tu sais ?
-Vraiment ? fit Castiel, soudain intéressé.
-Vrai de vrai ! La dernière chose qu'il m'a dit, c'est que Dean adore passer du temps avec toi. Il parle de toi tout le temps.
-Vraiment ? répéta-t-il, n'osant pas croire à une mauvaise blague.
-Tout à fait ! Et même qu'il aurait dit vouloir t'embrasser pour, je cite, « goûter à ses lèvres si charnues et sensuelles ».
Si c'était encore humainement possible, Castiel devint encore plus rouge pivoine qu'il ne l'avait jamais été, à tel point que ses oreilles le brûlaient. Il dut les cacher avec ses deux mains, sa personnalité fleur bleue reprenant le dessus.
Gabriel profita de cet immense instant de gêne pour son ami pour le prendre en photo sans aucune discrétion. Le sourire qu'il affichait dévoilait ses dents parfaitement alignées. Dans son esprit, il imaginait déjà les milles tourments qu'il pourrait infliger à ce petit collégien dans ses premiers émois amoureux.
-Gabe, qu'est-ce que tu fais ?
Sam avait finalement abandonné la bataille contre Dean, sachant que faire parler son frère ici était perdu d'avance. Il se pencha au-dessus de l'épaule de son petit-ami qui lui tendit son téléphone portable et la photo prise à l'instant.
-J'ai gagné mon pari ! Je peux faire rougir Cassou bien plus vite que toi avec Dean. Tu sais ce qui t'attend ce soir, n'est-ce pas ?
-Je croyais que tu disais ça pour rire, dit Sam très embarrassé pour essayer de se sortir de ce mauvais pas.
-Allons, tu me connais mieux que ça. Je ne fais des paris que si je sais que je gagne. Et c'est justement le cas.
Soudainement, le visage si expressif de Gabriel se figea avec son sourire qui ne donnais plus du tout envie de rire. Au contraire, celui-ci se fana ainsi que le regard pétillant et ils fondirent dans une véritable expression d'horreur. Ses yeux s'agrandirent à tel point qu'ils auraient pu sortir n'importe quand de leurs orbites. Sa bouche resta grande ouverte sur un cri qui ne sortirait pas, de peur de rompre l'équilibre et de subir un sort pire que la mort. Sam le regarda faire son cinéma, ne sachant pas si il devait lui poser une question ou attendre qu'il reprenne vie de lui-même. Il n'eut pas besoin de décider. Le brun tourna la tête, laissant le reste de son corps immobile, pour revenir à sa place, c'était-à-dire en face de Castiel.
Castiel avait tout entendu du pari dont lui et Dean avait été les cibles et autant dire que ça ne l'amusait pas des masses de savoir qu'un homme venait de jouer avec ses sentiments pour gagner un pari. Son expression était à l'opposé de celle de Gabe, la tête rentrée dans les épaules et le regard noir le fusillait pour l'oppresser. Sa respiration restait lente et contrôlée mais il allait devoir se venger...
Et quoi de mieux que devant Sam qui, même si il était le second parieur, avait eu la chance de choisir la bonne victime ?
Sans se presser ni quitter le criminel des yeux, il passa sa main dans la poche intérieure de son trench-coat qu'il avait étendu au sol pour s'asseoir dessus, laissant une place libre à ses côtés si Dean changeait d'avis pour ne plus déteindre son jean en vert à cause de l'herbe.
Il en sortit un petit carnet dont les coins avaient subi quelques dommages dus à l'usure. Le bruit des pages lorsqu'il les fit défiler envoya un frisson qui secoua Gabriel des pieds à la tête. Il savait à quoi servait ce carnet pour l'avoir déjà vu un nombre incalculable de fois.
-Je devrais peut-être révéler quelques secrets qui te concernent. Sam doit être tellement déçu de ne pas avoir gagné votre petit défi. Il a droit à un lot de consolation.
Quand il baissa les yeux pour les reporter sur son carnet de note, cherchant l'anecdote adéquate pour ce genre de situation, Gabriel reprit instantanément vie et se jeta sur Castiel, prêt à tout ou presque pour récupérer cet objet tabou.
Évidement, Sam le maintint en place, pas très sûr de la position à adopter mais il était certain que Gabriel ne devait pas se jeter sur Castiel. Dean se rapprocha de lui pour lui porter assistance et garder ces petites mains habiles très loin de son colocataire.
Jusqu'à ce qu'une voix vienne interrompre la séance de torture gratuite.
-Bonjour. Vous êtes bien Samuel Winchester ?
Sam se retourna d'un seul coup vers le nouvel arrivant qui le surplombait du fait qu'il soit debout. La première chose qu'il nota fut son costume qui jurait avec le lieu.
Il relâcha Gabriel par inadvertance et Dean, surpris lui aussi par la soudaine force de l'animal, fut entraîné avec lui jusqu'à finir allongé de tout son long sur la nappe de pique-nique.
