oOo

Le dimanche suivant pourtant, elle se rendit compte contre toute attente qu'elle avait attendu impatiemment leur prochain rendez-vous. Il lui tardait de le revoir, sans qu'elle ne parvienne à s'expliquer pourquoi. Elle sourit en repensant à la réaction de sa mère lorsqu'elle lui avait confié la requête de Drago, d'aller se promener seul avec elle. Sa mère avait paru outrée, mais heureusement, son père était intervenu en la faveur d'Astoria, en rassurant sa mère sur les bonnes intentions des deux jeunes gens. « Tu devrais être heureuse de voir que ces deux-là cherchent à mieux se connaître ma chérie », avait-il dit à sa femme, qui n'avait pas eu d'autre choix que d'acquiescer et de garder pour elle ses craintes.

— Astoria, il est arrivé ! Dépêche-toi veux-tu !

— J'arrive mère, juste un instant voulez-vous ?

Olivia accepta et sortit de la chambre aussi vite qu'elle y était entrée.

Astoria examina une dernière fois son reflet. Pour l'occasion, elle avait choisi une robe blanche, très légère avec de jolies dentelles, qui lui descendait un peu au-dessous des genoux. Un large ruban bleu ciel complétait sa tenue. Il était resserré sous sa poitrine et s'attachait dans le dos en formant un joli nœud. Elle avait utilisé des petits rubans de la même couleur pour s'attacher les cheveux.

Satisfaite, elle descendit accueillir Drago.

Il se trouvait au bas des escaliers, en compagnie d'Olivia. Lui aussi avait choisi une tenue assez décontractée. Il portait une simple chemise blanche cintrée, rentrée dans un pantalon à pince de couleur grise. Malgré elle, Astoria ne put s'empêcher de penser qu'il avait très belle allure.

— Astoria, te voilà enfin, dit sa mère avec un ton de reproche.

— Désolée mère. Drago, je suis très heureuse de vous revoir, dit-elle avec le sourire, en faisant une légère révérence.

— Tout le plaisir est pour moi, répondit-il en lui faisant un baisemain.

Olivia, qui sembla ravie de ce comportement exemplaire, ne remarqua pas le sourire complice qu'échangeaient Drago et sa fille.

— Un brin de muguet pour vous Astoria, c'est le premier de la saison, il est en avance de deux semaines cette année.

— Merci, c'est très gentil, répondit-elle sincèrement en s'emparant du présent et en le portant directement à ses narines.

Elle avait toujours adoré ces petites clochettes à l'odeur si particulière et reconnaissable entre toute, comme le lilas et les coucous. Et elle était d'autant plus touchée par ce simple présent que s'il lui avait offert un bouquet de mille roses !

Ils finirent par prendre congé de la mère afin de se rendre dans le parc.

— Comment s'est passée ta semaine ? demanda Astoria.

— Assez éprouvante, je dirais, lui répondit Drago en baissant imperceptiblement les yeux.

De toutes évidences, vu la mine sombre qu'il arborait, Astoria en conclut que « assez éprouvante » était un euphémisme. Cependant, elle préféra ne pas en demander davantage.

— Et la tienne ? demanda à son tour Drago afin d'éviter d'entrer dans les détails.

— À merveille ! Mes parents semblent satisfaits de la tournure des choses, donc j'ai même réussi à éviter les sermons ! s'exclama-t-elle, avant de se mordiller la lèvre, craignant de s'être un peu trop dévoilée.

Drago se contenta de sourire poliment mais ne rajouta rien.

Le soleil, haut dans le ciel, ne leur laissait aucun répit. La chaleur aurait été étouffante si une légère brise plus fraîche ne soufflait pas régulièrement. C'était un temps idéal pour Astoria, qui avait toujours préféré le soleil à n'importe quoi d'autre.

Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, et voyant qu'ils étaient maintenant à bonne distance de la maison, Astoria se stoppa.

— Il y a un problème ? demanda Drago, perplexe, en voyant la jeune fille attraper l'une de ses chaussures.

— Non, aucun. C'est juste que j'adore marcher pieds nus dans l'herbe, mais que ma mère en ferait une syncope si elle m'avait vue me déchausser plus tôt, rit-elle avant de récupérer ses sandalettes.

