Note : Hello ! Petit détail, je me permettrai dans cette fic d'utiliser quelques mots en anglais, des insultes principalement. Pas que je trouve que c'est plus cool de jurer en anglais mais... oui bon, d'accord, je trouve ça plus cool ;) J'espère que cela ne vous dérange pas ! Bonne lecture en tout cas.


Un mois plus tôt.


James ne sentait presque plus l'odeur de la chair brûlée et du sang séché sur ces vêtements. Ça, c'était plutôt cool.

L'hélicoptère venait de se poser dans l'aile sud faisant vibrer les arbres nus des alentours. Londres, son froid mordant, sa pluie battante et ses arbres tristes, quel horrible cliché qui s'offrait à l'espion. Lui qui venait de quitter un magnifique feu flamboyant qui avait réchauffé chacun de ses os meurtris devait maintenant affronter la grisaille morne de la capitale. Il pouvait y faire face. Ce n'est pas comme si le brasier n'avait pas consommé la maison familiale de toute façon.

Il mit un pied hors de l'hélicoptère, suivit de près par deux médecins du MI6 puis par le brancard mortuaire. James avait toujours été frappé par l'illusion d'optique d'un corps allongé, le rendant plus petit qu'il ne l'était réellement. C'était con, presque aussi con que la croyance populaire qui voulait qu'un défunt perde 21 grammes en passant de vie à trépas – 21 grammes qui justifieraient à eux-seuls la présence d'une âme. Les gens vivants s'attachaient bien trop à la mort.

Il croisa Mallory, qu'il salua d'un geste furtif de la tête – il avait estimé que sortir sa main couverte du sang de Silva pour serrer celle de son supérieur n'était peut être la meilleure chose à faire. L'air s'engouffra avec les deux hommes lorsqu'ils pénétrèrent dans le long couloir souterain qui les amenait aux nouveaux quartiers.

"Fichu vent, hein ?" Tenta Mallory qui tentait de cacher au mieux l'émotion dans sa voix.

James répondit par un hochement de tête abstrait. Si Mallory tentait de trouver un autre sujet de discussion que le brancard, Bond lui ne voulait tout simplement rien dire.

M était morte, point.

Il fit abstraction du médecin légiste qui lui demanda s'il voulait accompagner le corps jusqu'à la salle d'autopsie et se dirigea par réflexe vers l'infirmerie. Le centre était petit mais beaucoup trop mal fichu. Aucune intimité possible, il était obligé de parcourir une dizaine de pièces bondées pour arriver à son but. Son chemin de croix en quelques sortes. Il garda ses mains meurtries enfoncées dans ses poches tout du long, ne relevant même plus les regards tristes qui se tournaient à son passage. Il vit Eve, assise sur le bureau de Harry, rester aussi stoïque que possible – professionnelle, il aimait ça. Il traversa enfin l'immense pièce principale, ponctuée par l'écran pharaonique qu'il avait scrutté avec Q quelques jours plus tôt, et s'engouffra enfin dans la pièce où il était attendu.

Le check-up se passa comme tous les autres check-up ; radios, prises de sang, bandages et alcool appliqué sur ses plaies béantes. Quelques questions sommaires, la routine banale et froide à préciser que oui merci il allait bien, et non merci il n'irait pas se jeter d'un toit lorsqu'il serait seul. On lui laissa l'accès à la petite salle de bain pour prendre sa douche, et bien qu'il ne voulait s'y attarder que sommairement, le jet d'eau brûlant l'ennivra et le paralysa sur place.

Là. C'était bon. Un instant de répis, sans réfléchir, sans subir. Il ferma finalement la porte en verre et appuya ses deux mains sur le carrelage froid avant de baisser sa tête sous le jet, expirant d'un coup d'un seul tout l'air de ses poumons, la moindre petite bouffée d'air qu'il avait pu inspirer en Écosse, comme pour sortir de son organisme la fumée de sa maison en flamme, l'odeur détestable de la chair brûlée, le peu d'eau gelée qu'il avait avalé dans le lac et le souvenir du corps lourd et pourtant si absent de M contre ses bras. Il passa une main sur son visage, bloqua sa respiration une fois avoir vidé ses poumons de toute leur colère vaporeuse et puis reprit ses lentes caresses pour toucher une à une ses nouvelles plaies. Il devait les connaitre, les mémoriser, tout savoir de ce corps qui se faisait plus vieux, plus faible encore. Il descendit jusqu'à sa cuisse droite où une griffure superficielle le lançait à peine et sourit malgré lui. Le souvenir des mains de Silva tout contre son pantalon serait bien plus difficile à effacer que la plaie. Il attrapa un savon à côté de lui, commença à le passer sur son corps par réflexe et ferma les yeux.

