La lumière du jour me tirait de mon sommeil, j'ouvris difficilement les paupières, clignant plusieurs fois avant d'être capable de voir clairement. Un plafond en bois se dressait au dessus de ma tête, je regardais sur ma gauche, une petite fenêtre décorée d'un rideau blanc jauni par le temps filtrait les rayons du soleil. Près de mon lit se trouvait une table basse recouverte de petits bibelots en verre et en bois. Où étais-je ?
Je me levais brusquement, quelqu'un m'avait changée. A la place de ma longue robe blanche, je me retrouvais avec un énorme tee-shirt et un jogging usé. Qui avait osé me déshabiller !?
Je me tournais précipitamment vers la porte, guettant le moindre bruit, des voix d'hommes raisonnaient en bas. Je n'avais clairement pas l'intention de descendre et me retrouver au milieu d'étrangers, ainsi j'ouvris la fenêtre et m'apprêtais à escalader la façade de la maison. Au moment où je posais le pied sur la façade, la porte s'ouvrit sur la femme au visage balafré.
_ Mais… qu'est-ce que vous faîtes ?
Cette dernière s'approcha vivement de moi, me tenant le bras comme pour s'assurer que je ne sauterai pas. Par respect pour cette femme enceinte, je ramenais ma jambe à l'intérieur et me redressais, la dépassant d'une bonne tête.
_ Je m'appelle Emily, et je dois la vie de l'homme que j'aime à votre bienveillance.
Je lui fis une brève révérence en guise de réponse et me mis à la recherche de mes vêtements et de mes armes. Je balayais la pièce des yeux, mais nul signe de mes affaires.
_ J'ai préparé des muffins à la cuisine si vous avez faim.
La femme semblait guetter ma réaction, je poussais un soupir de frustration avant de hocher la tête. Cette dernière m'adressa un sourire des plus radieux avant d'ouvrir le chemin tandis que je la suivais sans dire mot. Nous descendîmes les escaliers, Emily semblant peiner à porter son gros ventre.
La maison était simple et chaleureuse, une grande pièce servait à la fois de cuisine et de salon. Une délicieuse odeur me chatouillait les narines et réveillait ma faim. La table était encombrée d'une quantité astronomique de nourriture tandis que cinq hommes conversaient bruyamment tout en dévorant ce qu'ils avaient sous la main.
Lorsqu'ils me virent, toute discussion cessa et celui que je reconnaissais comme l'homme que j'avais aidé se leva avant d'approcher.
_ Je m'appelle Sam et je dois vous remercier de m'avoir sauvé.
Je le saluais comme je l'avais fait précédemment avec sa femme, tandis que je lisais dans ses yeux une avalanche de questions muettes.
_ Venez manger quelque chose, vous devez avoir faim, finit-il par dire cependant.
La femme mit fin au silence et m'entraîna à sa suite vers la grande tablée où les quatre hommes restant me fixaient sans pudeur. Je m'assis à la place indiquée et attendis que les choses se passent. Emily me tendit un plateau de muffins et j'en pris un à la myrtille semblait-il avant de la remercier d'un signe de tête.
_ C'est quoi ton nom ?
Un jeune homme assez trapu venait de me poser une question, récoltant des regards noirs de la part de Sam et Emily.
_ Veuillez excuser Quil, il n'est pas très poli, s'excusa la femme enceinte.
_ Je m'appelle Illyria.
Ma réponse sembla les surprendre, je les détaillais un par un. Quil était visiblement très jeune, les yeux emplis de malice et d'une indéniable joie de vivre. Tous avaient la peau mate, leurs cheveux d'un noir de jais étaient coupés courts et aucun ne portait de tee-shirt, dévoilant leur musculature développée.
