Note: Attention ce chapitre contient la mort d'un personnage! à vos risques et périls!
OOO
Dire que Draco avait été surpris de voir le célébrissime Harry Potter devant l'entrée du bureau de la directrice était un euphémisme.
Il ne s'y attendait tout simplement pas. Il devait aller voir Minerva afin de discuter avec elle d'un point de détail dans son cours.
Cela faisait maintenant cinq ans qu'il occupait le poste de DaDa à Hogwarts et si, au début, il s'était senti mal à l'aise d'occuper cette fonction, au fur et à mesure il s'était pris de passion pour l'enseignement. Cela lui rappelait les rares heures que son père lui avait consacrées dans sa prime jeunesse à lui enseigner tout ce qu'il devait savoir sur la magie.
Avec, bien sûr, une nette prédilection pour tout ce qui concernait les Dark Arts.
Il savait fort bien que beaucoup de parents avaient jeté de hauts cris en apprenant qui leurs enfants auraient en tant qu'enseignant de DADA, mais Minerva n'avait pas lâché prise et lui accordait son soutien et sa confiance.
Après tout, c'était quand même les connaissances du jeune homme qui avaient permis, et ce plus d'une fois, de sauver la vie de plusieurs personnes, aussi bien sorciers que moldus.
Et c'est ce qu'il voulait faire comprendre à ses élèves : que le monde n'était pas tout blanc ou tout noir, que même le plus pur des sorts de magie blanche pouvait se révéler néfaste que le plus vicieux des sorts de magie noire pouvait également sauver des vies.
Que même si aucune guerre ne se profilait à l'horizon, ils auraient toujours à prendre des décisions difficiles et – quelles qu'en soient les conséquences – à garder la tête haute.
Aussi les faisait-il travailler très dur, il était très sévère mais essayait d'être juste.
Il avait également reçu le soutien de son parrain, alors qu'il avait toujours pensé que ce dernier finirait par occuper ce poste qu'il convoitait depuis si longtemps.
Et pour Draco ce simple fait valait tous les discours, toutes les preuves d'affection qu'aurait pu lui donner cet homme qui avait toujours été là quand il en avait eu besoin.
Qui lui avait apporté aide et soutien à la fin de son histoire avec Potter, alors qu'il ne portait pas particulièrement ce dernier dans son cœur, il n'avait fait aucune remarque, n'en avait même pas profité pour le dénigrer les moments où Draco avait été profondément malheureux, préférant lui faire penser à autre chose. Suppléant son père dans son apprentissage des Dark Arts.
Draco ralentit sa progression dans les immenses couloirs du château et s'arrêta devant l'une des meurtrières, regardant pensivement l'extérieur.
Dix ans s'étaient écoulés depuis la dernière fois où il avait vu Harry et encore aujourd'hui cela lui laissait une espèce d'arrière-goût amer.
Parce qu'il avait refusé de choisir entre lui et sa famille.
Non. Encore aujourd'hui il se voilait la face. Il savait que c'était bien moins noble que cela.
Il avait juste agi par lâcheté.
Ceux qui avaient été au courant de sa romance avec le Survivant l'avaient plaint, pensant qu'il était déchiré entre son amour pour ses parents et ce qu'il ressentait pour le brun.
Foutus romantiques.
Car c'était là que le bât blessait. Ces imbéciles avaient compris avant lui à quel point il était tombé amoureux du jeune homme.
C'était à cause de cela qu'il avait fui.
Ça lui était un peu tombé dessus comme ça, dans l'urgence de la guerre… Il lui avait fallu quelques mois pour l'admettre – après tout il avait passé six années à pourrir la vie du gryffondor parce qu'il pensait le haïr profondément alors qu'il avait juste été trop immature, trop stupide pour se rendre compte de ce qu'il ressentait réellement.
Il s'en était ouvert à Blaise et Pansy. Les deux seules personnes qu'il considérait réellement comme des amis. Cela avait été long et laborieux, lui prenant une bonne partie de la nuit avant de lâcher le morceau, s'attendant à des moqueries sans fin et un jugement sans appel.
Lorsqu'il avait levé les yeux, il avait été surpris de ne voir ni l'un ni l'autre dans le regard de ses amis. Au contraire, Pansy s'était levée et l'avait serré dans ses bras en déposant un baiser sur son front. Si maternelle.
