Ohayo !

J'espère que tout le monde a passé une bonne rentrée !

Voilà le premier chapitre de cette fic, j'ai été pas mal occupée, donc j'ai mis un peu de temps à le publier, gomen !

Merci à joandra777 et à ma Vampirette préférée pour leurs reviews ! Je vais essayer de continuer à mettre des extraits de poèmes, j'aime beaucoup cette idée :)

Je n'ai qu'une chose à dire: bonne lecture !


Chapitre 1

Son nom

D'une seule main, le cuisinier tape l'œuf contre le bord du comptoir et le casse au-dessus de la poêle*, maintenant bien chaude. Le blanc grésille légèrement en tombant dans le fond noir de la casserole. Geste sec du poignet pour retenir le filet de blanc.

D'une pirouette habile, le chef se place face à une table couverte de divers ustensiles et aliments. D'un geste du pied mû par l'habitude, il déloge une poubelle où tombe la coquille vide. Il essuie sa main droite, légèrement poisseuse, sur un torchon et, de l'autre, attrape la spatule pour touiller la mixture qu'il préparait jusque là.

Le lait se mélange doucement au chocolat fondu, la préparation prenant peu à peu une teinte brune. Le coq attrape une petite cuillère qu'il plonge dans le chocolat avant de la porter à sa bouche. Plutôt satisfait de son travail, il verse doucement le liquide dans un grand bol, s'aidant d'une spatule.

Aussitôt terminé, il se tourne de nouveau vers sa gazinière. Se saisissant d'une spatule plate, il la passe sous le blanc, bien cuit maintenant, pour le décrocher. Puis, il enlève la poêle du feu et d'un geste sûr du poignet, fait glisser l'œuf dans une assiette posée sur le plan de travail d'à côté. Sans plus attendre, la poêle regagne le feu. Deux tranches de bacons sont jetés dans la batterie fumante.

Le cuisinier tourne de nouveau le dos à son fourneau, revenant au chocolat. Il pose le bol fumant sur un plateau au coin de la table. Le récipient rejoint un verre de jus d'oranges fraîchement pressées, une assiette où cohabitent deux larges tartines de pains et de petits pots de confitures, une petite cuillère, deux sucres en morceau, un couteau à bout rond et un mini-croissant. Le cuisinier contemple quelques secondes le plateau, vérifiant mentalement qu'il n'a rien oublié.

Il retourne aussitôt à ses poêles, où il retourne les fines tranches de viandes. Le fumet de la charcuterie grillée commence à se répandre dans la cuisine. Le chef accompagne l'œuf au plat de trois tartines. L'une tartinée de beurre, la seconde de confiture d'abricot et la dernière de miel, récite-t-il mentalement. Un léger sourire tendre prend place sur ses lèvres. Il connaît les demandes de son chef par cœur.

Les bacons se rappellent à lui dans un bruissement de protestation. Rapidement, il éteint le feux et envoie les deux tranches de charcutaille rejoindre les tartines et l'œuf. L'assiette retrouve un second plateau ou le nom de l'hôtel restaurant est écrit en lettres dorées.

Le coq attrape sur la fenêtre au-dessus de l'évier un hibiscus rouge** qu'il dépose près du grand verre de jus de pomme, déjà sur le plateau. Il observe son travail d'un œil critique, replace doucement la fleur, organise le pain de manière esthétique, dépose le verre de l'autre côté du plateau... Il retouche ainsi le plat jusqu'à être complètement satisfait de son œuvre.

Il se retourne et voyant la cuisine toujours vide, il pousse un léger soupir. Le cuisinier dépose une cloche de plastique transparent au-dessus de l'assiette pour maintenir les aliments au chaud. Attrapant un torchon qui traînait par là, il s'essuie les mains tout en se dirigeant vers une porte dans le fond de sa cuisine.

Une fois la cloison ouverte, des voix exaspérées se font plus audibles. Il descend la poignée d'escalier qui mène à ce petit débarras. Le vrombissement léger et habituel des frigos l'accueille en plus des protestations aigus d'Evergreen.

La jeune femme porte une chemise blanche et une courte jupe noir, son habit de travail. Son poing gauche est serré contre sa hanche, tandis que son index droit s'agite de manière accusatrice sous le nez de son interlocuteur.

Ce dernier est un homme charpenté, bâti tout en muscle. Sa peau est halé par le soleil et ses mains rendues caleuses par le travail. Ses étranges cheveux blancs sont retenus par un bandeau. Quelques mèches argentées retombent devant ses yeux. Une cicatrice barre sa joue droite lui donnant un air de gangster.

