Coucou, voilà la suite de notre FF. Merci beaucoup pour vos reviews et vos encouragements ! On espère que la suite vous plaira autant que la première partie, nous nous sommes bien amusées à l'écrire, bonne lecture et à bientôt : Alex

Chapitre 9 : Catherine

Sara vient de sortir de la salle d'interrogatoire, je ne sais pas si elle va aider Lindsey comme je lui ai demandé ou si elle veut juste changer d'air. Elle a déjà désobéi au règlement pour nous et ce serait de la folie de s'interposer devant les services sociaux.

Mais là, à genoux par terre et pleurant toutes les larmes de mon corps, j'espère qu'elle aura ce grain de folie qui permettra à ma fille d'avoir quelqu'un sur qui compter et qui pourra l'aider puisque je ne peux plus le faire.

Le policier qui m'avait laissé m'écrouler au sol, me tire par les épaules pour me faire asseoir sur la chaise en face du miroir sans teint et quitte la pièce. Je reste seule entourée par le bruit de mes sanglots inlassablement renvoyé par les quatre murs qui m'entourent et je sens leurs regards de l'autre côté de la vitre. Après le boucan qu'il y a eu dans les couloirs Gil doit être là et Sara aussi si elle n'est pas allée aider Lindsey.

De longues minutes passent sans que personne ne rentre dans la salle. Ils ont peur, ils ne savent pas quoi me dire, ils me détestent peut-être pour ne pas avoir eu le courage de leur dire que ma fille n'était pas de moi, ils cherchent peut-être une solution pour me tirer de là, ils se sentent sûrement trahis… peut être qu'ils ne feront rien et qu'ils resteront juste derrière la vitre en train d'observer celle qui les dégoute.

La solitude et la peur me rendent totalement paranoïaque et je m'en rends compte même si c'est plus fort que moi.

Avant un interrogatoire on laisse le prévenu tout seul pour qu'il rassemble ses esprits mais surtout pour observer son comportement. Maintenant je sais qu'il ne rassemble pas ses esprits, il le perd dans la douleur ! Cette partie de notre métier que nous croyons utile et humaine n'est que du voyeurisme sadique.

Lentement, je sèche mes larmes et me lève pour me rapprocher de la vitre, je pose mes deux mains bien à plat dessus et rapproche mon nez en plissant les yeux mais je ne vois toujours rien, alors tout doucement sort de ma bouche une voix, la mienne, étrangement calme et posée qui raconte.

« Quand elle est née, je suis allée les voir elle et sa mère. Elle était minuscule et elle pleurait tout le temps, elle avait mal, elle était en manque et ce n'était pas de sa faute. Elle aurait pu mourir mais elle a survécu, petit à petit elle a moins pleuré et un jour je l'ai prise dans mes bras. Elle a ouvert grand les yeux et on s'est regardées pendant un long moment. Je venais d'accepter d'être sa marraine, une énorme responsabilité pour une toxico comme moi à l'époque. Personne de sensé n'aurait confié sa vie à ce que j'étais et pourtant elle me regardait et elle a souri ! Depuis ce jour, son sourire ponctue mes journées, je fais tout mon possible pour ça. Pour qu'elle soit heureuse, en bonne santé et en sécurité. Mais là… »

Ma voix commence à partir en vrille et mes sanglots percent à nouveau dans mes mots.

« … aujourd'hui… vous me l'avez enlevée et je ne sais pas où elle est, ni avec qui elle est et si elle n'est pas morte de peur. »

J'étouffe un sanglot et continue.

« La première fois qu'elle m'a appelé maman elle avait un peu plus d'un an. Elle m'a apporté un jouet, m'a regardé droit dans les yeux, a souri de toutes ses dents et elle l'a dit, maman ! C'était merveilleux, alors je l'ai prise dans mes bras et on a ri. »

Je souris un peu au souvenir avant que la fraicheur de la vitre ne me rappelle où je suis et que mes larmes et ma colère ne reviennent.

« Je n'ai peut-être pas signé la montagne administrative qui m'aurait permis d'être sa mère aux yeux de la loi mais dans mon cœur et dans le sien, sa mère… c'est moi. »

Je ne sais pas si mon monologue a été entendu et je décide de retourner m'asseoir la tête dans les mains et les coudes sur la table.

Soudain, la porte s'ouvre et Connor me fait signe de me lever, on m'envoie en détention provisoire en attendant qu'ils étudient l'affaire. Du couloir, je vois la silhouette de Sara dans le bureau de Gil, ils se disputent. Brusquement, Gil me voit et s'arrête dans sa phrase, Sara suit son regard et sort du bureau sans en avoir été priée et se précipite dans mon bureau. Elle en ressort très vite et nous croise. Connor la suit des yeux mais la grande brune ne me regarde pas du tout, comme si elle ne me voyait pas, mais au moment où elle passe à côté de moi sa main glisse quelque chose dans la mienne. Du papier cartonné. Sara poursuit son chemin sans se retourner et je cache au plus vite ce qu'elle m'a donné dans la poche de ma veste.

D'une poussée sur l'épaule Connor m'enjoint d'avancer et je ne me fais pas prier jusqu'à ce que la porte à barreaux claque derrière moi. La banquette n'est pas très confortable lorsque je m'assois dessus. La salle est silencieuse, personne d'autre que moi n'occupe les lieux et lentement je retire de ma poche ce que Sara a m'a donné. La petite photo de Lindsey qui trônait sur mon bureau depuis des années.

Mes yeux se remplissent de larmes et mon index passe sur le visage heureux de ma fille. Elle avait six ans et trois incisives en moins. Linds m'a plusieurs fois demandé de retirer cette photo de mon bureau et aujourd'hui je suis vraiment contente de ne pas l'avoir fait.

A l'arrière de la photo Sara a écrit une simple phrase : « Elle sourira encore, et toi aussi »

Si seulement c'était vrai !

Je manque un peu d'optimisme mais je ne veux pas avoir de faux espoir. Toutefois, bien malgré moi, le fait que Sara ai décidé de m'aider me réchauffe le cœur. Malgré ce que j'ai fait, il y a quelqu'un qui ne va pas me laisser tomber… Sara…

J'aime tellement cette femme !

Chapitre 10 : Sara

« Allô… maman c'est Sara… »

« Sara ? Comment vas-tu ? »

« Bien, heu… bien. »

« J'ai parlé à ton frère d'un possible passage par Vegas et je ne sais pas si on pourra mais on fera de notre mieux tu sais. »

Elle va faire de son mieux ! Ce doit être le point commun entre la plupart des mères, elles font de leur mieux ! Je pense à Catherine et Lindsey et la boule que j'ai dans la gorge gonfle m'empêchant presque de respirer.

« Sara ? Tu es toujours là ? » Demande ma mère légèrement inquiète.

« Oui, je suis là. »

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Ma voix m'a trahi.

« Non, non ça va. »

« Tu pleures ! » Elle statue l'évidence comme si elle me voyait.

« Mon enquête a mal tourné. »

J'explique brièvement et dire qu'elle a mal tourné est un euphémisme. Elle a totalement déraillée !

« Oh mon dieu ! Tu n'es pas blessée au moins ? Sara ? »

« Non… non, ça va. C'est Catherine, une collègue… une amie… je l'ai peut-être envoyée derrière les barreaux. »

« Elle a fait quelque chose de mal ? »

« Je ne peux pas te donner les détails de l'enquête mais elle a fait ce qui était juste, sauf que la loi n'est pas d'accord et on lui a enlevé sa fille. »

Ma mère ne dit rien, je sais qu'elle doit repenser au jour où ça lui est arrivé. Le jour où elle a mis fin à un calvaire de la seule façon qu'elle ait trouvé, pas la bonne malheureusement.

« Je ne sais pas quoi faire… » Ajoutais-je en refoulant de nouvelles larmes.

« Ma chérie. Calme-toi. Je ne connais pas ton amie mais elle doit être terrifiée pour sa fille, si tu veux l'aider commence par là. Elle n'a pas encore été jugée Sara alors tu as un peu de temps pour te pencher sur la question et trouver un moyen de la sortir de là. Je ne sais pas ce qu'elle a fait et si c'est … récupérable. »

Je renifle comme une gamine de trois ans et essuie mon visage avec ma manche.

« Tu as raison, je vais faire ça ! D'abord Lindsey et ensuite Catherine. »

« Je sais que tu feras de ton mieux, elles ont de la chance de t'avoir. »

« Merci. »

Je voudrais lui dire plus mais je n'y arrive pas, c'est nouveau pour moi d'avoir une mère présente et ça fait bizarre, mais bizarre en bien.

« Tu devrais y aller maintenant, tu as du travail ! Rappelle quand tu veux ! A bientôt »

« A bientôt… »

Je passe par les vestiaires pour me redonner une contenance et traverse le couloir quand Connor sort de la salle d'interrogatoire et se précipite sur moi. Il me prend le bras sans ménagement et me tire dans une pièce avant de refermer la porte et de laisser éclater sa colère.

« Non, mais tu as perdu la tête Sara ?! S'il y a une bavure dans l'enquête on va nous la retirer et nous ne pourrons rien faire pour Catherine. C'est ce que tu veux ? »

« Bien sûr que non ! » Je m'énerve aussi.

Pour qui il me prend ? Je veux que Catherine s'en sorte, je veux qu'elle récupère Lindsey, en fait je voudrais ne jamais avoir découvert le fin mot de cette histoire.

« Alors tiens-toi à carreaux ! Cette enquête est loin d'être facile à mener et je n'ai pas besoin qu'on me mette des bâtons dans les roues. On ne doit rien laisser passer ou on nous accusera de négligence et c'en sera fini de ses chances. Nous devons faire comme si nous n'avions pas de parti pris, c'est clair ? Les choses sont assez difficiles comme ça, nous n'avons pas droit à l'erreur. »

« Je ne comptais pas en faire. »

« Alors pourquoi avoir laissé la petite voir Catherine ? Tu n'aurais pas fait ça pour une autre famille. »

Je m'apprête à lui répondre quand Catherine se lève et colle son nez contre la vitre juste devant moi. Son visage est rouge et le désespoir se lit dans son regard. Elle plisse les yeux et même si je sais qu'elle ne nous voit pas j'ai l'impression qu'elle me fixe. Elle est si proche et si inaccessible. J'ai envie d'aller la consoler, de foutre en l'air toutes nos règles à la noix, d'ouvrir cette porte, de défoncer la suivante et de serrer Catherine contre moi avant d'aller récupérer Lindsey par la force. Mais après ?

Nous serions libres mais recherchées par toutes les polices des États-Unis !

Je reprends alors ma respiration et plaque mes deux mains contre la vitre là où Catherine a posé les siennes. Connor me regarde étonné mais aussi un peu triste. Je sais que la dernière chose qu'il aurait voulu c'est de mener une enquête contre une collègue. Il soupire.

« Tu veux un café ? » Il me demande pour enterrer la hache de guerre.

« Non merci. » Je réponds avec un regard qui doit en dire long sur ma détresse alors en silence il quitte la pièce et me laisse seule.

Je place mon front contre la vitre et de l'autre côté Catherine commence à parler.

Elle raconte le jour où Lindsey lui a souri, celui où elle a décidé d'être sa marraine. La meilleure marraine du monde, ça c'est sûr ! Puis la première fois que Linds l'a appelé maman.

Catherine pleure et semble ne jamais pouvoir s'arrêter. La détresse sur son visage lorsqu'elle annonce haut et fort qu'elle est la mère de Linds me fend le cœur mais en même temps elle le dit avec tant de force et de conviction que c'est comme une mise en garde contre le monde. Quoi qu'on fasse, quoi qu'il se passe, Linds sera toujours sa fille. Peut-être qu'elle tente de se convaincre elle-même que c'est le cas parce que pour moi ça n'a jamais fait l'ombre d'un doute et pour Linds non plus je le sais. Mais de là où elle est, Catherine doit douter et craindre le pire même si ses habitudes de femme forte et sûre d'elle tentent de reprendre le dessus.

La porte s'ouvre soudain et Connor me signale que Gil veut me voir immédiatement dans son bureau. Je jette un dernier coup d'œil à Catherine et file dans le couloir.

