Salut tout le monde ! Bon alors, ceci n'est pas la suite du chapitre précédent ! C'est un OS qui relate les années de Julie à Beauxbâtons. Pour ceux qui se demandent qui est Julie, je vous invite à lire mon autre fanfic De l'art de s'attirer des ennuis (non, non, je ne fais pas de pub…). Pour ceux qui ont la flemme, sachez simplement que Julie est un des personnages principaux de la dite fanfiction. Pour ceux qui s'en fichent… et bien bonne lecture !
J'espère que vous passerez un bon moment !
Première année : Gabriel et Olive
Il m'a fallu du temps pour admettre ma position de sorcière. Plusieurs jours pour comprendre que la magie existe bien. Plusieurs jours pour comprendre que le monde auquel je croyais appartenir n'était en fait pas le mien (ou plutôt pas le seul…). Plusieurs jours pour intégrer le fait que mes parents n'accepteraient jamais mon statut de sorcière. Et enfin, plusieurs jours pour comprendre que le professeur qui était venu me chercher chez moi cet été était en fait un professeur de magie. Ah ! Et plusieurs jours pour admettre que ce même professeur avait été contraint d'ensorceler mes parents pour qu'ils ne décident pas d'enfermer leur propre fille dans un asile de fous. Ils n'ont pas très bien pris le fait que leur fille préférée (la seule en fait) soit en réalité une sorcière. Du coup Mr Pouvelle a jugé bon de leur faire tout oublier, et de se représenter en tant que professeur d'histoire…
A part ça, tout baigne.
Le 22 aout, je suis parti de chez moi pour l'Académie de magie de Beauxbâtons. Officieusement. Officiellement, mes géniteurs (et mon grand frère) pensent que je vais à l'internat très sélect de St Barthélemy, pour enfant surdoué.
S'ils savaient…
Le professeur Pouvelle, qui enseigne les sortilèges, m'a donné deux billets : l'un d'eux est un ticket Paris-Marseille, seconde classe. Je dois avouer que je n'étais pas du tout ravi : j'ai toujours détesté les voyages en train. Impossible de prendre l'air, obligation de se farcir un voisin puant, une mère de famille et ses quatorze enfants en train de pleurer, de la nourriture dégoutante… un bonheur ! Mes parents m'ont déposé à la Gare de Lyon, la larme à l'œil et m'ont fait promettre de leur donner des nouvelles dès que j'arriverai à l'Internat, ce que j'ai évidemment promis de faire, en fifille de bonne famille... Sauf que mon portable ne me sera d'aucune utilité à Beauxbâtons m'a dit le professeur Pouvelle, et qu'envoyer un hibou à mes parents s'avérera difficile… je souris déjà en pensant à la tête de ma mère si elle voyait un volatile lui tendre la patte pour lui transmettre le courrier. Je lui ferai peut-être le coup un de ces jours, qui sait !
Enfin bref, le voyage fut long et désagréable. On est loin du confort des voyages en première classe Paris-Londres que nous payait mon père pour les vacances de Pâques ! C'était le bon temps… Je regarde à présent le deuxième billet que m'a confié le professeur Pouvelle. Un ticket de ferry : je dois embarquer sur le Rémora dans moins de deux heures. Problème : je ne sais pas du tout où il se trouve. Selon les instructions du professeur, je suis bien au bon endroit, j'ai trouvé le port, et je suis à l'heure. Je regarde à nouveau la liste d'instruction sur laquelle il a griffonné en bas de page : Bonne chance !
Je soupire et recommence à tirer ma malle, à la recherche d'un quelconque indice qui pourrait m'indiquer le bon bateau. Autour de moi, les familles se pressent, les voitures polluent, les gens fument et l'odeur de tous ces éléments réunis me donne envie au choix ou de me tirer une balle, ou de me jeter à l'eau. Je jette un coup d'œil circonspect à l'eau du port et change d'avis. Je crois que j'opterais plutôt pour la première solution : l'eau de cette ville est complètement dégoutante ! Soudain, quelque chose attire mon attention. Une fille qui doit avoir à peu près mon âge se penche vers l'eau, visiblement fasciné par la saleté environnante. Un garçon un peu plus âgé s'approche d'elle discrètement et fait de grands signes à la femme qui les accompagne, sûrement leur mère à en juger par le regard sévère qu'elle lui lance. Puis le plus âgé lui fait un clin d'œil et balance sa sœur à l'eau. Je hurle et m'approche en courant de l'endroit où la plus jeune se trouvait quelques secondes plus tôt :
« -Non mais ça va pas de crier comme ça ? » me dit le garçon. « Les moldus vont nous repérer !
-Les…quoi ? » je demande, oubliant momentanément le meurtre qui vient de se produire. Le blondinet me jette un coup d'œil anxieux et répète plus lentement :
« -Les mol-dus ! » Il se gratte ensuite le front, songeur. « Tu es une sorcière n'est-ce pas ? Sinon tu n'aurais pas vu ce qui vient de se passer.
-Evidement ! » Je réponds avec un sourire hautain. Si ce type va lui aussi à Beauxbâtons, j'ai des chances de ne pas rater le ferry, alors autant essayer de faire amis-amis. « Mais je ne connais rien à la magie. Mes parents ne sont pas sorciers…
-Ah ! » s'écrit le garçon. « Voilà qui explique tout, ça fait trois heures que tu tournes en rond !
-Je te demande pardon ? » je lui demande. Il se met à rougir bêtement et se balance sur ces pieds, avant de me dire :
« -Non, non, rien. Je vais te montrer comment aller sur le Rémora. Au fait, je m'appelle Gabriel, et la fille que j'ai poussé à l'eau, c'est ma sœur, Olive. Elle entre en première année et moi en deuxième. Tu n'as qu'à me suivre, d'accord ? Je te préviens tout de suite, c'est un peu impressionnant, mais si tu fais exactement comme moi il n'y a aucune raison pour que ça se passe mal. Donne-moi ta main et prends ta malle. » Je le regarde avec méfiance. Il ne serait pas en train de se foutre de moi ? Et s'il tentait de m'assassiner? Mes parents m'ont toujours dit de me méfier des étrangers, surtout de ceux qui étaient mal habillés. Je regarde Gabriel de haut en bas et lâche une grimace. Il n'a visiblement aucune classe. Plusieurs minutes s'écoulent, et je pense qu'il voit bien mon hésitation parce qu'il lâche un long soupir et me fait les gros yeux.
« -Aller ! » dit-il. « Ne t'inquiète pas, je m'occupe de tout. Si tu ne te dépêche pas, je pars sans toi ! » Je sursaute et saisi sa main avec empressement. Hors de question que je rate mon premier jour de cours, un peu de courage que diable ! Gabriel me lance un sourire éclatant, prend sa valise et… se jette à l'eau.
