Le pacte

L'aube se leva avec un ciel chargé de nuages qui crachaient sur l'école toute une pluie de flocons. Remus frissonna en repoussant ses couvertures. Lorsqu'il était enfant, la dernière semaine avant les vacances de Noël avait toujours été sa favorite car il faisait en compagnie de ses amies sa liste de cadeaux. Il avait cessé de croire très tôt au Père-Merlin, la maladie l'ayant fait mûrir bien plus vite que la plupart des autres enfants. On ne croit pas en quelqu'un de bon qui vient vous donner des cadeaux lorsque l'on se tord de douleur et que l'on se transforme en un horrible monstre sanguinaire. C'était en tout cas l'avis de Remus. D'un autre côté, il n'avait plus cru en l'amitié non plus jusqu'au moment où il avait rencontré James, Sirius, Peter et Lily. Comme quoi, les avis pouvaient changer en un mouvement de baguette. Il ne se voyait cependant pas croire à nouveau au Père-Merlin. Sûr que ses parents s'inquiéteraient beaucoup pour sa santé mentale.

Il se dépêcha d'atteindre la salle de bain pour se glisser sous le jet d'eau brûlante et ainsi se réchauffer plus rapidement. Tandis qu'il se savonnait, il songea à la disparition de la carte.

Il avait mal dormi. Si la carte était perdue et que Rusard mettait la main dessus, ils auraient peut-être un espoir d'éviter le renvoi. Après tout, il était incapable d'utiliser la magie et seule une baguette pouvait en révéler les secrets. Une baguette, et une phrase clé. On ne pouvait quand même pas faire mieux comme système de sécurité. Quoi que Sirius avait été assez partant pour ajouter un spectre ou n'importe quel autre monstre qui se jetterait sur un utilisateur clandestin mais ils n'avaient jamais trouvé comment réaliser un tel sort. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir cherché.

Il coupa l'eau, se sécha, s'habilla et alors que ses amis dormaient encore, il attrapa son sac de cours et quitta le dortoir.

Il était encore très tôt et le château était plongé dans l'obscurité. Le jour ne se lèverait pas avant plusieurs heures. Mais l'hiver en Ecosse, il n'était pas rare qu'ils entament les premiers cours de la journée en observant par les fenêtres une nuit encore d'encre. Quelques rares élèves déambulaient ici et là notamment des cinquième et des septième année qui devaient réviser pour leurs examens blancs de BUSE et d'ASPIC. Remus était content de ne rien avoir de tel cette année.

Il devait mener l'enquête pour savoir qui avait réussi à mettre la main sur la carte, qui s'était introduit dans les dortoirs des Gryffondor et surtout qui avait su qu'ils avaient un tel artéfact entre les mains. L'affaire lui semblait difficile à démêler mais il avait une vague idée de l'endroit où il devait chercher. Les Serpentard devaient probablement être dans le coup. Le frère de Sirius pouvait très bien avoir eu vent de la carte ou alors Narcissa, sa cousine qui était en septième année… ou encore Severus avec qui James et Sirius étaient en conflit depuis la premier pas dans le Poudlard Express.

Ce fut cependant vers la Grande Salle qu'il se dirigea. A l'occasion des fêtes de Noël qui approchaient, celle-ci avait été entièrement décorée, principalement par les soins d'Hagrid. Lorsqu'il était en première et en deuxième année, il l'avait pas mal aidé à accrocher les boules et guirlandes dans les douze gigantesques sapins qu'il installait chaque année près des cheminées. Ceux-ci étaient d'ailleurs déjà là mais ils n'avaient pas encore été agrémentés de leurs décorations.

Peu d'élèves étaient présents dans la Grande Salle et les quelques qui étaient là semblaient avoir bien du mal à garder les yeux ouverts. Du côté de la table des professeurs, seul Flitwick somnolait dans un bol de céréales.

Remus se dirigea immédiatement vers la place réservée aux élèves de Gryffondor et s'assit. Son regard tomba sur les bols et mugs qui s'étalaient devant lui ainsi que les cruches de lait, de chocolat chaud, de café au lait mais aussi les plats de porridge, les boîtes de céréales et les assiettes couvertes de piles de toasts. Il n'avait pas faim. La perte de la carte du Maraudeur formait comme une boule dans son estomac. Il regarda sa montre et patienta. La nervosité lui faisait tambouriner des doigts sur la table, ce qui lui valait le regard noir d'une fille de septième année assise non loin de lui, le nez plongé dans ses parchemins de cours tandis qu'elle dévorait distraitement un toast dont la marmelade lui coulait le long du poignet.