« Sara, je viens de parler avec Connor et si tu ne suis pas les règles à la lettre je te retire cette affaire. »

« Quoi ?! Il n'en est pas question ! J'ai déjà dit à Connor que je ferais tout mon possible pour sortir Catherine et Lindsey de cet enfer. »

« Je sais que tu te sens proche de cette affaire et que tu risques de la prendre personnellement et si c'est trop difficile pour toi… »

Je ne veux pas en entendre d'avantage. Mon enquête a mis Catherine en garde à vue et disloqué sa famille, je ne vais pas me retirer de l'enquête et attendre bras croisés qu'un juge l'envoie en taule et que Lindsey se perde dans le système. Jamais !

Je n'ai pas encore répondu que le regard de Grissom fixe le couloir. Je suis son regard et Catherine sort de la salle d'interrogatoire escortée de près par Connor. Elle a l'air tellement perdue, tellement anéantie ! Immédiatement je sors du bureau de Griss et cours dans celui de Catherine. Je ne peux rien faire pour l'aider pour l'instant mais je sais ce qui lui permettra d'attendre que je la tire de là : Linds !

Je griffonne un message d'encouragement et une promesse d'arranger les choses à l'arrière de la photo de la petite blonde et ressors dans le couloir. Je croise Catherine sans la regarder parce que je ne veux pas qu'on me voit lui donner le cliché et la livraison se passe parfaitement. Mes doigts glissent dans ceux de Catherine dans une caresse rapide pour déposer au fond de sa paume la précieuse image.

J'arrive au bout du couloir et décide qu'il est temps pour moi de chercher des preuves que Catherine est bien la marraine et la belle mère de Lindsey, ensuite j'appellerai les services sociaux en prétextant avoir des questions à poser à la petite blonde.

Chapitre 11 : Catherine

Deux heures, ça doit bien faire deux heures que je deviens dingue dans ma cellule. La photo de Lindsey montre déjà des signes de vieillissement prématurés tellement je l'ai caressée, touchée, serrée. Mes yeux n'ont plus de larme et ils me brûlent d'avoir trop pleuré. Si seulement j'avais pensé à prendre le temps d'officialiser les documents ! Mais pourquoi ne l'ai-je pas fait ! Je suis vraiment trop bête !

Maintenant à cause de ça je suis derrière les barreaux et Linds m'a été enlevée par les services sociaux, je crois que ça ne pourrait pas être pire !

Juste au moment où je suis en train de me dire ça la porte s'ouvre et ce que je vois me clou sur place. Maintenant c'est pire !

Connor escorte une nouvelle détenue, une personne que je connais bien, une personne que j'aime, encore une qui va souffrir à cause de moi ! La porte à barreaux résonne quand Connor la referme et sans un mot il nous laisse seules juste séparées par le couloir.

Immédiatement je viens me coller à mes barreaux pendant qu'elle fait de même et je gémis prise de sanglots incontrôlables et anéantie par ma culpabilité.

« Je suis désolée. Je ne pensais pas qu'ils iraient si loin. Pourquoi ils s'en prennent à toi ? »

« Complicité. Je leur ai dit que je savais depuis toutes ces années que Lindsey n'était pas ta fille biologique et ils m'ont coffrée. »

« Je suis désolée. »

Nancy soupire et donne un coup rageur dans les barreaux.

« Mais pourquoi n'as-tu jamais été signer ces papiers ?! On est dans une de ces galères maintenant ! »

« Désolée…»

« C'est bon ! Arrête de t'excuser ! C'est trop tard maintenant ! On va assumer les conséquences de tes actes en espérant que les enfants s'en sortiront si jamais on n'arrive pas à sortir de là libres ! »

Nancy s'éloigne dans sa cellule et s'allonge sur la couchette en prenant soin de me tourner le dos. Je l'ai bien mérité mais je ne sais pas si j'arriverai à m'en sortir en sachant que par ma faute ma propre sœur se retrouve entre les barreaux et qu'elle m'en veut assez pour refuser de me parler. Je me sens si seule…

Épuisée, je fais comme Nancy et prends place sur ma couchette la photo de Lindsey dans la main et le poids de ma culpabilité sur la poitrine.

Au bout de quelques minutes, des sanglots étouffés m'arrivent de la cellule d'en face et mon cœur se serre. Ma sœur pleure, par ma faute, cinq mètres nous séparent mais je ne peux rien faire pour la réconforter.

Dans la nuit Nancy s'est endormie, quand Nick et Connor viennent me sortir de ma cage. Mon regard interroge Nick sur l'avancée de l'enquête mais il le fuit. Je ne sais pas ce qu'il se passe mais je n'aime pas ça, quand nous entrons dans la salle d'interrogatoire j'ai clairement l'impression que mon collègue monte à l'échafaud. Qu'est-ce qu'ils ont découvert ?

Nous nous asseyons et Connor prend la parole, visiblement contrarié lui aussi.

« Catherine j'ai une mauvaise nouvelle… »

Mon sang se glace.

« Est-ce que Lindsey va bien ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Répondez ! »

Je suis un peu hystérique mais leurs regards et le silence de la pièce me font craindre le pire évidemment.

« Lindsey va bien Catherine ne t'inquiète pas. » Dit Nick pour dissiper mes peurs.

Quand j'apprends que ma fille n'est pas en cause je soupire de soulagement. Le pire a forcément été évité si elle va bien ! Mais si ce n'est pas Lindsey, qu'est-ce que c'est ?

« On nous a demandé de rouvrir une enquête. »

« Une de mes enquêtes ? »

« Oui… Jimmy Tadero a eu vent de tes problèmes et son avocat demande à ce que l'enquête reprenne. »

« Mais pourquoi ? Comment ? »

« Jimmy a encore le bras long dans le milieu. » Dit Connor. « Il soutient qu'il savait que Catherine n'était pas la mère biologique de Lindsey mais il pensait que tous les papiers étaient en règle. Quand tu as repris l'enquête sur le meurtre de la mère de Lindsey, il dit que tu l'as fait inculpé parce que tu craignais qu'il dévoile la vérité. »

« Ca ne change rien au fait qu'il a falsifié des preuves ! »

« Et toi ? » demande Nick sans me regarder dans les yeux, honteux de sa question.

« Bien sûr que non ! Mes preuves étaient irréfutables et il a avoué ! »

« Ce n'est pas tout. » Commence alors Connor plus ennuyé que lorsqu'ils m'ont annoncé la première mauvaise nouvelle. « Pour l'enquête sur la mort de Stéphanie, tu … tu es suspectée de meurtre. »

« Quoi ? »

Mon visage vient de devenir blanc et je crois que la totalité de mon sang a quitté ma tête. Je suis suspectée du meurtre de Steph ? Je crois que je vais vomir !

Nick tente de m'expliquer mais je vois bien que la tournure des évènements n'est pas pour lui plaire.

« Jimmy a été ton maître pour devenir une bonne enquêtrice et il paraît selon certains que tu avais des sentiments à son égard. Alors quand il a offert une bague de trois carats à Stéphanie, ça n'a pas dû te faire plaisir. Elle avait tout ce que tu n'avais pas. Tu pouvais être jalouse et donc en la tuant tu récupérais le bébé et Jimmy. »

« Ca ne tient pas debout, je me suis mariée avec Eddie très rapidement, pas avec Jimmy. »

« Il dit que c'est parce que la situation a été différente après la mort de ton amie. Tu as eu des responsabilités avec Lindsey et que tu as revu tes priorités, préférant être avec le père biologique de Linds. » M'explique Nick.

« Ce salaud essaye de me faire plonger ! Il m'en veut parce que j'ai découvert qu'il avait falsifié les preuves ! Mais enfin, vous n'allez pas le croire ? »

Ma question reste en suspend et je crains que mon équipe ne soit plus vraiment la mienne. S'ils donnent du poids aux mensonges de Jimmy c'en est fini de moi !

« Jimmy va tout me mettre sur le dos pour pouvoir dire qu'il y a eu une erreur lors de l'enquête, puisque si je suis inculpée pour le meurtre, mes résultats dans l'enquête seront alors non valides ! Ne soyez pas aveugle ! Il vous ment ! »

« Donne nous des preuves de ton innocence le jour du meurtre de Stéphanie, donne nous une preuve que tu es bien la marraine de Lindsey, la belle mère de la petite et prouve nous que l'enquête sur Jimmy Tadero a été menée à bien selon le protocole ! » S'emporte Nick.

Ils n'ont donc toujours rien. Tout ce temps passé en cellule et ils n'ont rien trouvé ! Pourtant je suis la marraine de Linds, Steph a dû l'écrire quelque part ! Malheureusement je n'ai rien à leur dire. Ce sont des affaires qui remontent et les preuves infimes qu'il pouvait y avoir ont sûrement été détériorées ou jetées aux ordures.

Je retourne dans ma cellule quelques temps plus tard, le moral au plus bas et les yeux encore plus gonflés qu'avant. Entre le fait d'être suspectée de meurtre et de kidnapping d'enfant même si je n'ai rien fait combien de chances ai-je de m'en sortir ? Je sais qu'en tant que CSI je devrais avoir confiance en la justice de mon pays mais là, coincée dans ma cellule avec ma sœur qui pleure toujours en me tournant le dos, j'avoue que l'espoir me quitte…

Chapitre 12 : Sara

Je viens de finir de vérifier les cartons et il n'y a rien. Rien de rien ! J'enlève mes gants et les lance dans la poubelle folle de rage. Où se cachent les preuves de l'innocence de Catherine ?

J'ai encore quelques heures avant de pouvoir aller voir Lindsey. La salle de repos est vide quand j'y pénètre et la douce odeur du café de Greg y règne. Je regarde à gauche et à droite comme une gamine avant de faire une bêtise et très vite pour qu'il ne me voie pas je m'en sers un mug. La nuit a été longue et frustrante, ce petit réconfort est le bienvenu. Je sirote le précieux mélange pendant quelques secondes avant de me rendre compte que Catherine, au fond de la cellule, n'y a pas droit. Je prends du bon temps alors qu'elle crève de trouille toute seule derrière les barreaux.

Je me déteste de profiter comme ça pendant qu'elle compte sur moi et je repousse mon mug sur la table.

« Il n'est pas bon ? » Me demande Nick en prenant un siège en face de moi.

« Si mais je ne suis pas d'humeur. Je n'ai rien trouvé qui prouve que Catherine soit la marraine de Lindsey ou sa belle mère.»

Je relève les yeux et son regard me fuit. Il y a quelque chose qui cloche !

« Nick ? »

« Catherine est vraiment mal barrée... »

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« Disons que son ancien mentor Jimmy Tadero a eu vent de la situation et il demande que l'enquête dont il a fait l'objet soit irrecevable parce qu'il savait que Catherine n'était pas la mère biologique de la petite et qu'elle l'a peut-être piégé. »

« Mais les preuves étaient claires il s'était planté lors de l'enquête sur le meurtre de Stéphanie. »

« Oui, mais il accuse Catherine du meurtre et il passe pour une victime. »

« Quoi ? Catherine est suspectée du meurtre ? »

« J'essaye de prouver qu'elle n'a rien fait mais pour le moment je suis au point mort. »

« Si tu as besoin d'aide… »

« Non ! Occupe toi de prouver qu'elle n'a pas enlevé Lindsey, sa sœur est en détention provisoire pour complicité si tu pouvais l'en sortir ça serait déjà bien ! »

La sœur de Catherine est en cellule avec elle, je n'ose même pas imaginer dans quel état elle se trouve !

« J'y retourne. J'ai les photos de la scène de crime à aller étudier. »

« Je dois interroger Catherine. »

« Fais attention à ce que tu fais ! »

« C'est bon Nick, je connais mon métier ! Dis-moi dans les yeux qu'à ma place tu n'aurais pas laissé Lindsey voir sa mère une dernière fois avant que les services sociaux ne l'embarquent ! »

Il soupire mais ne dit rien en sortant de la salle, tout le monde aurait tenté de faire quelque chose ! Évidemment ! On parle de Catherine, notre collègue, elle fait partie de notre famille !

Je sors dans le couloir et demande à deux officiers d'aller chercher Catherine en cellule. Je dois lui demander où je peux trouver des preuves parce que si quelqu'un doit savoir où se cachent les affaires de Stéphanie ou même d'Eddie c'est bien elle !