Blaise lui avait décoché un franc sourire, ses yeux pétillants de joie et de malice et lui avait dit ceci :
« - La vie est si courte Draco. Fonce. »
Le pauvre ne savait pas à quel point il avait raison.
Il avait donc pris son courage à deux mains et s'était décidé à faire une cour assidue à Potter.
Même si la vie était courte, ça n'obligeait tout de même pas à mettre son éducation de côté.
Il y avait mis le temps, dévoilant des trésors de patience face à la méfiance du Golden Boy et de son entourage.
Étrangement, ce fut Hermione Granger qui fut la première à lui accorder le bénéfice du doute, rapidement suivie par son boy-friend du moment, Weasley la belette.
Pourtant Potter, lui, n'avait pas suivi de suite le mouvement et il avait donc été obligé de se dévoiler un peu plus.
Lui qui détestait tellement se sentir en position d'infériorité avait du se résoudre, un soir, à dévoiler ses sentiments, la peur au ventre, sachant qu'il n'accepterait pas un énième accès de défiance.
Heureusement – ou malheureusement, au vu de la suite des évènements – le Survivant ne l'avait même pas laissé finir sa phrase qu'il s'était rapproché et timidement, avec une infinie douceur qui lui avait fait retenir son souffle, avait déposé ses lèvres sur les siennes.
Draco avait su à ce moment-là à quoi ressemblait le paradis.
Oui. C'était dégoulinant de sucre, mais on ne choisissait pas sa façon de tomber amoureux.
Ils firent donc leurs timides début en tant que « couple », ne se lâchant que peu, essayant de se connaître au mieux, appréciant ce qu'ils découvraient au fur et à mesure qu'ils se dévoilaient.
Il avait appris à lire le regard d'Harry, à décortiquer chacun de ses tics et à en comprendre les raisons. Et plus il comprenait l'être en face de lui et plus il désirait en savoir.
Pourtant… au fond de lui, bien trop profond pour qu'il y accorde une quelconque importance, une petite voix lui susurrait que cela ne pourrait pas durer. Que la guerre était à leur porte et que bientôt, très bientôt, il se pourrait que l'homme qu'il aimait disparaisse à jamais.
Serait-il alors capable de le supporter ?
Les inévitables bouleversements amenés par la guerre allaient lui apprendre que non.
Il se rappellerait de ce jour jusqu'à la fin de sa vie.
Il commençait tout juste à faire chaud pour la saison. C'était la fin du printemps mais pas tout à fait l'été non plus. Le soleil était déjà haut dans le ciel et il se rappelait à quel point ses rayons dansaient dans les yeux d'Harry, faisant prendre à ses prunelles toutes les nuances de vert.
Ils étaient assis sous un orme non loin de l'école, profitant de l'heure du déjeuner pour paresser un peu, leurs amis non loin d'eux.
C'était d'ailleurs assez comique ce petit mélange de maisons qui s'était fait assez naturellement au final. Draco avait négligemment tourné son regard pour observer Blaise en grande discussion avec Granger et la be… et Weasley. Crabb et Goyle somnolaient non loin de là. Seule manquait Pansy qui avait été obligée de rentrer chez elle de toute urgence parce que sa mère était au plus mal.
Jamais Lord Voldemort et son lot de tracas n'avaient semblé si loin.
Distraitement, il avait caressé les cheveux du brun dont la tête reposait sur ses genoux. Aussitôt Harry avait tourné son visage vers lui, quémandant plus.
Il avait sourit. C'était fou combien le jeune homme semblait en manque de câlins, il n'en était jamais rassasié et le blond se faisait à chaque fois une joie de l'obliger.
Il s'était alors lentement penché pour l'embrasser et alors qu'il fermait les yeux, un mouvement dans sa vision périphérique avait attiré son attention.
Il avait relevé la tête et vu arriver la dernière née du clan Weasley. Il allait claquer da langue avec mépris quand il avait remarqué son air.
Elle était blême, ses yeux roulaient dans tous les sens sans se poser sur qui que ce soit et le coin de sa bouche s'agitait d'un tic nerveux. Avant que Draco ait pu dire quoi que ce soit, son frère s'était levé, inquiet, et lui avait demandé ce qu'il se passait.