Je croisais le regard de l'un d'eux. Il s'agissait du même homme devant lequel j'avais dû m'évanouir hier soir, intriguant, il réveillait en moi des sensations que je ne m'expliquais pas. Je sentais une chaleur nouvelle se répandre dans tout mon être. Ses yeux chocolat me fixaient, envoyant des ondes électriques parcourir mon corps entier. Je pourrais le contempler ainsi pendant des heures, sa présence me faisant ressentir comme un bien-être particulièrement intense.
_ T'es une sorcière ?
Le jeune homme, Quil, s'était encore exprimé sans détours, provoquant un soupir de la part du chef de leur meute.
_ Je préfère le terme d'enchanteresse, ma magie n'a pas pour but d'être néfaste.
_ Comment t'es arrivée jusqu'à nous ? On t'a vu sortir de la mer.
_ Quil, notre invitée a sûrement faim, laisse-la manger.
Sam venait de réprimander le jeune homme avec sévérité avant de me proposer quelque chose à boire et de me faire passer diverses pâtisseries que je refusais.
Le petit déjeuner s'était poursuivis dans un silence gênant. Je ne voulais pas rester plus longtemps, j'avais déjà assez tardé.
La table débarrassée et la vaisselle lavée, je rejoignais Emily au salon.
_ Puis-je vous demander où sont mes habits ?
La femme semblait surprise par ma requête, elle se leva précipitamment avant de se diriger vers l'arrière de la maison.
_ Je suis désolée, vous étiez trempée jusqu'à l'os alors je me suis permise de vous changer.
_ Je vous remercie de votre attention, et aussi pour avoir lavé mes vêtements visiblement. Je ne
vous dérangerai pas plus longtemps, je n'aurai pas dû être ici.
_ Vous nous quittez déjà ? Vous êtes la bienvenue chez nous vous savez. Je vous dois tant.
_ Vous ne me devez rien du tout, j'ai fait ce que je devais faire.
_ Non au contraire, si vous n'étiez pas là Sam serait mort à l'heure qu'il est et je porterai son enfant seule, sachant qu'il grandirait privé de son père et…
_ N'y pensez plus, profitez de chaque moment, vous attendez un enfant et séchez vos larmes, le sourire vous va beaucoup mieux.
Emily s'avérait être une femme emplie de douceur, la mère idéale pour un enfant, l'épouse parfaite. Après quelques temps passés à ses côtés, je lui demandais l'autorisation de prendre une douche.
Je profitais de la salle de bain du jeune couple pour refaire ma longue tresse et me laver avant de remettre mes vêtements. Il manquait à présent un morceau de tissu à ma robe, et celle-ci dévoilait mes pieds nus. J'accrochais sur ma cheville mon couteau et rangeais mon arbalète ainsi que mon carquois sur mon épaule. Je m'observais un moment dans le miroir, mes cheveux étaient aussi bouclés qu'ils étaient longs, quelques mèches cuivrées s'échappaient déjà de ma coiffure. Je recouvrais ma tête de ma cape et sortais dans la pièce sans plus tarder.
Je remerciais Emily de son hospitalité avant de m'enfoncer vers la forêt. Je tournais en rond pendant ce qui me parut une éternité avant d'arriver au bord d'une haute falaise. Je me penchais pour observer le ressac des vagues frappant la Terre avec force.
Je n'avais aucune idée de l'endroit où je me trouvais mais il fallait que je parte, je n'avais pas le choix. Un craquement de branche à l'orée de la forêt capta mon attention. Je fixais le lieu d'où le bruit m'étais parvenu, à l'affût du moindre mouvement. Un homme à la peau blanche comme neige s'approcha soudain, me détaillant de ses yeux rouges sang. Il était d'une beauté surnaturelle et particulièrement attirante, comme le serait une fleur empoisonnée. Je ne pris même pas la peine de tenter de me défendre ou d'attaquer, mes armes étant inutiles face à une telle créature.
_ Qu'est-ce qu'une beauté telle que vous fait seule dans cette forêt ?
Sa voix était belle, hypnotisante, comme chaque parcelle de son corps.
_ Peut-être n'ai-je nul besoin d'être accompagnée.