En salle d'interrogatoire, Catherine à l'air d'avoir pris dix ans. Ses yeux sont rouges, ses joues baignent dans des larmes qui semblent ne jamais vouloir sécher et elle est dépeignée. Sa nuit en cellule ne lui a pas réussi et ça se comprend mais à ce point, j'ai vraiment peur pour elle.

Assise sur sa chaise, on dirait une petite poupée fragile, ses épaules sont basses tout comme son regard et j'ai peur qu'elle abandonne la bataille devant tout se qui se dresse devant elle maintenant.

« Catherine ? »

Elle ne répond pas mais ses yeux se lève sur moi.

« Ca va ? Tu veux boire ou manger quelque chose ? »

« Non ! »

Ca va ? Quelle question débile ! Bien sûr que ça va pas mais autant la Catherine forte et sur d'elle ne me fait pas peur, autant celle là, fragile et anéantie me met mal à l'aise.

« Est-ce que tu pourrais me dire où je peux trouver des affaires ayant appartenues à Eddie ou même Stéphanie ? »

« Non je ne sais pas. »

« Tu es sûre ? Réfléchis ! »

Contre toute attente je la vois se concentrer et faire ce que je lui demande sans s'offenser. Elle est vraiment au centième sous sol !

Les minutes passent mais elle n'a toujours pas dit un mot.

« Catherine ? »

Elle ne dit rien mais je vois bien qu'elle a arrêté de réfléchir, elle sanglote doucement sur sa chaise comme si je n'étais pas là.

« Nick m'a dit pour Jimmy Tadero. On va tout faire pour te sortir de là tu sais. »

Le visage de Catherine change alors du tout au tout, la tristesse et l'abattement font place à la fureur, elle se lève et va écraser ses points contre le mur en hurlant que Jimmy est un salaud, un profiteur et qu'elle regrette de ne pas l'avoir démoli quand elle le pouvait encore !

Je me lève et la rejoins près du mur mais elle me donne un coup de coude dans la pommette qui me fait reculer. La douleur irradie immédiatement vers mon œil et ma mâchoire mais j'arrive qu'en même à attraper ses mains en évitant les coups et à l'immobiliser.

Un officier s'approche mais renonce quand je lui fais signe que j'ai la situation en main. Catherine pleure en gémissant et finit par tomber à genoux sur le sol m'entrainant avec elle, ses mains toujours dans les miennes.

Je ne sais pas trop quoi faire parce que c'est un suspect, que je suis l'enquêtrice et que je ne dois plus faire de bavure pour ne plus nous compromettre mais mes hésitations s'effacent quand elle passe ses bras autour de moi et me serre en sanglotant de plus belle.

Il y a quelques heures elle me virait de la salle, maintenant elle s'accroche à moi comme si j'étais une bouée au milieu d'un océan en furie. Je ne sais plus quoi penser, Catherine est en train de sombrer et on n'a toujours rien ! Formidable je ne peux même pas la réconforter en lui disant qu'on a une piste parce que pour le moment on est au point mort.

Je passe ma main dans ses cheveux d'un geste lent et calme mais ses sanglots ne s'arrêtent pas pour autant.

« Tout est de ma faute. » Gémit-elle soudain. « Je fais souffrir tout le monde. »

« Je suis sûre que Lindsey et Nancy comprennent et ne t'en veulent pas. Ne t'inquiète pas. »

J'aurais mieux fait de me taire parce qu'elle répète deux fois le nom de sa sœur avant de se mettre à suffoquer.

Je l'éloigne de moi et commence à paniquer comme jamais quand la vois toute rouge, essayant de trouver une respiration qui la fuit.

« Catherine respire ! Calmes-toi. Catherine ? Tu m'entends ? »

Merde ! Elle fait une crise d'angoisse !

Elle respire difficilement et je me mets à hurler pour que quelqu'un appelle les secours. Qu'on vienne l'aider parce que je ne sais pas quoi faire. La femme que j'aime est dans une telle détresse qu'elle fait une crise dans mes bras et je suis incapable de l'aider à respirer tout comme j'ai été incapable de la réconforter. Pire, à chaque fois que j'ai prononcé une phrase les choses ont empiré, d'abord avec Jimmy puis avec Nancy.

Les secours arrivent enfin et je dois me faire violence pour lâcher sa main quand on l'emmène. Dans le couloir Connor pose une main sur mon épaule et me tend un mouchoir. Je suis en train de pleurer et je n'avais même pas remarqué.

« Vous devriez les suivre, votre joue est enflée, allez faire des examens pour vous assurez que tout va bien. »

« Non, tout ne va pas bien. » Dis-je en suivant les secours.

Chapitre 13 : Catherine

J'étouffe… je suis purement et simplement en train de m'asphyxier. Plus le moindre pic d'air ne passe au travers de mes poumons.

Si je meurs, je ne mourrai pas heureuse, non loin de là mais je serai au moins dans les bras de Sara, c'est une maigre consolation mais c'est toujours ça…

Sara, que je ne sais plus si je dois aimer, ou haïr…

Sara, qui est à la fois tout et plus rien pour moi…

Sara qui est en même temps à mes yeux amie et ennemie…

Je manque de plus en plus d'air, tout ça est trop pour moi ! Trop douloureux, trop lourd à porter, trop, trop, trop ! Je n'en peux simplement plus !

Sara, Nancy, Lindsey et tous les autres… Je bouleverse leur vie, j'ai fait s'effondrer toutes leurs certitudes. En moins de deux jours, j'ai perdu ma famille, Sara, et ma réputation au sein de ce labo…

Plus rien ne sera jamais comme avant… non plus rien !

Je sens mon corps être soulevé dans les airs, je devine qu'on s'agite autour de moi, après quelques secondes j'aperçois des lumières bleues, des lumières rouges et pendant une seconde il me semble distinguer la haute silhouette de Sara qui me suis…

Un picotement se fait alors sentir le long de mon bras, ça brule, c'est chaud… puis je me sens soudain mieux et une envie de dormir m'écrase les paupières. Je lutte mais sans véritable succès… mes yeux commencent à se fermer peu à peu, j'ai tellement sommeil…

« Calme toi Cath… tout ira bien, je suis là… »

Cette voix chaude me berce et me rassure… je suis en terrain familier, je ne risque rien ! Je me laisse glisser dans le sommeil, tandis qu'une main caresse doucement l'arrière de ma tête. La derrière chose dont j'ai conscience c'est une sirène qui hurle et une petite lumière bleu et rouge qui se reflète sur ma joue…

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Je me réveille avec un léger mal de crâne et une sensation de brulure dans le bras.

Tout est blanc autour de moi, et j'ai besoin de quelques secondes pour me souvenir de ce qui s'est passé et de l'endroit où je me trouve.

Je soulève doucement ma main pour la passer dans mes cheveux, comme je le fais souvent lorsque je suis nerveuse, mais mon geste est arrêté en plein milieu.

Je grimace de douleur et un bruit métallique attire mon attention…

Je tourne la tête, pour me rendre compte que je suis attachée. Lorsque je relève les yeux je m'aperçois tout à coup de la présence de Sara, elle est là assise dans un coin de la chambre, un air sombre et grave peint sur le visage.

« Je suis désolée Catherine… je n'ai rien pu faire » murmure-elle en fixent mon poignet.

Ils me traitent comme si j'étais une vulgaire criminelle. Je n'ai tué personne, je ne suis pas un monstre, j'ai simplement protégé Lindsey. Je n'ai rien fait de mal et pourtant je me sens tout à coup honteuse… je pourrais difficilement tomber plus bas. Je suis menottée à un lit d'hôpital.

Je suis furieuse et savoir que Sara me voit sous mon plus mauvais jour n'arrange rien à mon calvaire, bien au contraire. Je remarque alors que la grande brune porte sur sa joue un petit pansement couleur chair, à peine visible. Je me mors la lèvre pour ne pas lui demander ce qui lui est arrivé… Je n'ai pas vraiment envie d'entamer une grande conversation avec elle pour le moment.

Puis un flash explose dans mon esprit…

C'est moi, c'est moi qui lui ai fait ça !

Mais qu'est ce qui m'arrive ? Je déraille complètement !

Ma vie entière est en train de s'effondrer, et je ne peux rien faire pour stopper ça.

« Cath, comment est ce que tu sens ? Tu m'as fait peur tout à l'heure »

Je voudrais lui dire que je suis désolée, que je ne voulais pas lui faire peur, mais je ne peux pas. Une partie de moi est encore furieuse après Sara, alors qu'une autre part de moi lui est presque reconnaissante de rester près de moi et d'encaisser toutes les horreurs que je lui balance. Parce que pour le moment je ne peux rien faire d'autre que ça au risque de m'effondrer aussi à mon tour pour ne plus jamais me relever.

« Les médecins ont dit que tu avais fait une petite crise d'angoisse, et que ça t'avait provoqué de l'hyperventilation. D'après eux c'est plutôt impressionnant à voir mais pas grave. Tu sera vite sur pieds » me dit la grande brune dans un demi-sourire. « Tu as besoin de quelque chose ? » me demande-t-elle gentiment en se levant.

Je me sens soudain irritée et de mauvaise humeur, pourtant la grande brune s'est montrée adorable avec moi, mais sa simple présence m'agace subitement. Je suis ici, bien tranquillement, même si je suis attachée à mon lit, pendant que ma sœur et ma fille sont enfermées par ma faute. Je me dégoute et comme toujours lorsque je suis furieuse je m'en prends aux gens que j'aime. Parce que c'est plus facile comme ça, parce que je sais qu'un jour les horribles mots que je leur ai dit finiront pas être pardonnés…

Sara et moi sommes plutôt douées à ce jeu là… Tout comme moi, elle sait encaisser les coups que je lui donne, même s'ils sont parfois injustes et mesquins, comme je peux l'être bien souvent.

« Tu me demande à moi si j'ai besoin de quelque chose ? »

Sara me regarde visiblement surprise par le ton condescendent que je viens de prendre, je ne lui laisse pas le temps de réagir…

« J'ai besoin de ma fille, j'ai besoin que ma sœur sorte de prison, j'ai besoin qu'on me détache parce que cette saloperie me tranche la peau ! J'ai besoin de tout un tas de choses mais tu ne peux rien pour moi ! » je hurle presque, comme ça sans la moindre raison, juste parce que ça me soulage.

Sara a un petit mouvement de recul avant de se raviser et de se rapprocher de moi, tout près de moi… L'air déterminé que je peux voir sur son visage me coupe presque le souffle.

« Je ne fais pas de miracles Cath, et je sais que je suis la dernière personne au monde que tu aies envie de voir à ton chevet, mais je suis ton amie, et même si j'ai fait une erreur je ferai de mon mieux pour me racheter. » sa voix tremble.

Je glousse amère : « Parce que ruiner ma vie tu appelles ça une erreur toi ? »

Je peux la voir serrer les dents pour ne pas exploser. Je sais que je la provoque, et que toute cette histoire n'est pas vraiment sa faute. Au fond de moi j'ai toujours su que mon secret serait découvert un jour, mais j'espérais qu'à ce moment là je serais une vieille femme, une très vieille femme et que Lindsey aurait sa propre famille, qu'elle n'aurait plus besoin de moi.

Tout ça est arrivé bien trop tôt et savoir que Sara a été le détonateur dans cette histoire, dans mon histoire…Je dois avouer que cela est plutôt difficile à avaler.

Je peux sentir qu'elle est furieuse et qu'elle fait de son mieux pour ne pas hurler sur moi.

« Si tu avais été honnête avec moi dès le début, nous n'en serrions pas là Catherine ! » réplique-t-elle en croisant les bras sur son torse.

« Honnête ? C'est toi qui me parles d'être honnête ? C'est l'hôpital qui se moque de la charité là ! Tu es plus fermée qu'une huitre, tu es la reine des secrets Sara ! Tu ne me dis jamais rien ! Mais moi j'aurais du te faire confiance ? J'aurais du te parler de ce que j'avais fait pour Lindsey. J'aurais dû te parler de mon passé merdique ? C'est toujours la même histoire avec toi Sara ! Tu veux tout savoir des autres, tout savoir de moi, tu veux que je te fasse confiance, que je sois honnête, mais toi qu'est ce que tu as à m'offrir en échange ? » je la dévisage furieuse.

