Chapitre 2 : Nouvel ami

Quelques minutes plus tard, je sortis à mon tour. J'avais prévu de rejoindre Andrew dans le parc. Mon cousin était un charmant gamin, aussi roux que son père, aussi joyeux que sa mère. Il était à Poudlard depuis à peine plus d'un mois et, malgré sa timidité, était déjà parvenu à rassembler autour de lui, deux-trois de ses camarades. Il était particulièrement proche d'une jolie brune aux yeux en amande avec une fierté dans le regard à la limite de l'arrogance.

Je lui adressai un signe de la main et il se leva pour venir à ma rencontre. Neuf ans nous séparaient et je les sentais. Nous n'avions pas grandi en même temps, ni de la même manière, et pourtant, nous nous entendions relativement bien. Il me fit un grand sourire et m'invita à les rejoindre. Poudlard lui allait bien, je devais l'avouer (et l'avais d'ailleurs écrit à sa famille), il y semblait mieux que chez lui, écrasé par l'amour maternel.

Je m'installai parmi eux, mais je ne me sentais pas vraiment à mon aise. Ils étaient des étudiants et j'étais, après tout, du corps professoral. Je ne pouvais d'ailleurs m'empêcher de me comporter comme tel, et comme un de ses amis avait des soucis avec un point de métamorphose, je leur expliquai de mon mieux.

Les semaines passèrent, grandes, parfaites et ennuyeuses. Seuls valaient les moments que je passais avec Neville ou à m'occuper des animaux. Comme m'avait prévenu Hagrid, je le croisais régulièrement le matin et nous discutions souvent. De mes parents, de la Guerre, de Botanique, de Créatures Magiques, de passé et jamais d'avenir.

Je m'étais décidée à passer les vacances à Poudlard, Neville aussi et Andrew avait supplié ses parents de pouvoir rester. J'avais beaucoup ri en l'apprenant, et n'avais pas vraiment été étonnée de savoir que la petite brune y était pour quelque chose.

Je buvais un thé en lisant un livre dans la salle des professeurs, quand, pour la première fois depuis qu'on m'avait proposé ce poste, il arriva quelque chose d'inattendu. Rainer, qui jusque là, n'avait ouvert la bouche que pour me saluer, dit soudain :

-Vous voulez sortir avec moi vendredi soir ?

J'ai ouvert des yeux ronds et l'ai regardé. Il m'observait, impassible, attendant ma réponse. Il était grand, plutôt beau, j'imagine, mais froid. En presque deux mois, il ne m'avait adressé la parole que deux fois. Ce type était une énigme, une que je n'avais pas envie de résoudre. Mais comment dire non ? Je n'avais jamais réussi à refuser quoi que ce soit. Je me mordis la lèvre inférieure et au bout d'un instant interminable, répondis :

-Pourquoi pas ?

Il retourna à ses copies sans un mot supplémentaire et je restai assise, complètement stupéfaite de ce qui venait de se passer.

Le mercredi eut lieu le banquet d'Halloween. Une trentaine d'élèves étaient restés et le repas se passa dans la bonne humeur la plus totale. Chacun raconta des histoires à faire peur, mais qui étaient plutôt comiques. Le dîner avait une ambiance familiale et je partis à regret m'occuper des animaux.

Il commençait à faire frais et l'air avait cette senteur si particulière de pluie lorsque je finis mon tour habituel. Rentrant au château, je m'arrêtai une seconde pour admirer la vue des tours noires se dessinant dans le ciel sombre, la serre toujours allumée de Neville, la silhouette de la forêt Interdite…

Je fronçai les sourcils, il m'avait semblé voir une lueur disparaître dans les arbres. Je me dirigeai rapidement vers la lumière et la vit réapparaître. Je forçai l'allure. Quelle espèce d'idiot avait pu vouloir aller dans la forêt Interdite en pleine nuit ? Je courais presque en atteignant le couvert des arbres. Il n'y avait personne, mais j'étais sûre de ce que j'avais vu. Entre les branches apparaissait de temps en temps une lueur et j'entendais des chuchotements. En tous cas, peu importait qui s'était aventuré ici, il n'était pas complètement stupide. Parlez fort dans la Forêt, et c'est une des dernières choses que vous ferez.