Moi avec.
Etonnamment, je ne sens pas une goutte d'eau toucher mon visage, je ne me noie pas, et finalement, je me rends compte que je suis juste à plat ventre sur le pont d'un bateau. Je me retourne sur le dos et voit Gabriel et sa sœur me regarder, un sourire goguenard aux lèvres. Olive se précipite vers moi et m'aide à me lever.
« -Tu as vu ? C'est impressionnant, hein ? On croit qu'on va se noyer et puis finalement, pfuit ! Rien du tout ! Gabriel m'avait dit qu'il fallait se battre contre un Kelpy, quel menteur alors ! J'ai eu la peur de ma vie quand il m'a poussé, vraiment ! Au fait, je m'appelle Olive, et toi, c'est quoi ton nom ? » J'avoue avoir eu peur qu'elle ne s'étouffe à force de ne pas reprendre sa respiration en parlant… et puis c'est quoi un Kelpy ? J'hésite à lui poser la question, et je me ravise. Je n'ai aucune envie de passer pour une idiote ! Au lieu de quoi, je réponds à sa question.
« Julie Fontaine. » je dis. Gabriel s'approche de nous et nous annonce :
« -Venez les filles, il faut qu'on soit bien placé pour le départ, sinon vous allez rater le spectacle ! Suivez-moi !
-Attends ! Ou sont nos valises ?
-Ne t'inquiète pas, elles doivent déjà être dans vos dortoirs à l'Académie. Le voyage ne dure que quelques heures alors tu n'en aura pas besoin. Tu viens ? » Je viens, je viens…
Nous suivons donc Gabriel, et je m'aperçois que le bateau est encore plus immense que ce que je pensais. D'après ce que j'ai compris, nous sommes environ 800 élèves, et il y a des centaines de cabines, réparties sur les trois étages du bâtiment. Selon notre guide, on n'a jamais vu aucun adulte sur le bateau, et on n'a strictement aucune idée de qui le commande. Etonnamment, nous ne sommes pas vraiment sur un ferry comme je m'y attendais, mais sur un véritable trois mats, immense, fais de bois sombre et dont les voiles sont bleues pâles. Il y a même un drapeau arborant les armoiries de Beauxbâtons : deux baguettes dorées et croisées, chacune d'entre elles laissant échapper trois étoiles. Olive et moi sommes fascinées par la façon dont se soulèvent les voiles : Gabriel nous apprends qu'elles sont fabriquées dans un tissu très fin, du même acabit que celui de nos futurs uniformes.
« -Ah ! Il est bientôt l'heure, dépêchez-vous ! » Comme la plupart des élèves, nous nous mettons à courir pour nous placer à l'avant du bateau, sur le pont. Olive, Gabriel et moi arrivons presque les premiers et pouvons nous appuyer sur la rambarde. Je sens que le bateau commence à avancer lentement et me rend compte que nous n'étions pas très loin des côtes. Simplement depuis le port il était complètement invisible, allez savoir pourquoi…
« -Je ne vois pas ce qu'il y a de si exceptionnel… » je commence.
« -Tu vas comprendre. » me dit Gabriel avec un clin d'œil. « Accrochez-vous ! »
Comme je me suis quand même rendu compte que le blondinet a souvent raison, je me cramponne à la rambarde et soudain, j'ai l'impression que les vagues sont de plus en plus hautes. Alors que l'eau est parfaitement plate…
« -Qu'est-ce que… Oh la vache ! » Je m'exclame. Autour de moi, les premières années réagissent de la même façon, certains se mettent à pleurer, et d'autre au contraire se penchent en avant pour vérifier qu'ils ne sont pas en train de rêver. Le bateau s'envole. Le bateau s'envole ! Les voiles se gonflent et nous nous retrouvons bientôt à flotter plusieurs mètres au-dessus des flots. La sensation est tout bonnement incroyable. Je fais part de mes sentiments à Gabriel qui me lance un sourire éclatant.
« -Et encore, tu n'es jamais monté sur un balais ! » Il rit aux éclats en voyant mon expression dubitative.
J'ai encore beaucoup de choses à apprendre…
Deuxième année : leçon de patience
« -Non Olive, on ne peut pas allumer un grille-pain sans électricité !
-Même si on met des piles ?
-Mais puisque je te dis qu'un grille-pain à pile, ça n'existe pas !
-Ah d'accord ! »
Je fais mine de me taper le front contre la table du réfectoire. Olive est la fille la plus naïve et la plus simple d'esprit que je connaisse. Gabriel, assis à côté de moi, s'est complètement désintéressé de la conversation et discute avec son ami du prochain mauvais coup qu'ils vont faire à la prof de potion.
« -Et donc, les moldus se déplacent en foiture ? »
AAAAAAARGH !
« -Voiture ! Et oui, ils peuvent se déplacer en voiture.
-Et ça fonctionne avec des piles ?
-Si tu veux, oui… » je dis, excédée. « Avec de grosses piles. Ça s'appelle des batteries. Et il faut mettre de l'essence dans la voiture pour que ça fonctionne. » Mon amie se prend la tête entre les mains et soupire, visiblement horrifiée.
« -Je ne suis plus du tout sûre d'avoir bien fait de prendre le cours d'étude des moldus en option cette année. Ils sont si compliqués !
-Si jamais tu as des questions, je suis là. » je dis en la prenant par les épaules. Je sens que je vais regretter cette phrase dans les prochaines années, mais elle a l'air si désespérée que je suis obligée de la prendre en pitié.
« -C'est vrai ? » me demande t-elle, des étoiles plein les yeux.
« -Mais oui, mais oui.
-Alors ça c'est génial, parce que tu vois, le prof nous a donné une dissertation à faire pour après demain et je n'ai toujours rien fait, alors si tu pouvais… »
Je savais que j'allais le regretter.
A côté de moi, Gabriel ricane comme un idiot.
« -Tu vas avoir du boulot en plus, Juju !
-Ferme-là !
-Allons, allons… ne sois pas si susceptible. Plus que six ans a tiré ! »
Je lui balance un toast à la figure, qu'il évite d'un air blasé. Cela fait plus d'un an que je traine avec Gabriel et Olive, et j'ai toujours du mal à me faire à l'idée qu'ils sont liés par le sang tous les deux. Ils sont totalement différents, aussi bien physiquement que mentalement. Olive est blonde comme les blés et est couverte de taches de rousseur. Son visage ovale lui donne un air candide qui colle parfaitement à sa personnalité : comme je l'ai déjà dit, cette fille est un ange. Parfois elle est un peu trop dans la lune et elle pose vraiment trop de question, mais à part ça elle correspond tout à fait à la vision des chérubins que ce font la plupart des moldus. En revanche, son frère est simplement machiavélique. Comme quoi les premières impressions sont parfois les bonnes : j'avais raison de me méfier. Gabriel a un nom d'ange mais c'est un démon : il multiplie les mauvais coups, se moque effrontément de ceux qui l'entourent et ne connaitra sans doute jamais ce qu'est la culpabilité. Il est arrogant, impétueux, limite grossier.