Elle me fixe un instant hésitante : « Je n'ai que mon amitié et ma parole à te donner. Ma parole d'honneur que je ferai tout mon possible pour arranger les choses »

Je suis prête à croire en la parole de Sara, mais pas en son amitié, je ne veux pas de son amitié, je n'en veux plus ! Pas après une telle trahison de sa part. Pourtant elle s'est déjà en partie rachetée en me laissant voir Lindsey quelques instants, elle a risqué gros pour nous… pour moi.

Je ne sais vraiment plus ce que je dois penser de Sara, ni ce que je ressens ou non pour elle.

Connor entre soudain dans la pièce : « Comment va-t-elle ? » demande-t-il à Sara comme si je n'étais pas présente.

« Elle va mieux… »

« Parfait ! Est-ce que tu peux venir une seconde dans le couloir, je voudrais te parler »

Après un dernier coup d'œil sur moi, Sara suit docilement le détective MacMillan dans le couloir.

Je ne sais pas ce qu'est en train de lui dire Connor, mais Sara change plusieurs fois de couleurs en deux minutes. Elle hoche la tête puis MacMillan disparaît.

La grande brune me tourne le dos, mais je suis presque sûre qu'elle sanglote, il me semble voir ses épaules bouger…

Pourtant lorsqu'elle se décide enfin à entrer dans la chambre, ses yeux sont tout juste rouges, j'ai peut être fait erreur.

« J'ai besoin que tu te concentres Catherine, tu n'as vraiment pas la moindre idée d'où je pourrais trouver quelque chose pour prouver ton lien avec Lindsey ? Ca commence à devenir urgent, Jimmy Tadero veux faire ré-ouvrir son dossier ! Et nous n'avons toujours rien pour t'innocenter du meurtre de Stéphanie ou pour te relier légalement à Lindsey ! »

« Je ne sais pas… » je lui réponds de guerre lasse. Mon bateau prend l'eau, je suis en train de couler, mon propre mentor se retourne contre moi. Jimmy Tadero que j'ai aimé, que j'aime comme un père, ose dire que j'aurais pu tuer Steph par jalousie. Comment peut-il me faire ça ?! Il sait très bien que je n'ai jamais eu le moindre sentiment amoureux pour lui.

« Bordel Catherine ! » la voix de Sara et le bruit de sa paume s'écrasant sur la table près d'elle me fait sursauter.

Nos regards se croisent une seconde et je suis comme hypnotisée.

« Je comprends que tu sois triste, je comprends que tu aies peur, je sais que tu m'en veux, mais merde pense à Lindsey, pense à toi ! Il faut que tu sauves ta peau ! Je sais que je suis morte pour toi, mais toi tu ne l'es pas pour moi ! Tu es bien vivante mais tu sais quoi, si après toute cette histoire tu ne veux plus jamais me voir, je demanderai un changement d'équipe, j'irai bosser avec Ecklie dans l'équipe de jour ! »

C'est vrai que j'ai hurlé ces mots sur elle : tu es morte pour moi. C'est d'ailleurs les mots les plus durs et les plus violents que je n'ai jamais eu contre elle. Et malgré ça elle est encore là, malgré l'évidente blessure que je lui ai infligé elle tient bon, fidèle comme une ombre, toujours à mes côtés.

Je ne sais plus ce que je dois croire ou pense d'elle.

Dans le fond de mon cœur je sais qu'elle n'est pas vraiment morte pour moi, je sais qu'un jour je serai capable de la faire revenir d'entre les morts. Mais là tout de suite je n'en ai pas encore la force…

Ses yeux cherchent frénétiquement mon regard, mais j'évite soigneusement le contact. Elle n'insiste pas…

« Je suis navrée Catherine, mais pour le moment il va falloir que tu fasses avec moi dans le paysage ! Je suis sur cette enquête et d'accord ou pas je ferai de mon mieux pour t'aider ! Je sais pertinemment que tout ce que je peux faire ne suffira pas, mais si tu veux bien m'aider… »

Elle marque une courte pause et cherche à nouveau mon regard… je détourne pudiquement la tête.

« J'ai besoin que tu me donnes une piste à suivre ! J'ai besoin de toi Catherine… s'il te plait… »

Sa voix est si douce que je ne peux résister plus longtemps…. Je relève la tête et nos regards se soudent en un éclair.

Je peux voir tout le regret, la colère et la détermination qui brulent en Sara. Et tout ça me donne le vertige.

« Dans mon sous sol… » je murmure mes yeux toujours plongés dans les siens « Dans mon sous sol, il y a de vieux cartons, et des boites qui appartenaient à Eddie. Notre certificat de mariage doit être là dedans, peut être qu'il y aussi l'acte de baptême de Lindsey mais je n'en suis pas sure. Il doit aussi y avoir des affaires de mon ex, où tu pourras faire un prélèvement ADN pour prouver qu'il est bien le père de Lindsey. Il s'est fait arracher deux dents de sagesse il y a quelques années, qu'il a gardé quelque part dans ses affaires. Je crois qu'il doit y avoir un album de Lindsey bébé dans tout son bazar, il m'avait fait toute une histoire pour le récupérer après notre divorce. Si ma mémoire est bonne, il doit y avoir une mèche de cheveux de chacun de nous trois. Je crois que ça devrait suffire pour trouver un peu d'ADN »

« Ça sera parfait oui ! Je vais envoyer les gars pour… »

« Non ! » je l'interromps « Je préfère que ce toi qui y aille, je… je ne veux pas qu'ils tombent sur certaines choses… » je me mords nerveusement la lèvre inférieure.

« Catherine, tu me demandes de dissimuler des preuves ? » Elle me regarde affolée.

« Non, non bien sur que non ! C'est juste que… » je soupire, au point où j'en suis Sara ne peut pas avoir une pire image de moi, alors pourquoi mentir. « Eddie adorait prendre des photos à une époque, et il trouvait que j'étais un très bon modèle alors un soir j'ai posé pour lui en petite tenue et parfois dans des pauses plus que… euh suggestives. Certaines de ces photos sont dignes de paraître dans Playboy pour te situer le genre. »

Je peux voir Sara rougir, je vois bien qu'elle est gênée par mon aveu et tout à coup j'ai encore plus honte de moi. Cette fois c'est sur en plus de me prendre pour une irresponsable qui enlève des enfants, elle va croire que je suis une allumeuse qui pose pour des pervers !

Je soupire le cœur gros, je n'ose même pas imaginer ce que Sara doit penser de moi : « Tout ça pour dire que je ne voudrais pas que les garçons tombent là-dessus. Je sais qu'Eddie a gardé ces photos mais je ne sais pas exactement où elles sont, ça fait au moins 15 ans qu'elles croupissent dans un carton. On était jeunes et un peu idiots à cette période de notre vie »

Sara ne dit plus un mot… et je me sens tout à coup très mal face à ces deux grands yeux bruns qui me jugent en silence.

Je toussote nerveusement : « Étant donné que ça n'a rien à voir avec l'enquête… je me disais que si tu les trouvais tu pourrais peut être… »

« Attends une minutes tu avais une liaison avec Eddie alors que Stéphanie était encore en vie ? » me demande Sara en fronçant les sourcils.

« Quoi ? Non bien sur que non ! Pourquoi est ce que tu penses ça ! »

« Eddie a fait des photos un peu légères de toi et tu ne couchais pas avec lui à ce moment là ? »

« Non ! J'ai peut être beaucoup de défauts Sara mais je ne couche pas avec les petits copains de mes amies, ni à l'époque ni maintenant ! » comment peut elle penser une chose pareille ?!

« Alors pourquoi est ce qu'il t'a prise toi en photo plutôt que sa petite amie ? »

« Steph venait d'avoir un bébé alors son corps avait subit quelques changements ! A ce moment là elle n'était plus assez mince pour ça…. Eddie disait qu'il connaissait un type qui recrutait des mannequins sur book, et que j'avais mes chances à condition de sortir du lot, parce que j'étais jolie mais sans plus. On était défoncés du soir au matin, ou presque, il nous fallait plus d'argent pour le bébé et la came. Alors j'ai accepté de jouer le jeu, le temps d'une séance photo. Mais quand j'ai compris de quel genre de mannequin il s'agissait j'ai refusé d'aller plus loin. J'étais danseuse exotique pas putain… mais les photos avaient déjà été prises »

« Eddie voulait vendre ces photos à une agence, pour que tu deviennes escort girl c'est ça ? »

Ce qui est parfois gênant avec Sara c'est qu'elle me comprend à demi mot.

« De toute façon ça n'a plus d'importance… je voudrais simplement éviter que ces photos remontent à la surface c'est tout ce que je te demande. Si jamais tu les trouves, débarrasse-t-en. Est-ce que tu peux au moins faire ça ? »

Elle m'observe de longues minutes en silence : « Les clefs de chez toi sont dans ton casier ? » me demande-t-elle tout à coup.

« Oui dans mon sac… »

« Très bien, je vais voir ce que je peux trouver dans ton sous sol »

Elle est sur le point de quitter la chambre sans un mot de plus quand elle revient sur ses pas, et me fixe avec l'air le plus sérieux du monde : « Eddie était un véritable crétin, tu es beaucoup plus que jolie mais sans plus, s'il n'avait pas été aussi stupide il aurait surement vu quelle femme magnifique et quelle mère merveilleuse il avait en face de lui… »

Puis sans rien ajouter, je la vois se diriger d'un pas rapide droit vers la porte avant de disparaître dans le couloir. Je me retrouve seule… complètement seule, mais le compliment de la grande brune me réchauffe l'âme.

J'aurais tellement voulu qu'elle reste encore un peu mais je sais que le temps qu'elle passe près de moi ne lui permet pas d'avance sur l'enquête.

Je sais aussi qu'elle n'a pas fermé l'œil la nuit dernière, je commence à la connaître et chaque fois que la veine de son front est visible, c'est qu'elle n'a pas dormi de la nuit.

Mon humeur se balance quelque part entre peur et colère, déception et espoir.

J'espère que Sara trouvera quelque chose dans tout le fourbi d'Eddie, parce qu'il était loin d'être le champion du rangement. Je sais aussi qu'il y a deux ou trois vieux cartons à moi en bas mais rien d'important, en tout cas rien qui pourra me venir en aide sur ce coup là. C'est fou d'imaginer qu'une vie entière peut tenir dans quelques boites en carton.

Une angoisse sourde m'étreint soudain le cœur…

Je ne veux pas retourner en garde à vue, je veux que ma sœur rentre chez elle, qu'elle retrouve sa famille.

Je veux que tout redevienne comme avant…

Je veux retrouver ma fille, ma maison, ma vie.

Je veux à nouveau ressentir cette envolée de papillons sauvages quand je pose les yeux sur Sara, ou quand elle me touche et ne plus ressentir toute cette colère.

Je veux sentir que je l'aime à nouveau… mais mon cœur blessé me hurle qu'il est encore trop tôt pour ça…

Je ne sais plus qui je suis, ni même ce que je ressens.

Je suis une coquille vide, vide et bientôt prête à se briser…

Chapitre 14 : Sara

Je suis nerveuse à l'idée de tomber sur les fameuses photos dont m'a parlé Catherine il y a quelques heures.

Je n'ai vraiment pas besoin de ça en ce moment.

Des images de Catherine à demi nue j'en ai déjà plein la tête pas besoin d'avoir un support visuel en plus.

Voilà presque une demi-heure que je suis devant chez Catherine, assise sous son perron, son trousseau de clef à la main et que je n'ose pas rentrer.

Je ne peux pas entrer comme ça dans la maison de Cath…

C'est comme laisser un gâteau au chocolat et un enfant dans la même pièce sans la surveillance d'un adulte.

J'ai peur de ne pas me contrôler et de céder à mes plus bas instincts. Ce n'est pas la première fois que viens chez Catherine mais il y avait toujours quelqu'un à la maison. Aujourd'hui c'est différent je suis livrée à moi-même…

Et mon envie, mon fantasme depuis plusieurs mois, est d'entrer dans la chambre de Catherine. Bien sur en règle générale, dans mon scénario la petite blonde est avec moi et on finit à demi nues sur son lit. Mais découvrir l'espace intime de cette femme, l'espace clos de sa chambre, même si elle n'est pas avec moi, me fait frissonner de plaisir…

Ce n'est pas le bon moment pour penser à ça…

Nancy est en prison, Lindsey est enfermée dans un centre pour ados et Catherine est à l'hôpital !

Merde Sidle fais un effort !