— Je vois, tu es une rebelle en fait, dit Drago en haussant un sourcil, un brin moqueur.

— N'y a-t-il rien que tu aimes faire par-dessus tout mais que réprouvent tes parents ? questionna-t-elle pour l'amener à considérer que son comportement n'était pas si idiot qu'il n'avait l'air de le penser.

Drago sembla réfléchir intensément à la question mais au bout de quelque temps, il répondit que non.

— Tu dois alors avoir des parents très compréhensifs et tolérants, ou bien une vie bien triste et morne, dit-elle sans méchanceté.

Voyant que Drago avait le visage fermé, et ne répondait rien, Astoria craignit de l'avoir vexé. Ils restèrent quelques minutes à avancer lentement, sans que ni l'un ni l'autre n'ouvrît la bouche.

— Nous arrivons bientôt à mon endroit préféré, finit-elle par dire en espérant que ça romprait ce silence qui devenait pesant.

— Et quel est-il ?

Le ton aimable de Drago la rassura. Il devait avoir décidé de passer l'éponge sur son commentaire précédant.

— C'est un immense chêne millénaire ! Mon grand-père m'a raconté un jour que c'était un arbre magique, qu'il était en fait la demeure ancestrale des fées des bois, et que si l'on s'asseyait à son pied, peut-être qu'un jour, nous aurions la chance de recevoir de la poussière de fées. Depuis ce jour, je viens m'y asseoir dès qu'il fait beau. J'emporte un livre et je passe ma journée à lire. C'est un endroit très calme et paisible.

Astoria avait toujours adoré cette histoire, et se plaisait à la raconter à d'autres, cependant, à la façon dont la regardait Drago, elle prit conscience qu'elle était peut-être passée pour une folle...

— Je n'y crois pas, naturellement, précisa-t-elle avec empressement, mais j'aime cet endroit surtout parce qu'il me rappelle les bons moments que j'ai passé avec mon grand-père, tu vois...

— Je comprends, et j'aurais aimé avoir un endroit également qui me rattache à un être cher, mais chez nous, les histoires racontées tournaient surtout autour de la famille, et de la pureté du sang.

Astoria fut touchée qu'il ne se moque pas d'elle - sa sœur à sa place l'aurait traitée de rêveuse naïve - et également qu'il s'ouvre à elle de cette façon.

Ils pénétrèrent enfin dans une petite clairière où le chêne trônait fièrement en son centre. On aurait dit que les rayons de soleil épars, qui filtraient à travers les branchages, étaient tous dirigés vers l'imposant fagacée dont la mousse qui recouvrait presque entièrement le tronc avait une teinte vert émeraude, et brillait comme si elle était illuminée de l'intérieur. Drago comprit, non sans mal, pourquoi Astoria aimait cet endroit. Le premier mot qui lui venait à l'esprit était "féerique" et il en vint même à se demander si l'histoire des fées n'était pas fondée.

Astoria prit place aisément au milieu des énormes racines qui sortaient de terre, comme si cet endroit avait été spécialement créé pour elle, et Drago fit de même. La mousse épaisse et dense leur offrait une assise confortable. Drago observa un instant Astoria qui avait les yeux clos, le visage levé vers le ciel et caressé par les rayons du soleil qui filtrait à travers les branches. Ses cheveux étaient soulevés par la brise et un sourire flottait sur ses lèvres. Elle offrait là un bien curieux spectacle, à la fois enchanteur et étrange.

Prenant conscience qu'elle était observée, Astoria s'excusa de s'être laissée aller et fouilla dans son panier pour en extraire un thermos et deux tasses.

— J'ai demandé à ce qu'on nous prépare du thé glacé à l'immortelle, c'est succulent.

Tout en écoutant Astoria lui parler des vertus bienfaisantes de la fleur d'immortelle et de son goût incomparable, Drago releva machinalement ses manches afin d'être plus à l'aise. Ce n'est que lorsque la jeune femme s'arrêta brusquement de parler qu'il réalisa que quelque chose clochait. En suivant son regard qui était fixé sur son avant-bras gauche, il comprit aisément ce qui gênait la jeune fille.

D'un geste vif, il rebaissa ses manches afin de cacher à la vue cette sinistre marque qui ornait toujours son avant-bras.