« -Vous vous ressemblez beaucoup tous les deux. » déclare l'ami de Gaby après nous avoir observé en train de nous disputer. Nous nous interrompons immédiatement et lui jetons un même regard noir qui, loin de l'inquiéter, le fait bien rire.
« -Oui, c'est aussi ce que je me dis. » ajoute Olive comme un cheveu sur la soupe. Elle n'a pas vu que j'avais un couteau dans la main ?
« -Vous dîtes n'importe quoi ! » crions nous en même temps, Gabriel et moi. Nous nous levons tous les deux en toisant furieusement nos soit disant amis, et partons dans la même direction, pour finalement décider de changer brusquement de sens. Finalement, nous nous rentrons dedans et finissons par terre. Tous les élèves du réfectoire éclatent de rire.
A part ça, tout baigne.
Troisième année : bureau des réclamations
« - Fontaine ! Vous viendrez me voir à la fin du cours ! »
Je n'aime pas ça. Je n'aime pas du tout la façon dont le professeur Bernard me regarde, avec ses yeux de fouine qui vont de mon visage à son bureau.
« -Tu crois qu'elle sait pour le malagrif ? » me demande Olive, tremblante, une fois que notre chère professeure s'est retournée en se frottant les mains. Je dois avouer que cacher un malagrif tacheté dans le tiroir de son bureau et attendre qu'elle l'ouvre et se fasse mordre n'était pas très subtil… mais comprenez nous ! Cette femme est sans doute le pire professeur de potion de l'histoire de Beauxbâtons ! Alors bon… Olive et moi (enfin, surtout moi…) nous nous sommes dit qu'une petite morsure de cette bestiole lui donnerait une bonne leçon ! Nous sommes donc allées dans les jardins du palais et nous avons cherché pendant des heures et des heures une de ces petites bestioles, en faisant attention de ne pas nous faire mordre. Gabriel a eu la gentillesse de nous aider. Gabriel a même eu la gentillesse de ne pas se moquer de nous lorsque nous sommes toutes les deux tombées dans la rivière boueuse qui traverse l'île. En revanche il a moins fait le malin quand il s'est fait mordre par la bestiole. Pour ceux qui ne le savent pas, la morsure de malagrif n'est pas vraiment dangereuse : on ne risque pas de mourir dans d'affreuses souffrances, non. Simplement, les spécialistes se sont rendu compte que la semaine qui suivait l'agression, ceux qui en avait été victimes avaient tout simplement… la poisse. Une semaine de malchance.
Gabriel a été mordu il y a trois jours, et depuis il a choppé la grippe, il est resté enfermé dans un placard pendant trois heures avec la pire cruche de sa promo (qui en a profité pour lui faire une déclaration d'amour), et il a eu trois contrôles surprises… j'avais bien dit que je me vengerais !
Bref, il nous en veut un peu, à Olive et à moi -et au risque de passer pour une égocentrique, je dirais qu'il en veut surtout à moi…
Visiblement, Madame Bernard aussi…
A part ça, tout baigne.
« -Mademoiselle Fontaine, ne partez pas tout de suite s'il vous plaît. J'aimerais vous parler. »
Quoi encore ? Ce n'est pas moi qui ai fait le coup du sortilège de marécage dans les toilettes du troisième étage, c'est Gabriel ! Je suis innocente !
« -Je n'ai rien fait Monsieur. » je dis avec le plus d'aplomb possible. Bernard m'a déjà filé une semaine de colle, je ne compte pas aussi me ramasser la punition d'un autre ! Tant pis si je dois dénoncer l'autre idiot pour avoir la paix… Règle numéro une, avec Gabriel, chacun pour soi !
« -Ce n'est pas ce que m'a dit Madame Bernard. » me répond le professeur Veque. « Mademoiselle Fontaine, je suis le professeur responsable des troisièmes années, vous savez que si vous avez le moindre… problème, vous pouvez m'en parler. Ce n'est pas la peine d'embêter les autres professeurs avec des blagues pour le moins… dangereuses. J'imagine bien que votre situation familiale est fort compliquée, alors… »
Je me mets en mode off. Mon professeur de Défense contre les Forces du Mal est très gentil mais il a tendance à penser que mes problèmes de discipline sont dû au fait que mes parents n'aient pas accepté mon statut de sorcière, ce qui est complètement faux.
Enfin je crois ?
Bref, le point positif c'est qu'il préfère privilégier la conversation aux heures de colle. L'inconvénient, c'est que nos soit disant « dialogues » doivent me prendre une heure de mon précieux temps chaque jour.
Finalement j'aurais préféré les heures de colles…
« -…vous comprenez ? » Je me remets toujours en mode on au bon moment.
« -Oui Monsieur.
-Alors j'ai bien votre parole ? »
Aïe. Je ne veux pas risquer de promettre quelque chose sans savoir de quoi il s'agit… alors je me contente d'un vague hochement de tête avant de demander à m'en aller, prétextant avoir un autre cours. Seulement le professeur Veque m'interpelle alors que j'atteins la porte.
« -Vous ne sauriez pas qui a lancé un sortilège de marécage dans les toilettes du troisième étage par hasard ? »
Un sourire vicelard est en train de prendre forme sur mon visage. Le professeur Veque tend déjà l'oreille, prêt à récolter la précieuse information. Tous les professeurs savent que je suis au courant de chaque mauvais coup qui se prépare dans l'Académie.
« -Je… n'en ai aucune idée Monsieur. Bonne journée. »
« -Julie, viens avec moi, je vais te montrer quelque chose.
-Oui Monsieur. »
Ça me fait toujours bizarre d'appeler cet homme à peine plus âgé que mon frère Monsieur. Le professeur Pouvelle est sans conteste mon enseignant préféré à Beauxbâtons. Il connait ma situation familiale et ne m'en parle jamais, ne se montre pas condescendant, se met en colère contre moi si je dépasse les limites et rit de mes blagues quand il les juge intéressantes. Encore mieux, il arrive à canaliser mon énergie débordante en me montrant quelques-unes de ses nombreuses expériences. Parfois je l'aide même dans ses recherches : c'est d'ailleurs les seules fois de l'année que je mets les pieds dans la bibliothèque. Notre documentaliste manque de s'étouffer chaque fois qu'elle me voit passer le palier de son sanctuaire… il faut dire que la dernière fois que j'y suis allé, j'ai libéré une horde de fées furieuses… Gabriel m'avait trop cherché ce jour-là !