Tu entres et tu vas directement dans le sous sol, pas de détour ! Ce n'est pourtant pas compliqué ! On ne te demande pas de gravir l'Himalaya à mains nues. La famille Willows au grand complet a besoin de toi, Catherine a besoin de toi !

Elles comptent sur toi, alors ressaisis toi s'il te plait, ça suffit les délires !

Tu rentres là dedans et tu fais ce qu'on attend de toi !

Je me lève d'un bond, prends une inspiration et me dirige vers la porte d'un pas décidé.

Je glisse la clef dans la serrure et en moins de deux minutes je me retrouve au milieu du salon des Willows.

Un frisson me parcourt quand la porte d'entrée claque derrière moi.

Mon dieu ce que c'est calme ici…

Je laisse mon regard glisser un peu partout…

Il y a des factures en attendant d'être réglées posées sur la table du salon. Le sac qui contient les affaires de danse de Lindsey est posé au pied de l'escalier qui mène à l'étage. Le livre que Catherine est en train de lire est placé à l'envers sur l'accoudoir du canapé.

On dirait que le temps s'est arrêté ici…

Comme si le décor attendait le retour de ses acteurs pour reprendre vie.

Une boule de tristesse me noue la gorge et je quitte le salon avant de me mettre à pleurer… (encore !)

Je descends au sous sol… et une fois en bas de l'escalier je me rends compte de l'ampleur de la tache qui m'attend ! Des dizaines et des dizaines de cartons sont empilés là sous mes yeux.

Je vais en avoir pour des heures ! Je ne peux pas ouvrir chaque carton un par un et tous les fouiller.

Ben si tu as une merveilleuse idée te gène pas pour me le faire savoir !

Ok réfléchis deux minutes Sidle, ce que tu cherches ce sont des vieux documents, des boites vieilles de 15 ans, on va procéder par ordre.

Tu as fait Harvard ma grande, alors sers toi de ta tête !

Les boites les plus récentes doivent être sur le dessus, donc celles que je cherche sont forcement au bas de cette pyramide. Je laisse doucement mon regard examiner les boites qui me font face.

Ok les magasins Tiger n'existaient pas encore lorsque Lindsey est née, donc ça ne peut pas être cela non plus.

Je remarque tout à coup quatre cartons Baby doll, entassés dans un coin, écrasés par une montagne d'autres cartons.

Baby doll c'est du matériel de perliculture ça ! Je jette mon dévolu sur ces quatre cartons là, ce que je cherche est sûrement à l'intérieur !

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Après avoir escaladé une dizaine de cartons, en avoir poussé et tiré presque autant, m'être battue contre une armée d'araignées, j'ai enfin pu atteindre les cartons qui avaient retenu mon attention.

Je fus plutôt déçu du contenu du premier : de vieilles affiches de baseball, des cartes de joueurs pro, une balle en cuir, un uniforme. En clair du vieux matériel de sport qui avait appartenu à Eddie.

Le second carton fut plus généreux avec moi : de vieux dessins de Lindsey remplissaient le fond de la boîte, et au milieu de toutes ses œuvres d'art trônait son album photo de bébé, celui dont m'a parlé Catherine. Et tout comme elle me l'avait dit les mèches de cheveux sont bien là ! Je ne peux retenir un franc sourire et sans m'en rendre compte mes pieds exécutent une petite danse de victoire !

ADN, ADN, ADN !

Je vais enfin pouvoir prouver qu'Eddie est le père biologique de Lindsey et si je remets la main sur le certificat de mariage de Catherine avec Eddie, le juge sera plus que clément avec elle…

La troisième boite que j'ouvre est remplie de papiers, factures impayés, crédit pour la voiture, hypothèque de la maison…

Je me rappelle très bien du jour où Eddie s'est pointé au labo avec ces fichus papiers, menaçant Catherine de lui reprendre la petite si elle ne signait pas. Je me souviens de la violence avec laquelle il l'a poussée contre le mur. Je revois Gil s'interposer entre eux et faire fuir ce fumier. Quelques jours plus tard une assistante sociale était passée au labo pour nous demander ce que nous pensions de Catherine en tant que mère. A cette époque, je ne la connaissais par encore très bien, je venais tout juste d'arriver ! J'avais donc été dispensée de cette formalité. Mais Nick, Warrick et Gil n'avaient pas tarit d'éloges sur elle. L'affaire en était restée là, j'ai toujours cru que l'assistante sociale avait fait un rapport favorable en faveur Catherine. Mais aujourd'hui je comprends surtout que c'est parce qu'elle a accepté de signer cette fichue hypothèque que les choses ne sont pas allées plus loin. Je reconnaîtrais cette signature entre mille.

Catherine a toujours fait de son mieux pour Lindsey, et elle en a souvent payé le prix d'après ce que je peux voir !

Je continue à fouiller au fond de la boite et le miracle se produit enfin…

L'acte de mariage de Catherine et Eddie me fait face ! Il a été rongé sur le coin droit par de petites dents acérées de souris mais ça n'a pas d'importance ! Pour la première fois en 48 h j'ai enfin quelque chose qui pourra plaider en notre faveur !

Je ramasse l'album de photos de Linds et le certificat de mariage, je suis prête à quitter la pièce, euphorique de ma trouvaille, quand je me souviens qu'il me reste une dernière boite à ouvrir. J'aurai peut être la chance de trouver le certificat de baptême de Lindsey !

Une petite couche de poussière se soulève lorsque j'ouvre doucement la boite.

Encore de la paperasse…

Facture pour un soin dentaire, note de fastfood, reçu pour du matériel photo, note de pressing, facture pour la location d'un studio photo.

Un petit papier vert plié en boule dans un coin capte soudain mon attention. Je le déplie soigneusement et je reste sans voix !

Dame chance est vraiment de mon côté aujourd'hui !

Moi, Eddie Patrick Willows, sain d'esprit et de corps déclare par la présente que….

Mes yeux ne peuvent plus s'arrêter de lire.

Et si je devais mourir, la garde de ma fille Lindsey Catherine Mary Willows reviendrait à son plus proche parent. Qu'il en soit fait selon ma demande.

Le plus proche parent ! Je me peux m'empêcher de sourire !

A l'époque Catherine était le plus proche parent de Lindsey, puisqu'elle était sa belle mère. Bien sur maintenant avec le frère de Stéphanie qui est dans les parages cela change la donne. Mais c'est un élément que nous pourrons verser au dossier, ça n'a rien d'un véritable testament, mais cela est tout de même un bon point pour nous !

Je repense alors subitement à la lettre que Catherine dit avoir écrite aux parents de Stéphanie, elle doit surement se trouver dans les affaires que m'a apportées son frère. Si je peux la retrouver cela prouvera que Catherine a essayé de rentrer en contact avec la famille maternelle de la petite qui ne lui a pas donné signe de vie. Et comme elle était le seul parent qu'il restait à Lindsey à ce moment là, elle a pris la décision de la garder prés d'elle.

Finalement toute cette histoire ne s'annonce peut être pas aussi mal que prévue.

Jamais aucun jury ne la condamnera pour ce qu'elle a fait, avec un peu de chance nous n'irons même pas jusqu'au procès. Mais si le frère de Stéphanie l'attaque en justice, elle peut tout de même perdre Lindsey, et dans un an il aura la garde de sa nièce. En attendant la petite restera dans un centre pour ados, coupée de Catherine et du reste de la famille Flynn. Nancy, Lily et Jeremy ne la reverront plus jamais.

Je relis les quelques lignes griffonnées de la main d'Eddie.

Lindsey Catherine Mary… Catherine…

La petite s'appelle Catherine, la coutume veut que l'un des prénoms soit celui de la marraine. Je suis sur la bonne piste ! Trouver le certificat de baptême de la jeune Willows au fond de cette boite serait un véritable miracle !

Je me saisis du carton et vide ce qui reste sur le sol…

Ce qui s'étale peu à peu autour de moi sous mes yeux, n'est pas vraiment ce que j'espère ni ce que j'attendais.

Catherine… Catherine partout, des dizaines de Catherine m'encerclent…

Les photos…

Je déglutis avec peine.

Bordel, non je ne peux pas voir ça, jamais je ne m'en remettrai…

Je reste plantée sans bouger, une minute, cinq minutes, dix minutes…

Il faudra bien que je me décide à un moment ou à un autre.

Dans un soupir frustré je me baisse pour les ramasser et les ranger dans leur boite. Je fais de mon mieux pour ne pas regarder les clichés mais c'est peine perdue.

Catherine est là, torse nu les bras en croix rabattus sur sa poitrine.

Elle est encore là vêtue d'un mini short et d'un soutient gorge, en train de mordiller son doigt.

Elle est ici affublée d'une simple veste en jeans, dévoilant la rondeur et la naissance de ses seins, une bouteille de bière à la main, un jeans moulant collant ses fesses parfaitement dessinées.

Encore et toujours Catherine, assise sur un fauteuil noir vêtue d'une nuisette rouge…

Je dois dire qu'Eddie n'était pas dépourvu de talent, la petite blonde est sublime et si je n'étais pas déjà amoureuse de cette femme je le deviendrais à la seconde. Pourtant quelque chose me dérange dans ses photos.

Je ramasse d'autres clichés en noir et blanc, abritée derrière un éventail de plume qui laisse deviner ses formes.

L'évidence me crève alors les yeux, cette fille sur les photos est magnifique mais ce n'est pas Catherine… enfin si c'est Catherine mais ce n'est pas la vraie Catherine. Tout ça n'est qu'artifice, et vide d'émotion…

Lorsque je regarde les yeux de la petite blonde ils sont vides… éteins… morts !

A présent sur chaque photo que je ramasse je ne vois plus que ça…

Ses yeux…

Elle ne sourit jamais, ce sourire que j'aime tant n'apparait nulle part…

Et je réalise subitement quel enfer a traversé Catherine, ce qu'a été sa vie avant Lindsey. Cette gamine est plus que sa fille, c'est sa planche de salut, sa raison de vivre !

Si la Catherine Willows que je connais existe c'est grâce à Lindsey et à personne d'autre !

Elles doivent se retrouver ! Je dois tout faire pour les réunir à nouveau et cette fois je dois faire mieux que trois minutes dans une salle d'interrogatoire !

Je suis sur le point de ranger les photos lorsqu'un détail en bas à gauche me saute aux yeux.

La date et l'heure…

Pourquoi est ce que cette date me dit vaguement quelque chose ?

Réfléchis Sidle ! Réfléchis !

Oui ça me revient, c'est la date du meurtre de Stéphanie Watson, c'est ce que j'ai lu dans son dossier !

Oh mon dieu !

Par chance Eddie a également conservé la facture de la location du studio photo, date et heure y apparaissent noir sur blanc je l'ai vu passer tout à l'heure parmi tout un tas d'autres notes.

Bordel mais où est ce que je l'ai mis ?

Je commence à tout retourner sur mon passage.

Une fois terminé j'ai la facture en main mais on dirait qu'un cyclone s'est abattu dans le sous sol de Catherine.

Tant pis je reviendrai ranger tout ça plus tard…

Comment Catherine a-t-elle pu oublier une chose aussi importante ? Comment a-t-elle pu oublier une date pareille ? Et ce qu'elle faisait ce jour là !

Je suis alors frappée par l'évidence, elle et Eddie étaient sûrement défoncés ce jour là, et quand on se défonce on perd toute notion du temps et des dates. Voilà pourquoi elle n'a pas retenu que ces photos d'elle ont été prises le soir même du meurtre de Stéphanie.

J'ai la preuve parfaite de son innocence, Jimmy et ses fausses accusations peuvent aller se faire foutre !

Je sais que Catherine va être furieuse si je verse les photos au dossier, mais elles sont la seule preuve que j'ai pour l'instant ! Elles prouvent que Cath était avec Eddie à l'autre bout de Vegas quand Stéphanie Watson a été tuée. Catherine n'a donc pas pu commettre ce meurtre à moins qu'elle n'ai le don de se dédoubler !

La facture à elle seule prouve qu'Eddie était au studio, mais seules les photos peuvent prouver la présence de Catherine à ses côtés.

Je sais que ce n'est pas en dévoilant ces photos que les choses iront mieux entre la petite blonde et moi. Elle va encore croire que je l'ai trahie, que j'ai fait ça pour l'humilier et non pour l'aider.