Elle avait alors planté ses yeux dans le regard du slytherin et avant même qu'elle n'ouvrât la bouche il avait su que quelque chose d'horrible allait lui tomber dessus.
« - M... Malfoy ! Zabini ! Miss Pomfrey vous fait demander de toutes urgences à l'infirmerie, sans tarder ! »
Il s'était alors levé en même temps que son ami, un froid lui gelant le cœur et un sentiment d'urgence le faisant courir du côté de l'infirmerie, Blaise à ses côtés.
Ils n'avaient pas vu Ginny s'effondrer en sanglots dans les bras de Ron, s'étouffant presque.
Ils étaient entrés dans la salle, essoufflés, s'étaient avancés entre les rangées des lits jusqu'au petit attroupement face à eux.
Lorsqu'ils furent arrivés à hauteur, Dumbledore s'était retourné et leur avait fait face.
Ce que Draco avait lu dans les yeux du vieil homme ne l'avait pas rassuré pas et son inquiétude s'était transformée en une peur irraisonnée lorsqu'il avait entendu, sans la voir, Minerva McGonagall étouffer un pleur.
Il avait senti Blaise à ses côtés se mettre à trembler légèrement.
La bouche sèche comme un vieux parchemin, il avait réussi à déglutir et avait demandé :
« - Qui… ? Severus… ? »
« - Non. Mais je vous remercie pour votre inquiétude. »
Draco s'était vivement tourné sur la gauche et avait vu assis sur un lit le maître de potions, blême un bandage autour du torse d'où suintait une tâche de sang lui barrant le torse.
Il semblait épuisé. Ses mains tremblaient et il luttait pour ne pas s'évanouir.
Mais il était vivant.
Alors qui…
« - Draco… »
C'était la voix de Blaise, blanche, tremblante…
Pourquoi diable semblait-elle aussi perdue, choquée ?
Pourquoi…
« - Draco… »
Cette voix…
Il s'était lentement rapproché pendant que les adultes autour du lit s'en écartaient.
Pas cette voix…
Merlin. Tout mais pas ça…
Il se rapprochait toujours et découvrait petit à petit un corps qu'il devinait sous les draps.
Du sang, noir, maculait ça et là certaines parties, là où se trouvaient un genou, une hanche… Le ventre.
Il ne s'était pas rendu compte qu'il avait retenu un gémissement d'horreur.
Ces yeux s'étaient arrêtés sur les mains.
Ces mains.
Combien de fois lui avaient-elles subrepticement caressé les cheveux avant qu'il ne lui jette un regard noir ?
Je vous en prie… Je vous en prie…
Il n'y arrivait pas. Il n'arrivait pas à lever les yeux sur le visage du corps allongé en face de lui.
« - Il le faudra bien Draco. Allez. Montre-moi tes si beaux yeux. »
Un fugitif sourire avait fleuri sur ses lèvres.
« - Toujours à essayer de me séduire Pansy Chérie. »
Un léger rire s'était fait entendre.
« - Bien sûr… Ne jamais perdre espoir… J'ai appris cela il n'y a pas si… longtemps… »
Il avait fermé très fort ses yeux, ne comprenant pas pourquoi il avait si soudainement envie de pleurer comme un enfant.
« - Cela sonne un peut trop gryffondor ma chère. Il va falloir revoir tes fréquentations. »
C'était cela. Parler de tout et de rien, repousser au loin le spectre funèbre.
Il avait fini par lever les yeux.
Et avait dû faire appel à tout son sang froid, tout ce qu'on lui avait appris depuis son enfance pour ne pas s'écrouler devant la vision qu'il avait devant lui.
Le visage de Pansy était méconnaissable. Un côté avait été lacéré, avait boursouflé et suppurait d'un sang noir. Un Venom de haut niveau avait dû être lancé sur les plaies.
Quant à l'autre côté…
La chair était à vif. On distinguait le jeu des muscles lorsqu'elle respirait.
Il s'était retenu d'hurler mais avait vivement pris sa main et serrer avec douceur.
Qui avait bien pu faire cela ?
Comment avait-on pu être aussi cruel ?
Pourquoi ?
Lorsque la voix de Pansy avait résonné de nouveau dans la salle, elle lui avait semblé si lointaine.