« -Tiens. » me dit le professeur. Je regarde de façon dubitative le livre –ou plutôt le pavé- qu'il me tend.
« -Les Animaux Fantastiques de Norbert Dragonneau ?
-Oui. Je me suis dit après avoir entendu parler de ta petite blague de ce matin que tu l'apprécierais peut-être. C'est un excellent ouvrage.
-Le nom de l'auteur me dit quelque chose…
-J'espère bien ! Je t'ai donné la toute première version de ce livre quand tu étais en première année !
-Non, je crois que c'est plutôt parce que j'ai trouvé sa carte chocogrenouille ce matin… » je dis en me frottant le menton. Le professeur me fixe un instant avant de rire à gorge déployée, et je sens mes intestins se tordre dans tous les sens. Est-ce que j'ai mangé un truc pas frais ?
« -Je ne me sens pas très bien, je crois que je vais aller me reposer Monsieur. » Je dis en serrant le livre contre ma poitrine. Monsieur Pouvelle a cessé de rire et me regarde d'un air inquiet.
« -D'accord. C'est vrai que tu es plus pâle que d'habitude… Peut-être culpabilises-tu d'avoir piégé Madame Bernard ? » me dit-il en me souriant de façon ironique. J'hausse les épaules et commence à m'éloigner.
« -Aucun risque.
-Je n'en doutais pas ! »
Quatrième année : A quoi ça sert ?
« -Je vais te tuer !
-Pas si je te tue avant !
-Tu crois que tu me fais peur ? Espèce d'abruti !
-Et toi tu te crois maligne ? Bourgeoise !
-Pitiponk !
-Gnome de jardin !
-Sale troll !
-Harpie !
-Véracasse !
-Succube !
-La seule chose que tu aies jamais été capable de faire, c'est des conneries, et encore ! Quand tu ne te fais pas attraper comme un idiot !
-C'est toi qui parle ? Je te rappelle que l'année dernière tu as comptabilisé 83 heures de colle à toi toute seule !
-Et comment tu peux le savoir ? Tu m'espionnes ?
-Je te signale que le monde ne tourne pas autour de ton nombril, Julie !
-Ni autour du tien, alors lâche-moi les baskets, Gabriel !
-Tu étais moins sûr de toi quand on parlait de tes parents !
-Ne fais pas ça !
-Et comment ! Pas étonnant que tu sois complétement timbrée, vu les gens qui t'ont mis au monde ! Incapables d'accepter leur propre fille !
-YAAAAAAAAAAAH ! »
Et je me jette dur Gabriel, toute griffe dehors. Je dois dire pour ma défense qu'il le cherche depuis une semaine, date à partir de laquelle il a commencé à m'agresser verbalement sans aucune raison valable. Et puis, il a dépassé les bornes. Du coup je viens de lui enfoncer mon coude dans l'œil. Et lui viens d'essayer de m'envoyer son poing dans la figure. Je réplique immédiatement et lui mord la main.
« -Espèce de tarée ! » crie-t-il en me tirant les cheveux. Pourquoi faut-il que les garçons soient toujours plus forts que les filles ? ! Tac, je lui entaille le visage à coup de griffe. On va régler ça à la moldue, c'est moi qui vous le dis !
« -Mais qu'est-ce qui se passe ici ? »
Le professeur Pouvelle, alerté par nos cris, vient d'arriver dans le couloir dans lequel nous nous battons, mais nous ne cessons pas pour autant. Je vois rouge et je n'ai qu'une idée en tête, voir Gabriel souffrir le martyre.
« -Ca suffit vous deux ! » Le professeur se jette dans la bataille, bientôt aidé par le professeur Veque qui essaie de retenir mon ancien ami. De mon côté, j'arrive quand même à envoyer mon pied dans les bijoux de famille de mon adversaire qui se recroqueville sur lui-même et me jette un regard haineux. Le professeur d'enchantement m'a attrapé les mains et commence à m'éloigner en me tirant jusque dans son bureau. Je me calme immédiatement à son contact. Il me fait assoir de force sur une des chaises de la salle et me toise avec sévérité. J'ai l'impression qu'il est presque aussi furieux que Gabriel.
« -C'est lui qui a commencé ! » je hurle en pointant la porte du doigt.
« -Là n'est pas la question ! » me dit-il en usant le même ton. Je baisse immédiatement les yeux : c'est la première fois que je le vois comme ça. « Julie, tu es dans une situation plus que précaire, et ton ami également. » je le regarde sans comprendre. « Les professeurs et Madame Maxime n'en peuvent plus de vos blagues et de vos disputes. A vous deux vous avez détruit pratiquement la moitié de l'Académie avec vos mauvais coups. Nous nous sommes montrés tolérants parce que vous êtes tous les deux d'excellents élèves, mais à présent vous dépassez les bornes ! Jusqu'à la fin de votre scolarité, vous n'aurez plus droit au moindre faux pas. A la moindre action douteuse de ta part, tu seras immédiatement renvoyée.
-Mais je…
-Ce n'est pas négociable, Julie ! Tu en as trop fait. » Je sens que ma gorge se serre et je préfère me murer dans le silence. Je n'arrive pas à croire ce que le professeur Pourvelle me dit : je dois passer trois ans et demi à Beauxbâtons sans commettre la moindre erreur ? Tout à coup j'ai l'impression que ce que je considérais depuis quelques années comme mon nouveau chez moi, le seul endroit au monde où je pouvais exprimer ma nature de sorcière –ma vraie nature- s'est brusquement transformé en prison. Je sens quelques chose couler le long de ma joue et me rend compte que je suis en train de pleurer bêtement, devant mon professeur préféré.
A part ça, tout baigne…
« -Julie. » me dit le professeur en s'asseyant à côté de moi, visiblement gêné de la situation. « Je ne te demande pas de te transformer en élève parfaite. Et puis, je me doute bien que quoi qu'il arrive tu trouveras toujours un moyen de t'amuser ici, n'est-ce pas ? Pourquoi n'essaies tu pas de rentrer dans une équipe de Quidditch l'année prochaine ? Il y en a six à l'Académie et tu as toutes tes chances.
-Moui… » je dis en reniflant bruyamment.
« -Allez ! Sèche ces larmes, ça ne te ressemble pas de te morfondre ! Regarde plutôt, j'ai inventé un nouveau sortilège ! » Il fait un geste compliqué de la baguette et d'un seul coup, des milliers de pétales de fleurs de toutes les couleurs se mettent à tomber du plafond. C'est très joli mais…
« -Ça sert à quoi ? » Monsieur Pouvelle me regarde comme s'il ne comprenait pas.
« -Et bien… c'est joli, non ?
-Oui…
-Alors tu n'as qu'à te dire que ça sert à être joli. Et à rendre le sourire aux élèves en pleure… »
Je sourie franchement cette fois, alors que mon ventre se tord dans tous les sens. Le professeur Pourvelle sait toujours comment me rendre le moral.