Pourtant je n'ai pas vraiment le choix…

Je préfère perdre Catherine parce qu'elle sera furieuse contre moi, plutôt que de la perdre parce qu'elle ira croupir en prison.

Son mentor Jimmy Tadero ne lui fera pas de cadeau, je ne comprends d'ailleurs pas comment il peut enfoncer Catherine de la sorte ! C'est déloyal et injuste !

Ces photos sont sa seule chance, et puis je peux toujours retirer celles où elle se dévoile un peu trop. Personne n'est sensé savoir combien de photos cet idiot d'Eddie a pris d'elle…

Catherine ne sera surement pas ravie de revoir ces photos remonter à la surface, mais je peux limiter la casse. Je sais qu'elle m'a demandé de m'en débarrasser mais je ne peux pas faire ça ! Grace à elles Catherine sera innocentée du meurtre de Stéphanie. Et c'est tout ce qui compte pour le moment… Après tout je ne lui ai rien promis, et même si je l'avais fait c'était bien avant de savoir qu'elles étaient une preuve de son innocence.

Nancy sera relâchée et Catherine sera renvoyée chez elle, suspendue pour quelques jours, le temps de faire la lumière finale sur toute cette histoire. Je vais enfin pourvoir aider Catherine et Lindsey en faisant avancer les choses. Je ramasse rapidement ce que j'ai trouvé, range le tout dans un carton que je glisse sous mon bras et je cours à l'étage.

Je suis sur la bonne voie, avec tout ce que j'ai avec moi Catherine sera bientôt libre !

Tant pis si elle voit rouge après ça à cause des photos !

De tout façon je suis morte pour elle, alors ça ne changera pas grand-chose, on ne peut pas blesser un mort ou le tuer à nouveau…

Je suis immunisée, elle m'a déjà enterrée dans le fond de son cœur. Alors je n'ai plus rien à perdre…

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J'étais en route pour le labo, lorsque j'ai reçu un coup de fil du foyer où se trouve Lindsey. L'assistante sociale qui s'occupe d'elle la trouve renfermée, neurasthénique…

En même temps elle s'attendait à quoi cette idiote ? Lindsey est coupée de sa famille et de tous les gens qu'elle aime depuis presque cinq jours. Elle ne sait pas comment avancent les choses, elle a peur et c'est normal…

Je me souviens de ce que je ressentais moi même enfermée entre quatre murs…

J'étais bien plus jeune que Lindsey quand je me suis retrouvée dans l'un de ces centres, quand ma mère a été envoyée en prison. Bien sûr je n'étais pas vraiment seule, mes frères étaient là, mais quand ils ont tous été majeurs je me suis retrouvée seule et apeurée, et leur visite du week-end ne suffisait pas à me rassurer.

La fille de Catherine ne peut pas rester là bas… je dois trouver un moyen de la faire sortir d'ici, un moyen légal je veux dire ! Parce que si je m'écoutais, je l'attraperais par la main, la pousserais dans la voiture et on roulerait droit jusqu'au Mexique ! Mais je ne peux pas faire ça…

Je soupire. L'enquête sur Cath peut encore durer des semaines, des mois… Lindsey ne peut pas rester enfermée dans ce foyer pendant tout ce temps, je l'interdis. Cette simple idée me rend malade !

Tout à coup je pense à mon frère Charlie, il est avocat, il saura sûrement comment faire sortir Lindsey de cet endroit, oui il saura me conseiller !

Je dois l'appeler… mais pour le moment je dois aller voir Lindsey, elle a besoin d'une présence rassurante près d'elle.

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J'ai obtenu une autorisation spéciale pour passer une partie de l'après-midi avec Lindsey. Étant donné son état d'esprit, l'assistante sociale a jugé bon de la laisser sortir quelques heures. L'enfermement n'est bon pour personne…

Nous disposons de deux heures avant que je ne retourne au labo, j'ai peu de temps devant moi mais j'espère tout de même lui changer un peu les idées.

L'adolescente joue nerveusement avec la paille de son milk-shake, ses yeux pâles perdus au fond du verre. Le café dans lequel nous sommes installées a beau être accueillant et chaleureux, il ne parvient pas à nous faire réellement sourire et la peine et l'angoisse restent lisibles sur nos visages.

« Comment va maman ? » me demande l'adolescente en absorbant une mini-gorgée de sa boisson.

« Pour le moment, elle tient le coup. » je tente de la rassurer. En réalité, chaque jour qui passe fait péter un peu plus les plombs à Catherine, mais j'imagine que Lindsey s'inquiète suffisamment pour ne pas que j'en rajoute. « Mais tu lui manques énormément... » j'ajoute à voix basse

« Elle me manque aussi. » Lindsey soupire un instant. « Quand est-ce que l'enquête sera finie et qu'elle viendra me chercher ? »

« Je n'en sais rien, mais ça risque d'être long. »

« J'en peux plus de ce trou pourri... »

Je peux voir une larme se former au coin de son œil et cette image me serre le cœur. Je ne peux pas m'empêcher de penser que tout cela est de ma faute... Si j'avais laissé Catherine me parler lorsqu'elle me le demandait au lieu de la rejeter à cause de mon égo blessé, nous n'en serions pas là aujourd'hui.

« J'ai envie... » murmure-t-elle, la voix tremblante « J'ai envie qu'on se retrouve à la maison comme avant... Qu'elle m'engueule parce qu'il est vingt-trois heures et que je ne dors pas, qu'elle me fasse la surprise d'inviter mes copines à mon anniversaire, qu'elle m'emmène au centre commercial, que tu viennes m'aider pour faire mes devoirs... Je ne veux plus me réveiller dans une chambre miteuse qui n'est pas la mienne, avec des filles agressives qui ne pensent qu'à piquer mes affaires, Sara... J'en ai marre... Je veux rentrer…»

Lindsey se met maintenant à sangloter et je la prends dans mes bras pour tenter de la consoler. « Ca viendra... » je murmure à son oreille. « On fait notre possible pour que l'enquête avance et pour que vous soyez à nouveau réunies, Linds, je te promets que ça arrivera bientôt. »

« Je veux qu'on me rende ma mère... » pleure-t-elle à chaudes larmes, sa tête nichée dans mon épaule.

Loin d'égayer ma journée, ce moment passé avec l'adolescente me laisse un nœud dans la gorge et une boule dans l'estomac. Ca me fait mal de voir Lindsey dans un état pareil, mal de savoir Catherine prisonnière, mal de savoir que tout est arrivé quelque part à cause de moi...

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Après cette entrevue avec Lindsey, je ne perds pas une minute pour retourner au laboratoire afin d'analyser ce que j'ai découvert dans le sous-sol de Catherine. Dans ma sacoche se trouvent tous les indices que j'ai amassés chez elle, précautionneusement scellés. Je sais que nous avons là des chances de prouver son innocence pour les deux chefs d'accusation qui lui sont reprochés, l'enlèvement de Lindsey et le meurtre de Stéphanie Watson.

Cette idée me réchauffe le cœur quelques instants et aussitôt je me remets au boulot. Je saisis rapidement les sacs à scellés contenant les mèches de cheveux et je trace rapidement mon chemin jusqu'au labo ADN. Woody m'adresse un timide sourire lorsque j'arrive à ses côtés.

« Hey Sara ! » lance-t-il en se balançant sur sa chaise.

« Salut Wood' » je réponds du mieux que je peux.

« Oh, le teint pâle, de vilaines cernes sous les yeux, la voix éteinte... On dirait que tu es crevée ! » dit-il en m'observant quelques instants.

« Ouais, j'ai pas beaucoup dormi ces derniers jours. Mais je crois que ça valait le coup parce que j'ai réussi à dénicher ça ! » j'annonce fièrement en lui présentant les sacs à scellés. « Ce sont des mèches de cheveux de Lindsey, d'Eddie et de Catherine. »

Woody pose les yeux à peine une seconde sur mes indices, puis tourne à nouveau son regard vers moi, les sourcils froncés et l'air concerné.

« Hum... » Je m'éclaircis brièvement la gorge et je patiente un instant, mais l'analyste ne bouge toujours pas. « Tu sais Woody, plus vite tu auras fini cette analyse, plus vite nous pourrons prouver que Catherine est innocente, alors j'aimerais assez que tu en fasses une top-priorité et que tu t'y mettes maintenant ! »

« Sara... » Il commence avant de s'arrêter brusquement et de pousser un long soupir.

Son attitude commence à m'agacer. Il sait très bien que nous sommes tous sur le qui-vive concernant cette affaire, qu'il s'agit d'un membre de l'équipe et que nous nous donnons tous à fond pour tenter de libérer Catherine. Je n'ai qu'une envie, c'est qu'il se mette à bosser, mais j'ai bizarrement l'impression qu'il cherche à me faire perdre du temps. Je pousse un soupir agacé, je lève les yeux au ciel et je reprends les sacs à scellés d'un geste brusque.

« Écoute, je ne sais pas à quoi tu joues mais il est hors de question que tu me fasses perdre du temps. Si tu ne veux pas analyser ces indices, tu me le dis clairement et je demanderai à quelqu'un d'autre ! » je rugis vivement.

Mon ton doit être plus rude que je ne l'avais imaginé parce que Woody se recule aussitôt.

« Hey Sara, ne t'énerve pas, j'aimerais beaucoup t'aider, mais... ces indices ne nous apporteront rien... » me dit-il d'une voix peu sure.

« Quoi ? » je suis un peu confuse.

« Ce sont des cheveux coupés, Sara. Pas de bulbe, pas d'ADN... Je veux bien te les analyser mais je te prédis d'avance que ça ne donnera rien ! »

Pendant un instant j'ai l'impression d'avoir heurté un mur de plein fouet et les mots de Woody tournent à toute vitesse dans mon esprit.

Cheveux coupés. Pas de bulbe. Pas d'ADN.

Voilà que ma principale preuve, qui devait enfin relier Eddie à Lindsey, s'envole en fumée à cause d'une erreur de débutante ! Je me sens terriblement stupide de m'être faite avoir comme une bleue.

« Et merde ! Quelle idiote ! » je peste rageusement en donnant un coup de pied dans le mur.

La main de Woody se pose doucement sur mon épaule : « Sara, je sais que c'est difficile mais... tu devrais aller dormir un peu. Tu vas finir par péter les plombs et je ne... » il marque une légère pause « Et je crois que Catherine n'a pas besoin de ça. » termine-t-il dans un faible sourire.

Je ferme les yeux et soupire profondément. Je sais qu'il a raison. Je n'ai pas dormi plus de quatre heures en trois jours et je suis à cran. Mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir coupable et fautive, et j'ai l'impression terriblement frustrante de me trouver dans une impasse pour une affaire qui me tient particulièrement à cœur.

« Je ne sais plus quoi ni où chercher... » j'avoue, complètement abattue.

Comme s'il avait lu dans mes pensées ou qu'il savait précisément ce que je pouvais ressentir, Woody me prend dans ses bras et me serre contre lui. « Tu as fait une erreur, mais tu ne dois pas abandonner Sara. Cath a besoin de toi, Lindsey a besoin de toi, le labo a besoin de toi... et j'ai besoin de toi. » me murmure-t-il doucement à l'oreille. « Tu vas y arriver. »

Son étreinte est rassurante et ce n'est que lorsque Gil pénètre dans la salle que Woody me lâche, un peu à contrecœur.

« Sara, tu as des nouvelles ? » me demande-t-il aussitôt

Je hoche faiblement la tête et Gil me fait signe de le suivre dans son bureau pour en parler plus au calme. Je murmure un merci à Woody et me met en marche à la suite de Gil. Lorsque nous arrivons à son bureau, il m'y fait entrer sans un mot et attend que je sois bien assise pour démarrer la conversation.

« Comment tu te sens ? »

Ses mots sont doux et me surprennent. Je m'attendais plutôt à ce qu'il démarre directement en me mettant la pression.

« Ca va » je réponds du tac-au-tac. Je sais que Gil n'est pas stupide, il sait parfaitement à voir ma tête que ça ne va pas aussi bien que je le prétends, mais j'ai bien trop peur qu'il me retire de l'enquête si j'avoue haut et fort que je suis à bout de nerfs...

