Premier affrontement.

Il y avait plusieurs heures que Rumil était sous les soins du guérisseur et Haldir était sans nouvelle. Il avait accepté de rester à l'écart, mais maintenant, c'était ridicule. Jamais personne ne l'avait traité de la sorte. Elle avait osé le défier du regard et l'avait regardé avec arrogance. Il était en pleine réflexion lorsqu'Orophin fit son entrée. Ce dernier était surpris de voir son frère patienter sagement que le guérisseur lui donne des nouvelles. Il lui demanda :

- Des nouvelles de Rumil? Tu l'as vue? Tu lui as parlé?

- Non à toutes tes questions… La guérisseure ne veut pas que je le vois avant qu'elle n'est terminée son intervention… Je n'ai jamais été aussi insulté de toute ma vie…

- Tu veux dire que tu n'as pas pu lui parler? Dit Orophin en le regardant d'un air amusé.

- Je n'ai pas pu m'approcher suffisamment pour lui adresser la parole… Cette femme est impossible et m'a interdit accès à sa chambre, tu te rends compte! Dit-il frustré

- Et ce sera comme ça tant et aussi longtemps que je serai responsable de la maison des guérisons. Dit Celaniel qui sortait de la chambre de Rumil en essuyant ses mains sur une serviette.

Orophin agrandit les yeux de surprise en voyant la guérisseure devant lui.

- Celaniel? Mais qu'est-ce que tu fais ici? Dit Orophin confus

- Bonsoir Orophin… mais je travaille ici, tu devrais le savoir. Je suis le nouveau guérisseur en chef. Dit elle fièrement en lui souriant moqueusement.

Haldir écoutait d'une oreille attentive la discussion entre eux. Mais les formalités étaient trop longues pour lui et dit plus durement :

- Bon, ça suffit maintenant, dites-moi comment va Rumil… Est-ce que je peux le voir? Dit-il en l'a regardant froidement.

Celaniel lui retourna son regard en souriant en coin. Elle lui céda le passage et l'invita à entrer dans la chambre. Haldir ne se fit pas prier et se rendit sans perdre de temps dans la pièce ou reposait son frère. En approchant du lit, il vit que Rumil dormait profondément. Il fit volte-face et dit à la femme-elfe :

- Mais il dort!... Pourquoi ne pas m'avoir prévenu lorsque vous avez fini de le soigner. J'avais besoin de lui parler et lui demander…

- Vous lui parlerez demain, vous pourrez même le ramener chez lui. Mais pour ce soir, il est sous ma responsabilité et il restera en observation jusqu'au matin. Dit-elle en l'écartant du bras pour vérifier le pansement du blessé.

Haldir sentit la colère monter en lui et serra les poings pour ne pas répliquer trop brusquement. Il lui dit sur un ton sec :

- Vous m'aviez pourtant dit que je pourrais le voir après que vous… Vous auriez pu me le dire avant de lui donner une potion pour dormir… dit-il avec un peu plus fureur.

- Désolé de ne pas avoir demandé la permission pour lui donner cette potion, mais si je ne lui avais pas donné, je serais encore en train de le soigner. Dit-elle sur le même ton que lui.

Orophin fit une grimace en voyant la longue cicatrice sur le ventre de son frère. Son air de dédain attira l'attention d'Haldir qui jeta un coup d'œil sur la blessure. Il devait admettre que c'était plus grave qu'il ne le crut. Celaniel ajouta alors :

- J'ai dû lui donner cette potion afin que je puisse effectuer un travail très délicat. La coupure est profonde, donc une immobilité était nécessaire, je n'avais pas le choix. Dit-elle.

- Mais c'est un Galladhrim, il aurait pu rester immobile si vous lui aviez demandé. Dit Haldir en montant le ton.

- Vous croyez sincèrement qu'il serait resté sagement couché sans bouger pendant que je lui cousais la peau? Vous ne croyez pas sincèrement à ce que vous venez de dire n'est ce pas? Dit-elle étonné par sa déclaration.

Orophin ne put s'empêcher de sourire en coin, mais Haldir avait vu son air et lui jeta un regard sévère. Il prit une profonde respiration et dit à Celaniel toujours aussi froidement :

- Si j'avais pu lui parler avant, nous ne serions pas en train d'avoir cette discussion…

- Et vous l'auriez conduit à la mort au bout de son sang. Ce n'est pas une simple blessure que votre frère a reçue, mais une très profonde entaille qui aurait pu le tuer. De toute façon, ce qui est fait est fait. Il dort et ne risque pas de se réveiller sous peu. Il vous faudra attendre à demain pour lui parler… Maintenant, veuillez m'excuser, mais vous allez devoir partir, j'ai autre chose à faire que de vous entendre vous plaindre pour tout et pour rien. Dit-elle avec force en soutenant son regard.

Haldir fronça les sourcils furieux et Orophin sentit la tension entre eux et il n'eut d'autre choix que d'intervenir. Il devait sortir Haldir de la maison des guérisons avant qu'il ne fasse quelque chose d'impardonnable. Il lui dit alors :

- Allons Haldir, ne restons pas ici, nous ne pouvons rien faire de toute façon. Nous viendrons chercher Rumil demain matin… Désolé Célaniel, mais nous sommes tous un peu énervé avec la présence des orcs un peu partout à nos frontières.

Haldir ne disait rien, mais savait que s'il ouvrait la bouche, ce serait pour dire des paroles pas très gentilles. Il était tellement furieux, qu'il était préférable pour lui de ne rien dire de plus. Il regarda Celaniel avec froideur et fit signe à Orophin de quitter les lieux. Ce dernier approuva de la tête et sourit timidement à la guérisseure. Mais avant de traverser la porte, il dit à la femme-elfe :

- J'espère qu'il sera réveillé au matin à mon arrivé….

- Sinon quoi? Vous allez me rapporter au Seigneur ou à la Dame? Soyez sans crainte, Capitaine, il sera réveillé. Je m'assurerai qu'il soit prêt à rentrer chez lui… Et ne vous en faites pas, je ne serai pas ici à votre retour ici, un autre guérisseur vous recevra… Bonne nuit Capitaine… dit-elle en le poussant hors de la pièce pour refermée la porte à son nez.

Haldir était encore plus furieux et rugit en levant le poing. Orophin lui dit alors sèchement :

- Haldir… rentrons maintenant. On reviendra demain.

Il soupira et suivit Orophin en silence. Celaniel s'était appuyé à la porte et écoutait les pas de l'elfe qui s'éloignait. Elle retourna auprès de Rumil et soupira soulagé. Au moins, son patient aurait la paix jusqu'au lendemain. Elle s'installa pour le veiller et profita du calme des lieux pour faire quelques bandelettes de tissus et une liste de matériel à réquisitionner.