— Désolée, je ne voulais pas...

Astoria regretta de ne pas avoir réussi à mieux se contenir. Mais c'était la première fois qu'elle voyait en vrai ce genre de marque, et elle l'avait trouvée effroyable. De par sa signification, mais aussi par son aspect sinistre. Drago avait tourné son visage de l'autre côté, comme s'il examinait tranquillement les alentours, mais Astoria avait remarqué qu'il avait été aussi embarrassé qu'elle. Malgré ce qu'elle pensait des Mangemorts, elle eut de la peine pour Drago, qui toute sa vie durant porterait sur lui, de façon indélébile, une trace de ses agissements passés et dont il n'était pas fier, comme l'avaient reporté les journalistes qui avaient assisté à son procès.

— Cet endroit est très agréable, en effet, dit-il d'une voix douce, comme pour clore l'incident.

De toute évidence, il n'avait pas envie d'en parler. Astoria lui sourit en lui tendant une tasse de thé glacé, et Drago lui rendit son sourire.

Ils s'avouèrent en silence leur boisson fraîche, tout en écoutant les pépiements des oiseaux, et la mélodie du vent qui sifflait dans les feuilles des arbres.

Astoria adorait cette saison. Tout en respirant de temps en temps le brin de muguet que Drago lui avait apporté, elle s'émerveillait des dizaines de pétales de cerisiers sauvages qui volaient autour d'eux.

— Lorsque nous aurons des enfants, je suis certain qu'ils seront ravis de venir se faire une cabane dans cet arbre, dit soudain Drago d'une voix paisible, ce qui eut pour effet de la sortir brusquement de sa rêverie.

Sa phrase venait de lui imposer une image mentale d'une promiscuité physique entre eux, ce à quoi elle n'avait pas songé à vrai dire, et elle se sentit rougir d'embarras.

Drago, qui l'observait, sentit son trouble et un coin de sa bouche se releva imperceptiblement. Il était certain de faire son petit effet et était presque sûr de sa réaction.

— Oh, des papillons, dit-elle soudain en montrant du doigt une envolée de lépidoptères mauves et blancs, afin de changer de conversation.

Il lui fit grâce de faire semblant de ne pas remarquer son changement de sujet et finit par demander une nouvelle tasse de thé.

Tous deux discutèrent longtemps de tout et de rien, et Astoria dut reconnaître qu'il était assez agréable de parler avec lui. À moins que ce ne soit la magie des lieux qui lui faisait cet effet... Néanmoins, elle devait s'avouer qu'il n'avait pas une fois été désagréable ni arrogant.

— Et voilà, il n'y en a plus une goutte !

Astoria maintenait à la verticale le thermos afin de récolter la toute dernière goutte dans sa tasse remplie à un tiers, qu'elle but d'un trait.

— De toute façon, il est peut-être temps de retourner chez toi. Ta mère doit être en train de se faire du mauvais sang, et le soleil commence à décliner.

— Oui, tu as raison !

Astoria rangea les affaires dans son panier d'osier tandis que Drago se relevait. Lorsqu'elle se retourna, elle aperçut la main tendue de Drago et s'en saisit après une brève hésitation, pour qu'il l'aide à se relever. Elle le remercia et récupéra ses chaussures afin de les remettre, quand une grosse goutte d'eau lui tomba sur l'épaule. Elle n'eut pas le temps de lever la tête pour voir l'état du ciel que d'autres, de plus en plus nombreuses percèrent le feuillage.

— Vite !

Astoria attrapa ses chaussures d'une main tandis que l'autre fut emprisonnée dans celle de Drago qui l'enjoignit à prendre la fuite. Les pluies d'été avaient la terrible habitude de tout détremper sur leur passage à une vitesse affolante.

Les deux jeunes gens couraient tout en essayant tant bien que mal de se préserver de la pluie (ce qui était mission impossible), et Astoria laissait échapper de ses lèvres tantôt des petits cris aigus, tantôt des rires amusés. Toujours mains dans la main, elle courait entraînée par l'élan de Drago, quand soudain, une terrible douleur la fit s'arrêter net.

— Aïe aïe, aïe ! Ça fait mal ! se plaignit-elle en se cramponnant le pied, assise sur le sol détrempé.