Il m'observe longuement avant de reprendre la parole « J'ai discuté avec Connor ce matin. » m'annonce-t-il en soupirant. « Ils explorent toujours le passé de Tadero, mais leurs recherches n'ont pour le moment pas abouti et le temps commence à presser. »

« Le temps presse ? A quel sujet ? »

Gil soupire longuement en se grattant la barbe. « L'avocat de Tadero a peu de scrupules et fait pression sur les services de polices et les avocats impliqués dans le dossier pour tenter d'avancer la date du procès de Catherine. Puisque nous n'avons toujours pas prouvé l'innocence de Catherine, ça permettrait à Jimmy d'être blanchi de tout soupçon pour le meurtre de Stéphanie Watson. »

« Quoi ? » je m'insurge aussitôt. « Gil, c'est dégueulasse ! Tu sais très bien que Cath n'y est pour rien ! »

« Je le sais, Sara, c'est bien pour cela que je suis inquiet. L'enquête de Connor n'avance pas, la notre semble piétiner, et j'ai bien peur que nous n'ayons moins de temps que prévu pour tenter d'innocenter Catherine... »

« L'étau se resserre... » je murmure, plus pour moi-même.

« Oui » approuve Gil. « Nous devons absolument garder la tête froide et unir nos forces pour prouver l'innocence de Catherine. »

J'acquiesce faiblement d'un signe de tête.

« J'ai cru comprendre que tu avais de nouveaux indices ? » demande-t-il sans transition.

« Je... Lorsque je suis passée voir Catherine à l'hôpital hier, elle m'a avoué qu'elle avait conservé un tas de cartons datant de l'époque où Eddie et elle venaient de se marier. J'ai donc passé ma nuit à tout retourner, et tout passer au peigne fin. » je commence prudemment.

« Qu'as-tu trouvé ? »

« J'ai retrouvé le certificat de mariage d'Eddie et Catherine, ainsi qu'une lettre manuscrite d'Eddie qui autorise Catherine à s'occuper de Lindsey s'il lui arrivait quelque chose. » je lui dis en sortant de ma mallette les sacs contenant les documents.

Gil les parcoure un instant des yeux, et je continue « J'ai également trouvé des mèches de cheveux d'Eddie, Catherine et Lindsey dans un album photo. J'ai... J'ai cru que nous pourrions analyser l'ADN présent et prouver la paternité d'Eddie sur Lindsey, mais... Il ne s'agissait que de cheveux coupés. » j'avoue d'un ton déçu.

« Officiellement, même si Eddie a été marié à Catherine et qu'il l'autorise à s'occuper d'elle, il n'est toujours pas le père de Lindsey... » dit-il en réfléchissant un instant.

« Non, et je commence à perdre espoir de le prouver un jour, nous avons testé des tas d'objets ayant appartenu à Eddie sans réussir à trouver la moindre trace d'ADN... »

Gil pousse un profond soupir. « Il nous reste encore une carte à jouer et, vu l'importance du dossier et des pressions qui y sont liées, je ne pense pas que le procureur nous le refusera... »

J'hésite un instant avant de répondre, je ne suis pas sure d'avoir réellement compris où il veut en venir : « Tu veux... Tu veux exhumer le corps d'Eddie ? »

« C'est probablement la meilleure chance que nous ayons de récupérer un échantillon de son ADN, et Robbins sera ravi d'aider Catherine. Le seul hic, c'est que pour pouvoir pratiquer cet examen il nous faut l'accord de la famille. »

Je soupire profondément. Catherine a divorcé d'Eddie et n'est donc plus considérée comme membre de la famille, et Lindsey n'est toujours pas reconnue comme étant sa fille. Je n'ai aucune idée de qui est la famille d'Eddie et je ne sais même pas s'ils sont en vie... Je sens que les recherches vont encore être longues et semées d'embûches.

« Bien. Je te laisse retourner auprès de Catherine pour tenter de savoir où réside la famille d'Eddie, et je vais retourner examiner les pièces du dossier Watson. J'espère que cette fois, les preuves parleront un peu plus en faveur de Catherine. » dit il en se redressant de son siège.

J'hésite un moment à me lever. Je n'ai toujours pas parlé à Gil des photos de Cath, et je me demande toujours s'il faut que je le fasse. Une partie de moi préfèrerait tout lui révéler pour ajouter les photos au dossier et peut-être marquer un point pour la défense, mais une autre partie de moi aurait l'impression de trahir Catherine en le faisant. Je sais qu'elle m'a demandé de jeter ces photos parce qu'elle a confiance en moi et je n'ai pas envie qu'elle me déteste encore plus à cause de ça.

« Il y a autre chose dont tu voulais me parler ? » me demande-t-il d'un ton doux, comme s'il avait senti mon trouble.

J'ai une boule dans la gorge. Ma tête est tiraillée entre tout révéler et ne pas trahir la confiance de Catherine. Pourtant, je sais que je n'ai pas le choix. Je dois rendre compte de tous les indices à Gil, c'est la seule manière de faire avancer l'enquête. Peut-être Grissom avait-il raison lorsqu'il me disait que j'étais trop impliquée... Il sait que Catherine et moi sommes très proches et je comprends maintenant qu'il ait eu peur que je puisse cacher certaines pièces du dossier pour préserver la confiance de Cath.

« Je... Quand elle a su que j'allais fouiller son sous-sol, Catherine m'a demandé une faveur. » je commence. « Elle savait que j'allais tomber sur une série de photos d'elle, prises par Eddie il y a quinze ans, et elle m'a demandé de les jeter ou tout au moins de les cacher pour que personne ne les voie. Ce n'était pas dans le but de cacher des preuves mais juste pour préserver son image. Elle y pose parfois en tenue légère et elle n'avait pas envie que l'équipe tombe dessus. »

« C'est ce que tu as fait ? Tu les as jetées ? »

« Non. » je soupire. « Je ne voulais pas les ajouter au dossier, mais j'ai réalisé que la date et l'heure sur les photos correspondaient au moment du meurtre de Stéphanie Watson, et j'ai pensé que ça pourrait aider à l'innocenter. »

D'un geste lent, je sors les photos de ma sacoche et les pose sur le bureau. Elles n'y sont pas toutes, mais je ne lui dis pas. Par pudeur, par jalousie, par respect pour Catherine, je ne sais pas réellement pourquoi mais j'ai conservé les cinq photos les plus dénudées chez moi, dans un carton, à l'abri de tous les regards.

J'ajoute face à Gil la facture de location du studio. Mon supérieur remet ses lunettes et observe les photos un instant, avant de les reposer sur le bureau et de plonger son regard dans le mien.

« Ces indices sont intéressants mais ils ne prouvent rien à eux seuls. Il est très facile de trafiquer une date ou une heure sur un appareil photo pour celui qui s'y connaît un minimum. »

« Tu penses vraiment que Catherine ou Eddie auraient trafiqué l'heure ? »

« Je ne pense pas, Sara, j'essaie de me mettre à la place des jurés et de la défense. C'est une piste qui peut être utile, et je vais d'ailleurs ajouter tout cela au dossier, mais ça risque de ne pas suffire à faire innocenter Catherine. »

Une fois de plus je me tais et je n'ajoute rien. Je regrette presque d'avoir trahi la confiance de Catherine pour une chose qui ne servira finalement que peu sa défense.

« Sara, je ne dis pas que ces indices ne servent à rien, ils vont nous être utiles, tu as bien fait de me remettre ces photos même si Catherine ne voulait pas qu'on les voit. Je préfère juste que tu saches qu'elles ne suffiront pas à la faire innocenter. »

« Très bien. Je vais retourner à l'hôpital pour lui annoncer tout ça. » dis je le cœur lourd.

« Sara ! » me coupe-t-il avant que je ne parte « Pense à dormir aussi. Tu as une mine atroce, il faut que tu te reposes pour réfléchir clairement. »

J'acquiesce d'un signe de tête et je quitte son bureau sans plus attendre. Dire qu'hier soir je pensais avoir obtenu suffisamment d'indices pour prouver l'innocence de Catherine et la paternité d'Eddie... Aujourd'hui j'ai l'impression que tout est à refaire et je sais d'avance que ces nouvelles vont rendre Catherine encore plus à cran...

Chapitre 15 : Catherine

« Officiers ! »

Je secoue frénétiquement ma main gauche en même temps que j'appelle, faisant résonner bruyamment à travers toute la chambre d'hôpital le tintement métallique des menottes attachées au barreau du lit. J'espère qu'avec tout ce boucan, les deux gardes postés à l'entrée de ma chambre vont réagir.

« OFFICIERS ! »

Cette fois je hurle, je secoue la main un peu plus fort, et cet atroce bruit de ferraille semble me déchirer les tympans. Mon poignet me fait un mal de chien mais je n'y fais même plus attention. Cela fait maintenant deux jours que ma main gauche est attachée à ce fichu lit d'hôpital. Deux jours de trop qui s'ajoutent à tous ceux que j'ai déjà passés loin de Lindsey depuis le début de cette affaire. Deux jours durant lesquels personne -pas même Sara- n'a daigné me tenir au courant de l'avancée de l'enquête, ce qui ne fait qu'amplifier ma colère et mon désarroi.

Je suis à bout de nerfs et je déteste cette situation.

Je suis en colère contre le monde entier, et je me sens plus humiliée que je ne l'ai jamais été de ma vie : On me prend pour une criminelle, on m'enlève ma fille, on repasse toute ma vie au peigne fin pour être sûr que je n'ai plus rien à cacher et on m'attache à un lit pour surveiller le moindre de mes gestes...

J'ai l'impression que tout ce que j'ai vaillamment construit ces quinze dernières années est en train de voler en éclat comme un vulgaire vase sur le carrelage. Ma fille, ma carrière, Sara...

En moins d'une semaine je n'ai plus rien, et je commence même à douter d'avoir la force de tout récupérer un jour.

Quand vont-ils se rendre compte qu'ils s'en prennent à la mauvaise personne ? Quand vont-ils se rendre compte que je n'avais pas le choix ? Et que tout ce que l'on peut me reprocher, c'est de ne pas avoir renvoyé un putain de bout de papier pour officialiser mon rôle de mère !

« Que se passe-t-il ? »

Connor vient de faire irruption dans la chambre, son arme pointée dans ma direction et, après avoir scruté la chambre, me dévisage bizarrement comme si j'étais devenue dingue.

« Il se passe que j'ai envie d'aller au toilettes ! » je lui hurle « Et que même pour ça j'ai besoin d'un chaperon ! »

Le détective McMillan range son arme et pousse un profond soupir.

« Tu n'as pas besoin de t'énerver comme ça, Catherine. » dit-il en s'approchant de moi et en me détachant prudemment la main gauche.

« Je rêve ! » dis-je d'une voix forte. « Connor, je suis enfermée, humiliée, attachée au lit pour un crime que je n'ai pas commis, je n'ai pas vu ma fille depuis presque cinq jours, et toi... toi, tu me demandes de rester calme ? » je rugis en massant longuement mon poignet endolori.

A nouveau il soupire et m'accompagne jusqu'à l'entrée de la minuscule salle d'eau de la chambre. J'y pénètre rapidement et suis sur le point de refermer derrière moi lorsque Connor bloque la porte d'une main ferme, la laissant légèrement entrouverte.

« C'est le protocole. » répond-il simplement à mon regard furieux.

« Tu peux te le coller où je pense, ton protocole ! » je hurle férocement en claquant la porte derrière moi.

Grrrrr, je n'en peux plus de cette situation. Je vais finir par devenir folle, ici. Je n'ai aucune nouvelle de Lindsey à qui on me refuse même de téléphoner, aucune nouvelle de l'équipe et aucune nouvelle de Sara... Je vais finir par penser qu'ils se fichent royalement de moi, tous autant qu'ils sont.

Un léger brouhaha provenant de la chambre me tire de mes pensées. Je pense que McMillan est en train de parler à quelqu'un, mais je n'arrive pas à savoir de qui il s'agit. Ca m'étonnerait qu'il s'agisse d'une simple infirmière. En tout cas, j'espère qu'il va m'oublier un moment. Rapidement je me lave les mains en faisant attention à bouger le moins possible mon poignet, puis je sors enfin de la salle d'eau.

« Salut Cath ! » me dit-elle dans un léger sourire.

« Tiens, Sara tu es là. Ca faisait longtemps. » mon ton est plus froid que ce que je voudrais, la phrase sonne méchamment dans ma bouche, et le sourire de Sara se fane aussitôt.