_ Vous auriez tord de penser ainsi, la forêt regorge de bêtes sauvages en tout genre.
_ Je n'en ai croisé aucune, du moins jusqu'à présent.
Je vis la créature tiquer à ma réponse, dévoilant un sourire des plus inquiétants à mon sous-entendu.
_ Vous me semblez intelligente, peut-être vais-je faire de vous ma semblable.
_ Je préférerais encore mourir.
_ Allons, allons… Ne dîtes pas mots que vous regretteriez.
_ Au contraire, tout ce que je dis est réfléchi. Vous devriez vous en aller.
_ Trêves de bavardage. Je ne puis vous laisser partir hélas, votre sang me tente de la plus violente des façons, mes lèvres ne sauraient se sustenter ailleurs que sur votre cou gracile.
_ Approchez, goûtez, mais vous en paierez le prix.
_ Ma douce, d'ailleurs quel est votre prénom ? La soif est déjà le plus grand des prix à payer pour l'immortalité.
_ Mon prénom est Illyria, qui a parlé d'un prix pour l'immortalité ?
_ Ma chère, votre compagnie est plus que plaisante, mon offre de faire de vous mienne tient toujours.
_ Je ne puis l'accepter. A présent faites ce que vous choisissez de faire, mais sachez bien que je vous ai offert la possibilité de partir.
_ L'agneau menace le lion, vous êtes fort distrayante mais la soif me rappelle à l'ordre.
_ Soit.
La créature s'approcha à une vitesse surhumaine, ne s'arrêtant qu'à quelques centimètres de ma personne. Je dégageais mon cou, plaçant tous mes cheveux d'un côté et le lui présentait. Je vis son regard s'intensifier de désir tandis qu'il ajoutait ces mots :
_ Voilà qui est fort réjouissant.
Il dévoila à présent de longues crocs qu'il planta sans plus de cérémonie dans ma chair. La douleur était vive, je sentais qu'il aspirait un peu de mon fluide vital avant qu'il ne se détache enfin. Ses yeux rouges exprimaient à présent une terreur sans égale, sa main tenant sa gorge dans une confusion absolue.
_ Mon cher, je vous aurez prévenu, vous avez goûté à mon sang, à présent vous le payez de votre immortalité.
Il tomba à genou, agonisant sous l'effet du poison qu'était mon sang pour ceux de son espèce. Bientôt, il ne restait qu'un corps sans vie et dur comme la pierre gisant sur le sol.
Je contournais le corps pour m'approcher à nouveau du bord de la falaise. Ma présence en ces lieux n'était plus nécessaire, il était temps pour moi de partir. Ainsi, je m'apprêtais à sauter lorsqu'une voix me stoppa dans mon élan.
_ Illyria !
Je me retournais et vis l'homme au regard chocolat, avec pour seul vêtement un jean découpé. Il s'approcha de moi comme on essayerait de ne pas faire fuir un animal sauvage, mesurant chaque pas et ce sans jamais détourner les yeux.
Lorsqu'il fut à quelques pas de moi, il baissa enfin les yeux sur la créature sanguinaire réduite à néant, passant de l'incompréhension à l'inquiétude.
_ Qu'est-ce qu'il s'est passé, tu es blessée ?
Le son de sa voix me fit rater un battement, elle était grave et terriblement virile.
_ C'est sans importance.
Le sang s'écoulait de mon cou, la morsure devait être profonde.
_ Je… Emily m'a dit que tu partais.
_ C'est exact.
_ Je pensais que tu resterais un peu plus longtemps parmi nous.
_ Nul ne requière ma présence en ces lieux désormais.
_ Moi si.
_ Je vous demande pardon ?
_ Tu la sens comme moi cette attraction n'est-ce pas ?
_ Je ne puis m'abandonner aux déboires du cœur.
_ Qu'est-ce qui t'en empêche ?