Je me dépêchais pour suivre la lumière, mais au bout d'un moment, il n'y eut plus rien. Que devais-je faire ? Alerter quelqu'un ? Et si je m'étais trompée et qu'il n'y avait en fin de compte personne ? Je ne pouvais pas continuer à marcher ainsi à l'aveuglette, j'étais déjà bien trop loin de Poudlard. J'étais sur le point de rebrousser chemin quand un cri à glacer le sang retentit au loin. Je courus, dégainant ma baguette, le cœur battant. Il me sembla qu'un millénaire se passait tandis que je me précipitais, m'accrochant aux branchages, seulement guidée par des hurlements. J'aboutis dans une clairière et hoquetai. Un scorpion noir d'Egypte. Je n'en avais jamais vu de cette taille-là, même pas en photos. Il mesurait trois mètres de hauteur et pointait sa queue sur trois gosses terrifiés collés contre un arbre. Ils avaient dû se faire repérer à cause de la lumière. J'allumai ma baguette et m'efforçai de rester calme, l'important pour l'instant était de le faire s'éloigner des enfants. Je lançai une lueur juste devant son nez et il me repéra. Je reculai d'un pas, la bête avança. Une fois qu'elle fut suffisamment loin du groupe, je me décidai à passer à l'action et tentai un Stupéfix. Ça ne fit que l'énerver davantage et elle me chargea.

-Courez !, beuglai-je aux enfants et je les vis disparaître dans le couvert forestier.

Je longeai la clairière, le regard fixé sur le scorpion. Il lança son attaque en même temps que je lançai la mienne et tout se passa très vite. Sa queue m'effleura et je ripostai avec un sort de feu. Je l'atteignis probablement, car il poussa un cri perçant et s'enfuit dans la direction opposée à celle des enfants.

Je poussai un soupir et commençai à traverser la clairière. Une pluie glacée se mit à tomber. J'allai ranger ma baguette lorsque je sentis une douleur aiguë naître dans mon avant-bras gauche. Je penchai la tête et découvris une déchirure dans ma robe. Je remontai lentement ma manche et vis une piqûre rouge, déjà boursoufflée.

Je connaissais ce type de blessures, je les avais étudiées en cours. Elles provoquaient une paralysie lente, mais progressive accompagnée d'une fièvre importante, et, pour finir, un arrêt du cœur. Je devais tout de suite aller à l'hôpital. Je fis trois pas, tombai sur les genoux et m'écroulai sur le sol.

La pluie glissait sur moi, mais j'avais l'impression qu'elle était faite d'acide. Je me mis à haleter, le souffle court, roulais sur le dos et serrai dans mon unique main valide ma baguette. Je brûlai et frissonnai. Je perdis conscience et me réveillai à plusieurs reprises, sentant le poison envahir mon corps. J'allai mourir. Je ne voulais pas mourir. Je délirais. Les secondes, les minutes, les heures, les jours auraient pu passer, je ne l'aurais pas réalisé.

Et soudain, il était là. Neville. Je savais que c'était lui, je savais qu'il me retrouverait. Il me couvrit de sa cape.

-Tout va bien, je vais t'emmener, accroche-toi… murmura t-il et je devais me concentrer pour l'entendre, mais, même ainsi, sa voix me paraissait déformée.

Je me sentis soulevée du sol et je fus contre lui. Il ne cessait de répéter que tout irait bien, qu'il ne me laisserait pas, qu'il veillerait sur moi et dans le désespoir que je ne meure et qu'il l'ignore, je n'arrêtai pas de répliquer à chacune de ses consolations :

-Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime.

Je m'évanouis encore.

Lorsque je me réveillais, j'étais allongée dans un lit de l'infirmerie de Poudlard et mon bras était soigneusement enveloppé dans un bandage blanc. J'ouvris lentement les yeux et vis assez clairement. La fièvre était tombée et mes parents étaient à mon chevet. Ma mère manqua pleurer de soulagement et mon père serrait les dents à se les briser. L'infirmière, Miss Fireburn nous laissa un moment de répit et vint nous voir ensuite.

Elle fut directe, je l'avais échappée belle. Le venin s'était infiltré dans tout mon système, mais grâce à toute une batterie de drogues puissantes, le poison avait perdu de sa vigueur. Je devais rester alité deux bonnes semaines et mon bras serait engourdi encore plus longtemps, si j'en recouvrais le plein usage. Ses mots étaient forts, mais, elle me le confirma, tout danger était passé. J'avais dormi presque une journée entière. La Directrice vint en personne me voir et me raconta ce qui s'était passé.

Les gosses dans la forêt étaient des Premières Années à la recherche de sensations fortes. Ils s'étaient perdus lorsqu'ils sont tombés sur le scorpion. Après mon intervention, ils avaient retrouvés le chemin du château et appelés à l'aide.