Pourtant la jeune femme devant lui ne semble pas du tout impressionné, ni par la haute stature, ni par l'air agacé, laissant libre cours à son exaspération :

- Je t'avais pourtant bien expliqué, Elfman ! s'écrit-elle rageusement.

- Je me suis déjà excusé, je vais ranger correctement, grogne l'homme.

- Ce n'est pas la p...

- Evergreen ! l'interrompt le cuisinier que tout ce remue-ménage, habituel, blase au plus haut point.

- Quoi ? aboit la jeune femme en tournant vers lui son regard acéré qui a le don d'en statufier plus d'un. Mais Fried connaît depuis bien trop longtemps la femme à lunette pour en avoir peur.

- Tu dois faire le service. Non seulement une cliente attend patiemment son déjeuner, mais en plus celui de Luxus-sama risque de refroidir.

Evergreen lui lance alors un long regard courroucé. Elle n'aime pas qu'on lui dise ce qu'elle a à faire. Fried reste stoïque sous le regard imposant de la jeune femme. Celle-ci se détourne lentement du cuisinier pour reporter son attention sur l'abrutit en face d'elle.

Cet idiot n'est même pas fichu de ranger correctement les provisions. Il est vrai que deux ou trois petites choses ont récemment changé de place, néanmoins, le peu de mémoire de cet imbécile d'Elfman la rend folle. Elle remonte ses lunettes fines sur son nez. Puis, sans plus se préoccuper des hommes, elle quitte la pièce de sa démarche altière.

Elfman ne lâche du regard la silhouette gracieuse que lorsqu'elle a fermé la porte. Le cuisinier observe avec un sourire amusé le grand homme. Ce dernier dépose un grand paquet de farine sur le dessus d'un congélateur avec un grognement.

L'autre homme s'approche de lui pour lui donner un coup de main. Alors qu'ils réorganisent les provisions selon les dernières lubies d'Evergreen, Fried ne peut s'empêcher d'ajouter un peu malicieusement :

- C'est une vraie lionne !

Un léger soupir échappe à Elfman.

La lionne en question aborde en ce moment même un grand sourire. La cliente lui rend un sourire un peu plus timide et la remercie pour son petit déjeuner. Evergreen dépose délicatement le plateau devant la jeune femme et lui assure qu'elle peut à tout moment appeler quelqu'un si il y a un quelconque problème. Lui souhaitant un bon appétit, elle retourne en cuisine, son air charmant toujours sur le visage.

Dans la cuisine, elle se saisit du second plateau et franchit un rideau sombre qui cache un petit escalier qu'elle monte rapidement. Elle se trouve devant une porte de bois sombre où elle toque trois fois. Une voix rauque l'autorise à entrer.

C'est un petit bureau. Sur les murs, des étagères portent quelques cadres photos, une maquette de bateau, des livres et des classeurs. L'espace est principalement occupé par une table large où des affaires de bureau et des feuillets de comptes se côtoient. Derrière ce bureau, un large fauteuil est tourné de trois quart.

Un homme imposant pose un regard impassible sur les feuilles qui jonchent sa table de travail. Son poing soutient sa mâchoire carré. Il lève vers elle son regard noisette. Evergreen avance d'une démarche sûre jusqu'à lui, ayant l'habitude du côté peu loquace de son patron. Elle attend patiemment qu'il dégage un peu son bureau pour déposer le plateau en face de lui. Luxus la remercie d'un bref signe de tête. Elle lui répond par un sourire.

- Vous avez passé une bonne soirée ? interroge-t-elle en attrapant une ou deux lettres qui trônent dans une petite corbeille en osier. Elle les glisse dans une sacoche qu'elle porte autour de la taille.

Son patron grommelle une réponse affirmative. La jeune femme se saisit d'une tasse de café vide de son autre main.

- Nous avons refait les provisions ce matin, même si ce nigaud d'Elfman a deux mains gauches.

Un léger tressaillement des lèvres trahit l'amusement de Luxus. La jeune femme qui humidifie un peu les fleurs sur l'une des étagères manque ce petit frémissement.

- La femme qui avait réservé au nom d'Alberona est arrivée hier soir, l'informe-t-elle en reposant la petite pissette d'eau à côté du végétal.

Le blond hoche la tête, plongeant son regard dans l'assiette à l'odeur alléchante.

- Fried a prévu un gigot et des pommes de terre pour le plat du jour de ce midi. Vous viendrez manger avec nous ?

Un autre hochement de tête tire un sourire ravi à la serveuse.