« - Tu m'as pris… la main… hein… Draco… »
Il la lui avait doucement pressée en signe d'assentiment.
« - Oui… »
« - Ha… je me disais aussi… Je ne sens pratiquement plus… rien… tu sais…Comme… quoi… Miss Pomfrey… sert bien à … quelque chose… »
Il avait faiblement souri, puis avait remarqué qu'elle ne le regardait pas. Ses yeux… Ce qu'il en restait, fixaient un point devant elle.
« -Sur…tout... Draco ne… change pas… C'est… peut-être un peu… stupide… de… dire… ça… »
Elle avait commencé à chercher son souffle.
Blaise avait alors tenté de la calmer.
« - Pansy, tout ira bien, on va te soigner… Tout ira bien… Tout ira bien… »
« - Blaise… Blaise… Ne t'ai-je… pas… déjà dis…de… ne pas… faire… de … promesses… que tu… sais… ne pas… pouvoir… tenir ?
Le noir avait juste hoché la tête incapable d'en dire plus.
Elle avait semblé si sereine pourtant, si détachée, à ce moment.
Une quinte de toux avait brutalement déchiré sa gorge, tordant son corps et lui faisant cracher du sang.
Draco avait senti Dumbledore ou McGonagall tenter de le faire partir mais il s'y était refusé.
C'était Pansy qui était allongée là. Pansy qui était en train de mourir.
Il revoyait tous ces moments passés avec elle, les bons, les mauvais. Sa façon de froncer le nez quand quelque chose la répugnait, son rire si peu distingué mais tellement communicatif.
Elle ne pouvait pas partir comme ça.
« - Pansy… »
« - Dra… Draco… », sa parole devenait plus hachée maintenant et il avait su que ce serait bientôt la fin.
Il avait serré désespérément sa main dans la sienne, tentant vainement de la retenir auprès de lui.
Il ne s'en était pas rendu compte sur le moment mais les larmes inondaient ses joues et il n'entendait même plus les sons autour de lui.
Seul comptait Pansy, Blaise et lui et cette ultime fois où ils étaient encore ensemble.
Ce ne fut que lorsque Blaise était venu poser une main sur son épaule et s'était mis à l'entraîner doucement avec lui qu'il s'était résolu à lâcher la main de son amie.
Il avait suivi le jeune homme, droit dans ses chaussures, ignorant les regards des adultes présents.
Le seul qui avait trouvé grâce à ses yeux fut Severus à qui il avait accordé un signe de tête absent.
Il n'avait pu faire plus sur le moment.
Et quand Blaise avait commencé à se diriger vers la cour de l'école, il avait stoppé net.
Ça. Il ne pouvait pas. Pas maintenant, alors que c'était encore si frais, si…
Douloureux.
Alors c'était ça perdre un être cher ? Cette torsion intolérable dans son ventre ? Ce manque atroce au fond de son cœur ? Ce brouillard dans sa tête ?
Il n'était pas prêt à affronter ça. Pas prêt à faire face au regard des autres.
Pas préparé à croiser le regard d'Harry. Lui plus que tout autre… Lui plus que tout autre…
Avec horreur, son esprit visualisa le Survivant à la place de Pansy, son visage à l'état de pulpe sanguinolente, ses yeux sans paupières fixées sur lui et son regard… Son regard si plein de vie, vide de tout éclat.
Non. Non.
Il ne pouvait pas.
Alors il avait tourné les talons et s'était enfui, ignorant les appels de Blaise, esquivant Crabb et Goyle qui les avaient rejoints et il était parti s'enfermer à double tour dans sa chambre.
Il n'en était pas sorti de la semaine (excepté pour aller voir son parrain en cachette.)
Au début, personne n'avait osé le déranger, pensant comprendre sa douleur et son besoin de solitude.
Certaines mauvaises langues étaient tout de même étonnées qu'elle durât si longtemps.
Puis, au début de la nouvelle semaine, Blaise était venu frapper à sa porte.
Il avait essuyé un silence.
Mais il n'avait pas abandonné, venant dès qu'il avait un moment de libre. Ce que Draco n'avait jamais su c'était que son ami ne venait jamais seul, même s'il n'y avait que lui qui tentait d'avoir une conversation à travers la porte.