Une boule se forme alors dans ma gorge. Je me sens toujours aussi mal vis à vis de Sara. Je lui en veux énormément de tout ce qui m'arrive même si ce n'est pas sa faute, et je sais que cette sensation étrange ne me quittera pas tant que l'enquête ne sera pas terminée. D'un autre côté, malgré toutes les choses dures que je lui ai dites et ma mauvaise humeur qu'elle supporte à chacune de ses visites, je lui suis grandement reconnaissante de rester auprès de moi. Je ne peux pas encore l'admettre devant elle parce qu'une partie de moi souffre encore trop, mais sa présence me rassure et me fait du bien. Si elle arrêtait de venir me voir, je n'aurai plus le courage de me battre contre toute la machine judiciaire qui vient de ce mettre en route. C'est grâce à elle que je ne perds pas espoir, je suis juste incapable de le lui montrer.

MacMillan me prend doucement par le poignet pour me ramener à mon lit, et je ne peux contenir un léger cri de douleur.

« J'aimerais que tu changes de main, s'il te plaît. » lui dis-je en grimaçant, lui offrant mon poignet droit.

Connor hoche la tête et me rattache au lit, en faisant attention à ne pas trop serrer les menottes. « Bon, mesdames je dois vous laisser, j'étais juste passé déposer un document mais j'ai encore du travail. »

Sara salue le détective d'une voix vive tandis que je me contente d'un hochement de tête en m'enfonçant un peu plus dans les draps.

« Comment vas-tu ? » me demande-t-elle lorsque nous sommes seules.

Je hausse brièvement les épaules. « Mon état de santé s'est amélioré, ma tension est à peu près stabilisée, je pense que je devrais retourner en cellule d'ici peu. » j'annonce froidement : « Est-ce que tu as du nouveau ? »

Sara hoche la tête d'une façon indécise et je sens que ce qu'elle a à m'apprendre ne va pas me réjouir.

« J'ai retrouvé ton certificat de mariage dans les cartons de ton sous-sol, et j'ai retrouvé les mèches de cheveux dont tu m'avais parlé, dans l'album photo. »

Cette nouvelle aurait dû me soulager, pourtant si j'en crois son ton déçu et désolé, ça n'a pas l'air d'être une bonne nouvelle

« Tu n'as pas pu lier l'ADN d'Eddie à celui de Lindsey ? ».

« Non » me dit-elle en soupirant.

Pendant une seconde j'envisage le pire. Je sais que Lindsey ressemble beaucoup à Eddie, mais si jamais Stéphanie m'avait caché qui était le vrai père de son enfant, si jamais elle avait couché avec je ne sais quel client sans m'en parler et qu'elle soit tombée enceinte, alors... alors je pourrais faire une croix sur les chances de récupérer ma fille et jamais je ne m'en remettrais...

« Non, les cheveux étaient coupés. Je me suis faite avoir. Sans bulbe, sans cellule, il est impossible de faire ressortir l'ADN. Nous n'avons donc toujours pas relié Linds à Eddie, et tu es toujours considérée comme une voleuse d'enfants. Je suis désolée. »

Et merde. Merde, merde, merde. Je soupire longuement : « J'imagine qu'il n'y a plus aucune chance de prouver qu'Eddie est le père de ma fille ? »

« Si. Il y en a une. Gil va demander au procureur une autorisation d'exhumer le corps pour faire un prélèvement ADN. »

Exhumer le corps d'Eddie, cette pensée me fait froid dans le dos. Pourtant, si c'est la seule chance de prouver aux yeux de la loi que j'ai le droit de m'occuper de Lindsey, j'accepterai sans hésiter.

« Le problème qui se pose, c'est qu'il faut une autorisation de la famille d'Eddie pour procéder à l'exhumation et tu ne fais plus légalement partie de sa famille. »

Voilà qui complique les choses. Je n'ai jamais été en très bons termes avec la famille d'Eddie. Pour ses parents, je n'ai toujours été à leurs yeux qu'une danseuse vulgaire et droguée, tout juste bonne à se faire payer pour se montrer nue.

« Sa famille venait du nord du Texas. Ses parents sont morts il y a une douzaine d'années. Je sais qu'il a une jeune sœur, Abby, qui a peut-être ton âge. Il me semble qu'elle habitait Denver et qu'elle faisait des études de Chimie, mais Eddie n'était pas très proche d'elle, j'ai dû la voir trois fois en dix ans, et je ne sais absolument pas ce qu'elle est devenue. »

« Merci pour l'info, je ferai des recherches... Et j'espère que ça va aboutir... »

« Je l'espère aussi... » je murmure « Lindsey me manque. »

« Tu lui manques énormément aussi... Je suis allée la voir hier... »

« Comment va-t-elle ? » je m'empresse de lui demander, même si une parte de moi est blessé de savoir que Sara a le droit de voir Lindsey, alors que je ne peux même pas lui passer un simple coup de téléphone.

« Elle va bien. Elle est assez perturbée par tout ce qui se passe et elle déteste le foyer... Comme nous tous, elle a hâte que tout cela soit fini. »

Je soupire : « Au rythme où c'est parti, j'aurai de la chance si j'arrive à lui parler avant sa majorité ! »

« Ne pars pas comme ça. Ca va s'arranger. »

« Je sais que même si je suis innocente, je risque de croupir en cellule un bon moment avant le procès et le foyer, ce n'est pas ce que je voulais pour elle... »

La main de Sara se pose doucement sur la mienne et son sourire me rend un peu de courage.

« Ca va peut-être prendre un peu plus de temps que prévu, mais on va réussir à te sortir de là, Cath. Tout le labo est mobilisé et nous ferons tout pour que tu sois innocentée. »

Brusquement, la main de Sara quitte la mienne et plonge dans son sac pour en ressortir avec un vieil album que je reconnais immédiatement.

« Je t'ai amené ça pour te permettre de patienter, et Connor n'a même pas tenté de m'en empêcher. » me dit-elle dans un sourire en me tendant l'album. « C'est dans celui là que j'ai retrouvé les mèches de cheveux, il contient beaucoup de photos de Lindsey alors j'ai pensé que tu aimerais l'avoir avec toi... »

Mon dieu, cette femme a le don de me donner des frissons. Mes yeux s'humidifient en voyant son cadeau et je laisse ma main caresser quelques instants l'épaisse couverture jaunie de l'album.

« Tu ne le regardes pas ? » me demande-t-elle, un peu déçue.

« Non, je préfère le regarder plus tard. Je sais que je vais craquer en revoyant les photos et... je préfèrerai être seule... Mais je te remercie, tu ne pouvais pas me faire de meilleur cadeau, ça me touche beaucoup ! »

« Comme tu préfères. » me dit-elle toujours en souriant.

« Est-ce que l'enquête avance pour le meurtre ? » je demande au bout de quelques instants pour changer de conversation.

« Pas vraiment. MacMillan et son équipe n'arrivent pas à déstabiliser Tadero, et Gil a beau fouiller le dossier de fond en combles, il ne trouve rien qui pourrait faire accuser Jimmy. »

« Super » je maugrée à voix basse.

« Les avocats de Tadero essaient d'accélérer le procès en faisant pression sur les services de polices et les avocats de la défense. »

« C'est évident, il voudrait me faire condamner pour être blanchi. »

« Oui. » murmure-t-elle. « Tout le monde redouble d'efforts, mais nous avons très peu d'indices et encore moins de preuves. C'est pour cela que... »

La voix de Sara se brise brusquement sans qu'elle ne termine sa phrase. Je pose les yeux sur elle mais son regard semble fuir le mien, comme si elle cherchait à me cacher quelque chose.

« Pour cela que quoi ? » je demande, insistante.

« Les photos dont tu m'avais parlé... » commence-t-elle en rougissant.

Je ne peux m'empêcher de rougir à mon tour à cette évocation. Ainsi, elle a retrouvées les photos. Sara m'a vue nue sur ces photos, et cette idée fait surgir en moi une espèce de pudeur que je ne soupçonnais pas. C'est bête, j'ai été strip-teaseuse, j'ai l'habitude qu'on me voit en petite tenue mais là, savoir que Sara a posé les yeux sur de vieux clichés érotiques, ça me gêne. « T-Tu les a b-brûlées ? » je bégaie hâtivement.

« Non. » me répond-elle, les joues toujours écarlates et ses yeux ne pouvant soutenir les miens. Elle semble aussi gênée que moi et l'idée qu'elle ait pu apprécier les photos me traverse rapidement l'esprit.

« Non, j'ai été obligée de les ajouter à ton dossier, je suis désolée. »

« Quoi ? » je demande, les yeux écarquillés de surprise. Immédiatement, mon visage devient livide et il n'est plus question de savoir l'effet que ces photos ont fait à Sara.

« Je ne les ai pas toutes mises, rassure-toi, j'ai... j'ai gardé celles qui me semblaient les plus osées, mais ces photos sont un atout pour ton dossier, je ne pouvais pas faire autrement que de les y mettre ! »

« Un atout ? J'espère que tu plaisantes ? » je demande en élevant la voix. « Tu crois peut-être que diffuser ces photos lors du procès, devant des centaines de personnes, va permettre aux jurés de juger si oui ou non je suis coupable du meurtre de Stéphanie ? »

Je ne peux pas le croire... Je ne peux pas croire que Sara ait fait ça...

« Non, Cath, ce n'est pas ça, c'est juste... »

« Juste quoi ? »je lui demande en lui coupant la parole « Juste que tu trouves que je n'ai pas été assez humiliée et qu'il faut mettre le paquet le jour du procès ? »

Ce n'est pas possible, c'est un cauchemar, je vais me réveiller...

« Je t'en prie Cath, écoute-moi ! » plaide-t-elle « Ces photos ont été prises le jour du meurtre de Stéphanie, j'ai retrouvé la facture de la location du studio avec la date, et sur chaque photo l'heure est affichée. Si l'appareil d'Eddie était bien réglé, les photos ont été prises au moment du meurtre, ce qui peut aider à prouver ton innocence ! » termine-t-elle.

« Je ne comprends pas Sara, je croyais que tu étais mon amie ! » mon ton colérique cache mal mes larmes. « Je t'ai demandé une faveur, une seule, celle de jeter ces photos parce que j'en avais trop honte et toi, tout ce que tu trouves à faire, c'est de les ajouter comme pièces au dossier ! Je ne comprends pas ce que tu cherches... »

« Catherine, j'étais obligée ! Je sais que tu ne voulais pas que l'on voit ces photos mais elles vont peut-être permettre de t'innocenter et ça m'a paru plus important ! » lance-t-elle pour se justifier.

Elle pose sa main sur la mienne mais cette fois je refuse vivement le contact.

« A chaque fois que j'ai l'impression que je peux te faire confiance, ça se termine mal ! Ca ne t'a pas suffit de me prendre ma fille et de m'envoyer en cellule, il faut encore que tu en rajoutes une couche et que tu m'humilie publiquement en ajoutant ces photos au dossier sans le moindre remords ! »

« Cath... »

Ses yeux sont rouges. Face à ma fureur, je peux voir qu'elle est prête à craquer, mais cette fois, je refoule tous les sentiments que je peux avoir à son égard. Je ne veux plus qu'elle me fasse souffrir, je ne veux plus rien ressentir pour elle, je ne veux plus avoir affaire à elle !

« Va-t-en Sara ! Je ne veux plus te voir, va-t-en ! » je lui hurle violemment.

Je hoche mon poignet avec force et le tintement métallique se met à nouveau à retentir. Je continue à hurler comme une forcenée. Sara se recule lentement et j'ai l'impression de voir de la peur dans son visage. Mon accès de colère ne passe pas inaperçu auprès des services de police et deux officiers pénètrent aussitôt ma chambre, armes en main. Ils font rapidement sortir Sara et appellent un médecin à mon chevet.

Je pense que je suis en train de perdre pieds, je suis à bout de nerfs et je ne parviens pas à me calmer. Deux idées seulement tournent en boucle dans mon esprit, me faisant souffrir sans répit : Sara m'a trahie encore une fois et je ne suis pas prête de revoir Lindsey.

Une silhouette blanche s'anime quelques instants au dessus de ma tête, puis brusquement ma voix me quitte, je retombe lourdement sur l'oreiller, et tout devient noir...

A suivre…