— Qu'est-ce que tu as, s'inquiéta Drago en revenant sur ses pas, pour s'accroupir à sa hauteur.

— J'en sais rien, ça brûle !

Drago examina le pied que lui tendait la jeune fille et aperçut ce qui semblait être un dard de guêpe, au creux de sa voûte plantaire. Avec précaution, il parvint à l'extraire sans trop l'écraser (ce qui n'aurait fait qu'envoyer plus de toxine urticante dans le sang), et aida Astoria à se remettre debout.

— Ça va aller, tu vas pouvoir marcher ?

Astoria fit l'essai mais la grimace de douleur répondit d'elle-même à Drago.

— Viens.

Joignant le geste à la parole, Drago amena le bras de la jeune fille sur son épaule, et enserra sa taille afin de la soutenir. Il n'était plus question de se presser pour rentrer maintenant, de toute façon, ils étaient déjà trempés.

Astoria lui sourit de gratitude, et lentement et en silence, ils rentrèrent à la maison.

Comme elle l'avait craint, sa mère lui avait ouvertement reproché son attitude puérile (si elle n'avait pas retiré ses chaussures, rien de tout ceci ne serait arrivé !) et pour la première fois, elle eut honte que Drago en ait été témoin. Elle avait envie de se terrer dans un trou de souris plutôt que d'être sermonnée comme une petite fille devant lui.

Il avait fini par prendre congé alors que sa mère insistait pour qu'il dîne le soir même avec eux, le temps de faire sécher ses vêtements, mais il avait poliment décliné l'invitation.

Astoria, qui était montée se changer pour ne pas mourir d'une mauvaise fièvre, comme avait prédit sa mère, était troublée.

Alors qu'elle s'était déjà dévêtue et qu'elle prenait soin d'essorer sa chevelure, elle avait l'impression de sentir encore la pression qu'avaient exercée les doigts de Drago sur sa taille. Elle repensa au trouble qui s'était emparé d'elle à ce contact. Elle avait l'impression que la chaleur allait la faire suffoquer, et que sa peau était couverte de fourmillements à la fois plaisants et désagréables. Tout contre lui, elle avait pu découvrir son odeur suave qui avait empli ses narines.

— Encore en train de rêvasser ? J'aurais eu tellement honte à ta place, être sermonnée comme une enfant...

Astoria sursauta lorsqu'elle entendit sa sœur entrer dans sa chambre, et elle rougit imperceptiblement d'avoir été surprise en train de penser à Drago de cette façon...

— Qu'est-ce que tu veux ? Tu n'as pas un fiancé à combler ? lâcha Astoria, exaspérée par la présence de sa sœur.

— Et que sais-tu de la façon de combler un fiancé ? Petite idiote !

— Je n'en sais rien, en effet, rétorqua Astoria, mais ce que je peux dire, c'est que tout le monde dit que Nott est gay, donc je te souhaite bon courage avec ton piètre amant !

Astoria n'en revenait pas de s'être laissé aller à évoquer de tels sujets, ce n'était vraiment pas dans ses habitudes...

— Je t'interdis de redire ça petite chipie ! cracha-t-elle alors qu'elle s'empourprait de colère. Et pour ton information, rajouta-t-elle d'un ton malicieux, veillant à ce que personne d'autre ne surprenne la conversation, je peux te rassurer, il ne s'en sort pas mal du tout !

Astoria écarquilla les yeux à cause de la surprise qui lui avait causé cet aveu et Daphné nicassa de la voir si prude.

— Oh, j'oubliais à qui j'avais à faire... Je vais donc être gentille et te rassurer sur un point : Drago aussi est un amant formidable !

Fière d'elle, Daphné sortit triomphalement.

Astoria resta un instant choquée par la révélation de sa sœur. Pas qu'elle ait été la plus vertueuse des filles, mais si ça venait à se savoir qu'elle avait couché avant le mariage, et même pas avec son fiancé (ou pas seulement), sa réputation tout entière en serait ruinée.