- Alors à tout à l'heure, dit-elle en se dirigeant vers la porte.

- Evergreen ! la rappelle-t-il avant qu'elle ne quitte la pièce.

Elle tourne vers lui un regard interrogateur. Il lui tend d'une main une feuille bristol où sont couchées quelques lignes, son autre main occupée à fourguer l'une des tartines dans sa bouche. La jeune femme fait demi-tour, se saisit du papier et lui adresse un petit signe de la main avant de sortir.

Elle s'appuie sur la porte et lit les mots qui s'étirent sur la feuille :

L'Echo

J'ai crié dans la solitude :
- Mon chagrin sera-t-il moins rude,
Un jour, quand je dirai son nom ?

Et l'écho m'a répondu : - Non.

François Coppée

Evergreen prend un temps pour digérer les vers. Elle a toujours apprécié la poésie.

Elle descend tranquillement les marches et regagne la cuisine. Elle dépose la tasse de café vide dans l'évier et range la feuille bristol dans sa sacoche. La jeune femme ira changer le poème un peu plus tard.

Peu de gens savent que c'est le gérant qui choisit les mots qui accueillent les clients à l'entrée. À chaque fois qu'il trouve quelques vers qu'il apprécie, il donne à Evergreen une nouvelle feuille bristol. Cette particularité de Luxus a toujours amusé la serveuse. Elle trouve que cette sensibilité aux beaux mots s'accorde bien avec l'aspect roc imperturbable de son patron. Comme pour contrebalancer le peu de mots que sa bouche veut bien laisser sortir. Une préférence pour la qualité que la quantité.

Cette particularité, qu'elle est l'une des seuls à connaître avec une toute petite fourchette de gens, la rend toujours un peu fière. C'est comme une marque de confiance du chef blond. Elle ouvre le robinet et entreprend de nettoyer la tasse de café sale.

Ici, tous les employés sont pareils; ils admirent plus ou moins secrètement leur taciturne patron.

# # #

Cana donne un tour de clef et les fourre dans une des poches de sa veste. Elle descend les escaliers, un petit sac en bandoulière. Elle se retrouve rapidement dans la salle de restaurant.

À l'une des tables, juste à côté d'une fenêtre, une petite femme prend son petit déjeuner. Cana est amusé de constater qu'elle n'est pas la seule lève-tard. Elle s'approche de la table occupée.

La femme semble jeune, la vingtaine tout au plus. Elle a un visage rond et des pommettes hautes. Elle tourne vers Cana des yeux noisette et un sourire timide étire ses lèvres fines. Ses cheveux bleus qui descendent jusqu'à sa nuque sont ébouriffés tandis que deux mèches plus longues encadrent son visage.

- Je suis Cana Alberona, se présente la brune en lui faisant un grand sourire. Je peux m'asseoir ici ?

- Oui, oui, je vous en pris, accepte la fille en remettant une de ses mèches derrière son oreille.

- Je t'en pris ne me vouvoie pas. Tutoyons nous directement.

Elle hoche la tête. Puis se rendant compte qu'elle ne s'est pas nommée, elle s'empresse d'ajouter :

- Oh, et je suis Levy MacGarden.

- Enchantée de faire ta connaissance. Tu es du coin ? interroge Cana.

- Non, j'habite plus au nord dans une petite ville.

- Oh ! s'étonne la brune en cachant sa déception.

- Elle pourra toujours interroger d'autres villageois. Même si le peu qu'elle a vu du village la laisse un peu sceptique.

- Et tu es dans le coin pour le tourisme ? continue de questionner la brune.

- Je suis écrivaine, je me ballade un peu dans les petits villages en cherchant l'inspiration.

Cana hoche la tête et sourit.

- Eh bien, je suis tout à fait ravie de faire ta connaissance Levy MacGarden, auteure à la recherche d'inspiration, conclut-elle en lui faisant un clin d'œil complice.

Levy est un peu étonnée de la facilité avec laquelle cette inconnue l'aborde mais elle la trouve très sympathique avec son grand sourire.

- Et toi, tu es ici pourquoi ? demande la jeune fille, lui retournant sa question.

- Je cherche quelqu'un, explique sommairement la femme aux boucles sombres.

- Je risque de ne pas pouvoir te renseigner. Mais tu pourras poser la question à la serveuse lorsque tu commandera ton petit-déjeuner.