« -Vous m'apprenez ? »
Cinquième année : Samba !
« -Julie ? »
Je tourne la tête et découvre Olive en train de me regarder avec attention. Je devine à son regard inquiet et son air perdu qu'elle veut me dire quelque chose mais qu'elle n'est pas sûre de la façon dont elle doit me l'annoncer.
« -Qu'est-ce qu'il y a Olive ? » je demande en essayant d'avoir l'air le plus sympathique possible. Ce qui ne sert visiblement à rien puisqu'elle reste là, à tanguer sur ses pieds en se tordant les mains dans tous les sens. Je me redresse sur mon lit et vient m'assoir sur le sien, soudainement inquiète. Comprenez-moi : Olive est la fille la plus naïve, simple d'esprit, innocente, et gentille que je connaisse. Mais c'est aussi la personne ayant le moins de tact sur terre. Elle est même plutôt du genre à dire tout ce qui lui passe par la tête sans faire gaffe. Quitte à blesser des gens…
« -Gaby sort avec Nadya. » Ah…
« -Ah… » je réplique. « Et alors ? Tu ne l'aimes pas ? » Sait-on jamais, peut-être qu'elle ne peut pas saquer la nouvelle copine de son frère et qu'elle culpabilise. Ou alors peut-être qu'elle est amoureuse de Nadya, chacun son truc. Ou alors elle est amoureuse de son frère, mais là ça devient franchement bizarre et on se croirait dans un drame douteux…
« -Non ! Non, ce n'est pas ça ! Je croyais juste que…
-Que quoi ?
-Ce n'est pas parce qu'on se connait depuis cinq ans qu'on se dit tout. » je hausse un sourcil, étonnée par le ton sérieux qu'elle vient de prendre.
« -Quel est le rapport ?
-Je croyais que tu étais amoureuse de mon frère. »
Ah…
« -Ah… » je réponds bêtement. « Non, pas du tout. Ça ne m'était même jamais passé par la tête.
-Je vois. » dit Olive, visiblement soulagée. « Tant mieux alors ! Je suis rassurée ! »
Bon, tout est rentré dans l'ordre, hourra.
Faut que j'aille prendre l'air, moi.
Je me balade dans les jardins du « palais » (Mme Maxime tient particulièrement à ce qu'on l'appelle de cette façon, allez savoir pourquoi… certain disent que c'est une histoire de concurrence avec Poudlard…) et croise quelques élèves avec qui je discute et je prends des nouvelles. J'ai découvert cette année que durant mes quatre premières années à Beauxbâtons j'avais agis comme une… peste. La moitié des élèves de l'Académie me trouvait drôle et sacrément culotée. L'autre moitié me trouvait égoïste, orgueilleuse, voire même insupportable. Bref, cette nouvelle a été difficile à avaler, mais depuis quelques mois je me suis fait une raison. D'ailleurs j'ai arrêté d'insulter les profs et de faire de mauvaises blagues aux élèves dont la tête ne me revient pas. Nous sommes en février (heureusement que sur l'île il fait tout le temps chaud…) et je n'ai eu pour l'instant que dix heures de colle, ce qui m'a valu les plus sincères félicitations du Professeur Pouvelle. C'est lui qui m'a le plus aidé cette année : il m'a encore offert un nouveau livre sur les créatures magiques, m'a appris de nombreux sortilèges, m'a donné des cours de runes…
Et je suis rentrée dans l'équipe de Quidditch la plus cotée de Beauxbâtons –l'équipe noire ! Il faut savoir qu'il y a en tout six équipes qui se disputent la Coupe de l'année. On refait les équipes tous les ans et les sélections sont libres. Il se trouve que je me débrouille plutôt bien au poste d'attrapeur… Et grâce au professeur Pouvelle je me suis suffisamment motivée pour tenter ma chance et intégrer l'équipe noire qui était ma préférée (seul le capitaine est sûr de rester à son poste, et il se trouve que celui de l'équipe noir y est depuis quatre ans et que c'est un dieu vivant…). Gabriel est dans l'équipe rouge. On ne s'est pratiquement pas reparlé depuis notre dispute de l'année dernière.
A part ça, tout baigne…
Gabriel sort donc avec Nadya… j'aurais voulu qu'il me le dise lui-même. Je ne savais même pas qu'elle l'intéressait. J'aurais même pu lui donner quelques conseils, je suis à côté d'elle en cours de Défense.
Mais on ne se parle plus.
Je m'arrête sur le seuil du bureau de mon professeur préféré. J'entends des voix à l'intérieur et devine qu'il n'est pas seul.
« -Entre, Julie ! »
Je déteste quand il fait ça ! Mais bon, j'entre quand même discrètement et m'aperçois qu'il est en fait en tête à tête avec mon ex-ami. Nous nous regardons tous les deux d'un œil torve et je dis d'une voix blanche :
« -Je ne veux pas vous déranger. Je repasserai plus tard.
-Non, non, reste ! » me dit Monsieur Pouvelle en avançant une chaise vers moi d'un coup de baguette. « Je dois aller récupérer quelque chose que je veux vous montrer dans la salle de Monsieur Veque, d'ici là, ne bougez pas ! » Et il part en claquant la porte.
Puis Gabriel et moi entendons un bruit de clé dans une serrure et nous nous jetons un léger coup d'œil anxieux.
« -Bon. » dit-il, agacé.
« -Oui... » je réplique, gênée. Nous restons silencieux plusieurs minutes, Gabriel observe les murs comme s'ils étaient des pièces de musée et moi je laisse mes yeux errer dans le vague.
« -Je suis désolé. » disons-nous en même temps. S'en suivent quelques rires embarrassés. Gabriel reprends :
« -J'ai dépassé les bornes la dernière fois, je… ne voulais pas te blesser. » j'hausse les épaules et prends un air blasé.
« -C'est du passé. Je ne me souviens même plus comment ça a commencé. » Gab rougit et baisse les yeux sur ses chaussures.
« -Ouais, moi non plus… » il lève la tête et me dévisage, puis se rapproche de moi et s'assied sur mon bureau. « En fait si, je sais pourquoi.
-Ah ? » je dis. « Alors ? » Gabriel se penche en avant et prend une mèche de mes cheveux entre son pouce et son index. Je me rends tout à coup compte du peu de distance qui nous sépare et j'essaie de me reculer le plus possible sur ma chaise. Peine perdue. Finalement je ne suis pas sûr de vouloir savoir pourquoi il avait commencé à être désagréable l'année dernière…
« -Je suis amoureux de toi. »
Je déglutis avec difficulté et je sens déjà que mon visage prend une couleur écrevisse.