Gabriel tendit le bras et, par un miracle inattendu, réussit à arracher des mains de Castiel le petit carnet. Dans un dernier effort, il le jeta au loin. Les pages défilant dans les airs, elles ralentirent sa progression mais sa trajectoire ne pouvait pas être modifiée. Le carnet finit sa course dans le lac avec un Plouf que Gabriel accueillit avec plaisir, délivré à tout jamais du fardeau de son passé biscornu. Il se mit debout, sautant presque de joie tandis que les canards qui jusque là, mangeaient les dernières miettes de pain qui leur avaient été jetées, s'échappèrent à tir d'ailes et d'éclaboussures un peu plus loin où il seraient plus au calme.
-YYYEEESSS ! Oh yeees ! Ha ha ! Tu ne peux plus rien contre moi, tu es fini ! Ton règne est révolu, mon cher Castiel. Je n'aurai plus jamais à craindre tes mots venimeux.
Gabriel resplendissait de bonheur, faisant son spectacle grotesque au milieu du groupe et pointa Castiel comme si il était un tyran qui l'avait soumis à l'esclavage ou quelque chose dans cet ordre-là.
S'excusant rapidement auprès de ses amis et du nouvel arrivant, il se releva face à ce petit clown de carnaval pour lui souffler au visage ces quelques mots.
-C'était une copie. Tu croyais vraiment que j'allais prendre le risque de transporter l'original avec moi ? Maintenant, assis-toi et ne dis plus un mot. Et ce ne sont pas des menaces en l'air.
Soudain pale, Gabriel se rassit, ou plutôt se laissa tomber, près de Sam qui n'en revenait toujours pas de l'influence de Castiel sur son compagnon. Mais il aurait tout le loisir de s'occuper de ses problèmes de mâle dominant plus tard car, pour l'instant, ils se montraient en spectacle devant un parfait étranger.
-C'est moi, Samuel, fit Sam tout en se mettant debout pour faire face à l'homme. On s'est déjà vu ?
Sortant une carte de visite de la poche intérieure de sa veste, le personnage visiblement atteint d'une calvitie précoce la lui tendit avant de recentrer son costume.
-Non, pas du tout. Je suis détective privé. Zacharie Johnson. On m'a demandé de vous retrouver et d'établir un contact avec vous.
-Qui ça ? demanda Dean sur la défensive après s'être rapproché de son petit frère pour détailler la carte présentant ses capacités.
-Ma cliente souhaiterait d'abord vous rencontrer seul à seul, répondit Zacharie sans se soucier de Dean.
-C'est hors de question, reprit Dean. Et qui me dit que vous êtes vraiment détective, hein ? C'est la nouvelle manière de kidnapper les gens, c'est ça ?
Dean attrapa l'homme en costard par le haut de sa veste et le força à reculer, n'aimant pas du tout la tournure des événements et le fait que quelqu'un ait enquêté sur son frère. Son regard acéré menaçait Zacharie tout en fouillant dans ses yeux la moindre parcelle de mensonge ou de tromperie. Après le cauchemar de cette nuit, il n'arrivait pas à se dire que cette journée pouvait encore lui réserver des surprises.
Il essaya bien de se débattre mais le détective ne pouvait rien contre la poigne et les muscles discrets de Dean qui le maintenaient debout sr ses orteils, même si il faisaient pratiquement la même taille. Les vêtements tirés vers le haut montraient son embonpoint et le rendaient moins spectaculaire que le laissait supposer son métier si particulier. Pour un détective, il ne devait pas souvent faire de course poursuite ou s'inquiéter de sa santé pour se laisser aller à ce point.
Sam intervint finalement, faisant lâcher Dean comme on sermonnait un chien qui avait mal agi. Lui aussi avait été surpris par l'arrivée plus qu'inattendu de cet individu mais il n'était pas aussi à cran que son frère. D'ailleurs, son côté curieux était très éveillé à ce moment-là, se posant mille et une questions du pourquoi du comment quelqu'un avait pu faire des recherches sur lui. C'était ce qui l'intriguait le plus et ce qui le dérangeait à la fois.
Ce n'était pas une mince affaire de retrouver quelqu'un. Il faut surtout avoir une motivation énorme. Beaucoup aurait abandonné juste après s'être demandé : « Qu'est-ce qu'il est devenu ? ». Et puis, il ne faut pas oublier que donner le travail à un détective, c'était beaucoup d'argent dépensé pour un résultat tout sauf sûr.
Donc quelqu'un le recherchait, lui, avec une motivation assez importante pour engager cet homme pour des recherches qui auraient pu durer des années sans la certitude d'avoir un résultat à la clé...
Continuant de se torturer les méninges, Sam ne vit pas une jeune femme blonde courir vers leur petit groupe en essayant d'attirer son attention.
En fait, il ne se rendit compte de sa présence que lorsqu'elle entra dans son champ de vision pour le prendre dans ses bras et se coller à lui tout en laissant un soupir satisfait quitter ses lèvres. Sam n'eut besoin que d'une seconde pour reconnaître cette tignasse qu'il avait vu tant de fois cinq ans plus tôt.
-Ruby ?
-Je suis contente que tu m'aie reconnu, lui sourit-elle de toutes ses dents, relevant le visage vers le sien pour qu'ils puissent se voir.
Par contre, il ne reconnut pas la petite fille qui trottinait pour les rejoindre.