_ Écoutez, je ne suis pas celle qu'il vous faut. Un jour vous trouverez sûrement celle qui comblera votre vie, et je ne serai plus que l'ombre d'un souvenir.
_ Laisse-moi au moins une chance de te connaître.
L'homme s'était approché plus près, je devais à présent lever la tête pour le regarder dans les yeux malgré mon mètre quatre vingt. Je lisais en lui une vive détresse, j'aurai voulu rester, mais je n'avais pas le droit, le bonheur n'était plus pour moi.
Un hurlement de loup déchira le calme de la forêt. Je vis Paul se tendre immédiatement, s'apprêtant à se transformer pour rejoindre son congénère.
_ Je viens avec vous.
Ma requête semblait le surprendre mais il ne dit rien, mutant en un imposant loup gris avant de se pencher pour me laisser monter sur son dos. Après une brève hésitation, je m'accrochais vivement aux poils durs et lisses de son échine, serrant mes jambes de part et d'autre de son flan. Il se mit à courir sans plus de cérémonie au cœur de la végétation, slalomant entre les arbres à une vitesse folle. Je fermais les yeux et collais ma tête à celle de l'animal afin d'éviter le vent résultant.
Après ce qui me parut être une éternité, le loup s'arrêta enfin, couinant devant le spectacle qui s'offrait à nous. Je descendis prudemment et approchait pour mieux voir.
Une jeune femme était étendue sur le sol, baignant dans son propre sang. Sa tête reposait sur les genoux d'un adolescent typé comme les métamorphes que j'avais pu rencontrer.
_ Faites quelque chose je vous en prie !
Le jeune homme me suppliait d'une voix brisée par ses sanglots de sauver cette jeune femme. J'étais là après tout, je pouvais bien faire quelque chose pour cette femme et m'en irai ensuite. Je m'assis dans l'herbe, dégageant les mèches collées au visage de cette dernière. Je posais avec douceur ma main sur sa joue et guettais les faibles battements de son cœur.
Je vis alors une jeune femme pleine de vie, le visage radieux de bonheur brossant ses longs cheveux lisses et noirs devant un grand miroir. Sa main laissait voir un discret diamant sur son annulaire gauche. Un homme vint l'enlacer, la regardant comme la plus belle chose qui lui ait été donné de voir. Cet homme, je le reconnaissais, Sam.
Cette vision me laissa perplexe, qu'était-il donc arrivé à cette pauvre femme ? Pourquoi cet homme, qui allait être père la chérissait ainsi ?
Je me plongeais à présent dans les plus proches souvenirs de la malheureuse.
_ Il est hors de question que je te laisse patrouiller ! Tu as été blessé hier et tu dois te reposer !
La jeune femme employait un ton qui ne laissait place à aucune protestation. Le jeune homme, que je reconnaissais comme celui qui m'avait supplié de la sauver, effectuait une moue enfantine.
Je me trouvais à présent parcourant la forêt aux côtés d'un loup gris. Une silhouette noire se dressait sous mes yeux, une cape sombre masquant son visage, tandis que des courbes féminines étaient visibles sous sa robe ceinturée à la taille.
_ Où est-elle ?
La voix de cette étrangère trahissait une certaine impatience et une agressivité certaine.
_ Qui êtes-vous ?
La jeune femme avait presque craché ces mots, sans doute agacée par cette étrangère.
_ Où est l'enchanteresse ?
Cette dernière avait prononcé ces mots en détachant chaque syllabe, elle portait ses mains à sa tête et ôta dans une lenteur exagérée le tissus qui cachait encore son visage.
Deux yeux entièrement noirs, sans vie, fixaient à présent la jeune femme et un frisson me parcouru toute entière. Je vis cette dernière muter, la créature en face dévoilant une rangée de dents noirâtres et pourries. La louve avait désormais sauté à la gorge de ce qui était visiblement une sorcière avant de la mordre sans ménagement.