« -Ah ? » je répète comme une idiote. Gabriel me sourit tristement et saute du bureau avant de regagner sa place initiale.
« -Fais pas cette tête ! Tout le monde le sait dans l'Académie. » Je suis incapable de prononcer le moindre mot. « Il fallait bien que tu l'apprennes un jour…
-Depuis combien de temps ? » j'arrive à demander. Gabriel éclate d'un rire cristallin.
« - Oh, pas longtemps. Cinq ans… » je m'étouffe avec ma salive et me mets à tousser comme une perdue. Gabriel revient vers moi et m'assène de grandes claques dans le dos pour m'aider à reprendre mon souffle. Tout à coup, je nous revois tous les deux à Marseille, sur le port. Quand il m'a dit qu'il m'avait observé tourner en rond pendant des heures à la recherche du Rémora, est-ce qu'il…
Gabriel semble comprendre mon raisonnement puisqu'il se rapproche de mon oreille et me murmure :
« -Depuis le début. »
Ah.
C'est le moment que choisis Monsieur Pouvelle pour rentrer dans la salle, une drôle de machine dans les mains. Il nous observe un instant puis s'écrit :
« -Super, vous ne vous êtes pas entretué ! Venez voir ça, c'est très intéressant ! » Gabriel et moi nous nous regardons et échangeons un sourire entendu. Cette déclaration n'a jamais eu lieu. En revanche je garderai bien en mémoire notre réconciliation miraculeuse.
Je vois le professeur me faire un discret clin d'œil, et mon cœur se met à danser la samba. Cette journée n'est pas si pourrie finalement…
Sixième année : Onduler avec le vent
Je me suis rendu compte aujourd'hui que j'étais complétement, irrémédiablement et définitivement amoureuse de mon professeur d'enchantement.
Comment est-ce que j'ai compris ça ? Quand je suis arrivée à Beauxbâtons cette année et que notre directrice nous a appris que Monsieur Pouvelle avait été remplacé par une un autre professeur : Monsieur Victor. Bon. Je n'ai pas fondu en larme comme la plupart des filles de l'Académie. Je me suis juste sentie très, très, très… seule. Monsieur Pouvelle a été celui qui m'a fait découvrir la magie. Celui qui m'a soutenu pendant cinq ans, qui m'a remis sur le droit chemin quand j'en avais besoin, qui a fait en sorte que Gabriel et moi nous soyons de nouveau proches. Celui qui m'a aidé à m'intégrer aux autres élèves. Celui qui m'a montré que j'étais passionnée par les créatures magiques.
Il me manque.
A part ça, tout baigne. Vraiment.
« -Ca va commencer ! » me dit Olive, toute excitée. Notre professeur d'étude des créatures magique a décidé de nous faire faire un voyage scolaire aux îles Hébrides afin de nous montrer la façon dont le clan MacFusty s'occupe de leurs dragons. Il nous a promis un spectacle exceptionnel, voilà pourquoi une quarantaine d'élèves de Beauxbâtons sont en train de se les geler, en uniforme totalement inadapté au temps humide et glacial d'Angleterre (pour information, les uniformes féminins, en plus d'être bleu pâle –berk- sont en soie. J'ai froid.). Donc, nous attendons l'arrivée des Noirs d'Hébrides, ces fameux dragons pouvant atteindre neuf mètres et dont les yeux sont d'un violet étincelant. J'avoue partager la joie (totalement inconsciente) de mon amie. Des dragons ! De vrais dragons, comme j'en ai entendu parler dans les livres que me lisaient ma mère pour m'endormir !
« -Ils arrivent. » je murmure, voyant trois points noirs s'approcher de nous. En effet, trois énormes dragons s'élancent dans le ciel et foncent dans notre direction. Olive me tend une paire de jumelles et le spectacle prend tout son sens : les créatures qui se rapprochent sont aussi sombres que la nuit, et leurs dents étincellent comme des diamants, elles décrivent des cercles au-dessus de nous, fondent en piquet, se redressent brusquement et ondulent avec le vent, à la recherche d'un endroit ou se poser. Quand le premier dragon se décide enfin à atterrir, un homme saute du dos de la bête et s'avance vers nous, un sourire un peu crispé sur le visage. Il a un air sévère, mais ses joues rosies par le froid et ses cheveux ébouriffés le font un peu ressembler au père-noël…
Je me suis éloignée des élèves pour me rapprocher un peu des dragons, qui sont occupés à regarder avec envie (enfin, je suppose…) un troupeau de bœufs en contrebas de la falaise. Je reste cependant à bonne distance, le patriarche MacFusty nous ayant prévenu que ces bestioles pouvaient être très agressives avec ceux qu'elles ne connaissaient pas.
« -Salut. » Je me retourne vivement et me retrouve face à un gamin qui doit avoir environ douze ans. D'après ce que je sais, il a un fort accent écossais.
« -Salut. » je réponds en anglais. « C'est toi qui chevauchait l'autre dragon, n'est-ce pas ?
-Ouais ! » me dit-il avec un sourire fier. « C'est rare qu'autant de gens viennent par ici, alors j'ai demandé à Grand-Père si je pouvais venir avec lui. Ça t'a plu ?
-Beaucoup. Ca fait quoi de voler avec un dragon ? » Étonnamment, il semble prendre la question très au sérieux et me répond avec un sourire espiègle :
« -Tu aimes voler en balais ?
-Enormément !
-Et bien c'est dix mille fois mieux !
-Tu en as de la chance… » Nous continuons à parler pendant quelques minutes, puis je le vois regarder son Grand-Père, puis les dragons, et enfin me fixer moi en fronçant les sourcils.
« -Tu veux essayer ? » Je le regarde avec de grands yeux étonnés.
« -Je te demande pardon ?
-De chevaucher un dragon, avec moi ? ça te dit ? » Il me faut plusieurs minutes pour intégrer sa question.
« -Bien sûr, mais… » je n'arrive pas à croire que je vais dire ça. « Je ne suis pas sûre d'avoir le droit de faire ça. » C'est au tour du garçon de me regarder avec surprise.
« -Tu n'aura pas souvent la chance de faire ça.
-C'est vrai, mais… » Je suis toujours sur un siège éjectable. A la moindre grosse bêtise, je risque de me faire renvoyer de Beauxbâtons, or voler à dos de dragon pendant une sortie scolaire est assurément une énorme bêtise. Et cette fois-ci le professeur Pourvelle ne sera pas là pour faire passer la pilule.
D'un autre côté, le gamin n'a pas tort : c'est surement la première et la dernière fois qu'on me fait une telle proposition...
« -Okay. » je dis. Le petit roux me regarde, et ses yeux pétillent de malice.