Cana se rend compte qu'elle n'a rien mangé depuis hier midi. L'odeur alléchante des tartines et du chocolat fait se serrer son estomac d'envie. Elle se lève donc pour aller toquer en cuisine lorsqu'une femme sort par la porte à double battant. Sa chevelure claire est retenue en un chignon d'où s'échappe quelques mèches ondoyantes. Un badge sur sa chemise indique son nom : Evergreen. Elle lui accorde un sourire un peu commerciale et se déplace jusqu'à sa table.

- Bonjour Mademoiselle, la salue-t-elle. Vous désirez quelque chose ?

- J'aimerai commander un petit déjeuner, qu'est-ce que vous me proposez ?

La serveuse récite les denrées disponibles et rapidement Cana opte pour un grand bol de café, des viennoiseries, des tartines et un grand verre de jus de fruit. La femme châtain note rapidement sa demande et lui assure que ce sera prêt dans un instant. Cana la remercie.

Elle reprend sa discussion avec la mince jeune femme devant elle. Elle se rend rapidement compte qu'elle aussi a loué une chambre dans l'hôtel. Bien qu'un peu timide, la demoiselle ne manque pas de conversation. Son déjeuner sort des cuisines peu de temps après. L'odeur vivifiante du café la fait soupirer d'aise.

- Excusez-moi, retient-elle la serveuse alors qu'elle se détourne de leur table.

- Oui ?

- Je suis à la recherche de quelqu'un, est-ce que vous pourriez me renseigner ?

- Ça ne devrait pas poser de problème, qui cherchez vous ?

Cana attrape sa sacoche et en sort une enveloppe.

- Je vous avoue que je ne connais pas son nom, juste ses initiales. G et C. Mais j'ai une photo de lui.

La brune extirpe la-dite photo de l'enveloppe et la fait glisser jusqu'à la serveuse. Celle-ci se penche sur l'image en rajustant ses lunettes. Un homme aux cheveux roux lui tombant sur les épaules sourit à l'objectif. Le visage d'Evergreen se teinte d'étonnement puis de gêne. Une lueur étrange brille dans ses yeux lorsqu'elle les relève vers Cana.

- Vous le connaissez ? interroge la jeune femme heureuse de trouver si vite.

- Eh bien, oui un peu. C'est Gildartz Clive..., explique la femme à lunette toujours embarrassée.

Cana ne fait pas attention à la gêne de la serveuse. Elle murmure le nom de cet homme qu'elle n'a jamais connu, comme pour habituer sa langue à ces syllabes. Elle connaît son nom. Ce n'est qu'un nom mais c'est beaucoup pour elle.

La brune jette un œil à la photo. Elle est la fille de Cornelia Alberona et Gildartz Clive. C'est une notion nouvelle qu' elle appréhende un peu mais qui fait battre son cœur un peu plus vite.

Gildartz Clive est son père.

- Vous savez où je peux le trouver ? renchérit-elle poussée par une allégresse soudaine.

Les yeux de la jeune femme lui accorde un regard navré derrière ses lunettes.

- Je suis désolé de vous l'apprendre mademoiselle, mais... Gildartz-san est mort, il y a quelques mois de ça.

Les yeux de Cana s'écarquille. C'est une chute vertigineuse sans parachute. Elle a dû mal à comprendre les mots qui tournent en boucle dans sa tête, comme dans une machine à laver. Ses idées lui semblent embourbées dans une mélasse d'incompréhension.

Tous ses espoirs sont soufflés par un seul petit mot. Mort.

La notion définitive prend peu à peu place dans son esprit. L'atterrissage fait mal. Sa mine s'assombrit. Un rire jaune retentit dans son esprit et un goût amer envahit sa bouche.

L'incompréhension, la douleur, la désillusion et une certaine rancœur se bousculent dans sa tête.

Cana a très envie d'un verre d'alcool pour faire passer tout ça.


* pour toutes celles qui connaissent le Château ambulant d'Hayao Miyazaki, Hauru casse ses œufs comme ça. J'ai toujours trouvé ça très classe ! :3

** l'hibiscus, lorsqu'il est rouge, est synonyme d'ardeur amoureuse et porte un message sensuel. Je n'ai pas pu m'empêcher de mettre ce petit rappel à l'adoration parfois douteuse que porte Fried à Luxus x)

Voilà ! Je vous laisse sur une fin qui vous surprendra peut-être, mais qui, j'espère, ne vous déçoit pas et attisera un peu votre curiosité. Je n'ai pas encore écrit le chapitre suivant -Bouh ! Bouh! Bouh ! auteure en carton !- mais je vais faire de mon mieux pour l'écrire au plus tôt ;)

Il y aura beaucoup de personnages secondaires qui seront présents, j'aime le multi point de vue ! :)

à bientôt !