Le plus souvent c'était Harry qui l'accompagnait mais il n'avait jamais osé dire quoi que ce soit, ne sachant absolument pas quoi dire et ne voulant pas importuner le blond. Il se bornait donc juste à accompagner Blaise et à l'écouter quand celui-ci se mettait à parler. Il le soutenait également quand, parfois, ne sachant plus que dire ni que faire, le jeune noir se laissait submerger par ses émotions.
Le troisième jour enfin, Draco avait tout de même fini par lui ouvrir sa porte. Soulagé son ami, seul cette fois-ci, s'était rué dans la chambre, s'attendant à trouver le blond dans un état lamentable, la chambre peut-être dans un désordre sans nom.
Ce qu'il avait vu l'avait surpris au-delà de tout.
Draco se tenait face à lui, impeccable dans l'une de ses plus belle robe de sorcier, la tête haute, le regard insondable.
Les yeux de Blaise avaient rapidement fait le tour de la pièce, cherchant quelque chose, n'importe quoi qui trahirait le désarroi et la tristesse dans lesquels avait vécu le blond ces derniers jours.
Mais il n'y avait rien. La chambre était parfaitement rangée presque comme si personne n'y avait vécu…
Il avait alors reposé les yeux sur Draco et ce dernier n'avait pas cillé.
Certes, il avait eu un moment de faiblesse, mais c'était fini. Il était un Malfoy et un Malfoy ne pouvait, ne devait pas se permettre de telles incartades à sa ligne de conduite.
D'ailleurs Pansy n'aurait pas apprécié.
« - Je pars, Blaise. »
Face à lui, si son ami avait été surpris, il s'était rapidement repris et avait fait face.
« - Es-tu sûr de toi ? »
Un instant, le regard du blond avait vacillé, mais cela avait été si rapide que Blaise n'avait même pas dû le remarquer.
« - Demain, nous irons à Durmstrang avec Severus. Son état ne s'améliore pas et il aura besoin de quelqu'un sachant parfaitement parler la langue là-bas. »
Il s'était avancé en prononçant ses paroles et avait dépassé le noir quand la voix de ce dernier s'était élevée.
« - Et Potter ? »
Il ne s'était même pas retourné pour répondre et était sorti de la chambre.
Il était allé voir Dumbledore qui se trouvait au chevet de son parrain et lui avait fait part de sa décision. Le plus âgé avait tenté de le faire revenir sur sa décision et Snape n'avait fait que le fixer intensément, ne faisant aucun commentaire. Le voyant si inflexible, Le directeur avait consenti à le laisser partir et s'était esquivé, souhaitant un prompt rétablissement au maître de Potions. Resté seul avec lui, Draco s'était assis dans un fauteuil près de la fenêtre et s'était mis à fixer un point à l'extérieur.
La voix grave de son parrain s'était alors élevée :
« - Tu sais que je n'ai pas besoin de toi là-bas. Je parle aussi bien, sinon mieux, que toi le russe et Dumbledore n'est pas dupe. Donc, je te demanderai simplement Pourquoi ? »
Pendant un long moment, le silence seul s'était fait entendre, Mais Snape était patient et le connaissait parfaitement. Aussi avait-il attendu simplement finisse par tourner la tête vers lui et lui répondit.
« - Je sais dans quelle direction je me dirige, Severus. Je pense que nous devrions plutôt nous préparer pour le voyage de demain. Mes affaires sont prêtes, je vais m'occuper des tiennes. As-tu besoin de quelque chose en particulier ? »
Son regard était décidé mais vide.
Son parrain n'avait pas insisté et s'était borné à lui donner ces instructions concernant leur départ.
Ce n'avait été que fort tard dans la nuit que le blond était sorti de l'infirmerie. Il s'était dirigé vers les cachots, préparer les affaires de son parrain puis était retourné dans sa chambre.
Harry l'avait attendu...
Et cette nuit là il avait l'amour à Harry pour la première et la dernière fois.
Lorsqu'au petit matin il était sorti de sa chambre pour rejoindre Severus, celui-ci ne lui avait fait aucun commentaire mais son regard perçant n'avait pu manquer les yeux un peu trop brillants et le léger tremblement des mains de son filleul.
Il s'était heureusement limité à lui serrer furtivement l'épaule d'une main.