« -Alors ? » me crie le plus jeune des MacFusty. Nous sommes tous les deux perchés sur le dos de son dragon, qu'il a appelé Norman. Le vent souffle tellement fort dans mes oreilles que j'ai du mal à l'entendre alors que je me cramponne à lui. « Ne sert pas si fort, tu ne profiteras pas complètement du vol ! » hurle t-il. J'ai du mal à desserrer mon étreinte : voler à dos de dragon est bien plus impressionnant que voler sur un balai ! Néanmoins progressivement je relâche mes bras, et bientôt j'ai l'impression de chevaucher seule. Mes cheveux me fouettent le visage, je n'entends rien d'autre que les battements d'ailes de Norman, et je peux sentir l'odeur iodée de la mer qui se trouve juste en dessous de nous. Soudain, le gamin étend ses mains vers le soleil au-dessus de nos têtes et il me prend l'envie de faire de même.
« -C'est mieux que le balais, non ? » me demande t-il.
« -Dix mille fois mieux ! » je réponds, les mains tendues vers le ciel.
Professeur quoi ? J'oublie tout : je vole.
Septième année : Dîtes : malaggriff !
« -Quelles sont vos perspectives d'avenir ?
-Gardienne de dragons.
-Vous n'êtes pas sérieuse, rassurez moi ?
-Je suis extrêmement sérieuse, Madame Bernard. »
Il a fallu que la responsable des septièmes années soit notre professeur de potion… Elle s'est mise en tête de me pourrir la vie cette année et je dois dire qu'elle fait des merveilles. Il faut dire qu'elle a mal supporté le fait qu'on ne me renvoie pas l'année dernière, après mes frasques aux îles Hébrides.
« Mademoiselle Fontaine, certains de vos… professeurs ce sont montrés trop laxistes en ce qui vous concerne mais ça ne sera pas mon cas. Alors je vous conseille vivement de ne pas me dire n'importe quoi ! » elle s'éponge avec son mouchoir en soie à trois mille gallions et reprend sa question. « Quelles sont vos perspectives d'avenir, Mademoiselle ?
-Je veux continuer mes études.
-Quel domaine ?
-Etude des créatures magiques.
-Aucuns débouchés.
-J'en trouverai.
-Vous êtes trop sûre de vous.
-… »
Elle est à trois doigts de s'offusquer de mon silence. Je préfère rester muette. Je suis a trois semaines de la fin des cours, alors il est absolument hors de question que je me fasse renvoyer à cause de cette grosse harpie.
« -Vous êtes-vous déjà inscrite à vos cours supérieurs ?
-Oui.
-Je vois. Alors nous n'avons plus rien à nous dire. Les examens commencent dans une semaine, vous devez avoir des choses à réviser. Partez.
-Oui. Au revoir.
-Au revoir. » dit-elle en me regardant suspicieusement. Visiblement, mon air calme ne l'apaise pas le moins du monde. « Julie ? » Je sursaute. Est-ce qu'elle vient de m'appeler par mon prénom ? C'est une nouvelle technique pour me déstabiliser ?
« -Oui Madame ?
-Bonne chance. Pour… la suite. » J'acquiesce et la remercie du regard, puis sort de la salle. Et je m'arrête dans le couloir, dubitative. Madame Bernard cache bien son jeu…
« -Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » me demande Olive, qui m'attendait devant la porte.
« -Rien, rien… c'est juste… je crois que Madame Bernard va me manquer. » Olive sourit et m'attrape par la main pour m'attirer vers les jardins.
« -Vient, nous allons être en retard pour notre photo de promo. Et les photos individuelles !
-Non, pas ça !
-Tu n'y couperas pas !
Il est l'heure de prendre le Rémora pour la dernière fois. Je regarde le palais de Beauxbâtons qui s'éloigne lentement. Olive est déjà en train de pleurer, et moi je me retiens de toutes mes forces : nous ressemblons à deux cruches, et je suis bien contente que Gabriel ne soit pas là pour voir ça. Olive est impatiente de rentrer et de revoir son petit ami moldu qui l'attend au port. De mon côté, je suis un peu jalouse. Personne ne m'attend. Je vais devoir prendre le train jusqu'à la Gare de Lyon, revoir mes parents qui me reconnaissent de moins en moins, dire bonjour à mon frère que j'aime toujours autant mais qui est devenu un parfait étranger, et trouver un nouveau mensonge pour expliquer à mes parents que non, je ne compte pas faire mes études dans une école prestigieuse, mais dans une petite ville paumée dont ils ne connaissent même pas le nom.
A part ça, tout baigne.
« -Prêtes, les filles ? Dîtes : malagriff ! » nous dit-on avant que l'on entende un flash d'appareil photo crépiter. Noémie nous tend ensuite une photo sorcière qu'elle duplique sous nos yeux étonnés. Je regarde plus attentivement la photo. Olive et moi somme accoudée à la rambarde, les yeux à moitié dans le vaque. Une légère brise fait bouger nos cheveux et nous semblons sur le point de sauter du pont pour rejoindre l'île à la nage (et en volant…). Nous nous regardons ensuite et éclatons de rire. J'aime bien cette photo.
« -Merci. » dit Olive.
« -Dans combien de temps est-ce qu'on arrive ? » je lui demande en baillant.
« -On en a encore pour deux bonnes heure. »
Je vois… le voyage va être long.
« -Julie ! » je viens d'apparaître sur le port et déjà, je sens deux bras m'enlacer. Gabriel.
« -Du calme, du calme ! » je dis en me défaisant de l'étreinte pour mieux regarder mon ami. Toujours le même : visage pointu, cheveux marrons clairs, expression sournoise.
« -Excuse-moi. Je voulais en profiter avant que tu ne t'évanouisses de surprise. » J'hausse un sourcil, ne comprenant pas ce qu'il dit. Pourquoi est-ce que je…
« -Julie ! »
Cette voix.
Je me retourne lentement et découvre Monsieur Pouvelle, un grand sourire aux lèvres, en train de me faire coucou.
« -C'est un rêve ? » je demande à Gabriel en chuchotant. Je ne remarque pas l'air peiné qui s'est peint sur son visage et entends juste sa réponse :
« -Non. Il est venu exprès pour toi.
-Comment ça se fait ?
-Va savoir. Ce type a toujours été au bon endroit au bon moment. »
C'est pas faux. Je me précipite vers le professeur qui m'accueille avec une accolade chaleureuse.
« -Le voyage s'est bien passé ?
-Oui. » je réponds, timide. Il me regarde avec surprise.
« -J'ai failli ne pas te reconnaître ! C'est incroyable de voir comme tu as grandis ! Mais je suis sûr que tu as plein de chose à me raconter, viens, je t'accompagne à la gare. »
D'un signe de main, je dis au revoir à Gabriel et Olive qui me regardent partir avec un sourire aux lèvres.
Pourquoi ai-je l'impression d'être si transparente ?
Première année de formation :
« -Je suis trop âgé.