Silva. Un mec avec des convictions, une cause à défendre, une vieille femme toujours dans un coin de sa tête, une certaine aversion pour les ordres et un je-m'en-foutisme royal pour la mort et la douleur. Un mec comme lui en somme. Mais un mec qui avait basculé. Un mec à annéantir – un couteau, et fin de l'histoire.

Bond estima s'être assez receuillis quant aux dernières semaines qu'il avait traversé et sorti de la douche avant de prendre la petite serviette pour les mains qui avait été laissée près du lavabo de la pièce. La flemme de chercher plus grand. Il s'habilla rapidement, encore humide, si bien qu'il sentait sa nouvelle chemise d'un blanc immaculé coller tout contre le bas de son dos, mais cacha le tout derrière la veste de son costume, avant de lacer ses chaussures et retourner au bureau de Mallory.

Sans grande surprise, l'homme était déjà présent, appuyé contre son bureau, entouré d'Harry son éternel bras droit, d'un autre homme d'une cinquantaie d'année au visage marqué par le temps, les yeux d'un brun triste et le cheveux rare. Mais le costume était taillé sur mesure et la montre bien trop brillante : un homme du gouvernement en somme. Au fond de la pièce, se tenait Q, un affreux pull bordeaux sur ses épaules, les mains jointes derrière son dos. Un mec bien trop jeune avec une posture bien trop vieille. Fascinant.

"James, café ?"

"Whisky." Confirma-t-il avant de s'asseoir sur un des fauteuils boudés par ses hôtes.

Les trois hommes se regardèrent, et dans un soupir d'abnégation Mallory se dirigea vers le bar de son bureau pour en sortir une bouteille de Blackadder et quatre verres. Chacun prit place autour de James, attrapant un à un leur verres, s'y accrochant comme si leur vie en dépendait et alors que James posa le sien tout contre ses lèvres, Harry murmura un "À M." à peine audible qui sembla arrêter le temps dans la pièce. Le regard d'azur de Bond scanna la scène ; le visage pâle de Mallory, la tête baissée de son bras droit, les yeux humides du plus vieux. Il ferma les siens, avala d'un trait l'alcool brûlant et grimaca légérement avant de poser bruyament le verre vide sur la table basse pour les sortir de leur moment d'absence.

"Vous ne vous êtes pas présenté." Claqua-t-il à destination de l'homme assit à sa droite dont la montre suisse retentissait un tic-tac insupportable dans le silence pesant du bureau.

"Mike Leath, gouvernement." James haussa un sourcil ; alors, on ne lui donnait que ça comme réponse ? Navrant. L'homme sembla comprendre son air ennuyé et reprit ses présentations. "J'ai été appelé par le premier ministre dès que nous avons sur pour… le drame."

"Pour la mort de M, vous voulez dire." Corrigea-t-il sans la moindre état d'âme. On appelait un chat, un chat, on appelerait donc une mort, une mort.

"Exact. Et si nous sommes ravi de savoir Silva hors d'état de nuire, nos amis du FBI nous confirment cependant que son réseau est toujours actif."

"Je ne savais pas que le gouvernement britannique avait des amis."

"Si nous y trouvons un certain intérêt, pourquoi nous en priver ?" Sourit Leath avant de passer sa main aux doigts boudinés sur sa propre veste, Armani sans doute, pour la remettre en place. "Un remplaçant de M sera nommé incessament sous peu, il est une priorité pour nous d'arrêter cesterroristes le plus vite possible."

"Cyber-terroristes"Corrigea une petite voix du fond de la pièce. Les trois hommes se retournèrent de concert et James releva son regard avec paresse. Oh. Oui, le Quatermaster, il l'avait oublié. "Si je puis me permettre sir, ce sont des cyber-terroristes. Il serait plus prudent pour nous de ne pas l'oublier."

"Mallory ?" Demanda le vieil homme en relevant son menton dans un geste rempli de dédain non dissimulé. "Choisissez-vous vos stagiaires selon leur degré d'insolence ?"

"Q est à vrai dire notre Quatermaster."

Le silence qui suivit et l'appellation arrogante "stagiaire" suffirent à faire sourire de plus belle James, qui releva avec amusement la mine renfrognée du plus jeune.