Dieux ! Que tout cela semblait proche soudain… Alors que cela faisait dix ans. Dix longues années pendant lesquelles il avait tout fait pour oublier, pour faire comme si tout ce qu'il avait pu vivre à Hogwarts n'avait jamais été. Il avait voulu se reprendre en main en partant, essayer de reprendre une ligne de conduite qu'on lui avait inculquée dès son plus jeune âge. Il y était plutôt bien parvenu, s'était encore endurci au fil du temps et s'était convaincu qu'il avait pris la bonne décision.
Il se permit un sourire.
Pourquoi me sens-je alors comme un pauvre imbécile qui aurait fait la plus belle erreur de sa vie à présent ?
Il secoua la tête.
Cela finirait par passer, cela n'était pas prévu qu'il revoie Potter comme ça, sans crier gare.
Il avait été surpris, rien de plus.
Rien de plus.
Pourquoi cet idiot était-il tombé dans les pommes d'ailleurs ? Il avait du l'emmener à l'infirmerie et sa baguette lui ayant fait défaut, il avait du se résoudre à le transporter lui-même. Il n'avait pu s'empêcher de grimacer sous la légèreté du corps qu'il portait et en avait profité pour le dévisager de plus près.
Harry n'avait pas tant changé depuis tout ce temps, ses traits s'étaient simplement affermis. Mais il était très pâle et des cernes bleuâtres s'étalaient sous ses yeux, ses cheveux étaient toujours en bataille et ses lèvres… Bon sang ses lèvres…
Le blond s'était vite repris. Il était entré dans le dispensaire et avait déposé son trop léger fardeau sur un des nombreux lits.
Il était resté pour en savoir plus mais lorsque Miss Pomfrey avait voulu lancer un sort-diagnostic, ils avaient tous deux eu la surprise de constater qu'il ne fonctionnait pas et malheureusement Draco n'avait pu s'attarder pour en connaître la raison.
Il faudrait d'ailleurs qu'il y retourne pour demander à Pomfrey si elle en avait trouvé la raison.
« - Et bien Draco, ne viendras-tu donc pas manger ? »
Le professeur de DADA se retourna, un léger sourire aux lèvres.
« - Si tes élèves savaient à quel point tu peux être paternel, ta réputation en prendrait un sacré coup Severus. »
« - Miséricorde. Essaierais-tu de me menacer ? Je ne suis pas inquiet, personne n'y croira. »
Un sourire plus affectueux passa sur les lèvres du plus jeune alors qu'il écoutait la réponse de son parrain.
En dix ans le Maître de Potions n'avait pas changé d'un iota.
Il en imposait toujours autant et son regard était toujours aussi acéré. Il n'avait pas varié d'un pouce sa façon de s'habiller et son visage était toujours aussi indéchiffrable. Même Draco, qui l'avait côtoyé pratiquement tous les jours pendant cinq ans n'arrivait pas déchiffrer complètement l'homme en face de lui.
Pourtant, quelque chose trahissait un léger changement dans son comportement. Mais c'était tellement infime que même quelqu'un qui le connaissait depuis aussi longtemps que McGonagall n'aurait pu noter cette différence.
« - Dis-moi ce qui te tracasse Draco ? »
« -… Suis-je donc si transparent à tes yeux ? Je vais devoir retravailler mon flegme. »
Un coin des lèvres de Snape se releva en une grimace moqueuse et il se rapprocha de son neveu. Il jeta un coup d'œil à l'extérieur.
« - Alors ? »
« - Potter est à Hogwarts. »
Un long silence suivit la déclaration du blond avant que ce dernier ne soupira :
« - De toutes façons, cela va faire dix ans. »
« - En effet. »
La voix de son parrain était neutre, rien n'y transparaissait. Ni colère, ni reproche, ni encouragement.
Draco lui fit un sourire sans joie.
« - Si nous allions manger ? »
ooo
Ils apprirent que Minerva n'assisterait pas au dîner et alors qu'il s'installait à sa place, Draco sentit une main se poser sur son épaule.