-Il fallait y penser avant ! je réplique fermement.
-Julie, j'ai 32 ans, tu en as 19 ! Réfléchis !
-Toi, réfléchis !
-Tu ne vois pas comme tout le monde nous regarde ? Tes anciens camarades de classe, qui nous dévisage quand on se balade dans le quartier sorcier, c'est comme ça que tu veux passer ta jeunesse ? On a treize ans d'écart, c'est… trop.
-Ne fais pas comme si c'était un problème pour moi, veux-tu, je dis avec calme. C'est toi qui a honte du regard des autres. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu décides maintenant que c'est impossible. Il me regarde, les yeux hagards et je me demande bien ce qu'il va pouvoir inventer pour me faire passer la pilule.
-Julie… me dit-il, suppliant.
-Eric ?
-Tu sais bien quel est le véritable problème. Ma gorge se serre.
-Dis-moi.
-Tu es toujours amoureuse de ton ancien professeur d'enchantement.
-Tu dis n'importe quoi, je réplique.
-Tu dis son prénom pendant ton sommeil.
Ah ? Voilà qui est inattendu.
-De… depuis quand ?
-Six mois.
-Pourquoi est-ce que tu n'as rien dit ?
C'est à son tour de se taire maintenant. Il prend sa besace et ouvre la porte d'entrée de son petit appartement.
-C'est terminé, Julie. » La porte claque.
Je ne peux pas dire que ça ne me fait rien. Simplement je crois que ce n'est pas mon cœur qui saigne mais mon égo. Je ne peux pas croire que je me sois fait larguée aussi facilement. Blasée, je récupère quelques affaires que j'avais laissé dans l'appartement, ma brosse à dent, un jean sale, un shampoing démêlant (inefficace), mon paquet de cigarettes (je m'y suis mise en sixième année, lorsque Monsieur Pouvelle est partis.)… et je sors dehors.
Besoin de prendre l'air.
Accoudée à un bar, j'observe la librairie qui se situe juste en face du bistrot dans lequel je suis entrée. C'est là que travaille le professeur Pouvelle désormais. Depuis ma place, je peux l'apercevoir à travers la vitrine. Il a l'air plutôt épuisé, mais un grand sourire s'épanouit sur son visage lorsqu'il s'adresse aux clients et il s'agite dans tous les sens : il ramasse les livres qui sont tombés par terre, aide une petite vieille à attraper un grimoire qu'elle ne peut pas atteindre du haut de ses un mètre vingt, retourne encaisser des achats…
« -Encore en train de l'espionner ? me demande Gabriel en s'asseyant bruyamment à côté de moi. Je sursaute et lui lance un regard noir, avant de retourner à mes observations. Mon ami ne s'en formalise pas et boit une gorgée de bière, tout en me regardant du coin de l'œil.
-Eric m'a largué, je dis sans le regarder –ce qui ne m'empêche pas de deviner qu'il est en train de hausser le sourcil droit.
-Je vois. Il t'a dit pourquoi ?
-Oui. Parce que je suis toujours folle amoureuse du Professeur Pouvelle selon lui. Il m'a entendu prononcer son prénom pendant que je dormais. Pendant six mois, je me sens obligée d'ajouter. Cette fois-ci je me tourne vers Gabriel que j'entends ricaner et lui assène une grande tape sur l'épaule, qu'il ne prend même pas la peine d'éviter. Il me fait ensuite un sourire triste et finit sa bière.
-Laura m'a largué.
Ah.
Bon… en même temps cette fille était quand même une conasse, ce que je me retiens de répliquer –bien que je sois en faveur de l'honnêteté, je doute que ce soit la meilleure façon de réconforter mon ami…
-Je vois. Elle t'a dit pourquoi ?
-Oui, répond -il. C'est parce que je suis toujours fou amoureux de toi, selon elle. » Je le regarde en haussant un sourcil et penche la tête sur le côté, comme une idiote.
-Elle t'a entendu prononcer mon nom pendant que tu dormais ? je demande en gardant ma pose de cruche. Gabriel sourit et me met une pichenette.
-Il faut pas exagérer non plus ! » Nous rions tous les deux sous les regards curieux des autres clients et je finis à mon tour mon verre avant d'en commander un autre. Gabriel fait de même et nous nous mettons tous les deux à observer les passants et à nous moquer d'eux, notre activité favorite depuis de nombreuses années.
« -Dis… on est vraiment nuls tous les deux, hein ? je demande en reprenant un air sérieux qui ne me ressemble pas. Gabriel fronce les sourcils, étonné.
-Si tu étais tombée sous mon charme au lieu de faire de la résistance on n'en serait pas là, me dit-il en contemplant son verre à moitié vide. Un nouveau silence s'installe entre nous, et je commence à me triturer les mains sans pouvoir m'arrêter.
-Gabriel ? Il tourne à nouveau sa tête vers moi et attend que je continue. Est-ce que tu connais le prénom du professeur Pouvelle ?
-Non, répond-il, surpris. Qu'est-ce que c'est ?
-Je n'en ai pas la moindre idée. Je ne m'étais jamais posé la question avant.
-Eric t'a menti alors ? me demande Gabriel, sans comprendre.
-C'est ce que je me suis dit aussi ! je dis, heureuse de voir que nous arrivons à la même conclusion. Du coup, je l'ai appelé toute à l'heure pour lui demander ce que je disais précisément en dormant. Il n'a pas vraiment apprécié que ce soit la seule chose que j'ai retenu de notre dispute, soit dit en passant… il m'a fait tout un char en m'expliquant que j'étais de nature égoïste et que j'avais un problème avec les mecs, que personne ne voudrait jamais…
-Julie ! me coupa Gabriel, agacé. Qu'est-ce que tu disais pendant ton sommeil ?
-Gabriel.
-Oui ?
-Gabriel. Je disais ton prénom en dormant. » suis-je obligée de préciser pour que l'information soit transmise à son cerveau.
Visiblement Gab n'en revient pas et ne sait pas trop comment réagir. Moi non plus. Je me sens tout de même forcée d'ajouter quelque chose pour être sûre qu'il ait bien compris le message –ce dont je doute vu la tête ébahie qu'il fait depuis presque une minute…
« -Il semble bien que j'ai arrêté de faire de la résistance et que je suis finalement tombée sous ton charme. »
J'ai à peine le temps de prononcer cette phrase que Gabriel se lève de sa chaise pour pouvoir se rapprocher de moi et m'embrasser sauvagement.
Je ne le sais pas, mais derrière la vitrine de la librairie située en face du bistrot dans lequel Gab et moi sommes en train de nous embrasser, le professeur Pouvelle a levé la tête et nous regarde, un sourire ému aux lèvres.
« -Et bien, murmure-t-il, ils en ont mis du temps ! »