Elle l'avait toujours vue flirter avec tout un tas de garçons, et à vrai dire, elle s'en fichait pas mal, mais savoir que Drago et elle avaient couché ensemble lui bloqua le souffle dans la poitrine. Comment entrevoir maintenant une relation avec un homme qui avait couché avec sa sœur ? C'était inconcevable, et malsain même. Une jalousie qu'elle était loin d'imaginer éprouver se réveilla en elle en criant dans sa poitrine que Drago était à elle, et que personne d'autre n'avait le droit de l'avoir. C'est alors qu'elle prit conscience que peut-être, elle s'était trompée sur lui, et qu'elle pouvait très bien se découvrir des sentiments à son encontre...

Elle qui venait tout juste d'imaginer le plaisir qu'elle éprouverait à sentir les caresses de Drago sur son corps, ses baisers enfiévrés et ses paroles d'amour murmurées au creux de ses oreilles... À présent, elle revoyait toutes ces images remplacées par Daphné et Drago et d'un coup, des larmes se mirent à couler de ses yeux.

oOo

Astoria avait passé les jours suivants à fulminer contre Drago et Daphné. Dès qu'elle pensait à l'un ou l'autre, elle ne pouvait pas s'empêcher de les voir blottis l'un contre l'autre... Depuis, elle était restée la plupart du temps enfermée dans sa chambre, à lire des romans à l'eau de rose qui ne parvenaient pas à lui changer les idées. Elle déposa avec humeur le livre qu'elle tentait de lire, ne parvenant pas à se concentrer suffisamment, et décida de descendre chercher un truc à grignoter afin de se changer les idées.

En arrivant dans la cuisine, elle tendit l'oreille. Il lui avait bien semblé entendre des rires provenir du petit salon. Elle avait d'abord pensé qu'il devait s'agir de sa sœur et de son fiancé, mais elle se rappela que Théodore devait être au travail. Par curiosité, elle se dirigea vers le petit salon, d'où provenaient les rires.

— Oh ! Et tu te souviens de la fois où Millicent s'était fait mordre par un géranium dentu géant ?!

— Oui, c'était hilarant !

Sa sœur hurlait presque de rire, si bien qu'elle ne réussit pas à reconnaître la voix de celui qui se trouvait avec elle. Lorsqu'elle s'avança, elle vit d'abord sa sœur qui se tenait les côtes à force de rire, et Drago, qui était tout proche d'elle et riait aussi de bon cœur. Elle sentit comme des lames de couteau s'enfoncer dans son cœur de les voir si proches l'un de l'autre. Jamais encore il n'avait été pareil avec elle...

Astoria resta dans le renfoncement de la porte à les observer. Leurs rires finirent par se tarir naturellement mais ils gardaient néanmoins le sourire aux lèvres, nostalgiques apparemment de leurs années d'études en commun.

— C'était le bon vieux temps ! ajouta Daphné.

— C'est vrai..., répondit Drago avec un air mélancolique.

— Comme cette fois où Vincent avait...

Daphné se tut brusquement, et fixa son regard sur Drago, inquiète de sa réaction. Elle n'avait pas réfléchi avant de parler, mais au moment d'évoquer Vincent Crabbe, il lui était revenu en mémoire qu'il était mort aux côtés de Drago, pendant la guerre, et à cause de lui-même, d'après la plupart des gens, alors qu'ils essayaient de tuer le Survivant...

— Oh ! Drago ! Pardonne-moi, je n'ai pas voulu...

— C'est rien Daphné, répondit-il tristement, la tête penchée en avant. Ce qui s'est passé ensuite n'enlève rien au fait que nous avons eu de très bons moments à Poudlard. Il n'y a pas de mal à les évoquer.

Daphné sourit tristement et vint le prendre dans ses bras. Tous deux restèrent ainsi, silencieux, et Astoria sentit sa jalousie revenir au galop. Elle voulut partir, furieuse, mais la vue de cette étreinte l'en empêchait, elle aurait voulu leur hurler de se lâcher.

Ils finirent par se séparer, tout en gardant leurs mains jointes, et c'en fut trop pour Astoria qui entra brusquement.

— Je ne vous dérange pas ? lâcha-t-elle d'un ton plein de reproches.

— Astoria, toujours aussi impolie, répondit sa sœur avec un sourire mielleux. Non, nous avions fini, je dois m'en aller.