« - Est-ce vrai ce qui se chuchote dans les couloirs ? »
Le blond ne répondit pas tout de suite, prenant le temps de s'asseoir puis se tourna vers Blaise Zabini, car c'était lui, professeur d'Arithmancie depuis trois ans, afin de lui répondre d'une voix posée :
« - Et que chuchote-t-on dans les couloirs ? Pardonne-moi Blaise, mais je ne partage pas ton goût immodéré pour les ragots d'élèves. »
Un grand sourire étira les lèvres du noir. Il avait été le seul à l'accueillir à bras ouverts et sans lui poser de questions lorsqu'il était revenu de son « escapade » et si son ami avait perdu la capacité de toujours tout voir du bon côté depuis la fin de la guerre, il était resté un ami intègre et fidèle, plus que doué dans le domaine dans lequel il enseignait. Ses élèves l'adoraient et il n'hésitait jamais à leur réexpliquer ce qu'ils n'avaient pas compris, quitte à s'y reprendre une centaine de fois. C'était également quelqu'un de fort sociable et pas une soirée ne se passait sans qu'il régale ses collègues de tous les ragots possibles et inimaginables qui circulaient dans les couloirs de l'école. Ses oreilles étaient partout et il entendait absolument tout. Une faculté qu'il avait apprise et développée pendant la guerre et il s'en servait à présent parce qu'il prétendait que cela l'amusait.
Pour autant, Draco le soupçonnait de garder pour lui tout ce qui pourrait blesser quelqu'un, aussi bien professeur, qu'élève.
Blaise le disait lui-même : il avait un fond gryffondor.
Ce dernier s'assit à son tour en poussant un soupir théâtral.
« - Merlin, Draco tu n'es pas drôle pour une mornille. »
Il reprit plus sérieusement :
« - Il paraîtrait que Potter serait dans les parages… Et cela vient des élèves. »
Évidemment, pensa le blond, il n'aurait pas pu choisir un moment où il n'y avait personne à l'extérieur ?
« - C'est vrai, je l'ai vu ce matin. »
Il n'ajouta rien. Blaise l'observait, il le savait et il savait également qu'il ne raterait pas l'imperceptible crispation de ses mâchoires.
« - … Et ça va ? »
Draco le regarda feignant l'étonnement
« - Bien sûr. Je ne vois pas pourquoi cela n'irait pas ? Je vais on ne peut mieux. Nous avons un héros national dans notre école, il va falloir donner une soirée ? Les élèves doivent être ravis, rencontrer l'homme pourfendeur de mage noir. Le…
« - Draco… »
Le professeur de DADA soupira :
« - ça va. J'ai juste été surpris de le voir comme ça devant le bureau de Minerva. »
Blaise haussa un sourcil.
« - J'aurai adoré voir ta tête, toi qui est aussi blasé que Snape. »
« - Nigaud. »
« - à ton service. Et ça ne t'intéresse pas de savoir qu'il sera là encore demain … ? »
Draco retint un mouvement de surprise alors qu'il se servait un morceau de viande.
Quoi ?!
Il posa le morceau dans son assiette et tourna son regard vers son ami.
Il prit soin de détacher chaque mot qui sortait de sa bouche.
« - Pas. Le. Moins. Du. Monde. »
Avec cela, le professeur d'arithmancie comprit que le sujet était clos. Mais son collègue ne rata pas la lueur moqueuse qui brilla un instant dans ses yeux.
« - Bien. Alors je te laisse apprécier ton dîner. »
Et sans autre forme de procès, il se tourna vers le professeur d'histoire de la magie et commença une conversation très animée.
Draco serra les dents et reprit son repas en silence. Son esprit se posant mille questions.
Pourquoi Diable Potter serait encore là le lendemain ? N'était-il pas venu pour une simple visite de courtoisie ? Simplement pour dire bonjour ?
Dans ce cas est-ce que cela avait avoir avec le fait que Pomfrey n'ait pu exécuter son sort ?
En y pensant, quelle magie, quel sort était capable de bloquer ce genre de sortilège universel ?
Il avait bien une réponse, mais elle était bien trop dérangeante, bien trop dangereuse et soulevait bien trop de questions.
Cela ne devait pas être si grave.
Le blond secoua la tête et eut un sourire moqueur pour lui-même.
Et il venait d'affirmer à Blaise qu'il n'en avait strictement rien à faire du Héros du monde sorcier.
Strictement rien à faire.
Alors pourquoi se penchait-il vers Severus afin de lui demander s'il connaissait un sort ou un item capable de bloquer un sort universel comme le Diagnosis ?