L'animal s'écroula au sol dans une sourde complainte avant de reprendre forme humaine. Sa gorge avait été déchirée par sa propre attaque, elle agonisait à présent sur le sol, le sang s'écoulant généreusement dans l'herbe.
Sur ces dernières images, je quittais les souvenirs de la malheureuse avant de verser une goutte de ma fiole sur son corps. Je récitais un sort d'inversement, la sorcière succomberait à sa blessures mais la vie de la métamorphe serait sauve. La sorcière avait visiblement usé d'une magie très puissante, mais je parvins à mes fins, toute fois je ressentis une grande fatigue m'assaillir après coup.
Je vis la jeune louve respirer avec fougue tandis que je peinais à tenir debout. Elle était sauvée.
_ Léah !
L'adolescent serra la jeune femme dans ses bras, cette dernière ouvrant les yeux et semblant reprendre connaissance. Son regard furtif semblait dévoiler une multitudes d'émotions, elle tenta ensuite de se lever, un peu trop rapidement pour son propre bien.
_ Vous ne devriez pas faire d'effort, vous avez perdu beaucoup de sang et ma magie a ses limites.
Léah me regardait à présent de ses yeux noirs, comme surprise de me voir parmi sa meute. Sans plus attendre, je me relevais difficilement avant de m'éloigner en titubant. Il fallait que je sache ce que cette sorcière me voulait. Cependant, j'avais encore agit sous le coup de la compassion et avais sauvé cette louve au lieu de retrouver celle qui aurait été son bourreau. Qu'allais-je faire à présent ? Le meilleur moyen d'avoir des réponses serait de rester en ces lieux. Une sorcière n'agissait que rarement seule, j'allais donc peut-être faire à nouveau ce que je faisais le mieux, traquer et tuer ces être impures. Toutefois, Je sentis quelqu'un me retenir par le bras.
_ Tu as du mal à tenir debout, viens donc te reposer, ton départ peut bien attendre quelques heures.
Je me retournais pour faire face à mon interlocuteur, cette voix je la reconnaîtrais parmi toutes désormais. La présence de cet homme m'apaisait, je me sentais complète en sa présence et pourtant j'ignorais même son prénom. Une boule se forma dans le creux de mon ventre lorsque je me perdis à nouveau dans l'intensité de son regard.
Je le laissais me guider sans chercher à savoir où il m'emmenait, simplement épuisée par les récents événements. Je voulais lutter, mais je n'en avais pas la force, et après tout la traque commencerait sûrement en ce lieux, j'avais une raison de rester.
Le métamorphe me tenait tendrement mais fermement par la taille. En plusieurs siècles, je n'avais jamais été aussi proche d'un homme que maintenant. J'aurai voulu mettre une certaine distance entre nous mais j'en étais incapable, appréciant malgré moi la chaleur de sa peau m'irradier.
Je regardais en avant, Léah se trouvait dans les bras de l'adolescent qui avançait avec prudence pour ne pas la brusquer. Le reste de la meute avançait tout en conversant sur ce qui venait de se passer, jetant parfois quelques coups d'œil dans ma direction. Je ralentis le pas, l'impression que mes jambes pesaient des tonnes s'intensifiait toujours un peu plus, ce n'était pas normal. Il y avait bien longtemps qu'un sort ne m'avait pas fatiguée autant.
L'homme qui m'aidait à avancer passa finalement un bras sous mes genoux et je me sentis soulevée avant de me retrouvée calée contre son torse chaud et musclé. Cette sensation était loin d'être désagréable et je dus me faire violence afin de protester.
_ Je peux encore marcher. Veuillez me poser.
_ Non, tu te traînais.
Ses mots me piquèrent à vif, comment osait-il me parler ainsi ?
_ Je ne vous ai pas demandé de m'attendre et encore moins de m'aider.
_ Je n'ai pas attendu que tu le fasses. Aider les autres tu acceptes mais quand les autres viennent te tendre la main tu les repousses.
_ Posez-moi sur le champs !
_ Non.