Avec un sourire provocateur que seulement Astoria put voir, Daphné se rapprocha lentement de Drago et l'embrassa sur la joue, très près de sa bouche, en lui disant au revoir, avant de sortir de la pièce, contente d'avoir une fois de plus mis sa sœur hors d'elle.

— Astoria ! Je devais me rendre en ville et j'ai eu envie de faire un détour par chez vous, ça ne te dérange pas j'espère ?

Drago avait beau être souriant, il avait malgré tout l'air d'être gêné.

— Tu fais ce qui te plaît, si tu souhaites venir voir ma sœur, je ne vois pas ce que j'aurais à en dire.

Le ton abrupt de la jeune fille surprit Drago qui pensait pourtant l'avoir amadouée la dernière fois.

— Non, je venais pour te voir...

— On ne dirait pas !

Astoria s'assit sur le sofa, la mine renfrognée et croisa les bras sur sa poitrine, ce qui laissa Drago pantois. Ils restèrent ainsi quelques minutes, puis Drago finit par craquer.

— Bien, je pense qu'il n'est pas essentiel que je reste puisque tu ne sembles pas apprécier ma présence ! Il est inutile de perdre mon temps si tu ne veux pas ouvrir la bouche.

De mauvaise humeur, Drago récupéra sa cape posée sur le sofa, tout près d'Astoria et partit à grandes enjambées.

— C'est vrai que tu as couché avec ma sœur ?

Drago, qui était arrivé à la porte du petit salon, se stoppa net et se retourna, les traits de son visage figés par la stupeur.

Astoria le fixait intensément, guettant la moindre réaction de sa part, jusqu'à... ce qu'il éclate de rire.

— Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, dit-elle avec colère, se sentant piquée au vif.

— C'est donc pour ça que tu fais la tête depuis que tu es entrée dans cette pièce ?

Le ton moqueur de Drago ne lui plut pas du tout, elle avait envie de griffer sa sale petite figure de fouine !

— Tu n'as toujours pas répondu à ma question, continua-t-elle sans se départir de sa mauvaise humeur.

Drago leva les yeux au ciel et vint prendre place sur le fauteuil Louis XV qui se trouvait en face du sofa assorti.

— Non, finit-il par dire en la regardant dans les yeux.

— Ma sœur me l'a dit ! Et vu comme vous vous teniez il y a quelques instants...

Astoria finit sa phrase en détournant les yeux. Elle sentait que les larmes menaçaient de couler si elle ne se ressaisissait pas, et il était hors de question qu'elle passe pour une gourde devant lui.

— Peut-être dans ses rêves, mais pas dans les miens, je peux te l'assurer ! dit-il en lui souriant.

— Tu voulais quand même sortir avec Daphnée en quatrième année !

— Ce n'était qu'une fausse rumeur. Daphné et moi n'avons jamais su d'où elle venait, mais il était clair entre nous d'eux qu'il n'y avait pas ce genre de sentiments. Honnêtement, j'ignore maintenant pourquoi elle t'a dit ça, mais la connaissant, j'imagine que c'était pour te rendre jalouse. Est-ce que ça a marché ? demanda Drago avec un sourire malicieux.

Autant la colère et la jalousie s'étaient apaisées grâce à la confirmation qu'il ne s'était rien passé entre eux (Daphné allait lui payer très cher), elle en avait même ressenti une extrême joie, autant sa dernière question lui fit rosir les joues.

Astoria ne savait pas quoi répondre, elle ne s'était pas imaginé qu'il lui pose la question à vrai dire, ou que sa jalousie serait si flagrante...

— Peut-être... Après tout, si tu dois devenir mon fiancé, la moindre des choses est que tu ne sois pas amoureux de ma sœur !

— Dans ce cas je te rassure, Daphné est une amie très chère, mais rien de plus, la conforta Drago en ressentant malgré lui une bouffée de fierté dans sa poitrine.

Ils avaient discuté encore deux bonnes heures avant de se séparer avec la promesse de se revoir rapidement. Astoria ne se serait jamais doutée qu'elle prendrait tant de plaisir à converser avec celui qu'elle prenait, il n'y a encore pas si longtemps, pour un être imbu de lui-même qui prônait haut et fort ses idées sur la valeur du sang. Néanmoins, depuis la fin de la guerre, même les plus aguerris des Mangemorts encore en fuite s'en gardaient bien...

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