-Ils ont prévenus Neville, qui nous a alertés. Nous sommes partis à votre recherche immédiatement, vous avez eu de la chance, le Professeur Rainer vous a trouvé assez vite.

Malgré ma fatigue, je me redressai vivement, un pic d'adrénaline me faisant ignorer la douleur.

-Rainer ?

Elle acquiesça.

-C'est lui qui vous a ramené à l'infirmerie.

Je retombai contre mon oreiller, trop fatiguée pour essayer tout de suite de comprendre ce que cela impliquait. Je fus soulagée d'apprendre que la bête avait été retrouvée et était déjà en partance pour son pays natal. Les élèves, eux, avaient été sévèrement punis, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que la peur ressenti dans les bois devrait les faire réfléchir la prochaine fois qu'ils voudraient enfreindre le règlement.

Je rassurai mes parents et les convainquit de rentrer chez eux. J'étais exténuée et j'allais probablement encore beaucoup dormir. La vérité, c'est que je n'aimais pas les voir s'inquiéter pour moi, j'avais toujours l'impression que ma situation était désespérée.

Je m'endormis peu après que mes parents soient partis. L'infirmière me réveilla pour changer mon bandage et je me rendormis une nouvelle fois. Neville était à mon chevet quand je rouvris les yeux. Il resta un moment à mes côtés, me demanda comment j'allais (je mentis), et parla de tout et de rien.

Mon cousin passa également et m'apprit qu'un des élèves à s'être risqué dans la forêt était son amie brune. Elle était désolée, d'ailleurs, et m'adressait toutes ses excuses. Je dis à Andrew que je lui pardonnais, mais, une fois encore, je mentais. A cause de cette fille, j'avais failli mourir toute seule dans une forêt lugubre, et je n'avais aucune sensation dans mon bras gauche. Il me faudrait du temps pour récupérer… et pardonner.

Hagrid vint aussi, mais resta peu de temps. Evidemment, en mon absence, il avait bien plus de travail, mais il le cacha et resta à mes côtés en me grondant pour que je me repose bien. En me réveillant dans l'après-midi, j'eus aussi la surprise de trouver Rainer debout au pied de mon lit, raide comme un piquet. J'avais eu le temps de repenser à ce qui s'était passé et je devais même avouer que j'avais considéré l'idée de lui laisser croire que je savais que c'était lui. Ça éviterait que Neville le sache et ça m'éviterait de me ridiculiser. Et Rainer était plus de mon âge, il devait avoir vingt-six ans, ce qui était le nombre d'années qui nous séparait, Neville et moi.

Je n'ai tout de même pas été aussi stupide. Certes, Rainer avait mon âge, mais c'était Neville que je voulais. C'était Neville que j'aimais.

Je me redressai dans mon lit de mon bras valide et sourit maladroitement.

-Merci de m'avoir retrouvé.

-C'était un coup de chance.

Il ne paraissait visiblement pas d'humeur à m'aider à me sortir de là, mais j'étais déterminée à ne pas laisser traîner ces choses.

-Ce que j'ai dit dans la forêt…

Il releva la tête et la commissure de ses lèvres sembla se hausser. Je m'arrêtai, cherchant les mots et ne les trouvant pas. Un instant interminable se passa et il dit, de sa voix froide qui était apparemment sa voix habituelle.

-Vous ne me ferez pas croire que vous ne le pensiez pas.

Je restai bouche bée. Croyait-il vraiment… ?

-Si, je ne le pensais pas, je…

Je m'interrompis et rougis devant son air goguenard. Je repris d'une voix plus forte.

-Je ne le pense pas, je ne vous aime pas !

Il parut plus intrigué que blessé.

-Bien sûr que non, vous aimez Londubat.

Interdite, je le regardai sans comprendre et grimaçai en grommelant la seule chose que je pus.

-Quoi ?

Un micro rire le secoua une seconde et il s'expliqua.

-J'y ai peut-être cru une dizaine de secondes avant que vous ne prononciez son prénom une trentaine de fois.

Je rougis encore, cette fois d'embarras.

-Je suis désolée.

Il haussa les épaules et je me dis que je l'avais mal jugé. J'étais prête à faire amende honorable.

-Dans la forêt, vous m'avez tutoyée., fis-je remarquer.

-Un moment d'égarement.

-Vous pourriez recommencer, vous savez.

-Je ne tutoie pas les inconnus.

Je tendis le bras dans sa direction.

-Et vous tutoyez les amis ?

Un long instant se passa, puis, hésitante, sa main posée avant sur le barreau de mon lit, vint serrer la mienne.

-Je suppose.