_ Vous ne devriez pas contrarier une enchanteresse.
_ Paul n'en fait jamais qu'à sa tête, tu perds ton temps à le menacer.
Quil nous avait rejoint à présent, il semblait amusé par la situation, mais grâce à lui je pouvais enfin mettre un prénom sur cet arrogant jeune homme. Paul. Je poussais un soupir de frustration, et tandis que je reposais ma tête sur son torse, je sentis presque la satisfaction du métamorphe.
Nous arrivâmes dans la maison de Sam et Emily, retour au point de départ. Paul me posa sur le
canapé du salon avant de s'éloigner, un sourire arrogant sur le visage. Cet homme, aussi séduisant était-il, ne savait visiblement pas à qui il avait affaire.
Je touchais mon cou du bout des doigts, du sang caillé recouvrait ma morsure. J'avais arrêté de saigner, c'était une bonne chose.
_ Si je peux faire quoique ce soit pour vous, n'hésitez pas.
Emily se tenait face à moi, une infusion à la main, un sourire des plus aimables illuminait son visage. Cette femme était décidément la gentillesse incarnée, peut-être un peu trop pour son propre bien.
_ Vous devriez vous asseoir, visiblement vous êtes presque à terme.
_ Je ne peux pas passer toute ma grossesse à ne rien faire.
Sa bouche se tordait à présent en une moue enfantine.
_ Vous n'en avez plus pour longtemps, l'accouchement ne saurait tarder.
_ Comment le savez-vous ?
_ Je le ressens cet être plein de vie, je perçois les battements de son cœur si je me concentre suffisamment.
_ Oh ! Comme ce doit être merveilleux !
_ Il n'y a rien de plus beau que de sentir la vie grandir quelque part. A présent faites-moi plaisir, reposez-vous pour cet enfant à venir.
Emily vint s'installer près de moi sur le canapé non sans émettre un petit soupir à peine perceptible. Je ressassais les événements récents, une sorcière était venue à ma recherche en ces lieux. Que voulait-elle ? Comment allais-je le savoir ? Cette créature maléfique était-elle venue en éclaireur tandis que d'autres attendaient à l'arrière ? Je n'avais aucune piste, rien pour commencer mon enquête à part les souvenirs de la louve. D'ailleurs pourquoi l'avait-elle attaquée ? Il semblerait que j'allais devoir rester sur ces terres encore un certain temps.
_ Illyria, je peux vous parler un moment ?
_ Bien sûr.
Je me levais et suivis Sam en dehors de la maison. Il semblait particulièrement anxieux.
_ Savez-vous ce qui est arrivé à Léah ? Je suis complètement dépassé par ce qui vient de se passer.
_ Léah a mordu une sorcière et celle-ci avait jeté un sort d'inversement. En fait, l'attaque de Léah s'est retournée contre elle-même.
_ Une sorcière ? Mais qu'est-ce qu'une sorcière est venue faire à la Push ?
_ Apparemment elle me cherchait, Léah a eu le malheur de croiser son chemin.
_ Il y en a d'autres ?
_ Il est très probable que d'autres sorcières viennent fouler vos terres.
_ Que devons-nous faire ?
_ Le mieux est encore d'attendre, je n'ai malheureusement aucune idée de ce qu'elles veulent mais je compte bien le découvrir.
_ Vous restez donc parmi nous ?
_ Provisoirement, il semblerait.
_ Vous êtes la bienvenue chez nous.
_ Je vous remercie mais ce ne sera pas nécessaire, la forêt comporte tout ce dont je pourrais avoir besoin.
_ Je ne sais pas comment vous remercier.
_ Vous n'avez pas à le faire.
Sur ces mots, je pris congé de Sam et allais vers la forêt, peut-être trouverais-je un indice sur les lieux où Léah avait été blessée. Cela faisait quelques temps que je n'avais pas traqué de sorcière, et je jubilais presque à cette idée. Les voir mourir était ma seule raison d'être désormais.