"Oh." Se contenta d'émettre le représentant du gouvernement, les yeux perdus dans le whisky qu'il faisait doucement tourbilloner dans son verre. "Bien, Q, parlez nous donc de cette si grande différence." Ironisa-t-il.

"Un siècle."

"Je vous demande pardon ?"

"Un siècle sir. Ou cinquante ans si vous préférez. Vous vous battez comme si nous étions encore en pleine guerre froide, mais aujourd'hui vos ennemis sont bien plus difficiles à cerner. Vous ne vous battez pas contre une nation ou une armée, vous vous battez contre l'invisible."

"Charmant point de vue." Rouspéta Leath dans un petit rire étranglé.

"Oh mais rassurez-vous, je n'essaye pas de vous faire peur." Hasarda Q en s'approchant timidement de la petite tablée.

"Tu as bien raison, tu aurais beaucoup de mal sinon." Sourit James en relevant ses yeux vers lui. Il était profondément choqué par la naïveté et l'insolence de Q. Choqué et intrigué. Le gamin mit quelques secondes à comprendre qu'il se moquait gentiment de lui, et reprit en utilisant ses mains fines pour appuyer ses propos de gestes aériens.

"Depuis le début, Silva nous a montré sa suprématie par informatique. Il nous a hacké, plusieurs fois même, il a infiltré le FBI à ce que j'ai pu entendre et a contrôlé le Quai d'Orsay de Paris pendant un mois. Autrement dit, il a fait plus de dégât avec un clavier et une souris sans fil qu'avec une centaine de mercenaire à son service. Et c'est sur ce terrain qu'on doit le battre. Enfin, battre son organisation, vu que…" Mais la fin de phrase ne vint jamais. James écarquilla les yeux et réalisa ; le gamin n'allait pas le dire tout haut.

"Vu qu'il est mort ?" Demanda Bond, subjugué que son Quatermaster ait autant de mal à prononcer ces quelques mots si simple.

"Oui voilà. Ce truc là."

Leath se pencha vers Harry et Mallory et leur posa quelques questions au sujet de l'organisation ; quel était le nombre de personnes impliquée encore vivantes, les enjeux financiers et les autorisations internationales pour frapper en cas de nécessité. Mais Bond ne pouvait quitter des yeux le corps frêle et maladroit de Q qui, Christ, avait rougit en évoquant la mort de Silva. L'espion en eut alors la preuve, son Quatermaster avait une conscience, une âme. 21 putain de grammes, n'est-ce pas. Q remit une méche de ses cheveux derrière son oreille, attendant que Leath reporte son attention sur lui, et tourna légérement sur lui-même avant de croiser le regard de James. Il mima un "quoi ?" de ses lèvres absolument enfantin et incongru, mais James ne prit même pas la peine de répondre, préférant se servir un nouveau verre.

"Q, vous viendrez avec Mallory, Harry et moi au MoD demain matin. Vous êtes apparement le mieux placé ici pour faire face à une telle situation."

Le gamin à la tasse scrabble ? Pensa James en haussant un sourcil, qui préféra garder le silence en se délectant de l'alcool bien trop réconfortant.
Q fit un large signe de la tête pour faire comprendre à ses supérieurs qu'il se soumettait à leur demande et chacun se leva pour se saluer avant que Leath ne récupère son manteau et son parapluie avant de sortir du bureau. Mallory soupira en secouant légérement la tête, les dernières 24h avaient été aussi exténuantes qu'improbables et dit tout haut :

"Bien, Q, nous nous voyons demain. Harry, préparons les papiers de la succession de M voulez-vous. Et James ? Faites moi le plaisir d'aller dormir."

"Où ?" James planta son regard perçant dans les yeux cernés de son supérieur. Bien sûr, lui seul n'avait pas oublié qu'on avait vendu son appartement.

"Voyez ça avec l'administration vous voulez bien ? J'ai autre chose à faire qu'à m'occuper de vos nuits londoniennes.."

"Bonsoir Mallory." Sourit James en quittant le bureau à son tour, suivit de quelques mètres par Q, ses pas feutrés et son corps tremblant – oui, même sans le voir il le savait. Il sentit le garçon approcher une main de son épaule, mais ne s'arrêta pas. Il ne s'arrêta pas non plus devant Eve et son regard plein de promesses quant à la suite des événements et du lit dans lequel il pouvait dormir (ou, ne pas dormir) et se dirigea vers les bureaux reculés de l'administration pour demander une chambre d'hotel, n'importe laquelle, vraiment, juste une avec un lit et des draps propres. Ou pas. Il s'en foutait royalement.