Elle n'eut cependant pas à protester car Remus se leva tout à coup en voyant Lily entrer dans la pièce. Il savait qu'elle avait l'habitude de se lever tôt et de descendre rapidement prendre son petit déjeuner. Elle sembla surprise de le voir là.

« Tu es matinal toi aujourd'hui, ça va ? »

Remus se mordit la lèvre inférieure et avant qu'il n'ait pu dire le moindre mot, Lily fronça les sourcils.

« Ok, je vois bien que ça ne va pas. Tu veux en parler je suppose, c'est sûrement pour ça que tu t'es levé si tôt. »

La raison pour laquelle Remus avait voulu parler de son « enquête » à Lily, c'était parce qu'elle était très perspicace. Il jurait d'ailleurs qu'elle était bien plus intelligente que lui, même si elle réfutait. Il pouvait lui prouver par A plus B qu'il avait raison, elle ne cessait de dire que c'était un coup de chance et rougissait instantanément. Mais le fait était là, Lily était particulièrement douée pour démêler les sacs de nœuds.

Ils s'assirent l'un en face de l'autre, suffisamment loin de la fille qui révisait pour être sûrs qu'elle ne puisse pas surprendre leur conversation.

« Alors ? demanda Lily en se remplissant un bol de porridge. Qu'est-ce qui se passe de si grave ?

_ On… on a perdu un parchemin. Enfin je pense que c'est James qui l'a perdu mais on est tous les quatre concernés. »

Lily écarquilla les yeux.

« Tu rigoles là ? Tu te moques de moi ? »

Remus sentit ses joues rougir.

« Je suis sérieux Lily.

_ Attends, tu es en train de me dire que tu te contraries pour un parchemin perdu ? Je sais que tu as tendance à t'angoisser pour tout et n'importe quoi mais là quand même tu fais fort.

_ Ce n'est pas n'importe quel parchemin. »

Il l'observa enfourner une cuillérée de flocons d'avoine. Non, il n'avait définitivement pas faim du tout.

« Alors c'est quoi ? Votre liste au Père-Merlin c'est ça ?

_ Lily ! gronda-t-il alors qu'elle riait de sa propre plaisanterie. C'est important. Je ne peux pas te dire ce qu'il y a sur ce parchemin.

_ Tu réclames mon aide mais tu ne veux pas me dire pourquoi ?

_ Je ne suis pas le seul concerné. Sérieusement, on nous a volé ce parchemin et si jamais il tombe entre de mauvaises mains, on pourrait bien se faire renvoyer tous les quatre. »

Il y eut un moment de silence pendant lequel ils se dévisagèrent. Puis Lily repoussa doucement son bol à moitié terminé.

« C'est parce que c'est toi ok ? »

Il acquiesça sans dire un mot.

« C'est juste pour toi que je le fais, Remus et peut-être un peu pour Peter parce que je parie que vous l'avez encore embarqué dans une histoire pas croyable.

_ C'est un peu ça oui.

_ James et Sirius, ils peuvent aller se faire empailler.

_ J'en suis conscient. »

Il n'osait rien répondre d'autre de peur de la faire changer d'avis.

« Tu as peut-être raison de ne pas dire ce qu'il y a sur ce parchemin. Je vais vous disputer c'est ça ? »

Il acquiesça.

« Tu serais très en colère.

_ Alors je vais vous aider à le retrouver mais je ne te garantis pas de ne pas crier quand on l'aura.

_ Tant qu'on le récupère. Pour l'instant c'est le plus important. »

Elle tendit la main par-dessus la table. Remus hésita, se demandant ce qu'il devait faire.

« Tu es censé me serrer la main là. »

Elle souriait et, penaud, il obéit.

« Parfait, notre accord est scellé. Allez, raconte-moi comment vous vous êtes rendus compte que ce machin a disparu. »

Remus inspira profondément puis se lança dans le récit – peu palpitant il fallait l'avouer – de leurs soirée.